"La personnalité créatrice doit penser et juger par elle-même car le progrès moral de la société dépend exclusivement de son indépendance."
Albert Einstein.
Un homme d´affaires, de noir vêtu, l´air stricte, impassible et plutôt pressé, durant un séminaire, marchait droit devant lui dans la froideur de cette rue de métropole à des milliers de kilomètres de chez lui et aurait immanquablement accéléré le pas à la vue du temps que lui impartissait le bracelet en argent noué à son poignet pour arriver à temps à sa réunion, si quelques notes musicales n´avaient pas réchauffer momentanément la glace qu´il avait à la place du coeur. Les vers noirs de ses lunettes se tournèrent vers l´origine de cette chaleur subite. Un drôle d´autochtone agitait passionnément ses doigts gelés sur les cordes de sa guitare et tentait vainement de retenir l´attention et la charité des passants de sa voix rauque. Il obtint celle intéressée de l´homme d´affaire, celui-ci s´approcha et lui tint ces mots : "Quel talent vous avez là, vous feriez un tabac de l´autre côté de la manche, croyez moi ce public ne vous comprend point mais moi-même étant originaire de l´autre continent je vous assure que vous y recevriez un franc succès ! Je serai d´ailleurs heureux de vous y aider et de contribuer à cette imminente gloire ! ". Après un regard circulaire sur l´accoutrement de son interlocuteur puis une fraction de seconde de réflexion pour comprendre que l´espoir qu´il poursuivait depuis si longtemps se tenait enfin devant lui, l´autochtone se leva soudainement et serra franchement la main de l´homme d´affaires en guise de marché conclu.
Une fois la manche traversée et après avoir démontré son talent aux supérieurs de l´homme d´affaires, l´autochtone se trouva avec un contrat dans les mains. L´occasion était trop belle, son rêve se réalisait. Il enregistra en studio les morceaux qu´il avait jusque là composés dans la rue. L´homme d´affaires les modifia, selon lui pour en faire "des machines à tube". L´autochtone, trop heureux du comte de fée qu´il vivait ne broncha pas une seconde et ce petit détail n´effleura même pas son grand bonheur.
Le jour suivant l´homme d´affaire lui suggéra de couper ces longs cheveux et sa barbe. Trop content du succès que commençait à rencontrer la nouvelle vedette, celui-ci s´exécuta même avec enthousiasme.
Le jour d´après l´homme d´affaire lui suggéra de refaire ce nez qui était trop écrasé et ce menton qui était trop large ainsi que de perdre du poids. L´autochtone devenue étoile montante et épanoui par son succès qui grandissait chaque jour, fit refaire ces parties disgracieuses de son corps et maigrit par reconnaissance à l´homme d´affaires qui était en train de faire de lui battir au fer rouge un nom dans le monde et l´histoire artistique. Avec toute cette popularité, l´autochtone allait pouvoir venir en aides aux gens qui connaissent la misère autant qu´il l´a connu dans le passé.
Mais un jour plus tard, pour un concert, l´homme d´affaires amena un costume à son poulain totalement hors de ses goûts vestimentaires, puis le jour prochain modifia radicalement son répertoire musical, mais à quoi bon rouspéter : l´autochtone en gagna encore plus de renomée et était à présent l´idole des jeunes. Les paroles d´espoir et de paix de ses anciennes compositions s´étaient transformés en texte banals et mégalomanes. Les mois passèrent et la nouvelle idole souriait de moins en moins. Au rythme gigantesque au quel grandissait son succès, sa passion s´estompait. Les journées qu´il passait autrefois à chanter pour colorer les quelques âmes grises des passants étaient belles et bien révolues et à présent il avait le privilège de subir chaque jour les contrats publicitaires que lui avaient fait signer l´homme d´affaires et devenait plus riche chaque seconde qu´il respirait, comme si l´atmosphère devait payer les bouffées d´air qu´ils voulaient bien absorber dans ses poumons. Partout dans la rue son visage était placardé sur des affiches. Puis partout sa voix résonnait à la radio, partout on le voyait à la télévision, partout dans les journaux télévisés on lui réclamait une interview. Il sortait : la foule l´engouffrait, lui suppliant un autographe ou une autre quelconque trace de sa noble personne. Son agenda surchargé ne lui laissait que le répit pour boire, manger et dormir... un peu. Les fêtes où il était invité, l´alcool qu´on y servait, la drogue qu´on y consommait, tout cela lui occupait trop l´esprit pour se rappeler les promesses qu´il avait faites aux miséreux. Après tout, qu´ils s´en sortent seul c´est minable comme lui même s´en était sorti, la gloire cela se mérite et se provoque, lui il n´avait pas attendu qu´un beau jour quelqu´un vienne le chercher dans la rue...
Le téléphone raisonne dans le luxueux loft de l´idole. Comme tous les jours il raisonne une centaine de fois pour recevoir les bons conseils des spécialistes. L´homme d´affaires est au bout du fil "Ton teint est trop sombre, on doit t´éclaircir la peau tu fais trop autochtone tu as rendez-vous chez le chirurgien !" Le téléphone retentit encore alors qu´une demie seconde s´était écoulée après la communication précédente. Un autre homme d´affaires était au bout du fil. "Je t´ai entendu dans ta dernière interview, sincèrement tu t´exprimes comme une vache espagnol, tu as rendez-vous avec l´orthophoniste !" Le téléphone retentit encore alors qu´une demie seconde s´était écoulée après la communication précédente. Un autre homme d´affaires était au bout du fil. "Tu es trop maigrelet tu as rendez-vous avec un professeur de sport qui connait de très bons produits..." Le téléphone retentit encore alors qu´une demie seconde s´était écoulée après la communication précédente. Un autre homme d´affaires était au bout du fil. "Les yeux vert te donneraient un côté plus mystique, la tendance est au mystique actuellement, tu as rendez-vous chez l´ophtalmologue".
Sans bruit l´idole raccroche et s´habille.
De retour de ses rendez-vous il ouvre les rideaux pour faire pénétrer la lumière dans sa chambre obscur du quarantième étage d´un building qui surplombait toute cette métropole d´outre manche. Il ne prêtait aucune attention à cette superbe vue qui peignait en gris et bleu le parallèle de ces vertiginueuses avenues. Non, ce n´était pas excitant du tout, il préférait plutôt allumé son écran dernier cri et s´avachir dans son fauteuil cent pour cent cuir signé par un grand designer. La bouche ouverte les yeux mis clos, le visage endolori par les opérations chirurgie-esthétiques il scruta l´écran. Il s´y vu. Chantant le dernier morceau qu´on lui avait suggéré de chanter. Il se vit défiguré par un sourire radieusement blanc et transpirant la bonne santé grâce à son teint occidental qui n´étaient pas à lui, mystérieux avec ce regard perçant d´yeux vert qui n´étaient pas les siens, ridiculisé par des habits de très bon goût qui n´étaient pas les siens, d´un style qui n´était pas le sien, ignare avec ce slogan stéril vantant les mérites d´une boisson énergisante avec une prononciation parfaite et éloquente qui n´était pas la sienne. Il étouffait, suffoquait dans un lieu capitonné et grossièrement luxueux qu´il avait arboré grâce à un succès qui n´était pas le sien. Puis il se vit au quarantième étage de sa tour un vingt-cinq décembre, seul dans son fauteuil à dix mille dollars, le téléphone habituellement si bavard, muet, son loft vide bruyamment tapissé par un silence de mort, ses yeux secs. Toujours en apnée il avait le sentiment d´être pris dans une crevasse. Il avait besoin d´air, d´espace, il se précipita à la fenêtre qui surplombait des kilomètres de ville. Il ouvrit les fenêtres et aspira la bouche grande ouverte à s´en rompre la mâchoire l´air de l´automne. Il n´y parvenait pas. Il avait beau mettre toute sa force dans ces aspirations une barrière l´empêchait d´aérer ses poumons. Pris de vertiges il s´agenouilla et regarda dehors, un homme adossé aux vitrines d´une boutique. Ce clochard jouait avec un entrain qu´il n´avait alors jamais vu auparavant, il était absolument transporté et souriait comme personne ne pourrait se le permettre. Il criait, dansait, chantait, fit courir ses doigts à une vitesse ahurissante sur sa vieille guitare désaccordé. Cette vue mit en émotion l´idole, qui était là agenouillé, en apnée, les yeux engloutit de larmes. Il sentit sa gorge se déchirait, il fut aveuglé et assourdi par la force de ses sanglots.
Totalement enragé il brisa la grande baie vitrée de ses mains nues, qu´il ne reconnaissaient pas. Dans le verre brisé il voyait son visage monstrueux qui n´était plus celui d´un homme mais d´un produit de consommation. Il se surprit à récité un slogan "Avec la boisson énergisante FOROBOT métamorphosez votre corps et dépassez les limites humaies !" . A petits pas, les yeux vides, rougit par la honte l´idole recula de quelques mètres. Il courut aussi vite que l´aurait permis FOROBOT tellement vite que le slogan semblait se confirmer, son corps n´était plus humain. Le vent soufflait aussi fort qu´un cyclone dans le loft et les bras déployés, l´idole plongea dans le vide des quarante étages du building. Maintenant il se voit de retour dans son carton, enfoui sous une couverture dans la froideur de la nuit. Il joue un titre qu´il a mit des mois à composer depuis son retour et ses désillusions d´outre manche, en compagnie de la famille que lui a donné la rue. Il entend les éclats de rire provoqués par le plaisir des notes colorées. Il sent la vague d´émotion qui cogne dans sa poitrine au moment ou le cercle immense de ses trois personnes les chères l´entoure, l´écoute et se lève comme un seul homme pour danser. Le sol devint de plus en plus net, le vent soufflait toujours et sa force modifia les traits du visage de l´idole lui rendant ceux de l´autochtone qu´il fut. Il eut un sentiment de renaissance et d´authenticité, profita de cette éternité de fraction de seconde qui le tenait en lévitation et pensa sereinement "Je suis encore un homme".
Lu, l´histoire est un peu banale: elle me fait déja penser à beaucoup d´autres mais j´avoue que celle là est plaisante.
C´est bien ecrit, j´ai eu aucune difficulté à le dire.
Une bonne moral pour dire aussi autant rester authentique.
Merci à toi de nous faire lire un bon texte.
Je rajoute pour dire que le titre est très accrocheur
!
merci ;)
c´est extrèment lourd, il faut vraiment diviser par trois minimums tes phrases, ne pas abuser non plus des accumulations.
BOn ca c´était niveau style, mais on voit que t´as du vocabulaire, et que tu n´es pas hermétique au descriptions, très bon point, pour écrire.
Quant au sujet, bah c´est traité de manière très banale, il faut rallonger, rallonger encore et encore, tout cela, c´est trop court, tu ne nous dit rien de nouveau, tu ne fais pas trop passer.
LE sujet est intéressant et ce que tu veux le faire passer, je le sens aussi intérêt, mais là c´est cliché, vraiment trop, il faut que tu prennes ton temps pour décrires réellement une atmosphère des sentiments, il faut que tout ça traine.
On a l´impression d´un récit, ca perd le coté écriture à aller trop vite.
Mais sinon je dois avoeur que le titre donne vraiment envie de lire le texte.
ET je pense que je lirai tes autres textes malgré tout ![]()
merci des conseils ;)
En effet le texte est court mais c´est voulu, je devais faire un apologue.
C´est vrai que j´ai pêché par banalité, et je suis dégouté que tu m´apprenes que c´est cliché de surcroit xD !
pour la lourdeur, ouais j´avoue , les accumulations j´aime bien, les grandes phrases jpeux pas m´en empecher, peut être est-ce cela "mon style" peut être est-ce une lacune, je laisse le temps d´en décider. En effet j´aurai pu m´étendre un peu plus sur l´atmosphere du récit, c´est paradoxale j´écrit des phrases très longues même lourdes souvent et pourtant je veux toujours absolument éviter l´effet patisserie écoeurante.
En tout cas voilà qui m´a encouragé à poursuivre d´écrire ici. N´hésitez pas à commentez toutes critiques n´en est que trop bénéfique ;)
d´autres avis?
Faire de longues phrases n´est pas un défaut en soi... il faut juste beaucoup les travailler pour les rendre le plus clair possible. Il faut aussi savoir bien où placer les virgules. Ça peut sembler difficile dit comme ça, mais en réalité il te suffit de lire ton texte à voix haute, tu trouveras instantannément les endroits où ça sonne bizarement.
Je sais pas si je t´apprend quelque chose en te disant cela mais bon, on ne sait jamais
Sinon pour le texte en lui-même, je le trouve pas mal bien que le style soit un peu lourd parfois... je reconnais le mien parfois, qui souffre lui aussi de temps à autre d´excès d´accumlations ![]()
Cependant, je trouve cela très prometteur, j´espère un jour lire de nouveaux textes de toi.
merci beaucoup ! c´est très encourageant, je reposterai ici c´est sur :D