One shot.
Laissons nous dépérir, tous les deux, emportons tout dans la faim. Allongeons nous tous deux, las, petits, et laissons les passer. Laissons nous clore, ensemble l’un dans l’autre, et grandissons dans le noir, sans un murmure. Nos bouches se ferment, longuement, dans de lents gestes, aux postures alitées, douleurs sans nom, nul ne nous voit. Allongeons nos gestes, retardons nos regards, que nous soyons plus longs à vivre, un peu plus longs. Laissons derrière nous ces quelques mouvements, comme les sillages de plusieurs immortels. Essayons de nous rappeler, mais dévorons, petit à petit, tout. Mangeons. Mangeons ces illusions, toute cette prestidigitation, enterrons là, disparue, un jour. Ralentissons. Décélérons. Et quelque part, on tarit, on se bute, on s’interrompt – tout à coup.
Laissons nous dépérir, sans remords, sans regrets, sans espoir. Instantanisés, pendus entre deux secondes. Lassons nous de tendre nos mots vers elles : les mots sont seuls à les atteindre, et ce ne sont pas les nôtres. Incapables de mots.
