CONNEXION
  • RetourJeux
    • Sorties
    • Hit Parade
    • Les + populaires
    • Les + attendus
    • Soluces
    • Tous les Jeux
    • Gaming
  • RetourActu Gaming
    • News
    • Astuces
    • Tests
    • Previews
    • Toute l'actu gaming
  • RetourBons plans
    • Bons plans
    • Bons plans Smartphone
    • Bons plans Hardware
    • Bons plans Image et Son
    • Bons plans Amazon
    • Bons plans Cdiscount
    • Bons plans Decathlon
    • Bons plans Fnac
    • Tous les Bons plans
  • RetourJVTech
    • Actus High-Tech
    • Intelligence Artificielle
    • Smartphones
    • Mobilité urbaine
    • Hardware
    • Image et son
    • Tutoriels
    • Tests produits High-Tech
    • Guides d'achat High-Tech
    • JVTech
  • RetourCulture
    • Actus Culture
    • Culture
  • RetourVidéos
    • A la une
    • Gaming Live
    • Vidéos Tests
    • Vidéos Previews
    • Gameplay
    • Trailers
    • Chroniques
    • Replay Web TV
    • Toutes les vidéos
  • RetourForums
    • Hardware PC
    • PS5
    • Switch 2
    • Xbox Series
    • Switch
    • Pokemon pocket
    • FC 25 Ultimate Team
    • League of Legends
    • Tous les Forums
  • PC
  • PS5
  • Xbox Series
  • Switch 2
  • PS4
  • One
  • Switch
  • iOS
  • Android
  • MMO
  • RPG
  • FPS
En ce moment Genshin Impact Valhalla Breath of the wild Animal Crossing GTA 5 Red dead 2
Liste des sujets

Concours été 2007 - S1 - L´entretien

sanphi
sanphi
Niveau 8
15 juillet 2007 à 00:38:02

Hello!

Voici un petit texte que je viens de finir. Je l’ai écrit dans le cadre du concours de l’été 2007. Les sujets étaient :

1 Ecrivez un Huis-Clos.

2 La Syneptotetradextronomenclaturophénologie est une science. Imaginez laquelle ...

3 David Hamilton

4 Les toilettes d´une boîte de nuit.

5 Dans un monde de magie, émerge un petit groupe. Ils fondent une nouvelle science : la mécanique.

6 Histoire-Fiction : Le 11 Septembre 2001, deux avions s´écrasent sur la Tour Eiffel et l´Elysée...

J’ai choisi pour thème le sujet n°1, le huis clos. Je vous encourage vivement à lire aussi celui de l-orgue-e-yeux, le 2ème et dernier participant du concours pour son texte "Ne jamais lui mentir...", tiré du sujet numéro 2, La Syneptotetradextronomenclaturophénologie. Enfin, si vous souhaitez voir les résultats du concours, rendez-vous sur :

https://www.jeuxvideo.com/forums/1-58-117701-2-0-1-0-0.htm

Enjoy, I hope so... as much as I did when I wrote it.

_ Bonjour, je suis Hélène Cartet, j’ai rendez-vous avec M. Jean-Pierre Besson.

La secrétaire attrapa un papier sur son bureau, le consulta rapidement avant de me répondre.

_ Très bien. Voici un dossier à remplir avant l’entretien. M. Besson vous recevra dans quelques minutes. Si vous voulez bien me suivre.

Je lui emboîtai le pas, non sans noter avec un certain amusement que ses hauts talons martelaient le sol en cadence, tout aussi fort que les miens, formant un duo de claquettes qui faisaient se relever les têtes sur notre passage. Quelle idiote, j’étais ! Pourquoi avoir écouté Philippe ? Je me sentais mal sur ces échasses qui me tordaient les chevilles. Lui et sa manie de tout vouloir régenter jusqu’à ma propre tenue… J’en avais ras le bol de devoir me justifier en permanence sur tous mes faits et gestes, sous prétexte que j’étais au chômage depuis bientôt deux ans et me complaisais soi-disant dans cet état de fait ! Etait-ce ma faute si les rares postes qui m’avaient plu étaient rétribués au ras des pâquerettes ou si la plupart ne me correspondaient pas ? C’était déjà suffisamment humiliant de devoir se présenter à des entretiens inintéressants sous peine d’être radiée de l’ANPE, alors lorsque votre propre conjoint, au lieu de compatir, vous jetait en pleine figure que vous ne faisiez aucun effort pour trouver du travail…Hé bien, la coupe débordait.

_ C’est ici. Je vous laisse vous installer. M. Besson ne devrait plus tarder.

Je franchis le seuil de la porte entrouverte et parcourus rapidement des yeux le local exigu sans aucune fenêtre. C’était une salle de réunion secondaire si j’en jugeais d’après la taille minuscule. Trois affiches publicitaires ainsi qu’un imposant miroir étaient placardés aux murs tandis qu’une grande table ovale en chêne massif trônait au centre de la pièce. Attablées autour, huit personnes étaient affairées à remplir des documents, alors qu’une dernière, était restée debout, dans une position plus qu’inconfortable pour écrire. Neuf candidats, dont dix avec moi, tous convoqués à la même heure et certainement pour le même poste. Hum… Tout cela ne me disait rien qui vaille… Mais peu m’importait après tout. Qu’on en finisse rapidement, c’est tout ce que je demandais. Sans réfléchir plus avant, je pris place à l’un des trois bureaux d’écoliers restés vacants, alignés contre le mur du fond.

_ Heu, on nous a bien spécifié de laisser ces places libres, intervint le jeune homme brun resté debout.
_ Bon, il ne me reste plus qu’à aller chercher une chaise supplémentaire, dans ce cas.
_ Inutile. Vous pensez bien que je ne reste pas debout par pur plaisir, hein. Je l’ai déjà fait. On m’a affirmé qu’il n’y en avait plus de disponible.

Son ton railleur me hérissa quelque peu et je retins la remarque acerbe qui me brûlait les lèvres. Je me payais néanmoins le plaisir de le fustiger du regard. Quel gougeât ! Sous son apparence de fils de bonne famille, tiré à quatre épingles dans son costume gris, il cachait bien son insolence. Mais le voici qui plaquait un sourire plastifié de commercial sur son visage en me tendant la main.

_ Pardonnez-moi, mais cela fait plus d’une demi-heure que je suis là à essayer de compléter ce dossier tant bien que mal. J’avoue être exaspéré d’être reçu dans de pareilles conditions. Je me présente : Olivier Famin.
_ On le serait à moins. Hélène Cartet, dis-je en lui serrant la main brièvement, pensant à autre chose.

J’avais complètement oublié ce papier. Je n’allais quand même pas m’asseoir par terre…et ces chaussures qui me faisaient un mal de chien. Et pourquoi ne pas me mettre sur la table directement ? Allais-je oser ou pas ? D’accord, cela ne se faisait pas. Mais d’un autre côté, offrir une chaise à chacun était un minimum. Ne pas le faire, c’était vraiment faire preuve d’irrespect. Puis, qu’est-ce que j’en avais à faire ? Je voulais abréger au plus tôt cette entrevue qui s’annonçait rasoir au possible. Comme ça, c’était gagné d’avance.

Sans plus de cérémonie, je me juchai sur la table, tournant le dos à la sortie et je poussai même le culot jusqu’à me déchausser partiellement, mes escarpins ne tenant plus que par les orteils. Le soulagement fut immédiat ! Je commençais à remplir le dossier sans enthousiasme. C’était le document typique qui vous demandait de recopier presque mot pour mot votre curriculum, juste histoire de voir si vous saviez écrire autrement que par le truchement d’un clavier. J’avais à peine fini de renseigner la dernière ligne que j’entendis la porte s’ouvrir derrière moi, signifiant l’entrée de M. Besson. Je savais qu’obligatoirement, la première chose qu’il avait dans sa ligne de mire était mon postérieur perché effrontément sur le bureau. Je riais en mon for intérieur, imaginant sa mine scandalisée, à l’instar de celle d’Olivier qui avait stoppé instantanément ses efforts mielleux de politesse en voyant mon geste. Les trois recruteurs étaient à présent face à moi. Hé oui, ils étaient trois : une femme et deux hommes. L’un d’entre eux, un quadragénaire solidement planté sur ses deux jambes, prit le temps de détailler l’assistance avant de prendre la parole :

_ Bonjour, Je suis Jean Pierre Besson. Vous êtes ici parce que vous avez choisi de postuler pour un poste d’assistant de direction. Comme vous le savez certainement déjà, notre société de chasseurs de tête jouit d’une notoriété mondiale. Et ce n’est pas le fruit du hasard. Autant nous sommes exigeants lorsque nous cherchons du personnel pour notre clientèle, autant nous sommes intransigeants lorsqu’il s’agit du notre. Pas de demi-mesure chez Advanced. Nous ne parlons pas ici de compétence uniquement, mais avant tout de personnalités emblématiques, capables de nous représenter aux yeux du monde. Pour ceux qui se faisaient la douce illusion de trouver ici un travail pantouflard, consistant à prendre les messages du patron en son absence, je les encourage à partir sur le champ. Ils n’ont pas leur place ici….

Personne ni ne pipa mot, ni ne bougea une oreille, Moi, pas davantage. J’aurai bien aimé le prendre au mot et partir illico mais je me devais de rester, sous peine d’être privée de mon allocation chômage. M. Besson reprit :

_ Bien, ce point étant éclairci, nous allons débuter à proprement parler, la session de recrutement. La première phase se présentera sous forme de speed-dating. Je suis sûr que vous connaissez tous cette méthode de rencontres express en série, dans le but de trouver l’âme sœur. Nous avons repris et adapté ce concept. Ainsi, chacun de vous devra convaincre tour à tour, mes collègues, Claude Girard, Monique Revucci et moi-même que vous êtes le candidat idéal, et ce, en l’espace de quelques minutes. Sept minutes vous seront allouées par face à face. Il n’y a pas de règles établies. Le recruteur peut vous poser des questions ou vous écouter tout simplement. N’oubliez pas de donner le dossier rempli par vos soins avant chaque discussion. Le premier à commencer sera… celui du fond en partant de la gauche. Le suivant enchaînera dès que le premier entretien sera achevé et ainsi de suite.

Il alla rejoindre ses collègues qui avaient déjà pris place derrière les petits bureaux. Dans son sillage, le premier postulant s’avança timidement et s’assit en face de Monique Revucci. Curieuse, je prêtai l’oreille un instant mais n’entendis rien de réellement intelligible, juste quelques bribes ici et là, qui mises bout à bout, n’avaient aucun sens. Aussi je décrochai assez vite. D’après l’ordre de passage donné, j’étais dans les derniers à être interviewés. J’avais donc du temps à perdre. Pour me distraire, je fis ce que je n’avais pas fait ce matin, trop accaparée par la dispute orageuse avec Philippe. J’entrouvris mon sac et après quelques secondes, dénichai un petit miroir de poche. Sans le sortir complètement, je l’orientai afin de m’examiner tout à loisir. Le résultat ne me plut guère. Les lèvres beaucoup trop rouge vinyle, accentuaient la pâleur de mon grain de peau et j’avais eu la main un peu lourde en crayonnant le contour de l’œil, à tel point que mes yeux habituellement vert anis tiraient plutôt au vert de gris. Des mèches folles s’échappaient de mon chignon noué à la hâte, retombant sur mes oreilles et ma nuque. Je réajustai quelques boucles ici et là et estompai mon rouge avec un kleenex. Le résultat n’était pas parfait mais gommait quelque peu cette allure de blonde écervelée.

Mon portable vibra dans le sac. C’était un message de mon amie Laurence, plutôt laconique. « Il vient me voir comme tu l’avais prédit. Rappelle-moi ». Ainsi Il avait fini par franchir le pas avec le temps… Même si je n’étais pas étonnée outre mesure, je ressentais un petit pincement au cœur à l’idée d’avoir eu raison. Ce qui me faisait rager, c’est qu’Il ait choisi aujourd’hui pour s’y résoudre. Je devais me libérer au plus tôt si je ne voulais pas manquer ça…

Monique Revucci, d’un signe de la main, m’invita à prendre place, ce que je fis sans me faire prier. Enfin mon tour ! Monique avait tout du jeune cadre supérieur efficace sans états d’âme. Un tailleur strict, des cheveux coupés courts et un regard vif, qui pour l’heure, me considérait avec un peu de condescendance. Manifestement, je ne lui plaisais pas. Elle attaqua immédiatement en s’exprimant dans un anglais oxfordien. Je ne voulais pas insulter son intelligence en lui faisant accroire des lacunes quelconques dans cette langue que je maîtrisais d’ailleurs aussi bien qu’elle. Ma stratégie reposait plutôt sur le choix de mes réponses. Aussi lorsqu’elle me demanda la dernière découverte qui, selon moi était révolutionnaire, je pris un malin plaisir à évoquer les vertus d’un bouclier d’invisibilité qui deviendrait bientôt réalité. Je narrais dans les plus infimes détails, les propriétés de ces composites artificiels, les méta-matériaux, qui en théorie, pouvaient soustraire un objet à la lumière en déviant les rayons lumineux, le rendant de fait, invisible à l’œil nu. Durant ce long exposé scientifique au sujet pour le moins non-conformiste, Monique avait gardé les lèvres pincées dans une moue désapprobatrice. J’avais donc visé juste et la quittai satisfaite.

Claude Girard était tout autre. La cinquantaine, les tempes argentées, il respirait la bonhomie et la joie de vivre. Un léger embonpoint tendait les coutures de son gilet, dénotant qu’il aimait un peu trop faire honneur aux grandes tables. La lueur d’intérêt typiquement masculine qui s’alluma, lorsqu’il posa ses yeux de cocker sur moi, me révéla que non seulement il était amateur de bonne chère, mais de chair également. Il est toujours flatteur pour une femme de se sentir désirée et appréciée mais dans le cas présent, cela risquait de me desservir plus qu’autre chose. Il fallait trouver un autre angle d’attaque, mais lequel ?

_ Parlez-moi de vos anciennes fonctions, suggéra Claude, les joues un peu congestionnées.

Perdue dans mes réflexions, je n’avais pas pris garde que Claude avait déclenché le chronomètre depuis près d’une minute déjà. Durant tout ce temps, sans le vouloir, je n’avais cessé de le dévisager intensément comme on fixe un mur en face de soi dans l’espoir d’y trouver des réponses. Décontenancé au bout d’un moment, il avait cru bon de me rappeler gentiment à l’ordre par une question, alors que clairement, il avait souhaité que je prenne l’initiative. C’était peut être ça la solution après tout ?

_ J’ai occupé deux postes en qualité de technico-commercial et un en tant qu’assistante commerciale. Vous avez tous les détails dans mon CV.

La flèche que je lui avais lancée porta ses fruits et ses yeux cillèrent sous l’impertinence sous-jacente. Nul doute que si j’avais été un homme, il aurait abrégé l’entretien sans délai. Au lieu de cela, me jetant un regard de chien malheureux, il attendit patiemment une suite qui ne vint pas. Je n’avais pas l’intention de me laisser attendrir, d’autant plus que Laurence m’avait envoyé un nouveau message si j’en croyais les vibrations émanant de mon sac, posé à mes pieds. Je devais reconnaître que Claude était persévérant. Malgré mon manque d’enthousiasme évident et ma mauvaise volonté affichée pour participer, il s’acharna néanmoins à m’arracher des réponses jusqu’au bout du temps imparti, sans relever les remarques plus ou moins blessantes que je ne manquais pas de lui décocher. Je le quittai incertaine, sans savoir si ma tactique s’était avérée efficace ou non. J’espérais sincèrement que c’était le cas, car nonobstant mon besoin de partir, j’avais détesté jouer avec les nerfs de ce pauvre Claude à la personnalité si attachante.

sanphi
sanphi
Niveau 8
15 juillet 2007 à 00:41:55

Restait le face à face avec Jean Pierre Besson. Je n’aurais su dire pourquoi mais quelque chose en lui me disait que ce serait la partie la plus difficile à négocier. Pourtant il n’avait rien de particulièrement imposant. A contrario de ses homologues, vêtus de luxueux effets de couturiers à la griffe renommée, il portait une chemise blanche sur un pantalon à pinces gris, que l’on pouvait trouver dans n’importe quelle grande surface de confection. La seule frivolité qu’il s’était permise dans ce visage carré au menton volontaire, était une fine moustache brune à la mode John Galianno, dessinant avec délicatesse le contour de ses lèvres supérieures. Assise devant lui, j’attendais qu’il daigne faire cas de ma présence.

_ Allez, je vous écoute, dit-il d’un ton impatient sans m’avoir jeté le moindre coup d’œil, ni même pris la peine de me saluer, totalement absorbé par la lecture de mon dossier.

Moi qui aimais bien me faire une idée de la personnalité en sondant le regard, cette fois-ci, j’en étais pour mes frais. Il ne me restait plus qu’à m’exécuter en partant à l’aveuglette.

_ Je suis Hélène Cartet. J’ai trente-cinq ans et je…
_ Stop ! Ne me dites pas ce que je sais déjà, coupa-t-il brutalement.
_ Mon CV est plus que documenté. Aussi, il serait peut être plus judicieux que vous me disiez ce que vous souhaitez savoir. On gagnerait du temps.
_ Si vous insistez, pourquoi pas ? Comment avez-vous trouvé mon discours d’ouverture ?
_ Court, percutant et un rien pontifiant.

Le dernier adjectif était surtout là pour le faire réagir. S’il y avait bien une chose qui me faisait horreur, c’était que l’on m’ignorât délibérément. J’eus la satisfaction de le voir enfin relever la tête et en profitai pour l’examiner plus en détail. Je ne vis rien de plus que des yeux marron, vides de toute expression. Il cachait admirablement bien ses pensées sous son air impassible.

_ Intéressant… Vous êtes-vous sentie visée lorsque j’ai évoqué ceux qui n’avaient rien à faire ici ?
_ Non. Aurais-je du l’être ?
_ A vous de me le dire. Pourquoi sinon avoir réajusté vos chaussures, si ce n’est que vous vous sentiez mal à l’aise peut être ?

Oh le furoncle ! Une image se fit jour en moi. Il avait parlé de « pantouflard » et je n’y avais vu que du feu ! Pas une seconde, je n’avais fait la relation avec mes pieds à moitié nus. Se pouvait-il réellement qu’il eût employé ce terme à dessein… ? Foutaises ! Il cherchait juste à me déstabiliser. Hé bien, je n’allais pas lui donner le plaisir de constater qu’il avait réussi en partie.

_ Je ne crois pas non. Simple réflexe conditionné de ma part.
_ Hum… les réflexes en disent souvent long sur notre état d’esprit mais passons…

Je ne rêvais pas. Il venait d’insinuer que j’étais une menteuse ! Là, c’était plus que je n’en pouvais supporter sans réagir.

_ Tout comme les manières de recevoir indiquent bien à qui l’on a affaire.
_ Vous parlez du manque de chaises ? Oui, on a eu un petit problème de logistique. La plupart des sièges ont été réquisitionnés ce matin, pour une réunion avec des clients importants.
_ Cela en dit long sur la considération que vous témoignez à vos éventuels futurs collaborateurs, ne croyez-vous pas ? Mais passons…

Un tic nerveux agita le coin de sa bouche l’espace d’un instant, signe que mon estocade l’avait atteint. Trop peut-être ? Il ne devait pas avoir l’habitude de se faire remettre à sa place, qui plus est par une femme ! D’un geste mécanique, il arrêta le chronomètre alors qu’il restait plus d’une minute. Je protestai pour la forme :

_ Les sept minutes ne sont pas encore écoulées.
_ J’en sais suffisamment. Merci pour cette discussion, Hélène.
_ Le plaisir était pour moi, Jean-Pierre.

Je n’avais pu m’empêcher d’utiliser son prénom, juste pour le voir hausser les sourcils d’étonnement. En fait, j’étais presque déçue que l’entrevue prenne fin, me surpris-je à penser, en retournant à ma place. Cet échange piquant était somme toute, assez divertissant et je ne m’étais pas ennuyée une seule seconde. Et cerise sur le gâteau, sa réaction laissait clairement entendre que je ne ferai pas partie des élus qui continueraient. Aussitôt, le message de Laurence me revint en mémoire et je me hâtai de le consulter. « Nous sommes au café "Aux Trois Dés". Je ne voulais pas qu’on reste chez moi. Ne me laisse pas tomber, hein ! Rappelle-moi, Hélène ». Le nom du bar me fit sourire. Plutôt cocasse comme symbole, vu la situation. Oui, on pouvait dire que j’avais sciemment lancé les dés qui roulaient à présent, animés de leur volonté propre, me laissant dans l’expectative de remporter la mise ou de brûler mes derniers vaisseaux. Maintenant que c’était fait, je ne pouvais étouffer un doute qui me lestait le cœur. Oh, il est sûr que j’avais tout élaboré dans les moindres détails, ne laissant que peu de place au hasard. En flambeuse de haute volée, j’avais calculé avec soin ma martingale, mettant les probabilités de mon côté. Pour ne pas céder à l’attentisme qui m’était devenu coutumier ces dernières années, et prendre enfin le parti de provoquer au lieu de subir, j’avais retranché de l’équation mes sentiments. Seulement, tout ne se résumait pas à une chaîne de Markov dans la vie… Je théorisais au lieu de rassurer Laurence. C’était tout moi ça ! Je levai les yeux un instant et vis Monique, Claude et Jean-Pierre, occupés à délibérer à voix basse. Discrètement, je formulai mon message : « J’ai presque fini et serai bientôt là. Fais durer mais sans trop en faire, si tu vois ce que je veux dire… »

_Hum…

Monique, s’éclaircissait la gorge, dans l’intention de prendre la parole. Je pris le temps d’appuyer sur la touche « envoi » avant de l’écouter.

_ Les noms que je vais énoncer sont ceux qui sont sélectionnés. Laetitia Cheman, Olivier Famin et Hélène Cartet. Venez prendre place aux bureaux pour la suite…Les autres sont libres de partir. Merci d’avoir fait acte de candidature pour Advanced. Nous nous réservons le droit de conserver vos dossiers durant trois mois. Si votre profil correspond à l’un de nos futurs recrutements, nous ne manquerons pas de vous contacter. Nous vous souhaitons pleine réussite dans vos recherches.

Pendant que la pièce se vidait dans un raclement de chaises général, je restais prostrée sur la table. Incroyable ! Mais quelle était donc cette société ? J’avais été limite odieuse avec tout le monde et pourtant j’étais dans le peloton de tête. C’était à n’y rien comprendre… et Laurence allait m’écharper menu, enfin peut être…Moi-même, j’en aurais bien lapidé quelques uns ici pour m’avoir joué un tour pareil. J’avais une folle envie d’écouter la petite voix intérieure qui me disait quand bien même, de claquer la porte sur toute cette farce, en donnant la priorité à ce qui m’intéressait vraiment. Seulement pouvais-je me le permettre ? Il était clair que non, dans le contexte actuel… Alors, en avant pour la commedia dell’arte, soupirai-je en allant rejoindre Laetitia et Olivier. Je m’installai à côté de ce dernier. Je pris soin, ce faisant, de garder mon sac ouvert sur les genoux, mon téléphone bien en évidence, à portée de main, de manière à pouvoir lire discrètement les messages, si besoin était. Cela ne rimait pas à grand-chose puisque je n’avais pas la possibilité d’y répondre. Mais contre toute attente, même si la situation m’échappait désormais, je voulais garder cette sensation illusoire de pouvoir agir ou réagir à mon gré. Cela me rassurait et j’en avais bougrement besoin.

Jean-Pierre, recueilli, jouait avec les articulations de ses mains, pressant ses phalanges l’une contre l’autre, tel un orateur qui cherche l’inspiration pour ses premiers mots.

_ Avant de commencer, je vais vous présenter ce poste et ses exigences. Advanced est une PME qui a su se tailler une réputation d’envergure internationale. En pleine expansion, avec un chiffre d’affaires qui a doublé en l’espace de trois ans, nous ne pouvons plus aujourd’hui maintenir une action efficace avec l’effectif qui est le notre. Nous recherchons, non pas un employé mais un collaborateur à part entière, capable de seconder un dirigeant dans ses activités quotidiennes. Le terme « seconder » est essentiel. Comprenez-moi bien. Dans ces fonctions, vous serez amené à vous déplacer sur les cinq continents, à gérer seul des situations conflictuelles délicates et même à faire office de porte-parole de temps en temps. Notre clientèle est exigeante, capricieuse et ne souffre pas le moindre retard d’exécution. Il vous faudra faire preuve de diplomatie et d’ingéniosité pour la satisfaire. Voici en synthèse ce que nous attendons de vous. Je vais maintenant vous laisser parler de vous à tour de rôle. Hélène, si vous voulez bien...
_ Je suis Hélène Cartet. J’ai trente-cinq ans. Je vis maritalement et n’ai pas d’enfants. Je réside dans le quartier de la Croix-Rousse à Lyon. Ma dernière expérience professionnelle s’est faite au sein de Trait d’Union, une société spécialisée en communication auprès d’entreprises industrielles. J’assurais les fonctions de chargée de clientèle et mon rôle s’articulait autour de deux axes principaux : Etoffer l’image de marque en organisant des manifestations culturelles, scientifiques ou sportives ; conseiller la clientèle dans la promotion des ventes et la stimulation des réseaux. Au bout de dix ans, suite à une baisse d’activité, j’ai été licenciée pour raisons économiques. Mon objectif est de trouver un poste à responsabilités multiples, avec une forte dimension commerciale et permettant de créer, gérer de grands projets dans leur ensemble.

Je me tus. Je leur avais débité ma petite introduction pré-formatée que j’avais peaufinée au fil des entretiens successifs de ces derniers mois. En règle générale, j’adaptais toujours celle-ci en fonction des qualités exigées. Mais cette fois-ci, j’avais été sincère et sans fioritures inutiles. Peu m’importait après tout que cela leur plaise ou pas…Je devais reconnaître cependant que la description faite par Jean-Pierre n’était pas dénuée d’intérêt. A ma grande honte, je n’avais pas lu le contenu de l’annonce, ou si peu. Je m’étais contentée de postuler puisque l’ANPE me l’avait ordonné. Finalement, cette place n’était peut être pas si inintéressante après tout. Quoique, comment savoir si ce discours correspondait à la réalité ? On soulignait souvent que les candidats avaient tendance à surestimer leur valeur mais les entreprises qui recrutaient, ne se privaient pas non plus de faire de même. Je ne comptais plus le nombre de fois où, après m’avoir vanté dans les grandes largeurs une position, je découvrais finalement que ce n’était, ni plus ni moins qu’un simple travail de gratte-papier. Ce genre de réflexions avait le don de faire enrager Philippe qui m’accusait de faire la fine bouche. Systématiquement, cela dégénérait en dispute avec les sempiternels arguments qui me mettaient hors de moi : des monceaux de factures en souffrance, que le rêve était bien beau mais ne rimait pas avec vie réelle, que j’avais tout le temps par la suite de trouver mieux. J’en passe et des meilleurs… La peur de manquer avait transformé Philippe en un être froid, défaitiste et anxieux, uniquement attaché aux biens terrestres. Il était si différent avant. Comment pouvait-on changer à ce point… ?

_ C’était clair et concis mais vous avez omis de mentionner votre niveau d’études, intervint Monique.
_ En effet. J’estime que l’expérience prévaut largement sur les diplômes, lorsqu’on totalise comme moi, près de quinze années d’expérience. Mais si vous y tenez, sachez que j’ai le niveau bac. J’ai suivi ensuite un cours de deux ans en économie, gestion et informatique appliquée aux médias, dans le cadre de la formation continue.

La moue de Monique s’accentua et se fit un peu plus condescendante. Nul doute qu’elle devait sortir d’une grande école supérieure de commerce de type HEC ou équivalent, et considérer dignes d’intérêt, uniquement les personnes ayant au minimum deux ou trois années d’études après le baccalauréat.

_ A vous, Olivier, dit Jean-Pierre après un court instant de silence.

Celui-ci ne se le fit pas dire deux fois. Un sourire de présentateur du journal du vingt heures étira ses lèvres, découvrant ses dents blanches parfaitement alignées. Il aurait eu, à coup sûr, toutes ses chances pour figurer dans une publicité pour dentifrice. Ses mains prenant appui sur un porte-documents pour se donner une contenance appropriée, il se lança :

_ Je me présente, Olivier Famin. J’ai vingt quatre ans et je suis célibataire. Je suis titulaire d’une Licence sciences humaines en administration économique et sociale. Après ma Licence AES, j´ai passé le concours d´une école de Ressources Humaines, SUP´RH, et j’ai réalisé un cursus en alternance chez Dassault Systèmes, en qualité de chargé de recrutement stagiaires et attaché des relations avec les écoles. Je suis maintenant à la recherche d’un emploi qui me permette de concrétiser toutes ces années d’études, en participant activement au développement et à la réussite de la construction sociale d’entités économiques. Je souhaite bâtir une carrière au sein d’une entreprise jeune, internationale et performante, qui saura investir dans mon potentiel, et m’offrir des défis et des récompenses à la hauteur du rendement fourni. Pour moi, le succès d´une entreprise n´a de sens que si elle concilie réussite économique et responsabilité sociale. Advanced y est parvenue en s´appuyant sur une politique ambitieuse et avant-gardiste. Pour tous ces aspects, je suis persuadé d’avoir ma place au sein de votre équipe.

Olivier avait principalement gardé les yeux en permanence, rivés sur ceux de Jean-Pierre. Immédiatement, il avait détecté que Jean-Pierre était le décisionnaire, celui qu’il fallait convaincre. J’avais des doutes qu’il ait atteint son objectif. Son discours était certes, bien élaboré mais sonnait affreusement creux, à l’instar d’un homme politique. Les tournures de phrases grandiloquentes étaient là pour tenter de masquer son inexpérience, pour meubler… Jean-Pierre ne me semblait pas le genre de personne à se laisser abuser par de belles paroles.

_ Votre expérience sur le terrain a duré quelques mois, si j’ai bien compris ? interrogea Jean-Pierre.
_ Onze mois pour être exact. C’est vrai que c’est un peu court mais la richesse et la diversité des missions qui m’ont été assignées ont été particulièrement instructives.
_ Nous reviendrons sur votre parcours plus tard. Laetitia, nous vous écoutons.

L-orgue-e-yeux
L-orgue-e-yeux
Niveau 45
15 juillet 2007 à 11:18:57

Ben je sais pas trop si nous avons là la totalité du texte :o)) Mais bon comme j´aime bien jouer les boulets qui postent de manière à noyer leur comm´ au milieu du texte :fou:

Ben personnellement je trouve le style très marqué et très bon, avec un certain niveau et des expressions qui font toujours plaisir comme ces « foutaises » :o))

Sinon quant à l’histoire choisie j’émettais quelques réserves au début de la lecture, avec un « banal » entretien d’embauche (mais qui néanmoins se transforme davantage en jeu de stratégie et se singularise dès les premières lignes ^^) tandis qu’avec le sujet choisi je m’attendais à des scénarios plus délirants :fou: Mais le tout est finalement fort accrocheur malgré que l’on ait vite deviné que notre héroïne au caractère bien marqué qui fait tout son charme allait être retenue malgré elle ^^

Ensuite question orthographe, sans y faire vraiment attention constamment j’ai néanmoins cru voir cette faute-ci : « Neuf candidats, dont dix avec moi » m’est avis que « donc » serait ici plus juste :p) Mais bon quand on est devant un texte qui fait gaffe aux subjonctifs imparfait on a toujours un doute :fou:

Voilà j’ai pas de commentaires plus constructifs à faire ^^ Et je vais aller poster mon texte incessamment sous peu –bon par contre point de vue longueur je fais pas le poids :o)) ; pour quelqu’un qui demandait des délais supplémentaires t’as assuré ^^-

Sur ce, bonne continuation :ok:

sanphi
sanphi
Niveau 8
15 juillet 2007 à 18:00:27

Merci d´avoir pris le temps de lire et de commenter!^^ et contente que cela te plaise. Pour l´utilisation du "dont", j´avoue ne pas savoir. Pour ma part, je l´utilise fréquemment de cette façon. Si quelqu´un à la réponse ?

Je poste la fin maintenant. Ne vous laissez surtout pas impressionner par la longueur. C´est simplement que je fais de fréquents sauts de lignes pour aérer le texte.

Enjoy...

Laetitia était un joli petit bout de femme, le genre à faire se retourner les hommes sur son passage. Une lourde tresse de cheveux soyeux entremêlés d’un fin ruban doré ceignait le haut de sa tête, comme une couronne, laissant retomber librement dans son dos le reste de sa chevelure brune qui lui atteignait presque la taille. Les lignes pures de son visage, semblable à celui d’une poupée de Dresde, faisait ressortir des yeux bruns immenses aux cils allongés. La longue tunique de soie sauvage bleue moulant étroitement ses formes généreuses parachevait ce tableau d’une extrême féminité. Claude avait littéralement du se régaler avec elle !

_ Je m’appelle Laetitia Cheman. J’ai 24 ans. Je suis célibataire. Je suis titulaire d’un BTS assistant de direction. J’ai travaillé en intérim durant trois années de suite sans avoir réussi à obtenir un poste me correspondant. Aussi, j’ai décidé de reprendre mes études pour élargir mes compétences. Je suis actuellement en deuxième année de licence en langues étrangères appliquées incluant l’anglais, et l’allemand. Je compte ensuite poursuivre avec un Master. Mon objectif est de trouver un emploi riche en polyvalence où je pourrais mettre à profit mes connaissances, notamment linguistiques, tout en ayant l’opportunité de suivre mes études en parallèle.

On sentait que les présentations la mettaient mal à l’aise. Elle avait commencé timidement, du bout des lèvres, avec une mine légèrement effarouchée. Elle avait une voix haut-perchée qui avait du mal se poser, ce qui surprenait de prime abord. Elle avait pris peu à peu de l’assurance, en ponctuant ses phrases de battements de cils savamment dosés, au grand ravissement de Claude qui l’avait contemplée tout du long avec un sourire béat.

_ Très ambitieux comme programme, commenta Monique. _ Mais comment comptez-vous concilier les impératifs d’un poste à temps plein avec des études qui sont relativement prenantes ?
_ Les cours ne représentent qu’une cinquantaine d’heures au maximum par mois, soit en moyenne entre dix et treize heures par semaine. M’accorder un aménagement du temps de travail pour dégager moins de deux heures par jour me semble une requête raisonnable, au regard de ce que ma formation pourra apporter à ce poste…
_ Certes, pour une autre fonction, je serais allée dans votre sens, mais Advanced a besoin d’un personnel entièrement disponible. L’assistant devra se déplacer fréquemment et je crains que…
_ Monique a raison, coupa Jean-Pierre. _ Je regrette Laetitia, mais je crois qu’on va s’arrêter ici. Vous n’êtes pas celle que nous recherchons. Néanmoins, je vous souhaite bonne chance pour la suite. Je suis certain qu’avec un profil comme le votre, vous trouverez rapidement un poste en adéquation à vos attentes.

Le teint de Laetitia prit la couleur de la craie et sa lèvre supérieure trembla un bref instant. On aurait pu croire qu’elle allait protester mais non. C’est ce que j’aurais fait à sa place. Se faire éliminer aussi vite devait être pour le moins rageant. Elle coula un regard en biais vers Claude comme pour chercher un soutien. Mais Claude ne lui fut d’aucun secours, se contentant de répondre par une grimace de chien battu. Oh, mon sac vibrait ! Je jetai furtivement un coup d’œil pendant que Laetitia prenait congé. « Qu’est-ce que tu fais ? Cela fait déjà trois quart d’heure déjà et je ne sais plus quoi dire ou faire… ne me fais pas ce coup là, Hélène, viens s’il te plaît.» Venir ! Plus facile à dire qu’à faire. Pendant une seconde, je me pris à souhaiter d’être à la place de Laetitia. C’était tellement injuste que ce soit elle qui parte alors que moi-même, je le souhaitais si ardemment. J’aurais pu sauter dans un métro et être « aux Trois Dés » en moins d’un quart d’heure. Laurence semblait perdre le contrôle de la situation…On en avait tant débattu pourtant… Mais Laurence était de celles qui avaient besoin d’être constamment encouragées, soutenues et, il faut bien le dire, orientées dans leur choix…

_ Bien… Revenons à vous, Olivier, attaqua Jean-Pierre. _ Combien de stagiaires avez-vous recruté à Dassault ?
_ Voyons…une petite dizaine dans des secteurs diversifiés, comme le développement d’interfaces graphiques, la conception de tôlerie fine ou le marketing.
_ Quels aspects privilégiez-vous chez les candidats ? Continua Claude.
_ Hormis les connaissances ? Je m’attachais aux qualités propres requises pour chaque secteur. Ainsi pour le marketing, un fort esprit de réactivité, de créativité. Pour ce qui est de la conception ou du développement, la rigueur et les capacités d’analyse, bien entendu.
_ Que signifie pour vous la Qualité dans une entreprise, Hélène ? interrogea Monique
_ La norme ISO 9000 et très prochainement l’ISO 14000. En résumé, C’est une méthode de management pour évaluer et maîtriser l´ensemble des activités dans un cadre de production de biens ou de services. En ce qui concerne l’ISO 14000, elle s’attache plus particulièrement à la maîtrise de la préservation de l’environnement.
_ L’aspect vestimentaire est-il quelque chose de déterminant dans le choix d’un candidat, Olivier ? reprit Claude.
_ Oui et non. Un postulant se doit d’avoir une apparence correcte. Après cela s’apprécie également suivant la fonction. Un dirigeant ne s’habillera pas de la même façon qu’un simple employé de bureau, par exemple. Par contre, ajouta-t-il avec une petite moue méprisante à mon adresse, _ Je porte beaucoup d’intérêt à la façon dont se tient physiquement un candidat, à la politesse et la retenue dont il fait preuve en public.

Et prends-toi ça dans les dents ! Un petit fourbe cet Olivier, qui tentait de prendre l’avantage à mes dépens.

_ Vous évoquez le comportement d’Hélène ? Demanda Jean-Pierre à brûle-pourpoint, feignant la surprise.

Olivier s’offusqua devant la franchise brutale de Jean-Pierre. Il s’efforça de prendre un ton détaché et un regard limpide pour répondre.

_ Non, je ne visais personne en particulier… Mais maintenant que vous m’y faites penser…Effectivement, Hélène m’a quelque peu choqué en s’asseyant à même la table, tout à l’heure. D’accord, il n’y avait plus de chaise de libre, mais tout de même…

Il avait su habilement enfoncer le clou, l’hypocrite ! Monique avait approuvé d’un léger signe de tête et Jean-Pierre semblait trouver la discussion divertissante. Avec un éclair de malice dans les yeux, il se tourna vers moi.

_ Hélène ? dit-il, m’engageant à répondre.

C’était inutile de toute façon. Je n’allais surement pas laisser ce freluquet d’Olivier me donner une leçon de savoir-vivre sans réagir. Je pris quelques secondes de réflexion avant de répondre d’une voix sereine :

_ C’est une façon de voir. Il va sans dire que l’impolitesse me gêne tout comme vous Olivier, de même que l’indélicatesse... Mais je suis aussi de nature pragmatique. Autrement dit, pour mener à bien une mission qui m’a été confiée, jamais je n’hésiterai à employer des procédés efficients, quitte à occulter la bienséance parfois. Il ne faut jamais perdre de vue ses priorités, ne croyez-vous pas ? Terminai-je avec jovialité.

Des rougeurs étaient apparues sur les joues et le front d’Olivier. D’un air guindé, il acquiesça de la tête. Non, seulement il avait du abonder dans mon sens mais aussi encaisser sans broncher l’allusion à son indélicatesse. Petite revanche mesquine mais amplement méritée !

_ Revenons à la Qualité. Dites-moi quelle procédure vous appliquiez, Hélène ? demanda Claude.
_ Aucune. Les procédures ont été remplacées par les processus, corrigeai-je. _Celui dont je dépendais s’intitulait « Client »
_ Donnez-moi la différence entre une procédure et un processus, Olivier, reprit Claude, changeant d’interlocuteur tout à trac.
_ Une procédure décrit l’activité d’un département comme le service commercial, par exemple. Un processus est la description d’un ensemble d’actions liées entre elles, pouvant faire intervenir un ou plusieurs services. Le processus « Concevoir », par exemple fait en général appel au bureau d’études, à la plateforme de recherches et développement mais aussi à la direction et au service commercial.
_ Vous êtes d’accord avec cette définition, Hélène ? interrogea Monique.
_ Tout à fait.
_ Nous parlions tout à l’heure d’apparence. Que vous indique ma tenue sur ma position, Hélène ? demanda Jean-Pierre.
_ Je ne sais pas. Je n’ai pas l’habitude de fonder mon jugement sur ce que portent les gens mais plutôt sur leur attitude, leur façon de se mouvoir ou de s’exprimer. A la lumière de ce que j’ai pu observer, je dirais que vous avez un rôle de décideur et un poste de cadre dirigeant.
_ Et vous, qu’en pensez-vous, Olivier ?
_ Je me dois d’être honnête. Je n’ai pas besoin de cela pour savoir que vous êtes le patron d’Advanced. Je suis depuis très longtemps l’évolution de votre société et il rentrait dans mes projets de faire une candidature libre avant même de tomber sur votre proposition de poste. J’en profite d’ailleurs pour évoquer votre article sur « comment améliorer la performance managériale en s’appuyant sur la démarche Odyssée », qui était particulièrement instructif. Atteindre ses objectifs économiques, tout en prenant en compte les aspirations de vos collaborateurs, en menant une véritable politique de développement de compétences étendue à l’ensemble des salariés, me semble brillant et innovateur.

Olivier venait de marquer des points et de souligner mon manque de préparation et de motivation. C’était le patron et je ne m’en étais pas doutée une seule minute ! Il m’aurait suffit de surfer sur Internet pour le savoir. C’était finement joué de la part d’Olivier, je devais le reconnaître et j’allais avoir du mal à renverser la tendance. Qu’est-ce que je racontais ? Je n’allais rien renverser du tout…Je m’en moquais de ce poste… C’était mon goût pour la compétition qui prenait le dessus, simplement…

_ Merci. Je vais donc poser la question autrement. Est-ce que ma tenue correspond selon vos critères, à celle d’un dirigeant de société ? Insista Jean-Pierre.

Je sentais Olivier embarrassé. Pour la deuxième fois, il se voyait mis en contradiction avec ses affirmations et celle-ci était de loin la plus délicate. Comment ménager la susceptibilité de Jean-Pierre, son futur patron éventuel, sans renier ses dires et passer pour un flagorneur ? J’étais curieuse de savoir comment il allait se tirer de ce mauvais pas…

_ Hé bien… Tout à l’heure, je parlais surtout de cadres dirigeants. Ce code vestimentaire n’est pas de mise pour les patrons de société, dit-il en parlant avec précaution, comme s’il cherchait ses arguments. _ Je pense également que vous vous êtes vêtu de façon simple à dessein, dans le but de mettre à l’aise les postulants et vous fondre dans la masse, si je puis dire… Excellente stratégie au demeurant, commenta-t-il.

Rien à dire. Même si Olivier ne mesurait pas toujours la portée de ses déclarations, il avait l’art et la manière d’escamoter ses bévues avec brio. Je…, encore un message de Laurence ! « Tu ne viendras pas…prends au moins le temps de m’appeler, j’ai vraiment besoin de te parler » Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Laurence s’était résignée un peu vite, contrairement à son habitude. Quelque chose avait changé…mais quoi ? La situation ou Laurence elle-même… ?

_ Hum…Bien. Nous allons faire une pause, le temps de nous concerter pour la suite. Nous vous laissons patienter quelques instants, ce ne sera pas long, décréta brusquement Jean-Pierre.

Joignant le geste à la parole, il se leva et sortit d’un pas énergique, suivi de près par ses collaborateurs. Je le remarquai à peine, obnubilée par ce que je venais de lire. Que croire ? Tant de choses pesaient dans la balance ! Tant de variables possibles à résonnances multiples pouvaient infléchir le cours de ma vie…Comment avais-je pu avoir la prétention de croire que je maîtriserai l’influx de ce que j’avais déclenché… ? Je n’étais qu’une petite idiote qui avait joué à soustraire, additionner, diviser, son destin et celui de plusieurs autres personnes, aussi légèrement que lorsque je m’amusais à taquiner ma logique par la résolution d’équations multiples… Les évènements allaient-ils me donner raison ou tort ? En toute sincérité, le problème n’était plus là…J’avais peur…, peur de quitter cette salle et d’affronter la réalité de la pagaille orchestrée par mes soins…, peur d’avoir eu tort et de perdre le peu que je possédais encore…, peur que les faits ne soient en concordance avec ce que j’avais imaginé et ne m’obligent à aller de l’avant…

_ Vous allez bien ? Olivier me considérait avec sollicitude.
_ Oui, oui. Très bien.
_ Ce type d’entretien est assez stressant et cela fait longtemps que nous sommes enfermés ici, vous et moi. Il est normal d’avoir du mal à gérer. Pour ma part, j’y suis accoutumé, ayant connu les deux côtés de la barrière. Dites-vous que c’est aussi difficile pour le recruteur que pour vous, cela vous aidera.

Je n’aimais pas le ton protecteur qu’il avait employé, ni la supériorité dont il se prévalait. J’avais eu tort tout à l’heure. Olivier était certes prometteur mais manquait un peu de bouteille…un peu trop pour tenir ce poste.

_ Merci, mais je n’en suis pas à mon premier entretien non plus, répondis-je d’un ton sec.
_ Je m’en suis aperçu. Vous savez parfaitement vous défendre, ajouta-t-il avec un franc sourire. _ Vous m’avez gentiment remis à ma place un peu plus tôt, ainsi que Jean-Pierre d’ailleurs…
_ Jean-Pierre ? Répétai-je étonnée.
_ Durant le speed-dating. J’étais juste à côté et je n’ai pu m’empêcher d’entendre.
_ Ah oui…
_ Jean-Pierre est un réellement un homme à part dans sa profession. Vous saviez que 10% des cadres dirigeants de Heineken ont été sélectionnés par ses soins ? Une sacrée carte de visite, commenta Olivier d’un air rêveur.
_ Si vous le dites…

Et si j’appelais Laurence, là tout de suite ? Seulement je n’étais pas sûre de la conduite à tenir. Elle allait me poser des questions auxquelles je n’avais pas envie de réfléchir et encore moins de répondre…Pourtant…

_ En tout cas, il a une manière bien à lui de procéder. Regardez comme il vous a sévèrement « cuisinée », par exemple.
_ C’est vrai mais je n’ai pas pour habitude de m’en laisser conter.

Pourtant il allait bien falloir m’y résoudre. Je ne pouvais pas rester sans savoir. J’avais la main sur le téléphone mais Olivier reprit la parole.

_ Oui, c’est une qualité assez rare chez une femme. Et je sais l’apprécier à sa juste mesure, Hélène.

Je relevai la tête, surprise. Son ton s’était fait velours, ses yeux bleu pastel et il avait pris une mine enjôleuse. Ça c’était la meilleure ! Il flirtait ouvertement avec moi le petit Olivier, après avoir tenté de me discréditer, et sans que cela n’ait l’air de le gêner le moins du monde. Je choisis de ne rien dire, faisant comme si je n’avais rien remarqué. Olivier continua sur sa lancée :

_ Aussi, lorsque je rencontre des personnes de valeur, je garde le contact. Extirpant d’une poche de son gilet une petite carte de visite, il me la tendit. _ Voici mes coordonnées… Je possède un très bon réseau relationnel et je pourrai peut être vous aider dans votre recherche d’emploi, qui sait ? N’hésitez donc pas à m’appeler pour cela ou autre chose, Hélène …

sanphi
sanphi
Niveau 8
15 juillet 2007 à 18:07:59

Il n’avait pas osé me demander de but en blanc mon numéro mais je voyais bien qu’il espérait que je le lui donne de ma propre initiative. Son regard inquisiteur commençait à m’exaspérer. C’était bien gentil et drôle le temps que cela avait duré mais il était grand temps de mettre un terme aux espoirs du bellâtre.

_ Merci, mais ne…

La porte s’ouvrit sur Jean-Pierre et Claude, me coupant la parole. Jean-Pierre s’assit en face de moi tandis que Claude restait debout.

_ Si vous voulez bien me suivre, Olivier, proposa Claude.

Olivier, incertain quant à son sort et dépité de ne pas continuer avec son idole, prit le temps de nous saluer brièvement avant de sortir, me laissant en tête à tête avec Jean-Pierre. Celui-ci m’observa un moment les yeux mi-clos, les mains repliées sous son menton. J’étais en rogne contre moi-même. J’avais gaspillé le seul moment où j’aurais pu contacter Laurence. Tout ça à cause de cet imbécile d’Olivier qui ne m’avait pas lâchée une seule minute. Maintenant la partie se jouerait sans moi, que je le veuille ou non…

_ Je vous ai posé une question, Hélène !
_ Pardon, j’étais ailleurs. Vous disiez ?
_ Oui, c’est ce que je constate, souligna Jean-Pierre d’un ton aigre-doux. _ Je vous demandais ce que vous pensiez d’Olivier, du point de vue professionnel, bien sur.
_ Je ne suis pas recruteur. Il m’est donc difficile de répondre à cette question. En plus, toute opinion de ma part manquerait d’impartialité… Il est toujours dans la course ? Ne pus-je m’empêcher de m’enquérir.
_ C’est possible… répondit-il évasivement._ Alors, votre avis ?

Pourquoi insistait-il autant ? Que lui importait mon appréciation ? Olivier avait raison. Il avait réellement des idées tortueuses. A sa guise ! J’allais me charger de recadrer la discussion.

_ Hé bien, Olivier me semble prometteur à plus d’un titre. Il a de très bonnes dispositions. Mais il est un peu jeune et ne mesure pas toujours la portée de ce qu’il dit. Néanmoins, il s’en sort toujours remarquablement avec une pirouette. Je pense qu’il a besoin de s’étoffer un petit peu en travaillant dans diverses structures avant de pouvoir se poser et construire une carrière, digne de ce nom… Ceci dit, il serait temps de revenir au sujet de cet entretien. N’êtes vous pas là pour déterminer si « je » pourrais ou non, tenir ce poste ?
_ C’est exactement ce à quoi je m’emploie, dit Jean-Pierre, paisiblement.
_ Vos méthodes pour y parvenir sont pour le moins détournées, répliquai-je malgré moi, irritée par sa placidité.
_ Jamais, je ne vous ai demandé de juger mes propres procédés, rétorqua-t-il sèchement.

Mouchée ! Moi qui me targuais de toujours mesurer mes propos ! Je gardai un silence penaud.

_ Une petite mise en situation professionnelle, si vous voulez bien, Hélène. Deux clients importants, appelons les X et Y, souhaitent me voir même jour, même heure à Lyon. La difficulté réside dans le fait qu’ils ne doivent absolument pas se croiser car ils sont concurrents. Vous n’avez pas la possibilité de décaler les rendez-vous. Chez Advanced, la règle est de se plier à la volonté du client. Bien entendu, je ne suis pas joignable et vous êtes donc seule. Que faîtes-vous ?

Un petit casse-tête n’était pas pour me déplaire. Enfin une question sensée ! Ardue mais intéressante… Je réfléchissais rapidement, pendant qu’il me fixait attentivement, guettant mes réactions. Mon téléphone vibra à nouveau, me déconcentrant. Je n’avais plus la tête au problème posé. Ma main se crispa sur mon sac et relâcha la pression tout aussitôt. Inutile de se mettre martel en tête… De toute façon les jeux étaient faits. Le mieux était de prendre les choses l’une après l’autre. D’abord Jean-Pierre, ensuite Laurence, dès que j’en aurai l’occasion…

_ Bien, plutôt difficile à résoudre mais pas impossible. Si je suis votre assistante personnelle, ne pas savoir où vous joindre ne tient pas, mais je veux bien passer là-dessus…

Jean-Pierre ébaucha un petit sourire, satisfait apparemment que j’ai relevé immédiatement l’incohérence. Encouragée, je continuai :

_ Vous avez souligné plus d’une fois que vous choyiez vos clients, ce qui sous-entend que vous les connaissez parfaitement et peut être même allez-vous jusqu’à établir une fiche de « personnalité » détaillée…
_ Bien vu, c’est tout à fait vrai, admit Jean-Pierre.
_ Forte de cette source d’information, je déciderai de rencontrer en votre nom, disons Y, à l’extérieur dans un endroit en accord avec ses goûts, tandis que vous verrez X à votre bureau.
_ Vous n’êtes pas moi, Hélène. Vous pouvez pallier à mon absence mais seulement jusqu’à un certain point, protesta Jean-Pierre.
_ En un sens si. Ma principale fonction est de vous seconder et dans certains cas d’être votre porte-parole. Je n’invente rien. C’est vous qui l’avez déclaré. Seulement, bien que vous compreniez et admettiez la nécessité d’être épaulé, vous n’avez pas encore intégré totalement ce que cela signifie, ni ce que cela implique. C’est classique comme réaction… Qui plus est, négocier avec un client ne me posera aucun souci. Je vous rappelle que je possède une solide expérience de plusieurs années en qualité de commercial.

C’était plus fort que moi. J’aurai pu répondre simplement. Mais non, il avait fallu que je le convainque à tout prix. Je ne savais plus si c’était une pure envie de gagner qui s’exprimait ou si en dépit de tout, je voulais finalement ce travail. Je me surprenais à guetter l’approbation de Jean-Pierre du regard. Celui-ci, à part un infime haussement de sourcils au début de ma tirade, ne laissait plus rien paraître, absorbé dans ses pensées. Il sortit de sa léthargie pour griffonner sur un bloc-notes. Je tirais parti de son inattention passagère pour lire le mot de Laurence. « Je ne sais pas où tu en es mais il faut absolument qu’on se parle. Après tout, c’est toi qui a monté tout ce micmac » les mots me sautèrent à la figure et s’inscrivirent en lettres de feu dans ma tête. On y était…je n’arrêtais pas de ressasser cette phrase mais je n’arrivais pas à imprimer ce que cela signifiait. Ou alors trop bien…Laurence avait fait un choix, le mien, celui là même que je lui avais assigné sans qu’elle le sache…Tout était pour le mieux alors pourquoi mon cœur battait la chamade ? Pourquoi sentais-je ce goût âpre d’amertume dans ma bouche ?

_ Vous êtes toujours avec moi, Hélène ?

Je revins difficilement au présent. Jean-Pierre me regardait mi-curieux, mi-irrité.

_ Pourquoi avez-vous postulé pour Advanced, Hélène ?

Mes réflexes rodés au cours de dizaines d’entretiens reprirent le dessus et je répondis mécaniquement :

_ L’annonce mentionnait une forte relation clientèle et de hautes responsabilités. C’est la raison pour laquelle j’ai postulé.
_ Au moins vous avez lu l’annonce. C’est déjà ça, dit-il d’un ton ironique.

Sa remarque me fit l’effet d’un soufflet. La gifle de trop, de celles qui font déborder les digues qui ne sont déjà que trop pleines. Toutes les frustrations contenues de la matinée remontèrent en surface. Oublié l’ANPE et ses menaces, fini de m’inquiéter de mon avenir financier… Je ne songeais plus qu’à me défouler en déchirant cet infâme masque d’impassibilité qui tour à tour me défiait, m’asticotait, me raillait depuis des heures.

_ Vous avez raison. Je me suis contentée de la lire. Aurais-je du lire aussi votre fa-bu-leux article qu’Olivier a mentionné pour vous plaire ou encore apprendre par cœur votre site et les photographies qui s’y trouvent ? Et quand bien même ? Qu’aurais-je appris de plus qu’en venant ici ? Aurais-je su que vous n’aimez soi-disant pas perdre votre temps mais que vous mettez un point d’honneur à torturer mentalement vos candidats, à les disséquer longuement comme des animaux de laboratoire, allant même jusqu’à provoquer des situations de conflits entre eux ? Vous espionnez même leurs réactions derrière ce miroir sans tain…D’un geste brusque, je désignai l’immense miroir qui se trouvait derrière moi. _Vous prônez le changement des méthodes managériales, vous targuant d’être à l’avant-garde du progrès en matière de ressources humaines. Pfff…Mais vous ne trompez que des jeunots comme Olivier. Je n’ai pas besoin d’avoir fait SUP´RH pour savoir que vous recourez à des méthodes qui n’ont rien d’innovateur. Ce ne sont ni plus ni moins des techniques utilisées depuis des décennies aux Etats-Unis, elles-mêmes dérivant d’autres employées dans le Renseignement !

Je m’arrêtais le souffle court, le cœur battant avec frénésie comme si j’avais couru un cent mètres. Le teint de Jean-Pierre était d’une pâleur de cire et un tic nerveux lui agitait spasmodiquement la bouche. Les yeux rétrécis à la manière d´un chat qui s’apprête à bondir sur sa proie, il siffla plus qu’il ne parla :

_ Vous allez trop loin, Hélène…mais je vais faire comme si je n’avais rien entendu. Je veux juste savoir pourquoi vous êtes encore là ?

J’étais encore sous le coup de la fureur, trop pour tenir compte de son avertissement. D’une voix plus calme mais empreinte d’une colère assourdie, je poursuivis de plus belle :

_ Excellente question ! Mais vous avez raison, je reste à vous débiter toutes ces âneries dont vous n’avez rien à faire au lieu d’agir. Vous avez décidé depuis longtemps qui vous recrutiez. Et je ne suis certainement pas ou plus celle-là. Je perds mon temps et vous le votre. Aussi, nous allons arrêter là ce petit jeu. Si voulez bien m’excuser, je vous laisse.

Brutalement, je me levai de ma chaise, posant avec fracas mon sac sur le bureau. Sous le choc, mon portable, en équilibre instable, glissa et tomba avec un bruit mat sur le bureau. Quelques feuilles de papiers volantes, un stylo et mes clefs de voiture suivirent le même chemin. Les joues en feu, je rassemblai les documents épars et les fourrai sans ménagement dans mon sac. J’allongeai le bras pour me saisir du téléphone mais Jean-Pierre me devança. Sans gène aucune, il consulta l’écran qui s’était rallumé avant de me le tendre. Un nouveau message de Laurence s’était affiché. « Je t’ai trahi, pardon, Hélène…franchement, je ne regrette rien mais je ne veux surtout pas perdre ton amitié ». Le sang bouillonnant, battait contre mes tempes, tel un véritable marteau de forge, occultant tout autour de moi si ce n’est ces simples mots qui dansaient devant mes yeux. Mon plan avait fonctionné…toutes ces semaines à ressasser, réfléchir, intriguer, guettant la moindre évolution…les doutes qui m’avaient assaillis quant à mes sentiments, n’étaient plus. Pourtant tout était revenu avec tant de force tout à l’heure que j’avais réellement cru m’être engluée dans le méli-mélo de mes émotions. On ne gomme pas dix années de sa vie aussi facilement qu’un coup de crayon. Mais la réalité était là. Je ne ressentais rien, ni tristesse, ni amertume. Plutôt un soulagement…oui, c’est ça. Un apaisement de savoir cette page enfin tournée. Et puis, je ne perdrai pas Laurence…Doucement comme un ruisseau devient rivière, la vérité s’empara de moi. Cette angoisse obsédante, entêtante, empoisonnant chaque instant de cette interminable matinée, c’était la crainte irraisonnée de perdre ma meilleure amie, rien d’autre…C’était pour notre bien à toutes deux, du moins c’est ce que je m’étais évertuée à penser. Mais je pouvais bien le retourner dans tous les sens, il n’en restait pas moins que j’avais manipulé Laurence, utilisé ses sentiments sans retenue, et pire que tout, j’avais bafoué notre amitié qui me tenait tant à cœur. Mais cette brave Laurence n’avait rien deviné ou peut être délibérément choisi de ne rien voir…Qu’importe ! Je me sentais revivre ! Avec empressement, je répondis à son message. « Toujours amies… On en rira dans un an ! Bonne chance avec Philippe » Machinalement, je rangeai le téléphone et les clefs. Ce geste banal me ramena à Jean-Pierre et la situation présente. J’avais été particulièrement odieuse. Je ne pouvais pas partir dans ces conditions, en le laissant dans l’idée que j’étais quelqu’un ruant dans les brancards à tout bout de champ et sans raison valable. Il ne comprendrait surement pas mais tant pis.

_ Je tiens à m’excuser de mon comportement. J’ai dépassé les bornes. D’ordinaire, je suis de nature aimable et calme. Mais aujourd’hui était un jour particulier entre tous pour moi. Assurément pas le jour pour avoir un entretien aussi dense !
_ Et c’est tombé sur moi. Tant pis ! Je ne vous en tiens pas rigueur. J’en ai vu d’autres... Je suis heureux que vous soyez revenue à de meilleures dispositions, répondit-il avec bonhomie. Il hésita un dixième de seconde avant de continuer. _A dire vrai, mis à part le dernier incident, notre entrevue m’a parue instructive à plus d’un titre. Vous avez une forte personnalité et un esprit méthodique… Je ne vous cacherai pas que votre candidature continue de m’intéresser, Hélène.

Je ne trouvais rien à dire, complètement abasourdie. Je scrutais son visage souriant. Aucune trace de ressentiment. Au contraire, il s’était largement déridé et son regard, bien que pétillant de malice, était on ne plus sincère. Décidément, j’avais affaire à forte partie. Il n’était vraiment pas commun ce Jean-Pierre ! Travailler avec lui pourrait être usant, source de mots et de maux, mais se révéler en définitive, être une aventure passionnante. Aussi, c’est sans réserve cette fois-ci que j’acquiesçai :

_ Je ne demande pas mieux d’en discuter mais pardonnez-moi, ce sera pour une autre fois. J’ai eu mon compte d’épreuves pour aujourd’hui.
_ Je comprends. Passez voir ma secrétaire en repartant. Elle vous proposera un autre rendez-vous.
_ Parfait. Au revoir, Jean-Pierre.
_ A très bientôt, Hélène.

Je serrais la main de Jean-Pierre, songeant comme la vie pouvait être insondable. Aujourd’hui marquait la croisée des chemins avec une toute nouvelle distribution des atouts. Laurence avec Philippe, mettait un terme à des années de célibat et pour ma part, une parcelle vierge s’étendait à perte de vue, augurant de tant de perspectives, comme une carrière trépidante aux côtés de Jean-Pierre…Oui … j’allais étudier cela de près…Non, non, laissons faire le hasard pour une fois… Le hasard ? Cela n’existait pas. Tout était affaire de probabilités prédictives…Tu es irrécupérable ma pauvre Hélène…

_ A quoi pensez-vous, Hélène ?

Je sortis de ma rêverie. J’allais tout juste franchir le pas de la porte. Jean-Pierre me dévisageait avec perplexité, cherchant surement à connaître l’objet de mon hilarité soudaine.

_ A une chaine de Markov…

Je fermais la porte, riant de voir l’incompréhension totale se peindre sur ses traits.

L-orgue-e-yeux
L-orgue-e-yeux
Niveau 45
15 juillet 2007 à 20:59:18

Bon ben voilà j´ai lu le reste :gni: Reste qui est à la hauteur -et à la longueur accessoirement ^^- du début :p)

Ben j´ai beaucoup aimé, et j´ai pas grand grand chose à rajouter par rapport au peu de ce que j´ai déjà dit :fou:

Une petite réserve réside dans le fait que je me perde une peu dans la relation Laurence - Hélène - Phillipe :p)

Sinon j´ai cru relever quelques fautes d´ortho, alors que je suis impressionnépar la grande attention que tu prêtes à l´accord des adjectifs de couleur :o)) j´aurais fait machinalement au moins deux fautes ^^

" il avait du abonder "
-> un petit chapeau qui manque il me semble

"Tout était pour le mieux alors pourquoi mon cœur battait la chamade ? "
-> là je suis pas du tout sûr de moi :noel: mais il me semble que comme nous avons droit à une interrogative directe, il faut répéter le le sujet après le verbe : pourquoi mon coeur battait-il[...] ?

"était on ne plus sincère. "
-> le "peut" qui a été oublié dans le feu de l´action :p)

Et sinon je dois admettre que je suis un peu étonné par ta manière de typographier -tiens, ça, ça doit être un barbarisme :o)) - tes dialogues : pourquoi tu utilises des _ plutôt que des - :question: et également lorsqu´il y a une pause narrative dans les paroles rapportées : "_ Monique a raison, coupa Jean-Pierre. _ Je regrette Laetitia," pourquoi remettre un tiret, surtout en milieu de phrase ? :o))

Voilà c´est tout j´ai terminé avec ces petits détails insignifiants qui n´attenue en rien la qualité de ce texte ; mais avec lesquels j´aime bien faire chier

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
19 juillet 2007 à 13:26:58

Je uppe, parce que les deux sujets se doivent de rester en première page et d´être lu, parce qu´ils le méritent!

Vraiment un très bon texte que j´ai pris plaisir à lire, mais tu as déjà eu mon avis sur le topic du concours^^.

sanphi
sanphi
Niveau 8
23 juillet 2007 à 23:14:57

l-orgue-e-yeux : Merci d’avoir lu malgré la longueur du texte^^ C’est vrai que je ne sais pas faire court. C’est l’un de mes nombreux défauts en écriture, il y a en d’autres…

Ah, on a beau se relire encore et encore, on laisse toujours passer des fautes d’orthographe et des erreurs d’inattention :diable: Parfaitement vu en tout cas.

« Et sinon je dois admettre que je suis un peu étonné par ta manière de typographier -tiens, ça, ça doit être un barbarisme - tes dialogues : pourquoi tu utilises des _ plutôt que des - et également lorsqu´il y a une pause narrative dans les paroles rapportées : "_ Monique a raison, coupa Jean-Pierre. _ Je regrette Laetitia," pourquoi remettre un tiret, surtout en milieu de phrase ? »

Excellente question à laquelle je n’ai pas de réponse. Sinon, j’estime qu’il est plus net pour la compréhension du texte effectivement de remettre un tiret après une pause narrative, pour bien marquer la reprise du dialogue tout simplement. Mais je te l’accorde, cela reste discutable.

« Une petite réserve réside dans le fait que je me perde une peu dans la relation Laurence - Hélène - Phillipe »

J’ai laissé une grande place aux supputations du lecteur à ce sujet tout au long du texte. C’était volontaire pour entretenir l’intérêt du lecteur. Il me semble pourtant que les derniers paragraphes dévoilent finalement leur relation, non ?

Je pourrais t’expliquer mais je préfère pour l’instant n’en rien dire pour voir ce qu’en penseraient d’autres lecteurs éventuels. Mais j’y reviendrai, c’est promis.

SkySoft : Sincèrement, merci encore de ton commentaire et d’avoir uppé^^

L-orgue-e-yeux
L-orgue-e-yeux
Niveau 45
25 juillet 2007 à 20:25:28

"C’est vrai que je ne sais pas faire court. C’est l’un de mes nombreux défauts en écriture, il y a en d’autres… "

-> bah défaut, ça c´est vite dit ^^ Mise à part en poésie et en concours à nombre de caractère limités c´est plutôt bon :-p

En plus on a une suite potentielle et éventuelle ^^ Ben je serais ravi de la lire :ok: -enfin si ça tombe à un moment où j´ai le temps :o)) -

" Il me semble pourtant que les derniers paragraphes dévoilent finalement leur relation, non ? "

-> hum... pour moi ça été le début du brouillard :fou:

Sous forums
  • Modélisation 3D
  • Montage vidéo
  • Arts Graphiques
  • Ecriture
  • Modélisme
La vidéo du moment