Bonjour tout le monde
Voyez-vous, j´ai été écrivain dans ma jeunesse, qui a été quelque peu mouvementée. Je ne le suis plus beaucoup aujourd´hui, ainsi mes rares écrits ont été pour la plupart faits entre 13 et 14 ans. J´ai récemment retrouvé une feuille de papier sur laquelle j´avais griffoné une nouvelle (j´écrivais petit à l´époque) que voici. Il faut savoir que l´état misanthropique dans lequel j´étais s´y voit beaucoup (d´ailleurs m´en reste beaucoup aujourd´hui ^^).
Je sais aussi que j´avais fait non pas des suites mais d´autres nouvelles plus courtes sur le même thème, mais je ne les retrouve pas. De toute façon, celle-ci est celle la plus importante, je crois me souvenir qu´à la fin, j´essayais d´entretenir deux mystères : 1/ L´homme dont il est question va-t-il parvenir à survivre ? 2/ L´homme est-il fou ou bien y a-t-il réellement une "chose" ?
Voici sans plus attendre cette nouvelle, rien n´a été changé (à part quelques fautes corrigées), soyez indulgent : j´avais 13 ou 14 ans et j´avais pas toute ma tête :
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Mouvement
Jamais il n´avait pensé être poète, même en de telles circonstances, et c´étaient pourtant des lettres, des mots, des phrases qui défilaient dans ses pensées, si rapidement qu´il ne pouvait même pas en saisir un sens quelconque; mais qu´importe, si le sort avait voulu que l´esprit poétique habite si tardivement cet homme d´affaire on ne peut plus commun, c´était presque comique, ou peut-être est-ce dans ces moments-là que l´on prend conscience des choses que l´on considère comme futiles. La poésie n´avait jamais été son domaine de prédilection, peut-être aurait-ce pourtant été son destin d´achever ses publications dans le journal économique de la région pour débuter dans celui des arts écrits s´il ne se tenait maintenant face au vide, devant une fenêtre brisée au quarante-cinquième étage d´une tour parisienne dont l´uniformité l´avait jusqu´alors toujours dérangé.
L´éclat du verre avait déjà du être entendu, on cherchait sans doute sa provenance, plus bas on voyait des cyclistes s´arrêter, et fixer cette silouhette floue penchée à une fenêtre. Des badauds avides, pensait-il, qui comme lui auparavant avaient besoin d´être témoin d´une dose quotidienne d´exclusivité, la plus spectaculaire et médiatique possible par exemple, comme le quatrième suicide de la tour Montparnasse. Que de faux espoirs, pour en avoir été il savait bien que ces hypocrites attendaient de lui qu´il fasse son pas en avant. Soudain il reprenait conscience de sa misanthropie grandissante, et n´en était pas surpris. Ce qui le surprenait en revanche, c´était le fait qu´il continuait, malgré la foule grandissante en bas de la tour, à réfléchir vainement alors qu´il s´était mis en tête de ne pas laisser une seconde de plus à la chose qui rongeait peu à peu sa conscience. Il avait besoin de faire une nouvelle fois le point avant de la tuer avec lui, et paradoxalement, alors qu´il n´avait très peu de temps avant que la porte de son bureau ne s´ouvre, il voulait se raconter une dernière fois l´histoire de cette chose, comme si sa manie de rédiger des comptes rendus le suivait jusqu´aux prémices de la mort.
La chose - comment pourrait-on appeler quelque chose qu´on ne connait pas et qu´on ne comprend pas, sinon par ce terme largement utilisé dans toutes sortes de romans de gare ? - n´était jamais réellement apparue, il lui semblait qu´elle était en lui depuis sa naissance, peut-être était-ce dans ses gènes après tout ? Peut-être était-il fou ? Il se plaisait à rejeter la responsabilité de son éducation chaotique sur la chose. Pourtant né de bonne famille, il s´était plu très tôt à rejeter toute communication avec l´extérieur, non par peur, mais plutôt par résignation inconnue, c´était comme si la chose lui interdisait d´apprécier ne serait-ce que ses proches. A grand renfort de rendez-vous chez le psychologue, il avait pourtant daigné jeter les bases d´une communication durable avec son environnement humain. Le temps avait ensuite fait son affaire, et tout était rentré dans l´ordre. Dans l´ordre... Cette expression lui décrocha un faible rictus nerveux. Déjà par conséquent scolairement en retard, c´est au collège que la chose avait clairement refait surface. Il était resté timide et très calme jusqu´alors, il ne comprenait pas le concept d´amitié ou d´amour, ces deux notions qu´il disait virtuelles et donc très probablement inutiles, et cela ne le dérangeait pas le moins du monde, il ne ressentait aucune envie de ressembler de près ou de loin à ces jeunes adolescents faussement tourmentés de sa classe. Et pourtant cette indifférence même l´avait poussé à agresser sans raison un des élèves les plus convoités, les plus superficiels qu´il avait connus. Il avait sans bronché, et naturellement, reconnu avoir brisé son épaule et son bras gauche, et avait été renvoyé dans la plus grande consternation. Encore une fois, il se défilait aujourd´hui, préférant mettre ceci sur le compte de la chose qui l´avait inconsciemment poussé à effectuer ce geste qui lui paraissait plus symbolique que bénéficiant d´une quelconque utilité.
Là encore, le temps avait permis à ses parents d´oublier cet événement qu´ils ne s´étaient jamais expliqué, et lui moins encore. Le restant de sa scolarité au collège avait été également malmenée par la chose qui lui commandait inconsciemment des gestes et volontés inhabituelles. Puis peu après ses 18 ans, il avait réellement pris conscience de son cas : l´emprise du monde moderne et sa remise en question l´inquiéta. Sa génération entrait dans la période où le mot révolution est à la bouche de bon nombre de grands adolescents. Lui aussi partageait ce dégoût de la société, cette envie de "tout envoyer en l´air", mais lui ne défendait aucune idée, si ce n´était celle de ne plus voir aucun être humain vivant encore sur Terre. Du nihilisme peut-être, pensait-il aujourd´hui, mais un nihilisme destructeur, ce qu´il voulait n´était clairement pas le bonheur de l´humanité. S´il n´avait appris à se contrôler, s´il s´était encore comporté comme dans ses plus jeunes années, il ne s´en serait alors pas tenu qu´à de simples bris d´os pensait-il. Pourtant il était parvenu à rejeter au plus profond de lui-même cet état d´esprit, et s´était fondu à la masse des anciens révoltés qui s´intégraient à la société pour tracer un avenir banal, comme les autres.
Les années qui avaient suivi avaient été étrangement linéaires, une école de commerce, un emploi stable à la deuxième tentative, il était même parvenu à épouser une étudiante de sa classe et à feindre de l´amour, ce qui, lorsqu´il s´en rappelait, était impensable vu l´état d´esprit dans lequel il avait été depuis sa naissance. La chose s´était clairement installée, et bien qu´il voulait sans cesse alors refuser son existence, il sentait bien que sa vie n´était que secondaire, avant tout, ce qui prenait la plus grande part de son esprit était cette volonté dissimulée d´agir contre la gangrène de la Terre : l´humanité qui l´avait défigurée. Et pourtant il refusait de voir cette idée, et se traitait parfois de fou, mais toujours, craignant peut-être que se dessine parfois sur son visage une colère apparemment injustifiée, il prenait soin de ne rien laisser transparaître. Sans doute pensait-il pouvoir vaincre la chose ainsi, mais tous les jours elle revenait à la charge.
On court dans le couloir, ses collègues avaient du enfin localiser son bureau, d´où il s´apprêtaient à sauter. Ils s´étaient mis à cogner à la porte, la nausée l´envahissait, il tremblait mais ce n´était pas de la peur, il savait que la chose protestait, il ne fallait pas qu´il saute, il avait de grandes choses à accomplir. Il essayait encore une fois de fermer son esprit à la chose, mais grande était la tentation : il n´avait pas été mis au monde pour finir sa vie dans un fait divers, il ne pouvait s´y soustraire, son destin était de combattre son espèce, de détruire cette anomalie qui s´était produite dans le règne animal. Il sentait sa volonté propre le quitter, bientôt ce ne serait plus lui voudrait, mais la chose. Son seul recours semblait encore se souvenir de comment la chose s´était montrée ces derniers jours, il fallait qu´il se souvienne de comment il l´avait haïe, quand il pouvait encore la haïr.
Il y avait peu, il avait baissé la garde, son masque d´homme d´affaire sans histoire avait été transpercé sans qu´il s´en aperçoive. Il pensait que cette position politique d´extrême-droite qu´il avait adoptée était la sienne, en y réfléchissant, peut-être le savait-il après tout, il était surtout bien heureux de croire détenir une volonté autre que celle de la chose. Petit à petit était apparue une dérive raciste, ce qui ne l´avait que peu inquiété, c´est lorsqu´il s´était rendu compte par la suite que par cet état d´esprit raciste renaissait peu à peu sa haine envers l´humanité entière qu´il avait enfin compris que la chose attaquait maintenant en détour. C´est à ce moment-là qu´il avait cessé de refuser de voir l´évidence, il y avait bien une chose en lui, qui le poussait à haïr l´humanité. A cette époque, il savait qu´il était trop tard pour tenter quoi que ce soit, il était perdu, à demi effondré sur lui-même, la chose avait pris de plus en plus de place, elle s´était déjà emparée de lui en grande partie, il était devenu en quelques jours violent, haïssable, et son esprit était plus que confus, il ne savait s´il se plaisait dans cette haine maintenant à découvert, ou s´il voulait encore la combattre.
Les quelques jours qui avaient suivi cette soudaine prise de conscience avaient été lourdes en réflexions, celles-ci déjà étaient largement souillées par la chose, il le savait. Il était sur le point de se séparer de sa femme, à laquelle il avait craché toute la haine qu´il avait emmagasinée contre cette fausse relation qui n´était pas conforme à son état d´esprit misanthrope, de lourdes cernes pendaient sur un air mauvais et nerveux, il ne prenait plus la peine de se raser, ni même de se laver, il ne pensait plus qu´à haïr la chose, et à subir ce qu´elle lui commandait de faire. Ce matin-là, il n´avait pas résisté, et avait cedé à l´assaut de la chose. Il était clair qu´aujourd´hui serait sa fin.
On tentait maintenant d´enfoncer la porte qu´il avait rapidement fermé à clef, tiré de ses songes forcés, il avait fermé les yeux et tendait le pied dans le vide, prêt à balancer le poids de son corps en avant. En l´espace d´une seconde, la chose lui parlait. Comment pouvait-il avoir la prétention de se défiler ainsi à son destin ? Comment pouvait-il croire que la chose ne contrôlait que lui ? Non il n´était pas le seul à bénéficier de cette clairvoyance, s´il mourrait, ce n´était qu´une faible perte, car elle était présente chez d´autres. Il ne pouvait sauver le monde en se sacrifiant, car le monde était déjà condamné. Il n´était qu´une partie de la chose. Il avait rouvert les yeux et regardait fébrilement au loin. Il était fou, sans aucun doute, dans sa tête naissaient ces idées confuses, la chose n´avait jamais existé, il était fou. Et pourtant il voulait savoir qu´elle existait, ce n´était pas sa création, c´était la fin de l´humanité qui l´habitait, cette envie de destruction qu´il couvait depuis sa naissance et contre laquelle il avait combattu, d´autres y céderaient. Il le savait, Contre toute attente, la fin de l´humanité viendrait de l´humanité elle-même. Etait-ce Dieu ? Etait-ce la nature qui corrigeait sa plus grande erreur ? Qu´importe, l´humanité devait disparaître.
La porte avait cedé, des gens entraient et s´approchaient en criant, mais il ne pouvait plus les entendre, sa conscience menait son dernier combat contre la chose qui semblait la vaincre, toujours à demi dans le vide, un pied sans support, s´accrochant aux murs intérieurs et extérieurs, une sensation de vertige s´emparait de lui, il ne devait pas mourir, mais il le voulait, c´était auquel de lui ou de la chose qui parviendrait à crier le plus fort, il voulait résister et lancer son corps en arrière, mais la chose l´en empêchait.
Soudain, secoués comme par une décharge électrique, ses membres s´étaient dérobés de leurs emprises : la chose avait vaincu, il fronçait à présent les sourcils comme par soumission à celle-ci. Un grand cri lui était parvenu aux oreilles, il avait glissé et ne se tenait maintenant plus qu´à la force des mains sur les bris de verre qui lui transperçaient les paumes, mais cela lui était égal, la douleur faisait partie du passé, il devait utiliser ce que l´être qu´il était avant lui avait laissé de force pour se hisser et attraper la main qu´un humain téméraire de taille moyenne lui tendait maintenant. Un grand rictus torturé était apparu sur sa figure tâchée par le sang qui s´égouttait de ses plaies, un grand rictus qui était moins du à l´effort dont il faisait preuve qu´à la pensée de ce qu´il était maintenant amené à faire. Il faisait partie d´un mouvement d´ampleur planétaire, il prenait plaisir à savoir qui il était et ce qu´il représentait, plus que ce qu´il n´avait jamais été dans toute sa vie auparavant. Sa haine envers l´humanité était si maladivement grande qu´il se promettait d´agir directement après être remonté en sécurité, la chose lui parlait et l´encourageait, de sombres desseins apparaissaient comme un voile devant ses yeux, les autres avaient déjà commencé, le mouvement était en marche, il ne pouvait et ne devait pas mourir maintenant, il devait effectuer sa mission. Il sentait qu´il n´aurait pas la force de tenir plus longtemps, il fallait qu´il attrape cette hideuse main secourante du premier coup.
Avec un grand cri suivi d´un rire nerveux claquant, il avait lâché le rebord de la fenêtre de sa main droite et la lançait en direction de celle de l´homme qui voyait maintenant trop tard cette face défigurée par la haine.
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han vla le junkie au long cheveux!
OUi c´est moi ta chérie^^
JE lirais ton texte, un jour ![]()
Superbe commentaire, cela illumine toute la perception que j´avais du texte, merci mon chéri !