Mon cher et tendre époux.
C’est en cette veille de fête que je prends ma plume dans l’espoir que mes quelques mots puissent te procurer un peu de réconfort, à toi qui travaille si loin de ta bien aimée famille, afin de lui permettre de mener enfin une existence décente.
Malheureusement, je ne puis uniquement t’apporter de chaleureuses nouvelles de tes proches, ce serait te mentir de manière éhontée que de prétendre un bonheur sans faille.
Nous étions trop optimistes en pensant que les gens nous accepteraient, nous accueilleraient, grâce à notre statut de réfugiés politiques. Nous ne sommes à leurs yeux, rien d’autres que des étrangers aux mœurs trop différentes des leurs pour être compris.
Il existe un racisme palpable, larvé dans l’esprit du citoyen moyen, ne demandant que le moindre petit stimulus pour s’éveiller et sortir hurler ces paroles hideuses en plein jour. Le regard d’autrui se fait pressant, malsain, agressif lorsqu’il entraperçoit nos visages aux coins de nos châles.
Les enfants souffrent aussi. Tu sais comment sont les mômes… Leurs camarades de classe les fuient, lorsqu’ils ne les molestent pas. Ce microcosme sociétal que représente l’école n’échappe pas au plus primaire instinct de peur de l’inconnu.
J’ai tenté de trouver un emploi, de m’intégrer comme ils disent. Tu aurais dû voir leur face couverte de dégoût mêlé de terreur absurde lorsque je me suis présenté pour l’entretien d’embauche. Je ne m’étais jamais sentie autant scrutée, analysée sous tout les angles. Je pouvais discerner chacun de leurs frissons nauséeux à travers leurs prunelles faussement condescendantes.
Alors j’ai voulu tenter un contact avec les voisins. J’avais laissé à leurs intentions, une petite invitation glissée sous leurs portes, les conviant à un dîner afin de faire mieux connaissance. Je ne m’offusquai pas de leurs mirettes stupidement écarquillées lorsqu’ils découvrirent l’agencement de notre appartement, leurs laissant le temps de se faire peu à peu à la différence culturelle. C’est au moment du repas que l’incompréhensible pris sa place dans nos vies. Les invités masquèrent maladroitement leurs crispations lorsque nous passâmes à table. Plus rien ne fût pareil après que j’eus apporté le plat. Certes, je l’avais préparé avec les moyens du bord, et cela ne reflétait pas vraiment la grande cuisine de notre peuple, mais tout de même! Ils s’enfuirent tous à grande vitesse, prétextant milles excuses invraisemblables. Dès le lendemain, je trouvais notre porte taguée de messages tellement haineux que je n’ose te les retranscrire. Les dégradations, vexations et même attaques parfois, se multiplient.
Sais-tu ce que je leur avais servi qui a pu à ce point attiser leurs colères ? Un simple enfant humain de cinq ans farci et rôti !
Nos fils n’osent même plus aller jouer avec leurs collections de cadavres d’animaux, au square municipal.
Une nouvelle plus légère pour conclure ma lettre, notre cadet viens de perdre son premier tentacule de lait. Toutefois je ne peux m’empêcher de m’interroger, quel avenir pour nos enfants ? Ces enfants si fragiles.
Ta fidèle épouse Umut-Can.
Ce texte a été écrit dans le cadre du jeux d´écriture n°27 du forum A Vos Plume dont le thème était "finissez un texte de 3300 caractère maximum par "Quel avenir pour nos enfants ? Ces enfants si fragiles."