Bonjour à tous,
Voici donc un petit texte, le second (et dernier
) des textes envoyés dans le cadre du concours de l’été 2007 –à ce titre je vous conseille d’aller lire celui de sanphi si vous avez un peu de temps
, tiré du sujet n°1 : « Ecrivez un Huis Clos » ; un très bon texte bien que la fin n’ait probablement pas encore été postée
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Le mien a été inspiré su sujet n°2, à savoir « La Syneptotetradextronomenclaturophénologie est une science. Imaginez laquelle ... » qui a pour point commun avec celui de sanphi une certaine place laissée aux pensées internes du personnages
Sur ce ben bonne lecture, que je vous souhaite enjoyesque
« Ne jamais lui mentir »
Une vaillante bougie, aidée par quelques filaments incandescents, éclairait ce carré jaune, cette bête fenêtre dans la déjà noire fin d’après-midi hivernale norvégienne. Sifflotant gaiement, rentrant de l’école où on lui apprend plein de choses -plus ou moins inutiles- ; le mioche était de retour chez lui. Préparant le dîner, ses deux jeunes et amoureux – enfin ça, ça n’allait pas durer…- parents l’attendaient. Une journée normale jusqu’à présent…
« Maman c’est quoi ton métier ? »
- Connards d’enseignants. Ils ne peuvent pas foutre la paix aux honnêtes gens, non ! Au lieu de mettre de ces questions dans la tête de nos gosses… Je sens que je vais encore y passer la soirée…*
La réaction maternelle un brin agressive contrastait avec l’attitude du père. Pas davantage enthousiasmé, c’était horrifié, le teint blême, la respiration haletante, les yeux globuleux, tremblant de tout son mètre quatre-vingts, qu’il osa à peine murmurer à sa femme : « Tu… tu vas quand même pas lui dire ? ». Elle baissa les yeux. Soupira. « Il le faut. Je ne pourrais jamais lui mentir… ». Et son mari s’évanouit.
Elle se tourna alors vers son gamin, le fixant dans la prunelle de ses yeux, l’air grave et serein.
« C’est une longue histoire… »
Le gamin, davantage perturbé par le ton solennel de sa mère que par l’état de son père qui gisait sur le sol ; acquiesça d’un mouvement de tête. L’époux, cogné par une chaise lors de son prétendu évanouissement, se releva prétextant ses maux pour s’éclipser : « je vais aller m’allonger dans mon lit, ça vaudra mieux pour ma tête… ». Devant tant de lâcheté, la mère continua :
« - Tu aimes bien les animaux, tu sais combien un singe a de doigts ?
- Euh… cinq ?
- Et un oiseau ?
- Ben… je sais pas trop…
- Trois doigts devant et parfois un derrière. Et les poissons et les dauphins ?
- Ben… ils ont pas vraiment de doigts…
- Exactement. Et à ton avis qu’est ce qui peut conduire à une telle variété chez les animaux ?
- Ben c’est Dieu il s’est amusé lorsqu’il les a créés. »
L’air rieur et heureux du gamin ayant trouvé une réponse faisait enrager sa désespérée et douce mère, dans la tête de laquelle passaient nombre de pensées charmantes. *Salopards de créationnistes. Mais ils n’abrutiront pas mon fils. Jamais.*
« - Mais non ça c’est des foutaises qu’on raconte aux enfants qui croient n’importe quoi. C’est comme… euh… La cigogne qui apporte les bébés !
- Ah bon ? Alors ils viennent d’où les bébés ? » Un petit froncement de sourcils dubitatif s’esquissait sur le visage du jeune, trop jeune enfant.
- Bécasse, tu pouvais pas trouver une autre comparaison…*
- Euh… les garçons naissent dans les roses et les filles dans les choux ? Ah non c’est l’inverse…*
- Ne jamais lui mentir*
Le regard de son fils l’interrogeant toujours, elle se résigna à un autoritaire :
« Bon une question à la fois, d’accord ? »
- D’ici là que j’aie fini de répondre à la première, il aura sûrement oublié la seconde…*
« - Non la variété des espèces, c’est à cause de l’évolution.
- Comme dans Pokémon ?
- Hum… non pas vraiment. En fait nous venons tous du poisson…
- C’est pour ça que notre maîtresse elle nous dit toujours qu’on a des yeux de merlans frits ?
- Euh… ma foi… En fait, le poisson a subi des mutations et…
- Et ça a fait les X-men !
- Hum… Pas tous, juste le crapaud…
- En fait tu travailles dans le dessin animé c’est ça maman ? Trop cool !
- Mais non, c’est un travail scientifique… En fait, à force de mutations, des pattes sont apparues, et comme ça leur permettait de se mouvoir hors de l’eau, ce qui pouvait être un avantage pour la survie, la sélection naturelle a retenu cette espèce. Au final, ça forme la classe des Amphibiens.
- Hein ? Salamèche et le Crapaud ils vont dans la même école ?
- Si en plus les japonais s’associent aux américains, on s’en sort pas…*
- Et pourquoi la sélection naturelle leur a donné une retenue ? »
- Pour qu’ils remettent de l’ordre dans leur classe de batraciens qu’ils ont toute chamboulée avec leurs pouvoirs à la noix… Saloperies d’anoures et d’urodèles pistonnés…*
- Et puis c’est qui la sélection naturelle ?
- Fichtre… Je vais devoir sortir l’artillerie lourde, sinon je vais y passer la nuit…*
Heureusement pour ses nerfs, la rudement mise à l’épreuve mère avait une vieille vidéo qui expliquait très bien toute la théorie de Darwin. Elle planta son gosse devant, qui fut un peu déçu car il s’attendait à un dessin animé « all stars » inédit… Pendant ce temps sa tendre mère était montée à l’étage pour passer un savon à son lâche et fainéant mari qui écoutait en riant les explications difficiles de son épouse. Le DVD toucha à son terme, et la mère redescendit. « Alors tu as compris maintenant ce que c’était l’évolution ? » Le petit acquiesça. Retour aux choses sérieuses.
« - Une des questions que se sont posées les scientifiques, c’est de savoir pourquoi des animaux comme le dauphin, une des dernières espèces apparues, comptent autant de doigts que le poisson, premier vertébré.
- Euh…
- Il existe un certains nombres de points communs entre les époques où sont apparues ces deux espèces. Par exemple, il régnait sur Terre un climat similaire, en période interglaciaire. De ce fait celle-ci était recouverte de vastes océans, et savoir nager importait plus que savoir creuser dans de la glace à l’aide de ses doigts afin de trouver de la nourriture en dessous, comme c’est le cas sous des ères plus froides. Au contraire avoir des doigts entraverait l’aérodynamique de leurs corps, et diminuerait leur célérité dans l’eau… D’où la disparition de leurs doigts à cette époque, sous l’effet de la sélection naturelle…
- … Balèze…
- Comme tu dis… En fait nous pensons que les variations du climat peuvent engendrer assez directement l’apparition ou la disparition de doigts chez les espèces.
- D’accord, c’est pour ça que Diego il nous disait que quand il fait froid, et ben son doigt il est beaucoup plus petit…
- … Je devrais le mettre dans une école privée je crois…*
- Et comme c’est un vaste domaine, nous partageons le travail… En fait je suis spécialisée dans un sous -domaine très précis, qui est une véritable science, à savoir l’étude des variations climatiques qui entraînent la synthèse d’une main à quatre ou sept doigts.
- Mais, t’as déjà vu un animal à sept doigts ?
- En fait seules quelques espèces d’oiseaux possèdent sept doigts. Il s’agit d’une mutation qui a conduit à la subdivision de chacun des trois doigts antérieurs en deux. Soit six doigts antérieurs auxquels s’ajoute le doigt postérieur, qui lui reste unique. Comme ces espèces sont donc très proches des oiseaux à quatre doigts, nous avons regroupés ces deux ensembles.
- On les trouve où ces oiseaux ?
- Euh…
- Quelque part en Ukraine… »
- La fission nucléaire ce sera pour un autre jour…*
« - Mais j’y pense… ton métier il a pas de nom alors ?
- Si. Un nom un peu compliqué. J’étudie les conséquences sur la faune des variations du climat. Cela relève de la phénologie. Je suis spécialisée dans l’apparition de mains à sept ou quatre doigts, donc dans la synthèse d’une nomenclature de main, aussi appelée dextre, à sept ou quatre éléments. C’est tout simplement de la syn-epto-tetra-dextro-nomenclaturo-phénologie. Je suis une banale syneptotetradextronomenclaturophénologue !
- Hum… Je ne suis pas sûr que ça va rentrer dans la case…
- C’était juste pour remplir de la paperasse administrative que tu m’as demandé ça ?
- Oui.
- Et au fait papa il est quoi ? Ajouta le gosse.
- Euh… »
- dodécachlorophylohexanoldinitrophyrinxoenologue*
Aperçue au travers de la fenêtre, la silhouette sombre et qui avait tout entendu, après une chute audacieuse, s’enfuit au pas de course afin d’échapper à la corvée de la réponse dont il pressentait qu’elle allait lui incomber.
« Magicien. Il disparaît dès que ça l’arrange… »