Un petit one shot sans prétention écrit en un soir alors que l´inspiration me forçait à écrire. Comme c´est pas tous les jours que j´arrive à terminer un texte, je vous en fais profiter.
Donc enjoy oopa oosi
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Maman l´appelait le chemin de la mort. Elle m´a toujours défendu de m´en approcher, parce qu´elle en avait terriblement peur et qu´elle ne voulait surtout pas que je m´y aventure. D´ailleurs, tout le monde en avait peur, tous les anciens qui avaient à peu près l´âge de maman. Ils ne cessaient de m´en parler comme d´un endroit terrible et désolé, au sol sombre et fétide, habité par des créatures gigantesques très dangereuses qui font un boucan pas possible. Moi ces créatures je ne les ai plusieurs fois entendues mais jamais vues, car on habite trop loin pour ça. J´aurais bien aimé m´approcher du chemin de la mort rien que pour les voir, seulement les voir puis repartir, mais même ça maman ne voulait pas. Elle me disait à chaque fois que lorsque je serai assez grand j´aurai le droit de les voir, mais moi je ne savais pas ce que "grand" signifiait pour elle alors j´attendais en silence. Un jour j´en ai eu assez et je suis allé voir le chemin de la mort tout seul pendant que maman était sortie. Il n´était pas tout près ce chemin quand même, j´ai dû traverser tout plein d´endroits inconnus assez intrigants. J´avais beau m´éloigner de plus en plus de la maison, je n´avais pas peur, car j´allais enfin voir le chemin de la mort. Ce n´était pas très dur de le trouver, d´après un ancien il fallait aller tout droit, toujours tout droit. Après plusieurs heures de recherche, je l´ai enfin aperçu. Il était vraiment très long, je n´en voyais ni le début ni la fin. Il coupait le paysage en deux et fondait dans l´horizon. J´étais vraiment impressionné, je n´avais jamais rien vu d´aussi grand et d´aussi majestueux. Par contre, les autres avaient raison, le chemin n´était vraiment pas beau. Il était tout gris, un gris sombre et ennuyeux, et avait une odeur très désagréable. Mais peu importe, ma fascination était sans limite. Je suis resté là, sur place, sans oser bouger, pendant de longues minutes. Mes deux yeux étaient captivés et hypnotisés par ce segment infini au tracé parfait. Mais par dessus tout, j´avais envie de voir les créatures dont les anciens parlaient sans cesse avec des cris affolés. Assez rapidement, j´en vis une arriver. Elle allait à une vitesse folle, je n´ai presque pas eu le temps de la voir passer ! Je ne saurais dire qu´elle couleur, ni même quelle forme elle avait tellement c´est allé vite. Le monstre suivait le chemin dans sa longueur et ne se détournait absolument pas de sa trajectoire rectiligne. Il semblait très pressé. Puis j´en vis passer un autre, puis encore un autre. A chaque fois la même vitesse, la même hargne dans le mouvement. Et surtout à chaque fois le même vacarme dont parlaient les anciens. Un bruit terrible, qui s´étouffait progressivement à mesure que le monstre s´éloignait puis disparaissait lui aussi dans l´horizon dans lequel plongeait le chemin. Quel spectacle saisissant ! Ces créatures étaient vraiment impressionnantes, de par leur grandeur et leur grâce. Elles faisaient naître en moi une admiration immense, mais je ne ressentais aucunement la terreur qui habitait les autres. J´avais beau me dire que ces étranges bêtes étaient au moins une centaine de fois plus grandes que moi et qu´elles pourraient probablement me pulvériser d´un seul coup, je n´arrivais pas à avoir peur. Uniquement de l´émerveillement. La nuit tomba alors et je dus rentrer chez moi, persuadé de revenir ici un jour afin de revoir le passage furieux de ces titans !
Depuis ce jour là, deux bonnes années se sont passées. Deux années durant lesquelles chaque semaine j´allais au chemin de la mort regarder passer les créatures gigantesques. C´était devenu une sorte de rituel, qui contribuait largement à ma fascination pour ce lieu. Et lorsque j´entendais les autres en parler à chaque fois avec le même effroi, la même peur dans la voix, je rigolais bien. Tous essayaient de me convaincre que tout ce qui s´y trouvait n´était que mort et chaos, mais moi je m´étais fait mon propre avis et je n´avais pas besoin de leurs commentaires de froussards. J´avais à force l´impression d´être la seule personne courageuse, et j´en tirais une fierté immense. Un jour j´ai affirmé à maman être persuadé que ce chemin n´était pas aussi terrible que tout le monde le laissait entendre, et elle m´a répondu que je ne savais pas ce que je disais, que j´étais un inconscient, et qu´elle elle savait bien de quoi elle parlait car ce chemin, elle l´avait un jour traversé. Je faillis tomber à la renverse lorsqu´elle m´a dit ça ! Ma maman ? Traverser le chemin de la mort ? Je n´osais pas la croire. Elle m´a longuement regardé dans les yeux et m´a dit que j´étais assez grand pour recevoir des explications sur ce chemin. Elle me raconta alors qu´avant, il y a très longtemps lorsqu´elle était petite, elle vivait de l´autre côté du chemin de la mort. Sa maman, ses frères et soeurs, tous habitaient là bas. Mais chez nous paraît-il, lorsque l´on devient grand, il faut quitter la maison et se fonder sa propre vie. Et cela passe par un évènement majeur, la traversée du chemin, pour rejoindre l´autre côté et grandir seul. Tout le monde doit y passer, c´est un passage inévitable dans la vie de chacun. Elle me dit les larmes aux yeux qu´elle, elle avait réussi à traverser, mais que son frère qui avait le même âge qu´elle et qui a donc traversé en même temps ne s´en est pas sorti, dévoré par les horribles créatures qui arpentent le chemin à toute vitesse. Elle avait également plusieurs frères et soeurs plus jeunes, qui auraient du traverser plus tard le chemin. Elle me dit les avoir longtemps attendus, mais ils ne l´ont jamais rejointe, ce qui signifie qu´ils ont eux aussi tous trépassé... D´après elle, peu sont ceux qui en réchappent, et elle m´annonça presque immédiatement que mon tour allait bientôt venir. Je pense qu´à cet instant elle s´attendait à me voir terrifié et bouleversé mais il n´en était rien : j´allais enfin pouvoir m´approcher en toute légalité du chemin et même le traverser ! C´était un rêve qui se réalisait, enfin m´aventurer sur ce lieu de mes désirs, cet endroit qui me fascine depuis des années et m´émerveille à chaque fois ! Je ne crains absolument pas les créatures de là bas, je les connais très bien maintenant et je suis prêt à aller à leur rencontre. Devant l´annonce de ma maman je ne dus l´absence d´un sourire rayonnant qui m´aurait trahi sur mon visage qu´au fait qu´elle pleurait et que je n´aime pas lorsque ma maman pleure.
Trois mois plus tard, tout le monde m´accompagna au chemin de la mort. La route pour y aller fut longue et pénible car celle que j´avais l´habitude d´emprunter pour m´y rendre était bien plus rapide et agréable que la leur. Mais je n´osais pas le leur dire, je devais faire semblant d´être totalement perdu. Lorsque nous arrivâmes tous au chemin, je dus feindre l´ébahissement devant un spectacle qui devait être pour moi inédit mais que je connaissais en réalité par coeur. Cependant, il y avait cette fois quelque chose de différent dans l´air. Une appréhension, une excitation, une attente enfin terminée, un doux parfum grisant flottait. Mais toujours pas de peur. La peur se sentait autour de moi, dans le regard de maman et des anciens rescapés de la traversée, qui revenaient tous ici pour la première fois, étant donné que j´étais le premier de la nouvelle génération à devoir accomplir l´acte fatidique. D´habitude, je m´arrêtais sur la petite butte pour pouvoir bien observer le chemin dans toute sa longueur mais cette fois on m´emmena encore plus près, jusqu´à la bordure extrême du chemin. Nous étions tous réunis ensemble, à la limite entre le sol normal et le sol gris et malodorant du chemin. Je regardais droit devant moi. Il paraissait ici bien plus large que vu d´en haut, le trajet sera long. Je jetais un rapide coup d´oeil vers la droite (les créatures arrivaient toujours de la droite, je ne sais pas pourquoi), rien. Cela n´aurait pas grand intérêt que je ne croise personne sur le chemin, je serais vraiment déçu. Tout le monde s´agitait autour de moi. Chacun me disait au revoir, me souhaitait bonne chance pour tout de suite et bonne chance pour plus tard, pour ma vie future. J´espérais que l´autre côté du chemin soit comme ici, moi j´aimais bien ici, j´y serais bien resté. J´étais quand même un peu triste de quitter maman, mais apparemment elle était encore plus triste que moi. Elle pleurait beaucoup, ne cessant de me dire de faire attention à moi, que je lui manquerai énormément, qu´elle m´aimait plus que tout. Moi je ne savais pas quoi dire, alors je lui disais la même chose qu´elle, et elle pleurait encore plus fort à chaque fois que j´ouvrais la bouche alors à la fin je me suis tu. Elle m´embrassa fort et me dit, sans trop y croire cependant, d´embrasser fort pour elle sa maman à elle de l´autre côté du chemin si elle était encore vivante. Moi je n´y croyais pas trop non plus mais je lui promis quand même de le faire, car j´avais hâte d´en finir et d´aller enfin sur le chemin. C´est ce qui arriva enfin après qu´elle m´eut lâché. Je me retourna lentement, tournant le dos à mon côté de chemin natal, celui qui aura bercé la première moitié de ma vie, et fixant avec envie celui qui bercera l´autre moitié, et fixant avec encore plus d´envie ce qui sépare les deux côtés : ce fameux chemin de la mort que j´allais enfin pouvoir fouler.
Péniblement je me hissai sur le chemin et j´entama alors mon odyssée au son des adieux. Quitter maman m´attrista un peu mais cette sensation qui affaiblissait tout mon corps s´en alla très rapidement lorsque je pris conscience de ma situation : ça y est, j´y étais enfin ! Après l´avoir admirée, observée et contemplée pendant des années, je l´empruntais enfin, cette route de la mort. Celle dont le simple nom faisait trembler les plus sages et les plus grands. Moi je ne me permettais même pas un battement de cil. Rien de tout ça ne me terrifiait. Je connaissais mieux que quiconque les dangers qui avaient pris de surprise tous les autres, je n´étais pas en terrain inconnu. A ma vitesse habituelle, je traversais le chemin sur ce sol désagréablement chaud et puant sans prendre la peine de regarder à ma droite pour voir arriver les créatures. Je n´étais pas comme tout le monde, je ne m´attendais pas à les voir s´arrêter et me dévorer pour ensuite continuer leur folle course. Je savais qu´à moi elles ne me feraient pas de mal. Après tout ce temps passé ensemble, nous étions comme frères et soeurs elles et moi. Le lien qui nous unissait était basé sur l´affection et l´admiration. La peur était bannie, pas de peur en moi. Je bravais cette épreuve dite difficile comme on souhaite bonjour à quelqu´un. Mon esprit assuré flottait sur les courants chauds qui traversaient le chemin et se laissait bercer par le doux murmure de la confiance. Rien ne m´atteignait, j´étais de fer sur cette étendue désolée. Maman et les autres étaient loin maintenant, je ne pensais plus à eux... enfin je ne pensais presque plus à eux. Puis j´entendis un son grandissant venir en ma direction. Un bruit familier, pour l´avoir entendu des centaines de fois. Une créature allait à mon encontre ! Enfin nous allions pouvoir nous rencontrer face à face, enfin j´allais pouvoir les côtoyer comme il se doit. Cette distance entre elle moi est une folie, nous devons être réunis ! Je tournai lentement la tête vers la droite pour voir mon hôte arriver. D´abord minuscule, je vis le monstre grandir à mesure qu´il se rapprochait de moi, puis enfin atteindre sa taille colossale qui m´émerveillait tant. Le bruit terrible ne faiblissait pas, la vitesse folle non plus. La créature me montra son imposant museau et me passa au dessus, dans un fracas formidable, qui fit trembler le chemin et ébranla mes sens. Puis elle continua sa route, rapetissant jusqu´à disparaître dans les méandres du chemin. J´avais raison ! Le monstre ne s´est pas arrêté, il ne m´a pas mangé ! Au contraire, il m´a salué à sa manière et m´a offert le privilège de l´observer sous tous ses angles. J´étais chez moi ici, je le savais, je l´ai toujours su. Ces monstres qui effrayaient tous les anciens, c´étaient mes amis, c´étaient mes frères. Pourquoi auraient-ils l´air menaçant ? Pourquoi seraient-ils dangereux ? Je ne comprenais décidément pas les autres. Ce chemin est une bénédiction de la nature, c´est un lieu que nous devons adorer et vénérer, pas craindre et fuir. Je me sentais comme un maître ici, comme un guide apportant le savoir aux âmes qui m´observaient loin derrière moi et qui nageaient dans l´erreur la plus totale. J´allais leur offrir la vérité, la vérité absolue et indéniable. J´allais enfin signer la paix entre les miens et les créatures du chemin, j´allais enfin réunir nos deux peuples. J´étais le visage de la réconciliation tant attendue entre deux mondes séparés par l´ignorance. Ma traversée se transformait en exaltation totale. Où était la peur dont tout le monde me parlait ? Où étaient toutes ces ignominies devenues évidences pour tout le monde ? Mensonges, erreurs et ignorance. Un paquet de fléaux que mon pas assuré et volontaire sur cette étendue grise et chaude allait éradiquer définitivement. Après mon passage, une nouvelle ère s´ouvrira, une ère de paix, de confiance et d´amour ! Oh maman, ma douce maman, comme tu serais fière de moi !
Shplaf !
"-Putain, c´était quoi ça ?
-Je crois bien que c´était un hérisson... Ah tu l´as bien écrasé, il n’en reste plus rien !
-Saloperie, y en aura plein sur la roue je parie. Fait chier quand même. Bah bien fait pour sa gueule tiens."
Oh putain excellent! ![]()
Rien d´autre à dire, le style de la nouvelle est parfaitement maîtrisé, comme à ton habitude, et la chute...merveilleuse!
J´avais plus lu de chute aussi excellente depuis l´elnanar du bon temps!
Bravo à toi encore une fois. ![]()
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C´est en buvant une goutte d´eau que l´on se rend compte de sa soif.
"L´homme choisit, l´esclave obéit." (Andrew Ryan)
Oh c´est cruel !
![]()
Très bon texte...bon style, histoire bien maitrisée et on se prend bien dans l´aventure de ce petit curieux !
Bon quelques fautes par-ci par-là mais rien de bien méchant !
J´attends d´autres de tes textes ! ![]()
La chute est ÉNORME, il y a pas d´autres mots ! C´est magnifique, ça nous coupe dans notre élan, c´est trop trop bien fait
C´est à mourir de rire, génial ![]()
Hmm, très bon texte. Ecriture bien maitrisé, on partage bien l´envie et la joie du narrateur. Une chute en effet excellente. Je m´y attendais (bien que j´aurais plutôt vu un renard qu´un hérisson) mais étant donné la réaction des autres, je dois être la seule ^^
Donc rien à redire, à part que quelques fautes (de frappe) subsistent. J´ai relevé "Moi ces créatures je ne les ai plusieurs fois entendues" (le ne est en trop) mais il doit y en avoir deux-trois semblables ^^ rien de grave en somme.
Bref, très bon texte pommette ^^
Pfff saynul!
Texte très sympathique ma foi. D´habitude dans les nouvelles à chute, au bout de quelques lignes on devine assez vite que la fin sera loin d´être ce qu´on pense. Ici, c´est plutôt bien maîtrisé, même si à force on finit par se douter de quelque chose, surtout dans le dernier paragraphe. Sinon la chute est très conne, donc forcément j´aime bien.
Voilà, c´est un bon texte ![]()
Merci à vous tous ![]()
La chute me faite penser à Paf le chien, version hérisson
Pas mal du tout ma foi, c´est vrai qu´on subodore quelque chose assez rapidement, mais c´est peut-être parce que je m´y attendais un peu
Enjoyed ![]()
un seul mot a dire : MDR
Le texte est magistralement cassé net dans sa chute et c´est sans doute ce qu´il y a de mieux!
Bomba je tente un up ![]()
Bien sympa ce texte.
J´ai rapidement deviné, ou du moins fortement soupçonné, qu´il s´agissait d´une route avec des voitures mais j´étais loin de penser au hérisson-narrateur. ![]()
Je me permets de upper une dernière fois, ça mange pas de pain ![]()
J'ai adoré ce texte. La route (bon ok, je l'avais deviné au début) et le hérisson (Comment ça, je croyais que c'était une fourmis
) ne font pas bon ménage ![]()
Arf, au milieu du texte, certains mots m'ont mis la puce à l'oreille, notamment l'insistance sur la vitesse des "créatures". Mais la chute est tout de même très bonne, excellente idée de départ. Le ton employé est juste comme il faut.
Je regrette simplement la conjugaison de la première personne du passé-simple qui m'a fait plus d'une fois grincer des dents...