Dédié aux soirées entre potes.
Ca vaut ce que ça vaut. (Pas grand chose en fait)
Bande à part
Première partie : Où la joie et la tristesse s’emmêlent.
Chapitre 1 : Jeunes et cons (Saez)
Minuit sept. Un café paumé dans une banlieue quelconque.
La porte s’ouvre, laissant entrer un courant d’air froid et un adolescent. Il se glisse entre les tables et les habitués, et s’approche du comptoir pour lâcher : « Une bière » avant de s’asseoir entre deux autres jeunes poivrots. Le patron, sans se soucier de l’âge du nouvel arrivant, lui sert sa commande, après l’avoir fait passer du fût au verre.
Eric grimace lorsque le goût amer de sa bière lui touche la langue, après une épaisse couche de mousse dont l’odeur lui irrite les narines. Mais peu lui importe, il n’est là que pour se soûler, pour la première fois de sa courte vie de dix-sept années. Dans cette optique, il n’a revêtu que les vêtements qu’il n’a jamais portés, une vieille chemise à carreaux et un jeans déchiré hideux. Il regarde son reflet dans sa boisson, ses cheveux noirs d’encre en bataille, ses yeux marron bouffis. Il a la ferme intention de ne pas se souvenir de cette soirée, qui sera inéluctablement ancrée dans son âme.
Son voisin de gauche, au visage impassible dissimulé derrière une paire de lunettes de soleil impressionnante, lui lâche, comme décidé à engager la conversation :
-Mauvaise journée ?
- Oui très. Lui répond Eric.
Le voisin de droite relève la tête et lance avec un fort accent :
- Yé né vois pas de quoi tou te plains. Moi, yé viens de passer six heures dans un casier.
Pris par la curiosité, Eric lui demande :
- Mais… pourquoi est-ce que tu étais dans un casier ?
- Ça, c’est un coup du gouvernement pour faire partir les honnêtes immigrants étrangers ! intervient le jeune de gauche. Ils essayent de le faire repartir dans son pays en soudoyant l’équipe de football pour qu’ils le persécutent !
Le patron se penche sur lui, son éternel verre à nettoyer à la main.
- Tu fiches le cafard à mes clients… continue !
- En tout cas, yé né suis pas parti les mains vides de mon séjour dans le casier ! S’exclame l’étranger à la peau mate, en brandissant une chaussette.
- Elle est encorrre imprégnée du délicat parfum de la sportive qui la portait !
- Sans vouloir te vexer, commence Eric en dépliant le butin, ta sportive doit faire au minimum du quarante-six fillette !
Bref, quelques minutes et bières plus tard, les trois jeunes s’entendent comme larrons en foire, émoustillés par l’alcool ingurgité qui rend les discours de l’anti-gouvernementaliste encore plus effrayant.
- Et dans dix ans, le gouvernement aura une caméra sur chaque paire de fesses du pays ! Tu t’imagines ! Sous contrôle total !
- Ça pourrrrait être intéressant. Après tout, qui sait qui serrra derrière la camérrra ! Vive lé gouvernement !
- N’y compte pas ! Le gouvernement va censurer toutes les images un peu osées et détruire la pornographie !
- A bas lé gouvernement !
- C’est pas tout ça, intervient le régent. Je ferme, payez et dégagez.
Les trois avalent leur bière d’une traite, descendent de leur tabouret, et brandissent leur portefeuille.
- Ch’uis un peu à sec, tente Eric, j’ai droit à un crédit ?
- N’y compte pas. Les gamins payent, les grands mettent sur leur ardoise.
- Pas grave. Lâche le deuxième adolescent. Mets tout ça sur l’ardoise de mon père.
- Il l’a réglée.
Le garçon relève la tête, la surprise se peignant sur ses lunettes.
- Y m’avait pas dit qu’on avait gagné au lotto…
Puis les regards convergent vers le teint bronzé.
- Est-ce qu’oune chaussette de sportive fera l’affairrre ?
Signe de tête négative. Eric s’avance, met une main sur le comptoir.
- Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire, je la tiens de mon grand-père, qui me l’a contée après que je lui ai demandé de me raconter la guerre de Corée. Il était là, en plein milieu de la cambrousse coréenne, lorsque dix, non vingt soldats ennemis sont apparus, armes au poing prêt à le hacher menu. Lui, il n’avait plus de munitions, juste son couteau ébréché par une précédente altercation. Il n’avait pas le choix, il devait s’en défaire. Et il y est arrivé… Vous savez comment ? Hé bien, il lui a suffit de… COURIR !
Le temps semble figé, mais Eric ne s’y trompe pas. Il se précipite vers la porte, manque de glisser sur le tapis. Agissant par pur réflexe, les deux autres se jettent en avant, lui emboîtent le pas et le dépassent. L’étranger saute par-dessus une chaise, percute la porte et s’élance dans la rue, ses mains s’enroulant délicatement autour d’un lampadaire pour changer de direction. L’anti-gouvernementaliste glisse légèrement sur le trottoir, prend appui sur le lampadaire et disparaît à la suite de son compagnon de comptoir. Eric, l’investigateur de cette fuite, tente un dérapage, tombe, s’éclate la tête contre ce même lampadaire, et se relève sur les pas de ses amis de bistrot.
Quelques dizaines de mètres plus loin, sur la place de l’église, les trois jeunes retrouvent leur souffle.
- La vache… il en connaît beaucoup des coups comme ça ton grand-père ?
- Autant qu’il y a des commerces en ville.
- Yé né sais pas cé qui s’est passé en Corée, mais c’est bien outile.
Il replace sa coiffure d’un geste viril et aguichant, et referme les boutons de sa chemise.
- En tout cas, tu nous as sauvé d’une mort lente et douloureuse par le produit de vaisselles et les relents de bières entamés. Je t’en suis reconnaissant.
Il tend une main tremblante.
- Hide. Appelle-moi Hide.
- Eric Stopgap. Appelle-moi… Eric.
Ils se serrent la main en évitant le moindre déplacement, leurs genoux s’entrechoquant.
- Et moi, fait le troisième en posant ses mains sur ses hanches, on m’appelle…
La cloche de l’église retentit, égrenant les heures dans sa sempiternelle course, noyant les paroles du comparse. Trois coups métalliques.
- Bon, les gars, quoi qu’il en soit, je connais un night shop où on pourra chourer des bières… conclue Hide.
"Chapitre 2: Who´s been sleeping here? (the Rolling Stones)" en cours de préparation.