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[Nouvelle] Si tu vas à Daytona

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
01 septembre 2007 à 20:02:21

Bonjour à tous,

Voilà une énième nouvelle que j´ai hésité à poster. Mais après tout tant pis, j´écris ce que je veux, non mais :rire:

Une petite remarque toutefois : cette nouvelle est tirée de la chanson "Riding with the legend" de Keith Bryant. Je vous conseille de l´écouter avant de lire. Ne regardez pas le clip associé si possible. Ensuite, si ça vous chante, vous pourrez lire les paroles. Je vous laisse deux liens avec ce qu´il faut :

Chanson (ne regardez pas le clip, ou alors après avoir lu)
:d) http://fr.youtube.com/watch?v=3zG0UtW41vE

Paroles
:d)
http://www.angelfire.com/in4/hots/ridingwiththelegend.html

Bonne lecture

Nouvelle – Si tu vas à Daytona

Par El Indyo

A Dale Earnhardt.

    • *** ***

Il commençait à se faire tard dans ce petit dinner’s bar du Tennessee. Je regardai ma montre : il allait bientôt falloir que j’y aille. En louchant vers la fenêtre, je vis l’obscurité qui commençait à noyer la ville. Rien ne bougeait dehors, le froid de janvier était une morsure continuelle que personne ne pouvait supporter bien longtemps. On attendait la neige.

La nuit, le froid, la fatigue accumulée pendant la journée, tout cela me donnait le cafard. Je me sentais horriblement lourd et épuisé. Accoudé au comptoir, le dos courbé sur ce tabouret, j’appuyai ma joue contre mon poing. Je n’avais plus envie de partir, j’étais comme vidé.
La relative chaleur du bar m’engourdissait, je ne voyais plus pourquoi il fallait absolument que je quitte cet endroit avant la fermeture. Je pouvais très bien attendre jusqu’à ce moment et rentrer chez moi, comme le font tant d’Américains ici. Personne ne m’attendait à la maison et personne ne savait que je devais partir ce soir. Qui s’en serait soucié de toute façon ?

Les yeux mi-clos, je regardai les gens autour de moi. Il y avait le patron, évidemment, avec son ventre rebondi et ses deux touffes de cheveux de chaque côté du crâne. Il commentait le journal télévisé avec un client en s’appuyant d’une main sur le zinc. L’autre était une espèce de grincheux en costard noir qui avait sûrement passé une mauvaise journée. Il jurait et s’agitait beaucoup en même temps qu’il parlait. Au bout du comptoir, un habitué dormait, la tête posée sur ses avant-bras. Derrière moi, les tables n’étaient pas aussi remplies que d’habitude. Quatre personnes bien espacées qui prenaient leur repas. Un couple qui chuchotait dans le coin, une grosse bonne femme qui semblait outrée par la qualité de la viande et une plus jeune qui me tournait le dos. En d’autres circonstances, en plein été peut-être, je me serais assis à côté d’elle, au moins pour voir si elle était jolie. Mais là je n’avais pas envie. Je n’étais même pas curieux de savoir et je ne trouvais pas la motivation nécessaire pour m’imaginer son visage. Rien ne me passait par l’esprit.

La télévision continuait de ronronner au-dessus de ma tête. Le patron posa ses deux mains bien à plat sur le zinc et s’arc-bouta en face de moi. D’une voix chaude, il me demanda si je voulais autre chose après ce Bourbon. J’esquissais un vague sourire et lui répondis que non. Machinalement, je sortis quelques pièces qui trainaient dans ma poche et les posaient à côté du verre vide. Je me levai lentement et fis quelques pas en suivant la rangée de tabourets.

-« N’oubliez pas votre sac, l’ami !
- Je vais juste aux toilettes, patron. Je reviens. »

Je laissais mon sac-à-dos là dans l’espoir que, pendant ma courte absence, quelqu’un me le vole et me force ainsi à passer la nuit chez moi. Mais en revenant quelques minutes plus tard, je m’aperçus que personne n’avait été tenté par l’aventure. Peut-être était-ce dû à son aspect miteux, ou alors au fait qu’il n’y avait pas de voleur dans le bar.

En revenant vers ma place, je vis que la jeune femme était partie.

Je jetai un œil dehors : la nuit continuait de s’épaissir mais il ne faisait pas encore tout à fait noir. Je remontai la fermeture éclair de mon blouson fourré. Cette relique que j’avais portée pendant des années était décorée aux couleurs de Mark Martin, un ancien pilote automobile que j’avais admiré lorsqu’il courait encore. Je remontai le col et hissait le sac sur mon dos en passant soigneusement les deux lanières sur mes épaules. Je ne savais pas combien de temps j’allais devoir marcher alors je m’assurais que rien n’allait me gêner. Une fois dehors, il ne valait mieux pas s’arrêter. Sinon le froid risquait de me prendre et de me garder.

Je fis un petit signe de la main au patron et je sortis. J’étais en route pour Daytona Beach, Floride, à plus de cinq cents miles de là. Je n’avais pas de voiture, pas de quoi me payer un billet d’avion et tous les trains étaient bondés. Du coup, je commençai à pieds jusqu’à la gare routière où j’espérais rencontrer un trucker qui passerait la frontière de l’Etat et qui pourrait me rapprocher de mon point de chute.

    • *** ***

Les rues n’étaient pas complètement vides, il y avait encore des gens qui rentraient de leur travail, emmitouflés dans leurs manteaux et leurs écharpes. Je marchais sur le trottoir d’un pas qui n’avait rien de décidé. Je regardais mes pieds, les mains dans les poches, et je commençais à sentir mes joues rougir. Autour de moi, les bruits de la ville étaient atténués : les voitures qui passaient, les gens que je croisais, les radios qui grésillaient dans les magasins encore ouverts, tout cela n’était qu’un bruissement confus dans mes oreilles. Je ne pensais à rien de particulier, mon esprit était dans le vague. Je n’avais envie de rien.

-« Ca fait un sacré bout de chemin pour aller jusqu’en Floride, fiston. »

Je tournai le regard sur ma gauche. Une voiture s’était arrêtée à ma hauteur près du trottoir. C’était une deux-portes noire qui ne paraissait pas très récente. Je reconnus une Chevrolet Monte-Carlo des années 90. Le conducteur, penché vers moi, avait un visage paternel. Il devait avoir une quarantaine d’années et était habillé comme un pilote de NASCAR. Sûrement un de ces passionnés qui sillonnent les routes pour aller voir chacune des courses, me dis-je, un de ces mecs qui ont tout plaqué pour vivre à travers les rêves des champions. Je ne me moquais pas car après tout c’était un peu ce que je faisais en allant voir le Daytona 500 chaque année. Je suivais le désir qu’a n’importe quel être humain d’échapper, ne serait-ce que pour une soirée, à la réalité.

-« Comment savez-vous que je vais en Floride ?
- C’est écrit dans ton dos, petit. »

Machinalement, je regardai par-dessus mon épaule.

-« Sur ton blouson. Le nom de Mark Martin. L’écusson de la NASCAR. Toi tu vas à Daytona.
- Oui c’est vrai. Vous aussi vous allez voir la course ?

- Yep, je vais peut-être même y participer. Tu veux que je t’emmène, fiston ? »

Une force invisible me poussa à accepter sans réfléchir l’invitation de cet illuminé. Sa voix chaude m’inspirait pleinement confiance et son charisme me subjuguait littéralement. J’étais fasciné par ce personnage.

J’avançai la main mais ne trouvai pas la poignée de portière. J’entendis un rire dans l’habitacle.
-« C’est une voiture de course, petit, les portes ne s’ouvrent pas. Il faut grimper par la fenêtre ! »

Amusé par le soin du détail que cet homme avait apporté à sa voiture pour en faire un bolide, je glissai mon sac à l’intérieur et m’engouffrait dans le cockpit en passant les pieds d’abord, comme les pilotes. Je n’avais pas l’habitude de cet exercice mais je m’en sortis assez bien. Je m’installai confortablement dans le siège baquet entre les roll-bars.
-« Tu as le droit de remonter la vitre et de mettre le chauffage, je n’ai pas poussé le réalisme jusqu’à l’enlever. Quand on n’est pas sur la piste, on aime bien avoir son petit confort. »

Je ne pus m’empêcher de rire. Il me souriait de bon cœur et je pus voir son visage de plus près. Il était bien bâti, assez carré mais je réalisai que je m’étais trompé sur son âge. Il devait plutôt approcher des cinquante ans. Il avait une épaisse moustache et une paire de lunettes de soleil aux larges verres dans lesquels se reflétait la lumière des réverbères. Je me demandai comment il faisait pour y voir dans la pénombre mais l’homme ne semblait pas incommodé. Il portait une combinaison ignifugée de pilote blanche et noire. Lorsqu’il avança le bras vers le démarreur, je pus voir un écusson brodé en haut de la manche. Dessus, il était écrit que l’homme avait remporté sept fois la Winston Cup. Il se prend pour un véritable pilote, pensai-je.
Il mit en marche le V8 de la Chevrolet et nous prîmes la route de Daytona.

Il avait pris tout à coup un visage plus dur, plus sérieux. Son regard était intimidant. Je sus alors qu’il y avait vraiment quelque chose d’étrange dans cette virée vers la Floride.

    • *** ***

Contrairement à ce j’avais pensé, il roulait tranquillement, d’une seule main. J’avais une impression bizarre en le regardant, comme s’il me rappelait quelqu’un mais que tout ce qui le concernait se dérobait à ma mémoire. J’avais une sorte de nuage dans la tête qui m’empêchait de réfléchir.
Après quelques minutes, il entama une conversation :
-« Tu es déjà allé voir le Daytona 500 ?
- J’y vais tous les ans depuis un peu plus de dix ans.

- Oh oh, un vrai fan on dirait !
- Et vous ?

- Pareil, mais depuis plus de trente ans » me dit-il malicieusement. Il ajouta : « Et tu viens tout seul ? »
- Je n’ai personne dans mon entourage qui aime la NASCAR.

- Vraiment ?
- Mon père est mort, ma famille habite à l’autre bout des Etats-Unis et mes collègues de travail préfèrent le bowling.

- Tu n’es pas marié ?
- Non, je n’ai même pas de petite amie.

- C’est dur de convaincre les femmes, hein fiston ? Et puis y’a ces foutus fans de foot qui disent que la bagnole, ce n’est pas du sport.
- On dirait que vous connaissez bien ça vous aussi.

- Oui, j’ai connu ça. Mais maintenant c’est un peu différent pour moi. »

Les miles défilaient, je me sentais bien dans cette Chevrolet chauffée. Je ne relevais pas les phrases remplies de mystères qui parsemaient les histoires de mon interlocuteur. J’estimais que cela faisait partie de sa vie privée et qu’il m’en parlerait s’il en avait envie. Moi je déballais tout. Habituellement, je gardais ces histoires pour moi, mais là je ne pouvais pas me retenir.

L’homme connaissait énormément de choses, il était très au courant de ce qui s’était passé dans les paddocks pendant de nombreuses années. Mais il n’était pas de ces gens qui vous assomment par leur flot de paroles. Au contraire, j’étais pendu à ces lèvres et lui demandait de me raconter d’autres anecdotes, comme un gosse assis sur les genoux de son grand-père. Il parlait de tous les grands débats de la NASCAR des années 1980 à 2000 comme s’il en avait lui-même fait partie. C’était formidable.

-« Je vais m’arrêter pour mettre un peu d’essence.
- On a déjà passé la frontière ?

- Oui mon garçon, on est en Géorgie. »

La nuit était complètement tombée maintenant mais l’homme avait toujours ses lunettes de soleil. Il rangea la voiture à côté d’une pompe de carburant et s’extirpa du cockpit. A la façon dont il le faisait, je compris qu’il avait l’habitude. Normal, après tout.
Je sortis moi aussi pour me dégourdir les jambes. Je m’écartai un peu de la voiture pour mieux la regarder. Sous les lumières de la station essence, je pus voir que la carrosserie était recouverte d’autocollants. Je m’étonnai de ne pas avoir remarqué, avant de monter, le sponsor sur le capot et l’énorme numéro trois peint en blanc sur la portière, même malgré la semi-obscurité. Le travail était nickel, d’une propreté extraordinaire. Autant la Chevrolet se fondait dans la nuit, autant le chiffre scintillait comme une étoile filante. Le noir n’arrivait pas à l’avaler.

L’homme aux lunettes de soleil sortit du petit magasin tenu par le pompiste et me tira de ma rêverie par un « Allez, gamin, en route ! » joyeux et sonore qui résonna sous la structure métallique de la station. Je ne lui demandai même pas s’il voulait que je prenne le volant. D’abord il n’avait pas du tout l’air fatigué, ensuite je n’imaginai pas qu’un type comme lui veuille prêter son bolide.

    • *** ***
El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
01 septembre 2007 à 20:03:30

-« Alors petit, à ton avis, qui va gagner cette année ?
- Je ne sais pas.

- Allez, tu as bien un favori.
- Non, ça m’est égal.

- Comment ça, ça t’est égal ? Tous les fans de NASCAR ont un favori, ce n’est pas possible ton histoire. Tout le monde a une casquette dédicacée ou un blouson collector. Il n’y aurait pas quelque chose comme ça dans ton sac, par hasard ?
- Si, c’est vrai…

- Ah ! Je le savais !
- … Mais tous les noms qui sont dans ce sac ont disparu. Ils faisaient partie d’une époque révolue. Ils ne courent plus maintenant. »

Il y eut un blanc. Il semblait perplexe. Ou déçu. J’aurais mieux fait d’inventer au lieu de dire cela. Mais cet homme me semblait beaucoup trop perspicace pour gober un seul de mes mensonges.
Son ton était plus grave désormais :

-« Pourquoi est-ce que les pilotes actuels n’ont pas ton support, fiston ?
- Je ne sais pas comment dire. C’est juste que ce n’est pas comme avant. Ce n’est pas pareil. Je préférais l’ancienne époque avec les pilotes que je voyais quand j’étais gamin. »

Il eut un rire bref.
-« Eh oui, tout le monde aimerait revenir à l’époque où il était gosse. Mais ce n’est pas parce que les choses changent tant que ça. C’est parce que la vie était plus simple pour nous. Les courses nous faisaient rêver et on se disait qu’on pouvait nous aussi devenir un jour des pilotes. Après on devient adulte, on a des soucis plus importants que la crevaison ou l’abandon d’un tel. Et on rêve un peu moins, c’est tout. »

Je ne savais pas quoi lui opposer comme argument.
-« Mais il n’y a plus de grands pilotes comme Martin !

- Ah ça non ! On ne l’a pas cloné ! J’aimais beaucoup ce cher Mark mais tu imagines si tous les dix ans on repartait de zéro ? Jamais de sang neuf, on finirait par se lasser !
- L’esprit de la NASCAR a changé, c’est ça que je veux dire.

- Ca c’est inévitable, mon garçon. C’est le sport. Parfois une ère s’achève et une autre commence. Mais dans le peloton, avec toutes ces mentalités différentes et ces pilotages différents, il y en a forcément un que tu dois finir par aimer. Au fait, pourquoi tu continues à venir voir le Daytona 500 si tu n’applaudis personne ?
- C’est une sorte de pèlerinage pour moi.

- Quand on fait un pèlerinage, c’est pour demander quelque chose. Qu’est-ce que tu veux, toi ?
- La première fois que je suis venu, j’étais avec toute ma famille. Je voudrais être aussi heureux qu’à cette époque.

- Ne me fais pas rire, fiston. Quel âge as-tu ? Trente ans ? Tu ne serais même pas un retraité dans la NASCAR. Comment peux-tu être nostalgique ? Allez, dis-moi la vérité, qu’est-ce que tu voudrais vraiment ? »

Je baissai les yeux. Je me sentais si seul tout à coup. Si faible aussi. Je murmurais :
-« Je voudrais rêver. Je voudrais me rappeler de toutes ces choses que j’ai vues quand j’étais gosse, tout ce qui me faisait oublier les misères quotidiennes.

- Elles existent encore, ces choses. Elles ont juste des noms et des couleurs différentes. A part ça, tout est pareil. Il faut juste comprendre cela, ne pas chercher dans le présent des numéros qui ne sont plus sur aucune voiture.
Les rêves, il y en a encore plein à faire. Et des beaux, en plus. Allez, ferme les yeux. Vas-y, ferme les yeux. »

Je m’exécutai, encore une fois sous l’impulsion de cette force qui m’ordonnait d’obéir à cet homme charismatique. J’avais pourtant l’impression d’être manipulé, comme s’il purgeait ma conscience. Je me sentais si petit devant lui que je n’osai pas le contredire.
-« Imagine que tu es au volant de cette voiture. C’est bon ? OK, maintenant imagine que tu la pilotes sur le speedway, à Daytona. C’est le soir des 500 Miles. Tu coures pour la victoire, tu es l’un des meilleurs du moment, tu as des milliers de fans dans les tribunes. Seulement tu n’es pas en tête et la fin de la course approche. Tu y es ? »

J’entendais sa voix mais elle me paraissait lointaine. Etonnamment, j’y étais. Je voyais la scène, je ressentais toutes les émotions d’un pilote. Je commençais à être tendu. Autour de moi, le paysage défilait à plus de deux cents miles par heure. J’étais tellement concentré que je distinguai chacun des bruits produits par la voiture. Dans ma radio, le spotter m’indiquait la position des autres coureurs. Le volant vibrait entre mes mains.

-« Est-ce que tu es capable de courir à trois de front ? »

Sa voix résonnait dans ma tête. Deux voitures se portèrent à ma hauteur : une Ford à droite et une Toyota à gauche. Je devais tenir ma ligne sans faire un seul écart si je ne voulais pas provoquer un désastre au sein du peloton. Je n’étais plus du tout à l’aise, je transpirais abondamment. Comment un rêve pouvait-il sembler aussi réel ?

-« Est-ce que tu es capable de faire se lever le public et de lui faire crier ton nom ? »

Je me cramponnai au volant de toutes mes forces. La peur commençait à s’emparer de moi à mesure que les tours passaient au milieu de ces furieux.

-« Est-ce que tu en es capable ? Réponds-moi, est-ce que tu peux le faire ? »

Je le sentais, là, à côté de moi. L’homme était toujours dans la voiture mais nous avions échangé nos places. Sa présence avait toutefois quelque chose de rassurant, son aura me redonnait confiance en moi. J’avais l’impression qu’il conduisait avec moi ou même, plus étrange en encore, que je voyais la course à travers ses yeux ! Un sentiment de toute-puissance m’envahit soudain.

-« Alors ? Tu peux ou pas ?
- Oui ! »

Je réussis à me débarrasser des deux voitures qui m’encadraient. J’entendis une clameur monter dans le public. Il n’en restait plus qu’un devant moi. Je me plaçai dans son aspiration pour tenter un dépassement.

-« C’est le dernier tour, fiston. Il va falloir que tu te dépêches si tu veux gagner. Et il y a les autres derrières qui n’attendront pas. Est-ce que tu es capable de le taper par derrière, de passer une autre vitesse et de rouler jusqu’à la Victory Lane ?
- Oui, je crois.

- T’as plutôt intérêt à en être sûr, mon garçon. Parce que si tu vas à Daytona, je préfère te prévenir que tu es bon pour une sacrée virée. Personne n’abandonne sous le drapeau blanc, là-bas. »

J’étais déjà à fond mais, pris dans le draft de la voiture qui me précédait, je gagnai encore de la vitesse. En entrant dans le dernier virage, je touchai son pare-choc arrière et mon adversaire commença à tanguer dangereusement en ouvrant la trajectoire. Je me glissai à l’intérieur et fonçait tout droit vers la ligne d’arrivée.
Une foule d’émotion et une vague de chaleur indicible me submergèrent. A ce moment, j’ouvris les yeux et me retrouvai de nouveau à la place du passager, sur la route. A côté de moi, le conducteur s’était tu mais je voyais sur son visage un large sourire. Pendant qu’il me parlait, il n’avait pas cessé de conduire. Et toujours d’une seule main.

-« Maintenant je voudrais te poser une question, petit. Si, pendant un court instant, tu pouvais revoir une course de quand tu étais gosse, si jamais on te racontait des histoires de cette époque, si on te donnait pour quelques tours le droit d’être ce dont tu rêvais étant gamin… Est-ce que tu arrêterais de tourner le dos au présent ? Est-ce que tu accepterais la NASCAR telle qu’elle est aujourd’hui ?
- Oui, sans doute.

- Alors c’est ici que tu descends, fiston, parce que le numéro trois ne reviendra plus.
- Comment ? On est déjà arrivé ?

- Eh oui. »

Juste devant nous se dressaient les structures entourant le superspeedway de Daytona. Je les contemplai pendant quelques secondes puis sortis de la voiture. Dehors, il faisait encore nuit. Finalement, il me restait encore beaucoup de temps avant que la course ne commence.
L’homme aux lunettes de soleil resta à l’intérieur. Je pris mon sac et me penchai dans le cockpit. Je ne savais pas trop quoi dire.
-« Vous allez garer la voiture ? »

Il ne répondit pas.

-« Bon eh bien merci beaucoup. Je vous rattraperai plus tard. »

Il se mit à rire franchement.
-« Ca va être dur de me rattraper, petit… Parce que je suis L’Intimidateur ! »

La Chevrolet noire redémarra pour s’enfoncer dans l’obscurité de la nuit en longeant le circuit. Je vis une main gantée passer par la fenêtre du conducteur et me faire un signe.

Encore un peu étourdi par l’aventure qui venait de m’arriver, je me retournai pour regarder l’entrée qui menait à la piste. Juste au-dessus de la porte, il y avait une immense banderole éclairée par des projecteurs. Je restai bouche bée en lisant ce qui y était écrit :

Dale Earnhardt
1951-2001
7 fois champion de la Cup
« Nous continuerons de courir pour ne jamais t’oublier »

A côté, il y avait son portrait. Le portrait du conducteur. Avec la moustache et les lunettes de soleil. Le brouillard dans ma tête se dissipa brusquement. Je fis un pas dans la direction qu’il avait prise mais derrière moi la rue était déserte. J’étais désemparé, tournant sur moi-même. Puis je compris. Je n’avais pas l’intention de le suivre, alors je revins vers le circuit… Vers le présent. Mais je savais que cela ne me forçait pas à oublier le passé. Je me disais que c’était juste différent.

J’entendis une vois me dire : « Tu as fait une virée avec la légende, fiston, et c’était une sacrée ballade. »

Nous étions le 18 février au matin et j’avais à nouveau envie de regarder un Daytona 500 pour de bon.

    • *** ***

Cette nouvelle est tirée de la chanson « Riding with the legend » de Keith Bryant.

Negatum
Negatum
Niveau 10
02 septembre 2007 à 22:18:49

Lu.

J´ai bien aimé, c´est sympa comme hommage. L´histoire de la chanson est trés bien retranscrite, car, tout en gardant tel quel de nombreuses paroles, tu apporte une dimension supplémentaire à l´histoire. Bon, bien evidemment, c´est trés facile de devner qu´il s´agit d´un coureur célébre dés le départ, même si mon manque de culture ne m´avait pas appris qu´il s´agissait d´un fantome.
A part ça, le style est correct dans la descritpion et dans la narration, mais tu devrais plus insister sur certains moments, quand il est dans son rêve notamment. Aprés, la morale est sympa, un peu classique, mais bien retranscrit avec l´image du sport. Tu aurais peuzetre du faire une analogie avec sa situation à lui, au héros, ça aurait donné quelque chose d´interessant, de plus "enrichi" encore par rapport à sa situation personnelle.

Vala ^^

KimieVII
KimieVII
Niveau 10
03 septembre 2007 à 03:09:10

Hello mon Indyen ^^

En effet, tu écris ce que tu veux et je trouve bien dommage que tu n´ais pas posté quelques unes de tes autres nouvelles sur ce forum (si ce n´est pas le cas tout du moins ^^).

Bon je suis un peu en retard... Et en plus, je sens que je vais avoir du mal à m´appliquer, surtout parce que je vais répéter tout ce que tu sais déjà mais bon... Puisque ça te fait plaisir :coeur:

Alors, comme je te l´ai dit, bien qu´il s´agisse d´une histoire qui se cible sur un domaine auquel je ne m´intéresse pas vraiment et donc dans lequel je n´ai pas de grandes connaissances (si ce n´est aucune en réalité xD ), lire cette histoire fut un vrai plaisir ^^. Peut-être parce qu´elle divulgue plus une morale où une façon de voir et de positiver les choses et cela ne s´applique pas forcément qu´au domaine de la course... Et aussi probablement parce que j´adore ta façon d´écrire, quelles que soient tes histoires, notamment sur les sentiments du personnage principal, sa façon de voir les choses... Toujours un peu défaitiste et avec une si basse estime de lui-même et de certaines choses qui l´entourent. Néanmoins ici, il garde un rêve et j´ai aimé ce personnage qui ressemble tellement à un enfant face à ce fameux Dale Earnhardt. (D´ailleurs, j´ai trouvé ça vraiment bien que tu utilises la première personne. Te retrouves-tu dans ton personnage une fois de plus ? ).

Sinon comme je l´ai dit, après avoir visionné la vidéo sur Youtube, je t´ai dit que je m´était exactement imaginé ce champion comme ça^^. C´est vrai qu´il avait l´air bien sympathique et charismatique. (Après, je ne le connais pas du tout moi... ^^" ).

Une autre petite chose, c´est vrai qu´en lisant, et c´était sans doutes voulu, je me doutais bien que cet "inconnu" qui avait abordé ton perso (a-t-il un nom ? Je ne me souviens plus...) était en fait une grande figure. Je suis juste surprise que pour quelqu´un qui va à Daytona depuis longtemps, il n´ait pas reconnu ce champion. (Désolée, je suis totalement inculte dans le domaine alors que la réponse doit te paraître tellement évidente pour toi... ).

Le passage de sa représentation de lui-même en tant que pilote était bien transcrite également ^^. Même si j´avais du mal à me rendre compte ce qu´il pouvait ressentir, moi, et que du coup, ça me faisait plutôt sourire (rire) qu´autre chose xD (c´était probablement pas l´effet voulu, pardonne-moi xD).

Voilà, voilà... ^^ Que dire de plus... ? Je ne sais pas trop. Tu as un niveau tellement bien plus élevé que le mien que je ne vois pas vraiment tes défauts donc je ne me permettrai pas d´en soulever quelques uns, si il y en a bel et bien...

Donc voilà^^ (J´espère que ça t´a plu...) Continue à nous pondre des petits chefs-d´oeuvre ^^

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
03 septembre 2007 à 22:25:10

:d) Negatum

J´ai essayé de faire en sorte que toutes les paroles s´intègrent dans une histoire en rajoutant des éléments autour et dans la chanson.
La morale était effectivement un peu classique, je n´étais pas très en verve pour philosopher à ce moment-là ^^
Merci du commentaire !

:d) Kimie :coeur:

Evidemment je t´adore.

==> Oui, mes autres nouvelles ont été postées ici.

==> Oui, ça me fait plaisir quand tu commentes.

==> Oui, il est possible que je me retrouve en partie dans ce personnage. Mais le choix de la première personne a été choisi en priorité pour coller à la chanson. Mais peut-être que c´est ce qui m´a donné envie d´écrire la nouvelle, parce que je m´y retrouvais. Va savoir.^^

==> Oui, Dale Earnhardt reste dans les mémoires comme un pilote très (très) charismatique, que ce soit pour les fans ou les autres pilotes.

  • résiste à l´envie de sortir toute la biographie* :lol:

==> Oui, il aurait pu reconnaître Earnhardt. Tu as noté exactement la même chose que FFFanatic (qui n´a pas commenté ici). Bravo. Sauf que j´utilise dans le texte une petite pirouette qui me permet encore une fois de faire coller mon histoire avec les paroles de la chanson.

Quand le héros est dans la voiture : "J’avais une impression bizarre en le regardant, comme s’il me rappelait quelqu’un mais que tout ce qui le concernait se dérobait à ma mémoire."

Puis, à la fin : "Le brouillard dans ma tête se dissipa brusquement."

==> Arrête de te rabaisser devant moi. Même ton statut de disciple ne force pas à t´agenouiller devant moi. ^^

==> Oui, ça m´a plu (j´aime quand on me passe la pommade :rire: )

==> Je t´adore, merci pour ton commentaire.

Nanaki7
Nanaki7
Niveau 10
03 septembre 2007 à 22:47:09

Des frissons...
C´est beau de partager un rêve, c´est surtout magnifique de faire rêver.
Plus j´ai lu, plus j´ai su, que d´une certaine manière, tu t´étais toi aussi fait rêver en lisant ça.

Y´a rien à redire sur l´othographe, hormis je regardai"s" pasque c´est d´l´imparfait et pas du futur ou un autre temps ^^

Sinon, personnellement, j´ai aimé ce texte, pasque j´adore rêver, et que le message que tu fais passer à travers ce texte s´adapte très bien à mon cas aussi...

Encore bravo Indy, fidèle à toi-même quoi... :-d

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
03 septembre 2007 à 23:06:40

Merci Nanak´, c´est toujours un plaisir de t´avoir comme lecteur !

Comment conjugues-tu le verbe "regarder" au passé-simple et à la première personne du singulier ? :o))

Nanaki7
Nanaki7
Niveau 10
04 septembre 2007 à 00:41:20

regardai ?
Oui c´bon j´vais m´pendre... :coeur:
Vilain :nah:

Nanaki7
Nanaki7
Niveau 10
04 septembre 2007 à 00:43:06

Mais moi j´avais pris regardais pasque j´pensais qu´le regard durait, bref, j´vais pas épiloguer là d´ssus, j´en veux encore du Indy moi ! :coeur:

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
04 septembre 2007 à 16:45:06

Y´a encore cinq ou six autres nouvelles sur ce forum. Sans compter la fic. Je ne crois pas que tu aies tout commenté, alors tu as du travail devant toi :rire2:

Nanaki7
Nanaki7
Niveau 10
04 septembre 2007 à 18:55:02

Vouais, mais les cours reprennent tiens, donc quand j´aurai du temps... Pour écrire et lire. :-)

KimieVII
KimieVII
Niveau 10
05 septembre 2007 à 17:53:18

==> Oui, mes autres nouvelles ont été postées ici.

: Dans ce cas j´irai les commenter aussi^^ (quand j´en aurais le temps et le courage par contre xD ^^"" )

==> Oui, ça me fait plaisir quand tu commentes.

: Euh... Tant mieux ^^"

==> Oui, il est possible que je me retrouve en partie dans ce personnage. Mais le choix de la première personne a été choisi en priorité pour coller à la chanson. Mais peut-être que c´est ce qui m´a donné envie d´écrire la nouvelle, parce que je m´y retrouvais. Va savoir.^^

: D´accord ^^ J´avais pas lu les paroles avant de lire ta fic aussi ^^

==> Oui, Dale Earnhardt reste dans les mémoires comme un pilote très (très) charismatique, que ce soit pour les fans ou les autres pilotes.

  • résiste à l´envie de sortir toute la biographie* :lol:

: lol^^

==> Oui, il aurait pu reconnaître Earnhardt. Tu as noté exactement la même chose que FFFanatic (qui n´a pas commenté ici). Bravo. Sauf que j´utilise dans le texte une petite pirouette qui me permet encore une fois de faire coller mon histoire avec les paroles de la chanson.

Quand le héros est dans la voiture : "J’avais une impression bizarre en le regardant, comme s’il me rappelait quelqu’un mais que tout ce qui le concernait se dérobait à ma mémoire."

Puis, à la fin : "Le brouillard dans ma tête se dissipa brusquement."

: D´accord en ce sens^^ C´est vrai que tu essayais de faire coller ta nouvelle aux paroles ^^.

==> Arrête de te rabaisser devant moi. Même ton statut de disciple ne force pas à t´agenouiller devant moi. ^^

: Mais euh... Je ne fais que dire ce que je pense vrai.

==> Oui, ça m´a plu (j´aime quand on me passe la pommade :rire: )

: Je te reconnais bien là xD

==> Je t´adore, merci pour ton commentaire.

: C´est moi qui te remercie pour écrire de magnifiques textes ^^

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