hello,
voila un texte sur les schtroumpfs que j´ai écrit il y a 3 ou 4 ans. Il n´y a que 2 petits chapitres pour l´instant, je travaille sur la suite mais très sporadiquement et très lentement. Comme on ne peut pas mettre d´italique sur ces forums, les pensées des personnages seront en majuscule, tant pis pour l´esthétique.
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Le Schtroumpf à Lunettes scrutait l´hologramme développé à sa demande. S´organisait sous ses yeux le système planétaire aux confins duquel l´équipage naviguait en ce moment. Il opina du chef comme pour se signifier à lui-même que le voyage tendait vers sa fin.
Il pivota sur son siège.
"Nous schtroumpferons d´ici quelques schtroumpfs, Grand Schtroumpf."
- Bien, répondit ce dernier.
Le Grand Schtroumpf paraissait absorbé dans ses pensées. En effet, les interrogations se bousculaient entre ses oreilles bleues.
QUI SONT-ILS? N´AVONS-NOUS PAS TROP TARDE? SONT-ILS DANGEREUX? EST-CE UN PIEGE?
Il les balaya.
CONCENTRONS-NOUS SUR LES FAITS.
"Schtroumpf à Lunettes, transfigurez le message de détresse en icônes sémantiques holographiques, voulez-vous?"
- A vos schtroumpfs, Grand Schtroumpf.
Le Grand Schtroumpf sermona :
- Schtroumpf à Lunettes, je vous ai pourtant maintes fois conseillé d´éviter l´usage d´idiomes schtroumpfiques durant une mission et en ma présence. Aussi, ces réprimandes ne semblant pas occuper dans votre esprit l´importance que je leurs souhaite, je prendrai les mesures adéquates une fois de retour. Sachez que je n´exclus pas la solution dure.
Le Schtroumpf à Lunettes se figea mentalement.
LA SOLUTION DURE. LA NEURO-SCHTROUMPFATION. NON! PAS CA! JE NE VEUX PAS!
Le Schtroumpf à Lunettes était paranoïaque et ses craintes ne possédaient pas de fondements réels. Car s´il est vrai qu´à ses débuts cette technique fit des malheureux, elle était aujourd´hui parfaitement maîtrisée. Elle participait aux sommets de sophistication où culminait la science schtroumpfique depuis maintenant des millénaires.
IL FAUT QUE JE ME SCHTROUMPF! IL LE FAUT!
De son côté, le Grand Schtroumpf souriait intérieurement. Il lui semblait évident que la neuro-altération était une conclusion radicale. Cet argument jouissait d´un taux élevé de dissuasion, il en usait et abusait donc, même si ces chantages ne se transformaient que très rarement en actes. Toujours est-il que l´emploi de cette ancienne forme de langage le mettait hors de lui.
BON POUR DES SCHTROUMPFS INCULTES, HABITANTS DE CHAMPIGNONS ANTIQUES, MAIS INDIGNE DE SCHTROUMPFS SE MOUVANT PLUS VITE QUE LA LUMIERE.
Sous le regard du Grand Schtroumpf, le contenu symbolique du message de détresse s´épanouissait, holographiquement composé.
Malgré le degré altier d´abstraction dont il était le possesseur, le Grand Schtroumpf ne dédaignait aucunement le support de dispositifs susceptibles de lui favoriser la réflexion. Son mode de pensée était dynamique, clair et infaillible. Transcendant.
Au coeur de son esprit, les idées d´abord agglomérées, se diluèrent. Simplifiées, axiomatisées, elles s´alignèrent au sein d´un système hiérarchique, éliminatoire. Les redondances furent écartées, ainsi que les impertinences évidentes. Confrontées aux concepts de survivance, vérité et amour, les restantes furent réduites au nombre de trois.
C´EST TROP. Il relança le processus. C´EST MIEUX. Nouveau processus. C´EST PARFAIT.
Le Grand Schtroumpf en vint à l´unique conclusion suivante :
"Convoquez le Schtroumpf Coquet, immédiatement."
- A vos schhh... ordres! Grand Schtroumpf!
***
"Je t´aime."
Il posa sa main sur la sienne.
"Et toi?"
- Je t´aime aussi, plus que tu ne l´imagines.
- Alors?
Elle rétracta sa main.
- Ne fais pas l´ignorant.
- Encore cette histoire...
Le Schtroumpf Coquet s´affaissa, le dos calé contre le dossier de son siège, déprimé, soupirant.
La salle-restaurant était vide, excepté eux deux. La Schtroumpfette achevait son repas, une salade rouge.
Il l´observait mâcher, elle était belle. Pour lui, la plus belle. La plus pointilleuse, aussi. Perfectionniste.
"Je me consume."
Les yeux rivés sur son plat, elle fit mine de ne pas écouter.
"Ca te laisse indifférente?"
Elle posa les couverts, avala sa dernière bouchée et leva enfin la tête, glaciale.
- Tu me fatigues. Tu es un sacré hypocrite.
Il ne broncha pas.
"Tu feins sans arrêt de ne pas comprendre, mais je vois clair dans ton jeu."
- Vraiment? lâcha le Schtroumpf Coquet, un sourcil levé.
- Oui, vraiment. Tu cherches à me convaincre, me convertir.
Il leva la tête au ciel. Sa vision ne rencontra que le plafond bleuté, puis elle retomba.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, mais laisse-moi te faire une remarque à mon tour : si je suis hypocrite et menteur, tu es injuste.
Elle parut sincèrement étonnée.
- Explique-toi.
- Non, oublie.
- Explique-toi, c´est important!
- Tu as raison, c´est important. Mais ton ignorance à ce sujet prouve que tu n´as pas examiné le problème sous toutes ses coutures. Je ne tente pas de te convaincre de quoi que ce soit, mais je veux te faire oublier. C´est toi qui veux me convertir. Tu sembles négliger le fait que c´est toi la croyante, pas moi.
- Mes croyances te gênent-elles autant?
- Tu connais mon avis sur la question, et je connais le tiens. Tu ne veux pas t´unir à un non-croyant.
Il se pencha imperceptiblement.
"C´est là que tu es injuste. Tout ce que je veux, c´est t´aimer et que tu me laisses t´aimer. Mais toi, tu voudrais que j´adhère à tes croyances, à ta religion. Je ne te demande que de l´amour, mais tu me demandes de croire à des choses qui ne sont pas dans ma nature, que je trouve fausses, tronquées. Tu me demandes de faire un pas vers toi, alors que tu te crispes sur tes positions. Tout ça est injuste."
Il prit une profonde inspiration tandis qu´elle avalait sa salive.
- Oui, dit-elle, comme si une question avait été posée.
- Tu comprends?
- Oui, je comprends. Les choses pourraient être tellement plus simples. Peut-être ne sommes-nous pas fait pour nous aimer?
- Ne dis pas ça, ne dis plus jamais ça!
Elle baissa les yeux, il fit de même.
Un léger sifflement brisa le silence, émit par le bracelet-com du Schtroumpf Coquet.
"Le Grand Schtroumpf me demande."
- Très bien. Mais avant que tu partes, je voudrais te poser une dernière question.
- Je t´écoute.
- Qu´est-ce qui te gêne précisément dans ma religion?
- Ta religion ou une autre, c´est du pareil au même. Ce qui me gêne, c´est toute cette mythologie fumeuse, tout ce baragouinage impossible à prouver sur des évènements qui se seraient hypothétiquement déroulés il y a des lustres. Ces contes magiques, ces histoires de Gargamel, Azraël, je trouve ça complètement aberrant. Je m´automutilerais si je devais croire en ces choses, et je pourrais encore en dire beaucoup.
- Ca me suffit, à plus tard.
- On en reparlera.
Il se leva, déposa un baiser sur sa joue, et s´en alla.