[Ce.s4]
Ce topic sera celui sur lequel les participants au concours pour les thèmes de la semaine devront poster leur texte.
Vous pouvez utiliser ce topic pour vous inscrire, ou bien celui qui est épinglé en première page. Dans tous les cas, PAS DE BLABLA OU MESSAGE INUTILE SUR CE TOPIC. Il ne sert que pour les textes et les inscriptions, et le modérateur n´hésitera pas à supprimer tout message hors-sujet.
Les règles du concours sont expliquées en deuxième post du 3e topic épinglé. Que vous vous inscriviez ici où sur l´autre, il se chergera de la mise à jour des inscrits.
La limite de remise des textes est samedi 14 juillet, 20h00. Si vous avez fini votre texte avant, vous pouvez le poster quand vous voulez.
Le titre du topic ne contenant pas tous les sujets de la semaine, je les rappelle ici. :
- Juste un doigt!
- Jeune roumaine recherche époux français.
- Faut pas croire ce que les grands disent...
— Ne t’inquiète pas, ça ne fera pas mal.
— Tout va bien se passer mon trésor.
Thomas regarda d’un air dubitatif le médecin, puis sa mère qui le gratifiait d’un sourire. Le cabinet du docteur Brundell ne lui inspirait aucune confiance, avec ses murs blancs et sa moquette usée. C’était un univers étrange, peuplé de bibelots trônant sur un écrasant bureau en merisier, de diplôme qui se recouvrait de poussière et de posters préventifs contre une pratique que le jeune Thomas embrasserait des années plus tard. Son regard croisa la seringue sur le plateau qui brillait d’un éclat froid. Thomas connaissait très bien les seringues grâce aux récits de ses amis, notamment du petit Denis. Souffrant d’allergies multiples, il subissait une véritable torture chaque semaine en essuyant l’assaut de dizaines de piqûres de désensibilisation. Thomas avait du respect pour Denis, qui tous les vendredis montrait fièrement les trous parsemant ses bras. En réalité, les récits épiques de son ami lui glaçaient le sang, et il avait toujours redouté qu’un jour, lui aussi, il deviendrait allergique.
— Chéri, il faut te faire vacciner, avait dit sa mère la veille.
— Mais ! s’était offusqué Thomas, je ne suis pas allergique.
— Allergique ? Allons, qu’est-ce que tu racontes… On va juste rendre ton corps plus fort, pour que tu ne puisses pas être malade.
Thomas avait supplié son père, pleuré, imploré. Sa joue gauche le regrettait.
Pendant tout le trajet jusqu’au cabinet, il avait imaginé l’acier qui s’enfonçait dans son bras, perforant sa peau. Thomas se demandait si la douleur serait plus forte que la fois où il était tombé de vélo alors qu’il avait tenté l’année dernière de passer à travers un ruisseau. Il chercha même dans ses souvenirs qu’elle avait pu être sa plus grande souffrance. Les oreilles tirées par son institutrice, madame Wittmor. Sa vilaine brûlure datant de Noël. Ou encore le coup de poing de ce sale crétin de Christian. A dire vrai, il ignorait le mal que cela allait lui faire. Car, il était certain que cela ne pouvait que faire mal. Les épines des rosiers dans le jardin semblaient être ridicules en comparaison avec la longue tige métallique que le docteur Brundell avançait vers son bras tremblant et il se demanda quelle allait être la douleur sachant que les épines faisaient déjà très mal.
— Tu ne sentiras rien, fit le médecin.
Thomas avait l’impression que le temps s’étirait à mesure que l’instrument de torture s’approchait.
— Ne regarda pas, dit sa mère, ça te ferait moins mal.
Comment ça moins mal ? s’inquiéta Thomas. Menteuse, traîtresse, tu le savais donc, et tu le laisses me transpercer ? Alors que l’aiguille perçait la peau, irritait ses nerfs et provoquait une sensation extrêmement désagréable. Il sentit sa chair se déchirer, et son muscle se contracter. Thomas éprouvait de la colère. La douleur fulgurante sur l’instant, se mua en souffrance piquante et Thomas grimaça. Ca lui avait fait mal. Très mal. Le médecin avait dit qu’il ne sentirait rien, et sa mère avait complice de ce menteur qui portait mal sa perruque !
Ils étaient tous des menteurs. Thomas repensa à Denis tandis que les mains velues de Brundell posaient un sparadrap sur le minuscule trou où perlait une goutte de sang. Il détestait la manière dont il avait de raconter ses séances chez le médecin, sa torture indicible, et le courage qu’il fallait pour endurer ça. Thomas n’aimait pas les récits piquants de son ami, non pas pour l’extrême vantardise qui suintait de ses propos, mais à cause de la peur insoutenable que cela lui inspirait, et les cauchemars qui hantaient ses nuits. A présent, il savait.
Thomas avait payé de son bras pour le savoir. Il était investi de la chose, et pourrait se targuer d’avoir subi la même torture que Denis. Mais cela n’était rien. Au cours de cet épisode chez le médecin, une connaissance bien plus précieuse s’était empressée de s’installer dans son cerveau.
Le lendemain, à l’école, il se présenta à ses amis en prétendant connaître une chose qu’aucun ne pourrait pas même imaginer. Ses amis se réunirent autour de lui, l’œil avide. Thomas sourit, puis commença son récit :
— Faut pas croire ce que les grands disent...