Mon troisième et dernier instant de vie... jusqu´à un certain temps tout du moins 
Bon, à cause d´un manque de recul je ne sais trop quoi en penser...
Il se fait tard, mes yeux commencent à ressentir le poids de la journée passée... Je ne vais pas tarder à éteindre la lumière, d´autant que depuis plus d´une heure je ne fais que baigner dans mon propre imaginaire, me concentrant uniquement sur mes pensées, bras croisés, jambes tendues, tranquillement assis sur mon lit et drapé d´une couverture. Je pratique cette activité de méditation quasiment tous les soirs, si bien que j´en suis presque devenu dépendant. En y réfléchissant bien, c´est le seul moment de la journée où je me sens totalement apaisé et délié de toute obligation, si bien que l´on peut prendre cet instant nocturne pour un havre de paix intérieur. Qu´y a-t-il de plus reposant que la cogitation dans l´ambiance douce et feutrée d´une chambre calme, baignant dans la chaleur d´une lumière jaunâtre et rassurante ? Je renoue avec mon être, j´ai besoin de me retrouver face à moi-même, de faire un monologue interne pour recomposer, analyser et juger tous les petits instants qui ont formé et pimenté ma journée. Tout n´est que silence autour de moi... ou presque. J´entends les bruits de mon propre corps, tels que les gargouillis de mon estomac, ou bien encore le battement lent et régulier de mon coeur... Tous ces petits sons habituellement inaudibles prennent dans ma chambre une ampleur démesurée.
Il est clairement temps pour moi de me coucher réellement. Je me laisse lentement glisser à l´intérieur de ma couverture, les mains de Morphée tirent mes pieds pour m´attirer dans l´au-delà de ma conscience. Ma tête se trouve désormais enfouie dans mon oreiller, je ne peux m´empêcher de fermer mes yeux... immédiatement je tombe dans un vide sans fin et sans couleurs, qui ne joue qu´avec mes sentiments. Dans un éclair de lucidité, j´ouvre mes yeux en grand. Où suis-je, qui suis-je ? Comme à chaque réveil, aussi court soit le sommeil, je vis un léger moment de suspension.
La mémoire me revient, je me rappelle que je devais éteindre ma lampe de chevet. Seulement, le sommeil n´a pas complètement disparu, si bien que je me retrouve paralysé par la fatigue... Je vois l´interrupteur, mais je ne parviens pas à commander ma main gauche de sorte à ce qu´elle vienne vers le bouton. Je tente alors une méthode alternative : plutôt que "demander" à mon esprit de faire bouger ma main, je m´efforce de la visualiser. Se forme dans mon esprit des doigts... des ongles apparaissent, puis la partie plus inférieure se révèle également... tout fini par se détailler. Au final, je vois même les pores de ma peau. J´imagine alors ma main bouger, se mouvoir dans l´espace pour finalement actionner l´interrupteur. Malheureusement cela ne se passe pour le moment que de façon abstraite, dans ma tête. Je tente donc, dans un grand effort intellectuel, de transformer cette simple pensée en action concrète. Cela est plus difficile qu´il n´y paraît, oscillant contre mon gré entre réalité et imaginaire, de telle sorte que je ne peux m´empêcher de croire à la réalisation de cette action, alors qu´elle n´est pour l´instant que le fruit de mon imagination. Ma logique se retrouve inhibée le temps du songe, je ne comprends l´état dans lequel j´étais que après avoir pris conscience que cette rêverie n´a eu aucune incidence sur le monde réel.
Je fixe avec persuasion cet interrupteur... après un grand effort de volonté, je fini par éteindre la lumière. Immédiatement, me voilà plongé dans un autre monde, une dimension parallèle où l´un de mes sens disparaît. Le changement brutal de luminosité provoque sur moi une cécité temporaire... Mes perceptions changent dans cet obscur silence presque inquiétant, des perceptions aussi bien d´ordres visuelles que sonores : je ne perçois pas les même sons qu´en pleine lumière, dans la nuit j´entends les tic-tac mécaniques et synchronisés de ma montre ainsi que de mon réveil. Les deux se complètent, le son a pour forme "tic-tic-tac-tac", et en écoutant bien je remarque une certaine irrégularité dans ce son, d´une micro-seconde tout au plus. J´entends également le son faible mais angoissant de la ventilation sur l´étage du dessus... Un son calme et doux, mais au fond assez inquiétant. Je ne reconnais plus ce doux foyer qui m´était si familier et rassurant...
Au milieu de l´obscurité, une lueur verdâtre déchire le noir profond : c´est l´horloge digitale de ma chaîne hi-fi. Au début ce n´est qu´un petit rectangle lumineux qui semble étouffé par l´obscurité environnante, mais progressivement cette lumière parvient à se répandre dans toute la pièce. Passé un temps, je peux deviner les meubles qui composent ma chambre, se forme devant mes yeux des courbes, des traits, puis des objets représentés dans un espace en trois dimensions. Plus les minutes défilent, plus mes yeux reçoivent de nouvelles informations, toujours plus complexes à décortiquer, analyser et interpréter. L´inconnu peut laisser préjuger des monstres ou de quelconques entités maléfiques... Cependant, plus la lumière s´intensifie, plus tout semble net, si bien qu´à la fin je n´ai aucun doute sur ma chambre.
Apaisé, je me love tranquillement dans ma couverture comme un foetus dans le ventre de sa mère, et finalement je ferme les yeux pour m´envoler dans un autre monde fait d´émotions et de sensations.