D´où venaient ces larmes ?
De la terre même je crois, cette terre qui recouvre le passé et nos aïeux. En douzes ans, c´est la seule qui put faire fléchir ce regard. L´incapacité est peut être l´une des pires frustrations, pour un homme. Pour cet homme particulièrement qui s´était retrouvé à quatre reprises dans ces situations, où il avait beau faire, rien ne changait. Vous croyez peut être, comme lui, que ces fleurs épanouies de la tristesse ne méritent pas toute l´attention qu´on leur accorde. Vous avez raison. Les gens pleurent trop facilement, se plaignent trop facilement, et souffrent avec paresse. La peine a perdu son sens, s´est banalisée. Elle était pourtant si belle, si intriguante, quand elle marquait la rutpure d´un présent et de son passé. Oui vous avez raison, les larmes ne méritent pas leur attention. Mais celles ci ne sont elles pas différentes? Quand il marchait dans la rue, rien dans son visage, son attitude, sa tenue n´indiquait qu´il pleurait. Ses yeux non plus ne montraient aucun signe de tristesses, ils n´étaient ni rougis ni bouffis. Rien ne trahissait la douleur qui l´affligeait, pas même son regard qui semblait dur, perçant. Pourtant il y avait ses larmes, qui venait de ce corps qui refusait de pleurer. Elles sont apparues à quatres reprises en douzes ans. Quatres fois en tout et pour tout. Je crois que leur rareté méritent qu´on leur porte quelqu´intérêt.
Peut être aussi parce que ce matin, elles croisaient des dizaines de gens qui ne virent en elles qu´une illusion d´optique. Ces gens-là passaient, apercevaient ses larmes, puis le remarquaient, lui qui ne semblait pas triste, qui ne semblait même pas pleurer. Puis il y eut cette hésitation, mais elle ne dura pas, tout était allé trop vite. Il ne pleurait pas, cela seul leur importait, d´où venaient ses larmes, personne ne s´en préoccupe.
Je crois que c´était simplement le chagrin d´un homme, des larmes comme on en voit peu. Pourtant bien des hommes pleurent parfois, mais ce sont des moments particuliers, où ils redeviennent des enfants pour pleurer un instant. Lui n´était pas redevenu un enfant cette fois là. La chose est simple, depuis qu´il avait sept ans la terre recouvrait le corps de son père, et lui volait ses traits. Il avait pleurer le jours de son départ, parce que son père ne le connaitrait pas, qu´il ne serait pas là pour lui. Il aurait voulu qu´on soit là pour lui, qu´il puisse lui parler de ses activités, et peut être même plus tard de la femme de sa vie, de ses doutes lors de son mariage. Il pleurait réellement pour la première fois de sa vie à ce moment là, quand il comprit, qu´il aurait beau faire, souffrire, pleurer, se battre, il n´aurait pas de père, il serait seul. C´est aussi à ce moment là que son corps refusa dorénavant de pleurer. Il y avait dorénavant marqué au plus profond de sa chaire, cette lecon "La souffrance et les larmes ne servent à rien, elles n´ont pas de place en ce monde.".
Mais ce n´étaient que les cri d´un enfant, alors que ce jour là, il était un homme, et les larmes venaient d´autres parts.
Il n´avait pas retrouvé son père, et il était toujours impuissant, mais la peine qui le submergait, n´était plus la même. Il ne regrettait pas de ne pas avoir eu de père, d´avoir été seul, sans personne à ses cotés. Il s´en était sorti après tout, cela n´avait pas été simple, mais il avait tout enduré. Sa femme, il ne la lui présentera toujours pas, ses doutes, il les gardera pour lui, comme il l´a toujours fais. Certains soirs cela le mine, c´est vrai. Une semaine par an, il n´arrive pu à supporter ce fardeau qui dura toute sa vie, cette fatigué de marcher chaque jour seul sur ses frêles jambes déjà trop usées par son l´enfance. Mais cela ne valaient pas des larmes, c´était la vie : Injuste et cruelle, mais terriblement belle. Non là c´était différent, la tristesse qui broyait son âme, était entièrement dédié à son père. Un hommage désolé, sans toutes les accusations de celles qu´il avaient auparavant versées. Il ne voulait plus que son père le connaisse, ce matin il voulait connaitre son père, lui poser des questions sur sa vie. Il savait que son père avait vécu une vie très riche et très dure. Mais jamais il ne s´était intéressé à sa vie, s´il avait regretté auparavant de ne pas le connaitre, c´était qu´il cherchait jusque là l´image d´un père. Mais aujourd´hui il aurai voulait savoir qu´elle homme il était lui, à vrai dire peu lui importait même qu´il soit son père, il voulait connaitre cette homme, qui l´avait enfanté. Il savait qu´il avait en lui des blessures, mais jamais ils n´en ont parlé, et jamais ils n´en parleront. Il y avait eu cette guerre d´algérie, qui l´avait marqué, dans laquelle il avait versé son sang, mais surtout son âme. Et la France, cette france qu´il aimait, et cette france qui l´avait trahit. Mais cela remontait à loin, et pourtant, c´était encore là, il le sait maintenant, il n´y pensait pas à l´époque. Comment vivait il dans ce pays? Que ressentait il pour lui? Lui avait il pardonné? Et cette guerre, en rêvait-il encore tout les soirs, où moins fréquemment. Il sait pourtant qu´il n´en aurait pas parlé, pas facilement du moins. Il se refusait à parler de cette guerre, ces morts, et son horreur. Mais il pense que s´il avait été un homme, si lui avais demandé de lui en parler en tant qu´homme... Peut être se serait-il livré à lui. Peut-être aurait il pu le libérer un peu de son passé, c´était son rôle après tout, il était son fils, son empreinte. Il avait du se sentir si seul, à garder cela pour lui, il le comprend maintenant. Il n´aviat que sept ans à l´époque, il n´était pas assez mûr, il n´avait pas le coeur assez grand.Tout le monde le comprend, personne ne le lui reproche. Mais lui il n´en est pas sûr. Il avait sept ans, oui, mais il aurait suffit de quelques questions, et d´un soirée d´attention. Mais il ne les avait pas posé. Il ne pourrait jamais poser toutes ses questions à son père, il ne pourrait jamais lui demander ce qu´il ressent. Un enfant s´intéresse aux actes, mais oublie souvent que les autres ressentent.
Alors quoi? Aujourd´hui il s´en était souvenu, les larmes étaient venus, il s´en voulait. Il était toujours impuissant alors il dédiait ses larmes à son père, et peut être aussi ce texte.
Pour se faire pardonner.
Elles venaient de là ces larmes enfin de compte.