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Liste des sujets

Au-delà du Dôme

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
15 novembre 2007 à 10:44:31

Au-delà du Dôme

Chapitre 1 — De l’avance

Euride se pencha discrètement et balaya la rue d’un regard inquiet. La pluie battante l’empêchait de voir correctement, l’obscurité de la nuit n’aidant pas. Bien qu’il ne pouvait pas savoir si quelqu’un le suivait, il se dit que si d’aventure c’était le cas, nul ne pourrait le retrouvait dans ce tumulte d’eau et d’ombre. Il déplia son parapluie et s’avança hors de la ruelle pour marcher en direction du parc. Seules les lueurs striées des lampadaires au bord de la route éclairaient les lieux, où la colère de l’orage semblait sans fin.
Euride marchait d’un pas lent et sûr, ne cessant de scruter les abords. Personne ne devait savoir qu’il était ici, ni l’objet de son rendez-vous : il en allait de sa vie. Un éclair déchira le ciel d’encre, illuminant un bref instant la rue, dont une silhouette se tenant sous le vent. Entièrement vêtu d’un manteau de cuir sombre, l’individu demeurait dans la tourmente sans ciller. C’était un homme maigre et au visage ovale, dont émanait une aura de crainte qui se mariait parfaitement bien avec la tempête.
Euride se figea et se questionna une dernière fois. Peut être était-ce là un piège et sitôt parlé à cet individu, des hommes du gouvernement l’assaillirait pour l’exécuter froidement, sans même se donner la peine de cacher le corps. Cependant, il n’avait plus le choix et les enjeux découlant de cette rencontre étaient bien trop important pour qu’il se risque à rebrousser chemin à cause d’un esprit trop effrayé par des années de dictature et trop torturé par des hypothèses infondées.
— Désirez-vous … enfin, voulez-vous que je vous … bredouilla Euride en tendant maladroitement son parapluie. Un abri vous …
Il avait pourtant répété cette phrase des milliers de fois dans sa tête et voilà que les mots lui échappaient. Il n’arrivait plus à se souvenir de la phrase de code exacte. Euride grelottait et n’arrivait pas à tenir des propos cohérents, tant le visage froid et géométrique de l’individu le mettait mal à l’aise. Ce dernier soupira et empoigna le parapluie :
— Pas la peine de passer par ces simagrées de code, fit-il d’une voix belle et d’une parfaite diction, parlant parfaitement bien la langue sans aucun accent. Le seul fait que vous soyez venu et que vous tremblez ainsi m’assure que je n’ai pas à faire à un de ces crétins de la Tour rouge. Appelez-moi Ektosh.
Sans rien rajouter, il se mit à marcher le long du trottoir. Euride resta immobile un instant avant de l’accompagner dans les ténèbres. Il se mordit les lèvres en ne sachant par quoi commencer et préféra garder le silence. L’angoisse d’être découvert le terrifiait. Il se remémora en une fraction de seconde toutes ces démarches au sein des réseaux souterrains de la capitale, de ces pots devins et moult tractations afin d’obtenir des faux papiers et quitter le pays avec sa famille. Alors qu’il était à deux doigts à peine de réussir à obtenir les documents nécessaires mais il devait s’acquitter d’une tâche. La Fédération du Dôme attendait de lui qu’il trahisse son pays, en échange d’une nouvelle vie loin de ce climat oppressant. Près à tout pour lui et sa famille, c’est avec résignation qu’il avait accepté cet étrange rendez-vous au péril de sa vie.
— Vous avez ce que je vous ai demandé, s’enquit le mystérieux individu.
La main droite d’Euride s’engouffra fébrilement dans une poche de son veston pour en sortir une enveloppe. Celle-ci lui parut horriblement lourde entre ses doigts, il ne s’agissait pas que de papier, mais du poids énorme de la sa trahison pour son pays. Il respira un grand coup et finit par la donner d’une main tremblante. A cet instant, il se demanda s’il ne venait pas de faire la plus grosse erreur de sa vie en cédant ainsi à l’ennemi plusieurs mois de recherches et de travaux confidentiels. Il craignait surtout que ce soit un test de confiance manigancé par les autorités pour évaluer sa loyauté, ou que ce Ektosh ne le tue à présent en possession des dossiers.
Celui-ci parcourut longuement les feuillets sans cesser de marcher.
— Est-ce un coupleur d’énergie en circuit fermé ? demanda-t-il en pointant du doigt un des nombreux schémas.
— En effet, acquiesça-t-il. Nous venons tout juste de le mettre au point, seulement c’est encore assez instable.
Une seconde de silence ponctuée de bruissement de la pluie s’écoula avant qu’il ne reprenne :
— J’en conclus que vous devez avoir certaines compétences en aéronautiques pour connaître ce genre d’appareil.
— A dire vrai pas du tout, fit Ektosh.
— En ce cas comment ?. ..
— Nous maîtrisons cette technologie depuis quelques années déjà.
Euride se figea, angoissé. Ses supérieurs exerçaient sur lui et les collaborateurs de son service d’importantes pressions afin d’obtenir des progrès technologiques significatifs pour tenter de devancer la Fédération. Avec son coupleur d’énergie, il pensait avoir acquis une certaine avance et une vague d’angoisse le submergea en imaginant les autorités apprendre qu’ils retardaient en réalité.
Ektosh remarqua le rictus qui dévisageait Euride. Il rangea l’enveloppe dans on veston pour en sortir une autre.
— Tenez.
Euride la prit sans poser de questions et l’ouvrit d’un geste fébrile en déchiquetant le papier kraft. Les deux hommes s’abritèrent sous la devanture d’un magasin et Euride découvrit alors à son tour des épures d’ingénieurs, de moteurs et de circuits électriques d’une complexité renversante. Il comprit aussitôt qu’il avait sous les yeux le fruit d’une technologie nettement plus évoluée.
— Et vous me donnez ça, comme ça ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Calmez-vous. Nous savons que vous avez du retard, or nous ignorons dans quelle proportion et quelles seront vos prochaines innovations. Si nous vous donnons ces informations, c’est tout simplement pour contrôler votre développement. Tout ce que vous avez à faire, c’est prétendre en être l’auteur, et bien sûr, nous tenir au courant de l’exploitation que vous en faites. Notre but est de vous empêcher à nous égaler avant…
Ektosh se pinça les lèvres et fixa Euride lourdement. Celui-ci regrettait presque ce qu’il venait d’entendre : la Fédération du Dôme allait procéder à un lancement. Les enjeux lui paraissaient extrêmement clairs, et se sentit dangereux. En effet, il en savait désormais trop et ne pourrait plus faire machine arrière, le lapsus d’Ektosh n’étant ainsi peut-être pas involontaire. Il le salua brièvement pour se dérober dans une autre ruelle.
— Quoi qu’il en soit, faites ce qu’on vous demande et mon gouvernement sera vous être reconnaissant.

Euride marcha alors dans la ville, sans se retourner, sans s’arrêter, l’enveloppe d’Ektosh plaquée contre sa poitrine. Il se perdit quelques instants légèrement désorienté.
La pluie commençait à faiblir à mesure que les premières lueurs de l’aube transperçaient l’humidité. Il échoua alors dans un bar au fond d’une ruelle anonyme. C’était un lieu désert, sombre et à la décoration chargée. Euride se glissa au fond de l’établissement et s’assit dos à la salle pour qu’on ne puisse pas le voir. Il retira son imperméable trempé qu’il suspendit à une patène en bois et jeta l’enveloppe sur la table. Il la détailla avec dégoût en faisant tourner lentement.
— Je vous sers quelque chose ? lança une voix rocailleuse.
Euride sursauta et froissa le papier. Il tourna la tête nerveusement et vit une femme obèse, vêtue d’une robe entachée de graisse, qui tenait un petit calepin entre ses doigts boudinés. La surprise et la laideur l’avaient rendu muet.
— Alors ! relança la femme.
Il se leva et tira de son manteau sa carte d’identité, spécifiant qu’il appartenait à l’élite ardente pour qu’on lui laisse la paix, mais Euride se ravisa un dernier moment. Personne ne devait savoir qu’il était sorti la nuit pour finir dans ce trou crasseux. Il prit un billet qu’il tendit à la femme en lui demandant un simple café, d’ailleurs il n’avait bien besoin, pour ensuite se rasseoir face à l’enveloppe.
Il la rouvrit doucement et sortit les plans délicatement comme un médecin dégagerait les chairs putréfiées d’un cadavre. Euride put ainsi examiner à loisir les documents, rédigé en sa langue et comportant des explications complexes mais suffisamment claires pour qu’un savant comme lui puisse les comprendre. Il s’agissait de trois techniques différentes. La première était la formule chimique permettant la production d’un composé chimique capable d’engendrer une énergie considérable. Le second feuillet décrivait une méthode d’assemblage pour une structure composite extrêmement résistante. Quant au troisième, Euride reconnut sans mal un circuit électronique d’une haute sophistication. En somme, il avait là un carburant révolutionnaire, une armature solide et un gestionnaire très efficace. Les technologies devançaient incontestablement celles de la Tour rouge, et fut surpris que l’on puisse lui donnait d’aussi importantes informations, preuve qu’on lui accordait la confiance nécessaire, ce qui le rassura.
A présent, le problème qui se posait était la façon dont il parviendrait à insérer ces techniques au sein du programme. Il se désigna l’auteur du système électronique, qu’il recopia dans son carnet de recherche. Euride prit cependant soin de faire au préalable plusieurs brouillons et des croquis erronés avant de noter les véritables plans. Ainsi, si les services secrets de la Tour venaient à enquêter, bien qu’il en doutât étant donné que celle-ci se réjouissait toujours de nouvelles avancées, la découverte paraîtrait véridique. Seulement, il ne pouvait pas s’attribuer le mérite d’autant de découvertes, car bien qu’étant un brillant scientifique, c’eut paru anormal. Deux choix s’offraient à lui ; soit se faire passer pour l’auteur des découvertes mais en les espaçant, soit investir dans le secret quelques-uns de ses collègues pour qu’ils deviennent également les auteurs.
La femme lui apporta son café, qu’il but d’une traite. Il était infect et grimaça. Euride chassa les deux idées de sa tête pour décider qu’il pousserait certains collaborateurs à leur attribuer les technologies comme s’ils venaient de les concevoir, rendant encore moins suspect le phénomène.
Euride recopia alors les documents sur d’autres feuilles par sécurité, brûlant par la suite les papiers provenant de la Fédération. Il sortit du bar en essayant de prendre une attitude la plus normale possible pour se noyer dans la masse des gens qui commençaient à s’affairaient en même temps que la journée débutait. Il marcha dans les rues trempées, se retournant quelques fois, vérifiant à l’angle d’un mur si quelqu’un ne le suivait pas. Chaque passant lui paraissait comme un espion, chaque homme comme un membre du parti prêt à lui sauter dessus.
Euride put alors constater une fois de plus la misère qui frappait son pays, avec les enfants qui faisaient la manche, des hommes qui fouillaient dans les poubelles pour manger et des femmes qui vendaient leur corps même en pleins jours. Le pays faisait face depuis près depuis de longues années à de graves pénuries tant alimentaires que de produits de consommation courantes. Sa volonté de partir se renforçait à mesure qu’il s’avançait dans la foule. Finalement, personne ne semblait lui accorder une attention particulière et Euride se détendit en respirant l’air frais du matin.
Une horloge sonna bruyamment, indiquant que le temps, conformément à vieille habitude, passait. Euride se rendit compte qu’il n’aurait pas le temps de rentrer chez lui et emprunta un tramway bondé pour se rendre à son travail.

melponese
melponese
Niveau 6
15 novembre 2007 à 11:12:26

J´aime bien, mais y´a quelques ´tits trucs. À la volée...
"— Quoi qu’il en soit, faites ce qu’on vous demande et mon gouvernement sera vous être reconnaissant. " <- "saura", non ?
"La femme lui apporta son café, qu’il but d’une traite. Il était infect et grimaça. " <-- Le café était infect et grimaça, ou Euride était infect et grimaça ? Ou tout simplement le café était infect et Euride grimaça ?
C´est maîtrisé, et j´aime bien. Maintenant, j´suis pas la personne la plus apte à critiquer ~~.

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
15 novembre 2007 à 11:52:41

Déjà un commentaire ? oO

Et bien merci d´avoir jeté à un oeil et d´avoir relevé ces détails. :)
C´est le café qui est infect. et Euride qui grimaça.

La suite viendra probablement d´ici quelques jours ...

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
19 janvier 2008 à 13:38:45

Bon, petit up ...

Gokaden
Gokaden
Niveau 6
19 janvier 2008 à 16:51:58

Promis je lis ton texte dès demain.

En attendant j'ai une question. Combien de temps te faut il pour écrire pareille longueur ?

Personnellement, il me faudrait entre dix et quinze heures pour en écrire autant !

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
19 janvier 2008 à 17:07:54

A vue de nez (si tu postes une suite pour montrer que c'est pas abandonné, je lis :ok: ), si je suis inspiré il me faut entre trois et quatre heures, peut-être deux, pour faire un premier jet de cette longueur.
Mais Os', contrairement à moi, ne se satisfait pas de premiers jets, donc je pense qu'il a mis quelques temps quand même^^
________________________________________________
C'est en buvant une goutte d'eau que l'on se rend compte de sa soif.
"L'homme choisit, l'esclave obéit." (Andrew Ryan)

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
19 janvier 2008 à 17:09:34

MMmh difficile à dire, cela varie de mon inspiration et de ma volonté. Cela dit, en général il me faut environ trois quarts d'heure-une heure pour une page donc comme ce chapitre fait 3 pages Word ça a du me prendre pas loin de deux heures, peut être plus ...

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
19 janvier 2008 à 17:11:50

(pas vue le post d'Azerty)

J'avoue qu'avec la relecture on doit arriver à trois heures à peu près, mais c'est un chifre plus qu'approximatif.

Sinon, j'ai le second chapitre quasiment bouclé mais je préfère avoir 2-3 coms avant de poster pour éviter que la longueur repousse les gens.

Gokaden
Gokaden
Niveau 6
19 janvier 2008 à 17:19:18

Pfui... J'ai encore beaucoup de progrès à faire par rapport à vous deux ! Merci pour vos indications.

charly_owl
charly_owl
Niveau 7
11 septembre 2008 à 23:27:17

UP!

Negatum_
Negatum_
Niveau 8
11 septembre 2008 à 23:45:09

On se fait un Ostram'up party? :noel:

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 23 septembre 2008 à 13:16:09

Mon petit commentaire inutile en règle.
J'ai apprécié ce texte. J'admire ton talent à créer des mondes cohérents, même si on retrouve dans celui-ci l'éternel cliché du méchant empire et des gentils "rebelles". Ceci dit, je ne doute pas que tu puisses t'extraire de cette facilité scénaristique en nous fournissant un monde plus nuancé, d'autant que pour l'instant nous n'avons qu'assez peu d'informations. J'ai trouvé un intérêt particulier à ce mélange de haute technologie et de dogme religieux, avec comme objectif de communiquer avec Dieu ; c'est assez rare de voir la religion prendre un point d'appui solide dans le scénario comme ça l'est.
En bref, malgré une histoire pour le moment relativement convenue, on est scotché devant le texte et impatient de découvrir ce qu'il cache sous ce début mené avec finesse.

Da-Big-Choco
Da-Big-Choco
Niveau 9
29 septembre 2008 à 17:06:42

Voila, j'ai commencé Ostra.
Alors, mon avis concernant ce premier chapitre...
Tout d'abord, comme à ton habitude, les descriptions ne sont ni trop lourde, ni trop légère, ca c'est un de tes gros point positif j'crois... La paranoia, la sentation qu'on lui en veut continuellement, à Euride la, est plutot bien rendu. on le sent pas à son aise, stressé, tout ca... Donc vu que c'était le but je suppose, bah c'est réussis^^
Pour le reste, et l'histoire "en profondeur" on va dire, je me réserve encore au moins la lecture d'un chapitre pour juger ca... :)

Par contre, même si je sais que je suis super mal placé pour parler de ca... Rolalala, Ostra tu écris super bien... Mais tu fais toujours des fautes abusation quoi... :o)) Genre tu écris "je l'ai retrouvais" ... :S Retrouvé serais mieux non? :ange:

Pareil tu écris "saurais" du verbe savoir, "serais" du verbe être... Parfois j'ai du mal à comprendre comment tu peux écrire aussi bien et faire des fautes aussi grossières :p) Parce que pour qu'elle me sautent au yeux...^^

Voila, comme ca au moins tu s déja quelque chose à retoucher^^
(J'continuerais et donnerais un avis sur l'histoire en elle même après en avoir lu un peu plus )

Elnanar
Elnanar
Niveau 8
26 septembre 2009 à 19:17:04

Pas trop mal, et la suite ?

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
26 septembre 2009 à 19:38:11

Oooh :malade:

Voilà une nouvelle qui m'était complètement sortie de l'esprit. On dirait presque un fantôme venu me hanter...

Je sais pas quand je trouverai le temps de faire la suite...

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