Quand on y réfléchit, c´est peut être ça devenir un homme, prendre un train sans vraiment savoir ou l´on va. Peu importe la destination finale. Partir loin, sentir comme une libération mais aussi comme un manque. Partir sans vraiment savoir ce qui nous attend, ce que nous sommes. Essayer d´oublier la vie qu´on a là-bas et qui nous attend... Prendre un train en somme.
Et puis revenir, regarder le paysage, voir apparaître, petit à petit, au loin, toujours plus doucement le Pic Saint Loup devant soit, fier avec son oreille dressée comme pour écouter le bruit du vent sur ses parois. Sentir son poids sur ses paupières. Il n´a que quelques milliers d´années mais moi je ne suis qu´un microbe à l´échelle de sa vie, mais pourtant au fond nous nous ressemblons.
Prendre un train, se taire et laisser passer le paysage sur les fenêtres que la buée rend opaque. Parfois il y a des villages, parfois loin, parfois près, parfois il n´y a qu´une seule maison, comme perdue dans cette immense nature, comme solitaire, alors on s´imagine la vie de ces gens qui vivent là ignorant que nous pensons à eux à ce moment précis, ignorant même notre existence.
Il y a les vaches aussi, elles regardent passer les trains, c´est ce pour quoi elles sont faites après tout. Elles ne sont rien face au maître des terres sauvages. Tout le long on en voit, tous plus valeureux les uns que les autres, musclés comme des colosses. Ils courent comme pour suivre notre regard. Quand on les regarde on a envi de se taire et de se laisser porter par leurs foulées. Le cheval.
On se rappelle les soirs d´hiver, lorsqu’on posait notre main sur ses naseaux, il approche tout doucement, il crache de la fumée comme un dragon, alors on passe ses bras autour de son encolure et le monde semble s´évanouir pendant quelques secondes.
On vit l´instant, peu importe ce qui arrivera. Ca doit être heureux un cheval, vers chez moi ils sont blancs, tachetés, mouchetés, ce sont les camarguais. Robustes.
Quand on monte ils sont Baye. Noble.
Partir c´est sentir que tu es loin, encore plus loin que d´habitude, et puis sentir ta présence, lorsqu´on revient enfin sur ses pas. C´est me faire penser que ça y est, le voyage est terminé, on a changé. C´est me faire comprendre qu´il faut vivre simplement peu importe les conséquences. Peu importe ce que tu penseras de moi dans dix ans, et tant pis si tu m´oublies, au moins j´aurai pu dire, j´étais là, je t´ai aimé.