L´Affreux. L´Horrible. L´Immonde destin sans intêret de Alexandre Mitchell.
Moi, c´est Alex.
Je vivas en banlieu parisienne, le Kremlin Bicêtre. C´est une banlieu maussade, prés du périph´ parisien, tu y trouves quelques bouchers rebeus qui te vendent quelques carcasses de viandes rouges, des magasins dégriffés, où tu trouvent le dernier CD d´un artiste de Jazz mort en 1953. Je n´oublierais pas non plus les marchés, où courent de vielles femmes en turbans, en voile, qui conjurent Allah de leur donner ce dont elles ont besoin, ce dont leur mari ne pourras pas leur donner. Bref.
A l´époque, j´avais 16 ans, j´etais un "rockeur", un "hardos" comme je me plaisais à le dire, un metallovore quoi ! J´écoutais ce que peu de gens dans mon bled écoutais, et même ne daignais écouter ( Nous, les arabes, on est pas réputés pour notre ouverture d´esprit ). Je m´enfermais dans ma chambre puant la sueur et la poussiére, je mettais un CD de Judas Priest, de Hendrix, de Thin Lizzy, et je m´allongais, contemplant stupidement ce plafond bleu ciel. J´écoutais les oeuvres de ces hirsutes que je qualifiais religieusement de "maitres", de "Dieu" et autre adjectifs aussi laudatifs. Les murs de ma chambre etaient tapissés de posters de Metallica ( lorsqu´ils jouaient encore avec Burton et Mustaine, bien entendu ), de Iron Maiden et autre Def Leppard, mes pieds reposaient sur un tapis oriental que mon grand père avait déniché dans un marché aux puces.
Je jouais alors sur une Gibson Flying V Korina, de 1976, de couleur jaune. C´est mon cousin qui me l´a déniché dans un coin paumé a Marseille. Elle avais vécu, le corp était couvert de pocs, un des micros ne fonctionnait plus et je devais changer les mécaniques. Je jouais avec une bande de pote dans une salle de répete miteuse a Vincenne, où l´on payais la somme mirabolante de 9 euros par heure de répete. Il nous fallais une semaine pour réunir la somme convenue. Lorsque que nous branchions nos guitares usées dans les amplis, que le batteur commencais a toucher les cymbales, je me souviens qu´une sorte de transe commencais a naitre dans nos cervelle de moineau. On mettais le volume suffisamant fort pour ne plus nous entendre, puis, on jouais des reprises de Hard Rock, où l´on agitais stupidement nos tête. La musique nous embarquais sans vergogne dans son monde féerique, et l´on se perdais dans ces merveilleux paysages de fausses notes. Puissants, grossier, nos voix qui venaient de muer grognaient des grossiertés dans des micros qui grésillaient, mais on s´en foutais, ça n´avais pas vraimment d´importance car aucun d´entre nous ne savait vraimment chanter.
Bien entendu, j´habitais dans un HLM. Mon pére, libanais, etait venu en France avec de grands espoirs, des rêves superbes. Il se voyais dans le commerce, portant des costumes hors de prix, conduisant une Jaguar, vivant dans le 16eme, et autre quartier de bourge. Ma mère, charmé par ce fougeux ambitieux, l´a épousé avec l´espoir fou de pouvoir le suivre dans son parcours. Il se marierent, puis mon pére commenca a travailler dans une entreprise qui vendais des chaussures de sports.
L´entreprise ferma.
Puis, ce qui deva arrive arriva. Mon cher paternel retrouva avec difficulté un travail, un job fatiguant dans une usine dans le sud de Paris. Moi, évidemment, j´eu la nécessité de sortir du petit ventre de ma douce mère, par une froide nuit de mars.
Et alors, ce fut la dérive...mon père devint porté sur la bouteille, ivre en permanence, il sortais de l´usine pour s´envoyer quelque vins puant dans le bar de son frére, ses ambitions disparus en fumées.Et ma pauvre mère, cette pauvre femme qui n´avais pour mari qu´un vulgaire primate au nez couleur sang, passais ses journés devant une télé d´occasion, en regardant quelque épisodes d´une série italienne.
C´etait triste.
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Tranquillement assis dans un banc du parc, les écouteurs piégant mes pauvres ouïes avec une cascade d´ondes sonores, je lisais.
Mes cheveux bouclés, que je portais longs, se soulevaient parfois au rythme du vent de mai, puis retombaient mollement sur mon front, parfois devant mes yeux. Je lisais, et j´etais pris par le style admirable de l´auteur, le grand Hervé Bazin, a la plume meurtriére, au language cynique et ô combien fascinant. Cet homme maniais avec une aisance impressionante l´usage des métaphores et autres figures de styles qui font de la langue française un joyaux de la poésie universelle.
Une voix rauque m´interpella.
-Ho ! Alex !!
Je releva la tête, a demi agacé. Je connaissais cette voix, c´etait celle d´un mec de mon lycée, Boris. Un russe, un gros lourdeaud. Une espece de masse blonde, qui ne pensais qu´avec son estomac jamais rassassié, un véritable tonneau de Danaïde. Il se goinfrais en permanence de gateaux et de biscuit que sa mére lui confectionnais avec amour.
Il s´avanca, me tendis une main graisseuse, que je ne serras pas.
-"Ca va mec ?"
Je souriais.
-"Non. et toi alors ?"
Il s´assis prés de moi, se pencha et m´accordas son adorable haleine qui puait le Horilka.
-"Qu´est-ce que tu fais ?"
-"Je me lamente sur ma triste vie. Et toi ?"
Il ria.
-"T´es trop marrant...Dis, tu savais que Basil et Joachim s´etaient embrouillé avec la bande a Matthieu ?"
Basil et Joachim etaient deux abrutis qui se pavanaient dans les rues avec des vêtements faux que leur cousins leur envoyaient des Etats Unis. Quant a Matthieu, c´etait tout simplement mon meilleur ami, c´etait un beau garçon blond, au cheveux longs et lisses. Il écoutais du blues, cet musique noire, et rêvais de jammer un jour avec BB King, Clapton ou encore Muddy Waters. Il jouais sur une Fender Stratocaster Mexicaine, de couleur bleu claire, et l´on passais la majorité de notre temps ensemble a se faire découvrir nos dérniere trouvailles.
-"Matthieu ne m´en a pas parlé...c´est quoi encore cette histoire ?"
-"Il parais que Joachim a cherché son frére, genre, il voulais son blé, tu vois ? et Matthieu l´as évidemment trés mal pris, il te cherche pour que vous aillez leur régler leur compte."
Je me leva en soupirant.
-"Matthieu va encore se foutre dans la merde...tu le connais" déclara le gros lourdeaud.
-"Oui, justement, je le connais. Dis moi où il est."
-"Il etait chez l´épicier quand je l´avais vus, il doit y être encore".
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