Ostramus s’assit brièvement sur le trône de Belgique avant de se raviser pour un profond fauteuil de cuir. Très inconfortable, songea t’il en jetant un dernier coup d’œil au trône recouvert de velours bleu, il faudrait remédier à cela. Il avait déniché dans une vitrine du palais les bijoux de la couronne et le diadème d’or et de saphirs (pas assez royal à son goût mais il devrait bien s’en contenter le temps de passer commande auprès d’un artisan acceptable) cerclait désormais son front tandis qu’il se grattait négligemment le menton avec le sceptre d’argent. Le reste des attributs royaux, les clefs de la ville et la moule d’or entre autres, reposaient a présent dans une corbeille de fruits sur la table basse sur laquelle il avait étendu ses jambes fatiguées.
Conquérir le plat pays avait été facile, presque trop facile en vérité. Un petit contingent d’étudiants (toujours en quête de massacres et de viols comme il se doit) entraînés sur Counter Strike et menés par une poignée de militaires nostalgiques retraités de la guerre d’Algérie avaient suffit à balayer les ridicules défenses du pays en quelques jours.
A Waterloo il avait remporté une bataille décisive (il savourait d’ailleurs grandement l’ironie de la chose) mais la victoire définitive lui avait été assurée lorsqu’il avait réussi à se rallier la populace. Galvanisés par son succès l’an passé dans la destruction d’Axelle Red et par sa promesse immuable de rayer enfin Jean Claude Van Damme et Jean Phillippe Smet de l’histoire de la Belgique en même temps que de la surface du globe flamands et wallons, enfin réconciliés, avaient marché ensemble sur la chambre des représentants puis sur la palais royal afin d’introniser leur nouveau Bienveillant Dictateur. Le lendemain, Albert II s’inclinait et signait la capitulation, lui transmettant officiellement les rennes du pouvoir. Aujourd’hui le pauvre vieux devait être en train de récurer les toilettes avec une brosse à dents. Bien sur cette tache lui serait plus difficile maintenant qu’il n’avait plus ses bras mais Ostramus, magnanime, lui avait dit de prendre le temps qu’il lui faudrait.
Il poussa un profond soupir et se cala plus confortablement dans son fauteuil pour grignoter quelques toasts Pringles/caviar arrosés de champagne. Il restait tant à faire. Demain l’europe et ensuite le monde. Bien sur il y avait bien eu une ou deux protestations officielles (il y aura toujours des mécontents quoi qu’on fasse) mais dans la matinée une pile de lettres était arrivée des quatre coins du globe le félicitant que quelqu’un se soit enfin décidé à stabiliser ce petit pays rebelle qui aurait aussi bien pu devenir une porte ouverte pour les terroristes de tous bords. Il avait reçu hier un appel de Vladimir l’invitant à boire une petite vodka à la maison et le président Sarkozy lui avait déjà envoyé trois plaquettes vantant les mérites des nouveaux Rafales (un porte-avion nucléaire offert pour 20 Rafales achetés, une affaire). Ostramus étendit un peu plus ses jambes et ferma les yeux. Il fit un petit geste de la main et les 20 musiciens qui attendaient son signal se mirent à jouer doucement un concerto pour piano. Un peu de repos ne serait pas du luxe.
On frappa à la porte et Ostramus se redressa vivement en entendant quelqu’un entrer. Il avait pourtant spécifié qu’on ne le dérange pas. Les deux colonels français qu’il avait recruté quelques mois plus tôt s’avançaient pourtant, goguenards et visiblement saouls, se félicitant l’un l’autre de cette victoire éclatante sur « ces foutus mangeurs de frites ». Ostramus les regarda avec dégoût comme deux chiens en train de se renifler les fesses en plein dîner officiel.
« Mourrez. » leur ordonna t il, et les deux hommes (en un ultime sursaut de discipline) s’écroulèrent l’un après l’autre sur le parquet ciré. Quelques instants après deux femmes de ménage vinrent enlever les cadavres à l’air un peu surpris. Ostramus se laissa aller à pousser un nouveau soupir. Il restait tellement à faire.