Ceci est ma première nouvelle. Soyez donc indulgents. Merci et bonne lecture
Marc se réveilla, lentement. Il ne distingua d´abord que des choses floues et laissa ses yeux s´adapter à la pénombre. Après quelques instants, il reprit totalement conscience et tenta de se lever. Mais sa tête lui faisait horriblement souffrir. La douleur était telle qu´il avait l´impression qu´elle allait exploser. D´ailleurs, il ne se souvenait de rien de la veille. Ceci explique sans doute pourquoi il se retrouve en prison aujoudr´hui... Il prit appui sur le mur et scruta les ténèbres froides de la geôle.
D´autres personnes croupissaient à ses côtés, certains lui ressemblaient, se demandant encore dans combien de temps on les relâcherait, si ce n´était pas une erreur. D´autres étaient quelque peu plus fatalistes et restaient muets, à attendre que leur tour vienne. Ceux-là étaient généralement plus "anciens" que les autres. Ils étaient également plus sales et étaient souvent ornés d´au moins une cicatrice. L´un d´eux se leva et s´approcha de Marc.
-"Holà, que fais-tu ici, toi?"
-"Je m´appelle ..."
-"Peu m´importe ton nom. Tu seras peut-être mort ce soir."
-"Comment?"
-"Tu n´as jamais entendu parler de "l´arène"?"
Marc resta perplexe pendant quelques secondes. Seuls les condamnés à mort et les criminels étaient envoyés à l´arène. Les autres, soit on les décapitait, soit on leur coupait un membre. Marc voulut répondre mais son interlocuteur reprit la parole.
-"Oui, je vois que tu sais ce que c´est. Un duel à mort, opposant deux pauvres types comme toi et moi, sous le regard avide de toute une population. Tu n´imagines même pas la peur que cela engendre."
-"Mais, pourquoi moi?"
-"Vu ton air, tu n´as pas du boire que de l´eau hier... Va savoir ce que tu as fait après ça."
Marc essaya de se remémorer sa soirée mais plus il essayait, plus c´était flou. Déjà que sa mémoire était défaillante, ce n´était pas l´alcool qui allait l´aider. Marc était plongé dans ses pensées lorsqu´il remarqua que tous les fixaient avec un regard admiratif, lui et l´ancien. Même les gardes ne pouvaient dissimuler une sorte de respect à son égard. "L´ancien" reprit la parole une nouvelle fois.
-"S´ils me regardent tous comme ça, c´est parce que je suis le meilleur."
-"Le meilleur?"
-"Mais durant les combats, voyons! Je n´en ai jamais perdu aucun. Et heureusement d´ailleurs, sinon je ne serais plus là pour le raconter. Ca fait trois ans que je suis ici, à me battre quasiment tous les jours."
Marc prit soudainement conscience de la température extrêmement basse qui régnait dans la pièce. Des frissons vinrent le chatouiller les mollets et remontèrent tout le long du corps. Il trembla et les quelques premiers mots qu´il prononça furent à peine audible et saccadés.
-"Trois ans? Et qu´as-tu donc fait pour mériter cela?"
-"Une broutille. J´ai tué mon beau frère qui refusait de me régler la dette qu´il me devait. Selon la Loi, je peux le forcer à payer mais j´ai du mal comprendre. Enfin, c´est la vie."
-"Mais si tu es le meilleur, tu ne crains rien alors."
-"Bon, tu m´as l´air sympathique, alors je vais te confier mon secret. Je suis le meilleur car... je suis le plus peureux. C´est la peur qui me motive à terrasser mon adversaire. J´ai toujours été très timide et rien que l´idée d´apparaitre devant un tel public m´emplit de craintes. Je ne sais pas comment, mais la peur me donne la force de combattre et je ne me focalise plus que sur mon ennemi. Et je redoute depuis longtemps le jour où je prendrai confiance en moi. Ce sera la fin..."
Marc resta bouchée bée. On lui avait toujours raconté que les héros et divers manieurs d´armes n´avaient jamais peur et partaient au combat fièrement et sans crainte. Peut-être que les histoires ne sont qu´un pâle reflet de la réalité après tout. Enfin, il faut dire qu´il n´était pas toujours facile de faire la part des choses, surtout en ces temps de guerre. C´était aussi pour ça que la justice était atrocement injuste, justement. Le pays avait déjà beaucoup de difficultés pour combattre en dehors et il ne lui était alors pas nécessaire de s´attarder à des criminels et des bandits de grand chemin. C´était ce qu´on appellait la "Justice Expéditive". En outre, cela calmait le peuple et lui faisait penser à autre chose que la guerre.
Soudain, un gardien s´approcha de la porte et se mit à hurler.
-"Main de fer, ici!"
Marc s´étonna.
-"Main de fer? Que veut-il dire par là?"
Ce à quoi son interlocuteur répondit en rigolant.
-"Ho, ce n´est que mon surnom. J´ai la fâcheuse tendance d´assomer mes adversaires d´un coup de poing, quand j´en ai l´occasion. Enfin, je vais devoir te laisser. On m´attend pour le combat. Si j´en reviens, je pourrai peut-être t´apprendre quelques astuces et ruses pour t´en sortir."
-"Hé bien, merci et bonne chance. Et j´espère te revoir."
"Main de fer" quitta la cellule de la prison et dans l´entrebâillement de la porte, Marc le vit prendre une arme qui scintilla grâces aux lumières disposées sur les murs et le plafond. Il s´éloigna dans le couloir, une ombre s´étirant de plus en plus sur lui pour finir par le cacher complètement, tandis que la porte se refermait sur Marc. Ce dernier alla se rasseoir et se rendormit dans ce petit monde où chaque jour des hommes et des femmes mourraient sous le regard amusé de milliers d´autres personnes.