Salut à tous. Voici une nouvelle que j´ai écrite il n´y a pas très longtemps (un peu courte, j´aurai peut-être du développer plus). Merci des conseils.
High Hopes
“Beyond the horizon of the place we lived when we were young
In a world of magnets and miracles
Our thoughts strayed constantly and without boundary
The ringing of the division bell had begun
Along the Long Road and on down the Causeway
Do they still meet there by the Cut
There was a ragged band that followed in our footsteps
Running before time took our dreams away
Leaving the myriad small creatures trying to tie us to the ground
To a life consumed by slow decay”
« High Hopes » de Pink Floyd résonnait dans la pièce froide, où se mêlait une odeur de tabac froid et de sueur. C’était la chanson que le docteur David Chester préférait. Assis sur une chaise peu confortable, en face du vieux bureau vide, il fumait un cigare à combustion lente, mais surtout, il pleurait. D’émotion. Il fermait les yeux, souriait, et ne s’intéressait qu’à la beauté de la mélodie qui envahissait la pièce. Ses tympans vibraient, donnant ainsi aux os de l’oreille, le marteau, l’enclume et l’étrier, un mouvement qui produisit une vibration, canalisée dans la cochlée, perçus par de fins cils, qui transmirent ainsi un message sensitif jusqu’au cerveau, qui analysa le message, et en créa un autre qui prit la forme d’un son, et ce son, David l’aimait énormément. Cette mélodie, il l’adorait. Et, en l’écoutant, son passé lui sautait à la gorge. Il pensait alors à deux mots : la mort, et la vie. Et il revoyait les deux scènes de son existence : la plus tragique, et la plus heureuse. « High Hopes », cela lui rappelait Paula Michel, et Marie Diamond. Cela lui rappelait le 19 avril 1995, et le 19 avril 2005. Cela lui rappelait ...
La patiente était allongée sur la table d’opération, et David Chester revoyait dans sa tête les différentes étapes de l’opération. Pendant ce temps, Pierre Maillet, le chirurgien qui assistait le docteur Chester, branchait le lecteur de cassettes audio, mettait en marche l’engin et introduisait la cassette de Pink Floyd. C’était David qui avait amené l’enregistrement de son groupe préféré, pour pouvoir opérer tout en écoutant de la musique qu’il appréciait tout particulièrement.
L’opération allait pouvoir débuter, et « High Hopes » débutait dans le lecteur de cassettes. Tout le monde était en place, et Paula Michel allait enfin être opérée de l’appendicite. On était le 19 avril 1995.
Nul ne sait quelle erreur David Chester commit ce jour-là, mais il était évident qu’il en commit une. L’opération avait pourtant bien débutée. Mais n’avait pas bien finie. La chanson « High Hopes » se répétait pour la quatrième fois, et Paula convulsa. Son rythme cardiaque ralentit pour finalement laisser le coeur s’arrêter, et elle s’arrêta de respirer. David tenta de la réanimer. En vain. Paula mourut ce jour-là. Sous la musique de Pink Floyd.
“The grass was greener
The light was brighter
With friends surrounded
The night of wonder”
David Chester n’était plus le brillant chirurgien qu’il avait été. Depuis la mort de Paula Michel, il avait pris du recul sur son métier, ne faisait plus que des consultations, et avait définitivement jeté Pink Floyd dans l’abyme de son passé. Ou du moins, il le croyait.
Le 18 avril 2005, le docteur David Chester était parti faire des achats dans une grande surface. Il passa chaque rayon au peigne fin, même ceux où il savait qu’il ne prendrait rien. Et il s’arrêta devant les disques audio. Ou plutôt un. Et, plus tard, il reconnut que cet arrêt dans une grande surface allait bouleverser sa vie. Car il avait vu un album de Pink Floyd. Et, dedans, il y avait le titre « High Hopes ».
Jamais on n’aurait pu envisager une telle hypothèse, mais David Chester se trouvait bien dans une salle d’opération, devant une table qui allait bientôt accueillir une patiente, atteinte d’un cancer. Il allait l’opérer. Car il le pouvait encore, et il le voulait encore. Mais à une condition.
Pendant que David revoyait dans sa tête toutes les étapes de l’intervention, Pierre Maillet prenait un disque entre ses mains, l’examinait, et regardait David en pensant : « Pourquoi faîtes-vous cela ? ». Mais il ne dit mot, et inséra le disque dans un lecteur de CD, qui commença par cracher, mais des cloches retentirent bientôt, et la musique démarrait. Le docteur Chester commençait à verser des larmes. 10 ans jour pour jour après la mort, par sa faute, d’une de ses patientes, il allait opérer, sous la même mélodie qu’il avait rayée de sa vie. « High Hopes » débutait, et l’opération commençait.
David parvint à éliminer la tumeur de la patiente. Non sans efforts. Et non sans peur. L’opération était finie. Et ....
Marie Diamond convulsa, elle aussi. Alors, David Chester tenta de la réanimer. Il pleurait, en murmurant, d’un souffle à peine perceptible : « Pas toi. Pas encore. Je ne te laisserai pas mourir. Pas comme ça. Pas sous cette musique. » Et, peu à peu, Marie s’arrêta de convulser, se cœur repartit, son souffle reprit, et elle reprit vie. Alors, David Chester marcha vers le lecteur de CD, s’agenouilla, et prononça : « Merci ». Il s’écroula au sol, pleurant plus qu’avant. Marie Diamond était en vie. Il avait réussi. Sous la musique de Pink Floyd.
Assis dans son bureau, David Chester se remémorait ces deux épreuves que la vie lui avait fournies. Ils les avaient accomplies. Mais, dans son désespoir, ou dans son bonheur, il avait toujours eu la même chose à ces côtés : cette musique. Cette mélodie. Ce chef-d’œuvre. La chanson n’avait pas changée. Elle s’achevait désormais. David en avait rêvé. Et aujourd’hui, ce rêve allait se réaliser. Il s’endormit, en même temps que la chanson finissait, pour ne pas se réveiller. La mélodie donnait ses dernières paroles, en même temps que David donnait ses derniers souffles :
The grass was greener. The light was brighter
The taste was sweeter. The nights of wonder
With friends surrounded. The dawn mist glowing
The water flowing. The endless river
Forever and ever