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Du haut de ma tour

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
19 juillet 2007 à 03:02:31

Bonjour à tous. :)
Alors j´ai fais le ménage dans mon ordi et je suis tombé sur de vagues projets. Je poste donc ce texte qui est un peu un premier jet.

Sur ce, bonne lecteure.

Détruire la réalité pour qu´elle ne vous détruise pas !
[Thierry Luterbacher]

Chapitre I

Le soleil commençait à se noyer dans l’océan. Les vagues molles scintillaient. Sophie soupira un instant. Encore une belle journée qui se terminait trop tôt. Cette idée la rendait triste, elle qui aurait tant voulu que le temps se suspende encore quelques heures. Une légère rafale souleva ses cheveux. Elle se pencha en avant pour mieux profiter de l’embrun marin.
— Qu’est-ce qu’on fait demain ? me demanda-t-elle.
- Je m’étais dit qu’on purrait peut-être s’inscrire à l’atelier peinture du pont E, répondit-je. Ca te dit ?
Son petit visage juvénile s’illumina malgré la clarté faiblissante du soleil mourant. Je pris ça pour un oui. Je savais pertinemment qu’elle adorait dessiner ; peindre devrait l’occuper toute la journée et me permettre de passer plus de temps avec ma femme. Alors que je prévoyais comment me débarrasser de ma fille pour le lendemain, j’étais à cent lieux d’imaginer ce qui allait se dérouler par la suite et que cette décision me séparerait d’elle si longtemps.
Sophie s’éloigna en direction des escaliers, sans doute pour rejoindre sa mère. Avant de la suivre, j’ai regardé une dernière fois ce ciel calme et magnifique, si trompeur.
Cela faisait une semaine que nous naviguions sur le « Equotoria » et que nous profitions de la croisière. Croisière que j’avais honnêtement gagnée grâce à un concours dans un magazine. Je me rappelle encore de leurs mines béates.
— C’est fabuleux chéri !
- Bravo papa, on va traverser tous les océans, avait hurlé Sophie.
Seulement du Pacifique. Frais tout compris, un mois de rêve. Un cauchemar oui ! Des tonnes de vêtements, de médicaments, une foule de paperasse avec d’interminables procédures. Un avion en panne à l’aéroport de Paris, Sophie malade lors de l’escale à Calcutta sans compter la perte momentanée de nos passeports et des heures à rester assis dans un avion sentant le renfermé. Avec le recul, je me dis que cela devait sans doute être des signes pour me dissuader de faire cette croisière. Quelle erreur ai-je faite en acceptant, trop cupide de prendre congé de mon ennuyeux travail de directeur de comptable, trop pressé par ma famille si peu habituée à des vacances aussi luxueuses auxquelles nous avions droit.
En admirant ce coucher de soleil, le dernier qu’il me fut donné de voir avec mes deux yeux, je savourais l’incroyable chance que la providence m’avait offerte, avant de la maudire quelques heures plus tard.
J’ai rejoins Sophie et Catherine quelques minutes plus tard en empruntant le grand escalier central du paquebot, un peu comme le Titanic. Sinistre comparaison en pensant à ce qui s’est passé … Je pensais rattraper Sophie mais celle-ci s’était montré plus rapide que moi et était arrivé la première à notre cabine. C’était un des petits jeux auxquels nous nous adonnions moi et ma fille ; faire la course pour savoir qui de nous deux trouverait le chemin le plus court dans le gigantesque dédale. Elle gagnait presque toujours et j’appréciais ces moments de complicité que nous partagions, au grand dame de ma femme qui ne supportait pas de voir notre fille courir dans tous les sens et d’échafauder constamment les pires bêtises pour nous énerver. Notre relation ne fut plus jamais la même après cela, d’ailleurs je doute qu’elle me considère comme son père aujourd’hui.
Catherine demeurait allongé sur le lit, rongé par le mal de la mer. Les traces sur la moquette laissait supposer que sa journée avait du être moins amusante que la mienne. Catherine se leva pour faire bonne figure, ses jambes tremblaient et son teint était livide.
- Tu devrais te faire soigner à l’infirmerie, déclarai-je en la voyant tituber vers moi. Ils ont tout ce qu’il faut là-bas.
Elle sourit sans me répondre. Elle-même médecin, elle était trop fier pour se faire soigner par un autre médecin. Je préférais de pas insister car je savais que je n’arriverais pas à lui en faire démordre.
— Vous vous êtes bien amusé ? s’enquit-elle se rafraîchissant dans la salle de bain.
Sophie se jeta sur l’occasion et se mit à raconter la journée d’un débit de mitraillette.
- On a passé tout notre temps à la piscine. J’ai nagé et je me suis fait plein d’amis. Jonathan est super sympa, il habite une cabine juste à côté de la notre. Tu verrais ce qu’il peut faire comme grimace, c’est incroyable ! J’ai mangé des glaces et papa m’a filmé en train de faire la planche. Je l’ai même poussé dans la piscine et tout le monde a ri.
Tout le monde sauf moi, car ce qu’avait oublié de préciser Sophie s’est que ma caméra numérique était entre mes mains lors de mon plongeon. Je revois encore cette chute éclaboussante dans ma tête et regrettant de ne pas avoir tenté de réparer l’objectif tant que je le pouvais sur le bateau. Le caméscope aurait pu fonctionner correctement et tout le monde me croirait.
Sophie continua un long moment de relater dans le désordre sa journée. Catherine l’écoutait de son attention maternelle. Bien qu’elle ne profitait pas du voyage autant qu’elle aurait voulu, elle était contente de voir que sa fille s’amusait et profitait au maximum. Les rares fois où j’ai pu revoir Sophie après tout ça, elle m’avoua se rappeler de quelques souvenirs, mais rien de bien précis. Elle était trop jeune.
J’ai rangé nos affaires de piscine pour me changer. La nuit tombait et le repas allait être servi au réfectoire. Catherine hésita un instant, puis se décida à nous accompagner histoire de se caler l’estomac. La mer était d’huile : elle ne risquait pas d’avoir d’autres nausées.
J’adorais l’heure du repas sur l’Equatoria. Les gens se pressaient hors de leurs cabines ou cessaient leurs activités pour se retrouver au même endroit et partager un repas collectif. Bien sûr, les menus différaient, mais la bonne humeur était toujours au rendez-vous. Tout le monde plaisantait en racontant leur journée tout en prévoyant ce qu’ils feraient le lendemain.
Les horaires n’étaient pas contraignants et les gens pouvaient manger presque quand il le désirait. Nous concernant, nous préférions profiter du couché de soleil pour nous promener sur le pont promenade afin de digérer.
En arrivant aux portes du réfectoire, j’ai croisé Jacques, accompagné de sa femme Evelyne et de ses jumeaux. Je l’avais rencontré sur le cours de tennis ; à dire vrai c’est plus sa balle qui a rencontré ma figure. Jacques travaillait dans les télécommunications et la chance lui avait également sourie. En effet, son entreprise avait sécurisé tout le système de communication de la compagnie maritime propriétaire de l’Equatoria. Lui et le reste de ses collègues s’étaient vu offrir cette croisière en guise de paiement. Au vu de toutes les anecdotes de voyages et de ses récits rocambolesques dont il avait le secret, ce n’était vraisemblablement pas sa première croisière. Hélas, ce fut sa dernière.
— Bonsoir Charles ! fit-il en me voyant.
Je me suis avancé pour lui serrer sa main robuste. Un court instant, il pencha son visage prés du mien comme pour le scruter. Sa peau très pâle contrastait étonnamment avec des yeux presque noir, nichés dans un visage rond. La quarantaine bien frappée, la calvitie gagnait du terrain. Il éclata de rire.
— C’était donc vrai lorsque le chef m’a averti de la fuite d’une écrevisse de sa cuisine.
Doté d’une répartie bien modeste, je me suis contenté de rire de bon cœur. J’ai salué son fils Quentin, un jeune adolescent très athlétique au regard vif, presque insolent. J’aurais bien embrassé sa femme si cette dernière n’avait pas périt quelques années auparavant d’une maladie étrange et incurable. Toutefois, ce fut sa nouvelle compagne à laquelle je fis la bise. Une ravissante femme légèrement enveloppé mais au visage angélique. Evelyne ne parlait pas beaucoup mais sa présence était toujours agréable.
— Mangeons ensemble voulez-vous ! Là-bas, il y a une table qui devrait nous convenir.
J’ai regardé Catherine pour savoir si elle était d’accord. Visiblement oui car elle se mit à plaisanter à son tour avec Jacques.
La table se situait au fond du restaurant à côté d’une grande baie vitrée d’où l’on pouvait apercevoir les premières étoiles en train de percer le ciel d’ancre. Quelques nuages semblaient poindre au loin. Sophie se précipita pour prendre « le coin » et ne prit la peine de lire la carte des menus. Elle prenait toujours la même chose ; salade de fruit de mer avec désert à la glace. Je me rappelle avoir opté pour une formule proposant du calmar. Le serveur est passé peu de temps après pour prendre notre commande.
— Je me suis renseigné tout à l’heure, intervint Evelyne, normalement nous arriverons à Hawaï d’ici la fin de la semaine. On va enfin pouvoir marché sur la terre ferme.
Je me souvins avoir vu les yeux de Catherine étinceler à ce moment là. Elle s’engouffra dans la brèche et la conversation entre les deux femmes tourna autour du mal de mer et de foules d’autres pathologies liées aux bateaux. Quentin fit un effort pour parler avec Sophie malgré qu’il fut de près de dix ans son aîné. Jacques et moi parlions boulot.
C’est malheureux à dire mais nous étions de cette race d’individus dont le travail est le centre de leurs vies. Nous avions beau être sur un navire magnifique et vivre des vacances de rêves, cela nous frustrait. La routine me manquait, tout comme le bureau de Jacques lui manquait. Bien qu’il ne l’affirmait pas directement, je compris que Jacques était pressé de rentrer. En fait, j’ai appris plus tard que s’il faisait ce voyage, c’était uniquement pour remonter le moral de son fils, rongé par le décès de sa mère.
Le repas s’avéra délicieux. En dépit des évènements qui ont découlé par la suite ; je dois reconnaître cet aspect positif de la croisière : sa cuisine. Presque tous les jours de l’année, j’avais droit à la cantine de mon entreprise avec ses menus aussi varié qu’il existe de nuance de blanc, et voilà que je me délectais de repas d’excellences avec un service irréprochable. Il n’en restait pas moins que mon travail tranquille me manquait un peu. Simple nostalgie en fin de compte.
Il se fit tard. Catherine se sentait bien, cependant elle préféra rentrer se coucher avec Sophie. Ce fut la dernière fois que je vis ma femme. Jacques et moi sommes allés dans l’un des salons du paquebot pour jouer au poker. Pas d’argent, seulement des mises fictives. Jacques se révéla être un piètre joueur, tout comme moi et la soirée fut ponctuée d’anecdotes et de blagues. Il misait gros avec des jeux hasardeux. Il n’aimait pas gagner car selon lui, on tirait plus de plaisir à partager un bon moment avec un ami plutôt que de remporter une mise qui ne profiterait qu’à une seule personne. Son humour me semblait sans limite et son calme olympien. J’appréciais sa compagnie car il était différent des autres passagers ; à savoir de riches industriels, des familles fortunées ou des vedettes médiatiques. Jacques me fit ce soir là une proposition très alléchante.
— Tu gagnes combien dans ton petit cabinet d’expert comptable ? 1600, 2000 € à tout casser. Plus le salaire de ta femme qui n’est pas très élevé tu n’as pas grand-chose.
— Nous vivons simplement, lui ai-je répondu en m’affalant dans mon siège.
— Une simplicité qui t’offre des vacances simples et une vie simple, dit-il. Je …
Il s’interrompit un instant, et tourna la tête dans le vide comme s’il avait entendu quelque chose. J’ai également tendu l’oreille, en vain.
— J’ai cru sentir … peu importe. En fait, je compte fonder ma propre boite d’ici quelques temps et j’aimerais quelqu’un d’assez calé en finance pour m’aiguiller.
Sur l’instant, je me suis senti flatté tout autant qu’effrayé. Il ne l’avait pas explicitement formulé mais Jacques me proposait de plaquer mon emploi pour un autre. Je le soupçonnais alors d’avoir fait exprès de me laisser gagner au poker pour me mettre en confiance. Je n’avais aucune garantie et ne connaissait Jacques que depuis un peu plus d’une semaine, c’est pourquoi je lui ai poliment rétorqué :
— Il y a des gens bien plus compétents que moi en ce domaine. Et puis …
C’est alors que j’ai senti une étrange vibration. Pas une secousse, ni un tremblement. Juste une vibration presque imperceptible qui se diffusa dans le sol et mon fauteuil. Je la sentais juste par le bout des orteils, et je ne pus l’identifier davantage car elle disparut.
Jacques avait continué de parler sans avoir rien aperçu apparemment.
— … tous les gens avec qui je travaille son surqualifiés et bardés de diplômes. Ils se croient les maîtres du monde ! Ce qu’il me faut, c’est quelqu’un de plus modeste, qui ait la tête sur les épaules et n’ait pas peur de me dire en face ce qu’il pense.
Jacques était manifestement un homme d’ambition, intelligent et brillant. Je ne savais pas ce qu’il allait faire, mais j’avais la certitude qu’il réussirait, car il détenait cette qualité très spéciale : le charisme. Jacques pouvait séduire et convaincre n’importe qui. Il me fascinait.
Il s’apprêta à poursuivre quant une autre vibration survint, tout aussi subtile. Il du voir ma mine perplexe parce qu’il me demanda aussitôt :
— Tu la senti toi aussi ?
Moi qui misais sur la vibration des moteurs ou du tangage du navire, la tonalité dramatique de Jacques m’insuffla de l’inquiétude. Il se figea, comme pour mieux capter et analyser cette étrange sensation. La vibration cessa à nouveau.
— Etrange, déclara-t-il en triturant ses jetons. Je me demande ce …
Il ne put terminer sa phrase. La stupeur l’étreignait. Moi la peur. De toutes les choses que je vis par la suite, celle-ci fait partie de celles qui m’ont le plus frappées. Les jetons, les cartes, et tous les autres objets de petites tailles lévitaient dans la salle sous le regard interloqué des autres joueurs. On se serait cru en apesanteur bien que je demeurais fixé au sol.
La vibration surgit à nouveau. Cette fois-ci, elle fut d’une incommensurable violence. Le sol de la salle de jeux se convulsa, le navire entier semblait supporter un choc énorme. Jacques et moi nous nous sommes retrouvés projeté au plafond de la salle. Les meubles se fracassèrent en tout sens et des débris de verre se répandirent un peu partout dans les airs.
On eut alors l’impression de chuter, comme dans une montagne ruse. Vous savez, cette sensation qui soulève l’estomac lorsqu’on descend rapidement une route en voiture ou quand un ascendeur va rapidement vers le bas. Imaginez la même chose mais à l’échelle d’un paquebot. J’ai eu l’impression d’être écrasé contre le plafond. J’ai suffoqué. C’était comme si le bateau tombait.
Tout s’arrêta net quelques secondes plus tard. Nous sommes lourdement retombés sur le sol. Celui-ci s’inclinait anormalement et une voix stridente criait dans des hauts parleurs : « Ceci n’est pas un exercice, dirigez vous calmement vers les ponts B et C. Ne paniquez pas et dépâchez-vous s’il vous plait ».

charly_owl
charly_owl
Niveau 7
19 juillet 2007 à 03:21:19

Des fautes, des fautes! Jamais je n´aurais cru en trouver dans un de vos textes, Ostramus!

L-orgue-e-yeux
L-orgue-e-yeux
Niveau 45
19 juillet 2007 à 11:34:00

Et bien j´ai lu, et disons que mon commentaire... Je vais en faire deux :fou:

Concernant la "première partie", jusqu´à la partie de poker, ben je sais pas, j´ai pas croché plus que cela, j´avais de la peine à me concentrer... ça me rappelait Stendhal pour tout t´avouer :o)) Le style est bon, enfin bon dans le sens classique... J´aurais dillué un peu ce style au milieu d´un autre, car s´il est appréciable, là c´était trop :fou: À part cela j´ai bien aimé l´aspect
narrateur-qui-sait-ce-quiva-se-passer-mais-qui-ref
use-de-tout-nous-expliquer-tout-en-nous-faisant-sa
voir-qu´il-sait :o))

Concernant la suite, là c´est un nouveau texte qui commence :p) j´ai beaucoup aimé, je sais pas dire pourquoi, à croire que tu as fait exprès de nous faire un début maussade pour qu´on apprécie davantage la suite bien plus inspiére :fou: J´aime beaucoup l´approche très... "fine" : "C’est alors que j’ai senti une étrange vibration. Pas une secousse, ni un tremblement. Juste une vibration presque imperceptible qui se diffusa dans le sol et mon fauteuil. Je la sentais juste par le bout des orteils, et je ne pus l’identifier davantage car elle disparut. "

voilà, bonne continuation :p)

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
19 juillet 2007 à 13:37:54

Merci d´avoir lu et commenté.

A dire vrai, je sais que ma démarche n´est pas très honnête, ce texte est du premier jet brut. Alors pour les fautes et tout le tintsoin ça s´explique.
Enfin bref, encire merci de vous être penchés dessus. :)

charly_owl
charly_owl
Niveau 7
19 juillet 2007 à 16:53:06

my pleasure, good lord! :cool:

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