Un petit essai de one-shot, aisément perfectible, que je laisse à vos soins
J’aime prendre mes enfants par la main, les promener le soir dans des parcs paisibles, sous la nuit, dans la fraîcheur de l’été. Je me pose sur un banc, je mets mon vieux chapeau, et je les observe, paisibles, gais. Ils jouent, dans le sable, auprès de leur maman, qui me sourie quand je la regarde. Toujours elle est jolie, toujours elle lit ses livres. Et eux, insouciants, jouent toujours dans le sable. N’importe qui les regarde, ils n’ont d’yeux que pour leur ballon, de toutes les couleurs. Je le leur ai offert à leur anniversaire, pour leur quatre, huit, douze ans. Mes enfants sont joyeux, ils ne font que jouer, ils travaillent peu. Ce n’est pas grave : mes enfants doivent profiter de leur jeunesse, moi qui suis un vieillard, et qui n’a pas eu l’enfance aussi facile, je le sais. Je les envie tant, mes enfants. Maman se concentre sur les pages, elle est si occupée. Ces temps-ci, je lui parle si peu, elle m’accorde si peu de ses regards. Ses yeux sont toujours bleus, ont de longs cils sur leurs paupières qui papillonnent si rarement : les livres, c’est si mauvais pour les yeux, je le lui dis tout le temps, elle ne m’écoute jamais. Moi je regarde toujours mon fils, je suis chaque geste de ses bras, des ses mains, de ses doigts. Je les retiens, la nuit, et je rêve de mes enfants. Ils sont si mignons, j’en suis fier. Mais ils grandissent lentement, si lentement. Les gestes de mes enfants, je les connais par cœur.
J’aime les regards qu’ils tentent vers le ciel, tout près, pensent-ils, de la lune et des étoiles, qu’ils foulent chaque nuit. Quand ils marchent, j’aime entendre, sur le sol, la cadence de leurs pas, qu’ils ont fourrés dans de jolies baskets rouges : ce sont celles qu’a achetée ma femme, hier, pour leur anniversaire, ses quatre ans, ses huit ans, ses douze ans. Le pas de mes enfants m’enchante : chaque jour, à ma rue, lorsque je marche à leur côté, je le sens, je le savoure : ce petit pas rapide, qui essaye de me suivre, de chercher mon allure, qui bute aux moindres brèches. Leurs yeux, comme ceux des petits chats, s’en vont partout, à chaque chose, tout les attire : un arbre, une voiture, une vieille, un passant ; un barbu, un nuage. Ils tournent leur cou tout le temps, souvent se retournent, semblant déjà chercher les choses qu’ils auraient ratées. Tu n’as rien raté, va : tout commence au contraire. J’aime aussi leurs questions, toujours inattendues, leur voix claire, chantante, innocente, pleine d’ingénuité et de confiance. Pourquoi la nuit est noire, et la voiture aussi ? Pourquoi est ce qu’on ne vole pas ? Qu’est ce que c’est que les rêves ? Mais parfois ils parlent de maman, et alors ils me chagrinent : ils aiment tant leur maman, mais maman est si souvent absente... J’aimerais l’aimer comme autrefois.
Mais il faut aller si vite : un papa comme moi est toujours pressé, il travaille beaucoup, il doit beaucoup manger. Pourtant, quand je reviens chez moi, et que je les vois près de moi, qui cherchent, qui furètent, qui reniflent et se caressent à moi, je suis ensorcelé ; pris de tendresse, je les enferme dans leur chambre, et leur prépare un succulent repas : leur maman rentre très tard... Ils aiment toujours ce que je leur prépare, et je leur prépare tous ce qu’ils veulent. Et quand ils pleurent, je les prends dans mes bras, leurs posent la tête contre ma poitrine, et je partage leurs sanglots ; je les couvre de baiser, leurs caressent leur cheveux, les secoue...
J’aime mes enfants. Tous les enfants du monde sont mes enfants. Toutes les mamans du monde oublient leurs enfants. Il n’y a que moi qui en prends vraiment soin.
Chaque dimanche, j’aime les retrouver, mes enfants.
