Les murs parraissaient se refermer sur moi. Cette salle froide et inacueillante dans laquelle je me trouvais semblait devenir de plus en plus étroite. Je grimaçai à mon propre reflet qui me rendit la pareille dans le miroir de la salle presque obscure, sans pour autant m´impressionner avec sa barbe de trois jours, ses dents droites dues à un appareil de l´âge de 12 jusqu´à 15 ans et ses lunettes carrées un peu de travers posées sur son nez cassé. Non, d´après moi, cette homme dans le miroir, ce n´était pas moi. C´était quelqu´un qui s´était laissé aller sans faire attention au monde qui l´entoure. La porte derrière moi s´ouvrit et se referma. Je vis dans le miroir un homme tirer une chaise et s´asseoir dessus. Il était vêtu d´un trench-coat brun qu´il ôta et déposa sur une deuxième chaise à côté de lui ce qui laissait découvrir une chemise bleue claire de Yves Saint-Laurent dont il retroussa les manches. Ses traits parraissaient usés, presque effacés à travers la quarantaine d´années que je lui donnais. Ses yeux me fixaient d´une mélancolie affligeante, mais dès qu´il ouvrit la conversation et m´ordonna de m´asseoir, une voix autoritaire et stricte se fit découvrir.
- »Et pourquoi je ne pourrais pas rester debout et vous tourner le dos encore un moment?«
- »Vous pourriez, sans doute, mais ce ne serait que compliquer les choses déjà assez ardues pour vous.«
- »Sans doute pourrais-je aussi m´asseoir avec vous et écouter vos propositions destinées à me sauver, bien que cela soit peine perdue. Vous êtes comme tous les gens du métier, vous ne vous interressez qu´à l´argent.«
- »Vous vous mentez à vous même. Je fais ça uniquement pour vous aider. Sans moi, vos cartes seraient d´autant plus mauvaises, et je peux encore changer d´avis et repartir par cette porte, vous laissant seul face à vos ennuis engendrés par votre esprit fantaisiste et naïf, puisque c´est l´état qui m´as mis à votre disposition.«
- »Vous pouvez. Mais vous ne voulez pas, puisque vous n´êtes interressé qu´au fric. Vous ne voudriez pas laisser s´échapper une affaire aussi médiatisée que la mienne, et comme vous êtes mis à ma disposition par l´état, les affaires ne doivent pas aller pour le mieux.«
Il se tut. Je repris donc:
- »Que comptez vous faire pour m´aider?«
Il me regarda d´un air sidéré, comme si ce que j´avais dit n´avait aucun rapport avec ma situation ni la sienne. Il se reprit après un moment et me répondit:
- »J´ai déjà résolu beaucoup d´affaires de votre genre, je suis un homme très regardé par la-«
J´éclatai de rire. Il me regarda du même air qu´avant et je lui dis:
- »C´est sûrement pourquoi vous êtes au service des gens pauvres comme moi.«
Il se leva, me fixant d´un air fatigué, le même qu´avant, sauf que je l´avais mal interprété. Ce n´était pas le regard d´une personne ayant vu des horreurs et des choses magnifiques, mais d´un homme humilié tout le long de sa vie. Il empoigna son trench-coat en précisant:
- »Je ne continuerai pas cet entretien avec vous!«
- »Qu´il en soit ainsi.« dis-je en me surprenant.
Je restai assis encore quelques minutes en réfléchissant. Non, je n´étais plus moi-même, plus du tout. Le vrai Alex Minorgh aurait accepté la proposition de cet homme. Mais je l´ai rabaissé et humilié. Qu´ai-je donc fait de ma vie? Pourquoi avais-je fait une chose pareille? Je repensai à ce matin...
• Quelques heures plus tôt •
Je grimaçai à mon propre reflet qui me rendit la pareille dans le miroir de ma salle de bains. Je devais me brosser les dents, les rendre lisse à nouveau, la nuit avait déposait de l´émail dessus. Je me frottai les joues. Je regardai mon poignet surplombant ma main posée sur le rebord du lavabo et vis qu´il était neuf heures et quart. Après m´être brossé les dents, je remarquai un début de barbe mais je n´y fis pas vraiment attention. Ce qui m´interrogeait c´était la cicatrice visible sur mon menton. Pourquoi ne l´avais-je remarquée que maintenant? Elle me parraissaît fraîche mais familière à la fois. Nombreuses serviettes étaient dispersées dans la salle et des touffes de cheveux trainaîent dans la baignoire... Rien ne faisait de sens dans ma tête et je décidai de monter au salon. Un verre de Martini à moitié bu trainaît sur la table-basse du salon qui parraissaît artisanale mais qui venait d´Ikea. Une cuisine moderne se présentait à moi, je pris une banane du buffet et m´installai sur le canapé. La robe d´une femme était à cheval sur l´accoudoir du fauteuil et je ne compris pas pourquoi. Je sortis mon paquet de Parisienne Jaune et enfonçai une cigarette entre mes lèvres. Je l´allumai, tirai, avalai la fumée pour la recracher ensuite. Ces gestes me parraissaient tellement monotones, je ne me rendis plus compte de cela et au moment d´écraser la cigarette dans le cendrier rempli de mégots, il me semblait chaque fois d´avoir raté un épisode. Et c´est justement cela qui m´arrivait ce matin. Mais je ne savais pas quel épisode. J´avais oublié quelque chose. Sans que sache pourquoi, un couteau tâché de sang voila ma vue et tout prit un sens. Les serviettes pour nettoyer le sang. La robe. Les cheveux de la femme que j´avais violée et tué hier soir. La cicatrice. J´allumai ma télé et vis ma photo dans les infos. La porte en bas venait d´être défoncée et on cria mon nom. Alex Minorgh...
La grille se referma et je fus laissé seul dans cette cellule sombre et froide. On m´avait coupé du monde extérieur pour mes caprices. J´avais perdu ma liberté.