Elle sourit en regardant la lune… Loin, par delà les montagnes, elle discerne l’astre blond qui étend sa clarté sur le monde du dessous… Tout est si paisible… Pas un son ne vient du lointain, seulement une idée de vide, d’infini, de beauté, d’interdit… Mais elle le sait, l’interdit est beau, peut-être même plus que la beauté elle-même…
Les montagnes au loin lui font penser à des murs, les murs de sa prison, oui, prisonnière de sa tour de glace pour l’éternité… Princesse aux yeux d’azurs, elle s’imagine au bras d’un beau et jeune chevalier qui l’emporterait loin de sa tour et de sa solitude… Ce sauveur lui prendrait doucement la main, lui murmurait que tout est fini, et que tout recommence à ses côtés, il lui raconterait les folles aventures qu’il a vécues, et lui donnerait un avant goût de celles qui suivraient, avec lui, pour la protéger et la guider dans ce monde obscur, ce monde dont les frontières dépassent les montagnes qu’elle aperçoit par sa fenêtre…
Mais elle est née princesse, et comme toutes les princesses, elle est maudite, de part sa beauté, de part son charme, de part son rang… Prisonnière de sa tour de glace, prisonnière de ses engagements, prisonnière d’un titre hérité malgré elle… Princesse de beauté, sa vie commença et se terminera au bord de cette fenêtre à regarder le soleil se coucher, à écouter le chant silencieux de la lune, à envier ses oiseaux volant dans l’air frais du matin, qui eux ne connaissent pas la signification de l’enfermement… Princesse au voile d’argent, elle est condamnée à voir sa vie défiler devant ses yeux, ne pouvant rien faire pour prendre le contrôle de son destin, ne pouvant décider du chemin à suivre, ayant l’obligation de régner et de prendre soin des autres… Mais qui prendra soin d’elle ? Elle voit parfois les enfants rire du haut de sa tour, elle se délecte de ces éclats, et son cœur ne peut pas s’empêcher de saigner lorsque vient l’heure où les jeux se terminent… Seule, avec sa mission, seule avec ses rêves inachevés…
Un jour, la princesse deviendra reine, et tout sera perdu… Son prince se transformera en crapaud, et les folles aventures en discours politiquement ennuyeux… Elle est là, écoutant le monde parler, écoutant le monde bouger et tourner dans une course folle, sans jamais en distinguer le moindre frémissement… Les montagnes ne changent pas, la lune non plus, seuls les enfants grandissent, et les princesses vieillissent… Tout à une fin, mais rien n’a jamais commencé…
Elle est morte avant l’heure…
Dans sa tour de glace, la princesse regarde la lune étinceler de milles feux, rêvant d’un ailleurs, d’un peut-être, sans vraiment y croire…
Une perle roule le long de sa joue blanche de cristal… Une unique perle, qui n’aurait jamais du être… Elle est princesse, et une princesse ne ressent rien, elle ordonne, poigne d’acier dans un gant de satin, mais rien n’y fait, les perles se multiplient aux coins de l’océan de ses yeux, mais elle ne les recueille pas, les laissant s’épanouir à leur guise sur sa peau… À quoi bon ? Née pour régner, règne pour diriger, dirige pour le bien des autres, et pleure ses propres désirs inassouvis…
Enfermée dans sa tour froide et dure, elle ne connaitra jamais la saveur d’un brin d’herbe, du vent qui joue les chevelures monté à cheval, ou du doux regard de l’amant transis à sa porte… Non, elle est déjà morte, elle est déjà flétrie par cette vie gâchée…
Mais elle ne désespère pas, et prie la lune lorsque vient la nuit de l’emporter avec elle derrière la terre, et ainsi connaitre ce sentiment inconnu : liberté…