Chronique D’Anarchie
I)La Rencontre
Je me délectais du charme subtil de cette nuit tranquille, où les astres célestes illuminèrent la Terre d’un éclat diamantin unique, que nul être n’osa perturber par le moindre bruit, parfois seulement une brise légère venue des montagnes alentourantes parvenait à troubler le sublime spectacle du firmament étoilé. Jamais la nuit ne me parut si belle, jamais le doux bruissement des feuilles et la fraîcheur vespérale ne me semblèrent si agréables. Le souffle nocturne effleurait légèrement mon visage avec une douce volupté, qui était des plus agréables à cette heure, où rien ne dépassait la joie de vivre, dès lors que je savais que demain je ne serai plus.
Mon nom, ma vie, mon œuvre tout disparaîtra dans une effusion de lumière aveuglante pour finir en poussière volatile dispersée dans toutes les directions de l’univers infini ne laissant rien de moi, effaçant jusqu’à la dernière trace, toutes les traces de mon existence. L’existence qui autrefois me paraissait si importante finissais par être réduite en cendre par cette immensité nébuleuse qui maintenant s’étalait sous mes yeux ébahis. En présence de cette force supérieure l’homme comprenait sa petitesse et son insignifiance dans l’immensité de l’univers. Les ouvrages gigantesques entrepris pour s’adjurer une place dans la mémoire de l’humanité devinrent de vains artifices, auxquels on aurait sacrifié trop de temps, de forces, et d’attentions inutilement, car tous ces projets titanesques façonnés par l’esprit agile des hommes s’effondreront demain ; lorsque le souffle solaire déferlera sur ces monuments intemporels dédiés à la postérité en les rendant à leur forme primaire de poussière d’éternité.
Ainsi ce qui quelques temps auparavant tenait une place importante dans l’existence des hommes cessa de les importer ; les titres, les places, l’étiquette ne comptèrent soudain plus, seul l’instant restant avait encore un tant soit peu d’importance, ce temps restant qui était devenu notre unique fortune à nous tous vivants. Nous, qui si sûrs de notre sort, nous tremblions à chaque seconde qui passait de peur de l’avoir dilapidée, nous commençâmes à jouir de la vie, car nous étions heureux, heureux d’être là, en ces dernières heures qui nous restaient. La fin imminente donnait à chaque petit détail un charme enchanteur qui jusqu’alors m’étaient inconnu. La mélodie frénétique du bonheur jouait ses derniers accords, donnant à chaque note une touche de beauté supplémentaire, rendant les cris joueurs des enfants amusés, les rires complices de deux amoureux et le sourire d’un badaud étonné exceptionnels ; néanmoins une certaine amertume me pesait à force d’observer sur les écrans géants de la salle de contrôle cette joie dernière. A l’approche de la déflagration finale, nos actes, nos pensées, nos rêves perdaient tout à coup, leur sens et leur beauté, car désormais elles devenaient irrationnelles, impossibles. Les espoirs que tout au long de ma vie, j’avais nourris s’envolèrent en fumée comme de vulgaires chimères. Mon monde s’effritait lentement, annihilant tout le labeur d’une vie dédiée à cette société utopique, à la façon d’un château de cartes qui sous le poids d’un souffle trop violent s’écroule, tandis que tout autour de moi, je restai impassible, immobile, ne sachant que faire devant l’inéluctable. Je me sentais l’âme d’un capitaine enchaîné à son navire en perdition au bord de sombrer, ainsi mon titre d’empereur qui autrefois m’éleva au-dessus du commun me précipitait maintenant vers le fond du désespoir, m’emprisonnant dans ma tour d’ivoire ; siège du pouvoir d’antan.
Drôle de sensation que de se retrouver seul en ce lieu qui auparavant grouilla de monde et où aujourd’hui seul quelques fantômes s’aventurent encore. La solitude dans ce vaste palais vide, dérangeait chaque jour un peu plus mon esprit déstabilisé par la Chute de mon univers. L’endroit, qui il y a six mois encore abritait le centre nerveux de l’empire, le siège de l’Assemblée des cent neuf, dans l’enceinte de laquelle toutes les décisions d’importance étaient prises avec mon accord préalable, reflétait à présent la lente agonie de la planète et la décrépitude de mon règne. Au détour d’un couloir, des réminiscences rappelaient à mon esprit fatigué l’ivresse de cette époque de folie, où l’on donnait des fêtes prestigieuses interminables, durant lesquelles tout était permis, je me souviens du luxe qui y était si présomptueusement mis en avant, ainsi que les cérémonies honorifiques pendant lesquelles on décorait de médailles tous les fidèles serviteurs du régime. Ce climat protocolaire me manquait pour son faste, sa richesse, ses artifices d’apparat, mais surtout pour mon rôle dans cette ancienne société. A l’aube, de l’apocalypse, les masques venaient de tomber, réduisant toute chose à son état primaire de présence éphémère sans avenir ; nos repères que l’on croyait si solides tombèrent plongeant notre monde dans un état d’anarchie complet. Les infrastructures se mirent à disfonctionner provoquant de graves troubles dans la distribution électrique, hydraulique et dans le ravitaillement de la cité, éventrée de ses habitants partis au loin, toutefois cela n’importait plus personne, pas même les quelques rôdeurs qui furetaient encore dans les rues désertes de la ville fantôme. Partout à chaque carrefour on retrouvait les traces de carnages laissées par ces déserteurs empressés d’oublier leur piètre existence en espérant rattraper cette misérable vie en quelques heures, fatigue aussi inutile que déraisonnable, souvent bon nombre de ces chercheurs de paix finissaient soit au fond d’un ravin après un virage mal négocié par leurs fly-cars à moitié rouillés ou égorgés par des nomades agacés par l’empiétement réitérés des colons sur leurs terres. De toute façon chacun pouvait faire ce qu’il voulait de ses dernières heures qui lui restait, car tout serait fini demain au coucher du soleil.
Je marchais toute la nuit dans les couloirs de la tour ne pouvant trouver le sommeil, sans doute car après cette nuit ultime je connaîtrai le repos éternel, doux songe infini duquel on ne sortira plus. Aux premières lueurs de l’aube naissante je vaquais encore dans les dédales du palais impérial, et à chaque nouveau pas je percevais le son de mes pas qui résonnait sur les dalles de marbre. Le pesant silence, réveillait en mon âme le soleil des souvenirs des jours heureux. Après m’être attardé dans la bibliothèque, aux archives, au grand salon, je me dirigeai vers la salle du conseil.
Alors que je franchis le seuil de l’antichambre, je ne pus m’empêcher de lâcher une dernière larme, car c’était la dernière fois que je pénétrerais dans la salle du conseil, puis ce fut en frémissant que je fis procéder à l’identification génétique automatique. Le scanner m’autorisa l’entrée dans la pièce, où depuis cinquante ans je régnais sans partage. Les mêmes parfums, les même odeurs investirent mon corps rajeuni par cet air familier ; les portes magnétiques s’ouvrirent lentement dévoilant à mes yeux l’immense table d’onyx autour de laquelle les cent neuf chaises restaient alignées pareillement à la veille et aux autres jours sauf qu’aujourd’hui, il était là, assis à sa place, vêtu d’un caban noir à manche ample qui donnait à son visage sénile une prestance extraordinaire. Je crus tout d’abord que c’était un songe, mais non c’était bien ce même regard d’un bleu océan, si profond qu’il vous transperce de l’intérieur. Sa chevelure blanchâtre abondante se perdait dans ses épaules et sur ses joues creusées par les années de pénuries ; devant mon incrédulité il m’offrit un large sourire. Je m’avançais, progressant à pas posés dans l’immense salle ; il continuait à m’observer de son air impassible d’astronome, restant immobile captivé par l’observation d’un astre mourant, qu’il avait connu au plus fort de sa splendeur. Chaque pas qui me rapprochait de lui faisait resurgir en moi des événements effacés. Il m’était encore pénible de croire, qu’il était bien là, toutefois sa présence me rassura, car je ne me sentais plus seul.
Artabaze, aussi proche fut–il semblait encore égaré au fond de ses pensées engourdies par le passé émergeant. Brusquement, il se leva et se jeta dans mes bras, nous pleurâmes de joie saluant l’heureux hasard de ces retrouvailles incongrues. Une chose est certaine, je ne fus jamais aussi ravi de le voir ; voulant briser le pesant silence, je lui demandai :
-"Ainsi tu es revenu ?"
-"Oui, car je me suis rendu compte que tu es bien le seul ami que j’aie et c’est avec une joie infinie que je te revois, ici, en ce lieu, où nous partageâmes tant d’instant heureux, après la révolution d’Octobre et ta prise du pouvoir."
-"Sache que je regrette, l’acte inconsidéré qui nous sépara si longtemps et je m’en repens chaque nuit avec l’espoir que tu me pardonnes."
-"Tu n’es sûrement pas le seul à avoir commis des erreurs, mais sèche tes larmes, car tes pleurs ne feront pas revenir les années qui nous ont échappées, alors ne laisse pas filer ses dernières heures dans le vent."
-"Ton retour me paraissait si improbable, j’ai encore beaucoup de mal à réaliser que ce soit bien toi, mais pourquoi es-tu revenu maintenant ?"
-"Je voulais passer mes dernières heures en ta compagnie."
-"Tu voudrais passer ton dernier jour avec un traître, un homme qui a déçu ton amitié et a gâché toute ta vie ? Pourquoi ?"
-"Les années passées là haut sur Mars, m’apprirent que tu as décrété mon exil sous l’impulsion et non après une mûre réflexion et c’est pour cela que je ne t’en veux pas, car je sais que dans le fond de ton cœur tu es un brave homme."
-"Dis-moi, Artabaze, qu’as-tu fais pendant ton exil en Nouvelle-Belgique dans l’observatoire interstellaire martien ?"
-"J’y ai observé des étoiles inconnues ici, je me suis replongé dans la lecture de nos contemporains, j’ai médité de longues heures durant et puis j’ai écrit quelques ouvrages de poésie. Et toi illustre seigneur comment as-tu occupé tes journées ?"
-"Tu veux que je te raconte les cinquante années de ton exil !"
-"J’apprécierai grandement, de plus ne m’épargne aucuns détails."
-"Enfin cela, risque de prendre pas mal de temps.
Ce n’est pas grave, nous en avons suffisamment.
Très bien, alors je vais commencer."
Il hocha de la tête en signe d’approbation, s’accouda confortablement au dossier, croisa les jambes et fut tout ouïe. Une petite toux me pris devant l’immensité du récit, mais rassuré par son regard, je m’enhardis.
Et je lui narra toute l’histoire de ma vie, depuis son départ…
Voilà, merci de vous être donné la peine de lire jusqu´à la fin, j´espère que ça vous a plu
et c´est à suivre ![]()
roooh laissez pas couler cette fic ![]()
![]()
G pas tt lu ( c bcp long qd meme...),j´me suis arrete sur la faute suivante : " alentourantes " . On dit " alentour"...
Ms j´pense que jvais lire!
vi je sais, même moi qu´ai fait la faute en voulant corriger le truc de mon pote, zai honte, il avait mis alentours en plus :s
" jusqu’à la dernière trace, toutes les traces de mon existence."
Repetition.
" après la révolution d’Octobre et ta prise du pouvoir."
On se croirait en Russie là, non? ![]()
Bon j´ai pas trop le temps alors j´ai lu de travers mais tout ça me semble vraiment bien : bien écrit et bien transposé, mais surtout presque aucune ( du moins moi j´en ai pas vu) faute dortho, tres tres bien. je relirai plus en detail ds la soirée ![]()
J´allais oublier mon commentaire. Pour le moment, cela me plaît beaucoup, la Terre dans un futur proche avec l´apocalypse qui guette, banal, mais ça me plaît toujours moi. Pas assez de precision encore sur le personnage principal. J´attends la suite.
soulb la répétition est voulue dans cette situation
En ce qui concerne l´histoire, la fin du monde c´est juste un contexte plus propice à la suite
l´oeuvre finale contiendra tout de même aux alentours de 30 chapitres
donc vous met le 2ème bientôt si vous voulez
et merci pour les compliments ![]()
et en ce qui concerne l´allusion pour la russie tu n´as pas tort ![]()
J´ai lu plus profondement et je confirme : c´est encore mieux que je ne lavais espérés tout est très bien décrit avec tres tres peu de repetitions ( 2 je crois : celle de soul et : " à chaque nouveau pas je percevais le son de mes pas") et tres tres peu de fautes d´orthographe, j´apprecie aussi l´emploi successif de métaphore et notemment une métaphore filée dans les premiers paragraphe avec l´allusion a limmensité de l´univers, met la suite le plus vite possible c´est vraime un très beau texte !
c´est le genre de commentaires qui lui font plaisir
je poste la suite lundi
en ce qui concerne le pas j´avais remarqué aussi après avoir posté, sur la prochaine version il l´aura corrigé ^^ parcontre pour les traces je pense que c´est volontaire, encore une fois merci beaucoup ca va l´encourager ![]()
Mais derien ! Un bon commentaire pour un bon texte tel est la loi^^ je ne sais pas si je tiendrai jusqu´à lundi pour avoir la suite, mais je vais essayer ! ^^
PS : Tu parle de toi à la 3eme personne ? ^^
Cesar parlait de lui a la 3e personne
mdr ! Serait-ce son descandant ?
arfouille j´ai oublié de préciser qu´il s´agissait malheureusement pas d´un texte de moi
mais de celui d´un pote
je suis seulement son impressario ![]()
Oki^^ bon moi j´y vais a+
bonne nuit ![]()
Tu lui diras que c´est pas mal du tout.
Bon, le style est parfois un peu lourd. On a l´impression qu´il essaie d´en faire trop. Il peut être plus clair sans gâcher l´intérêt du récit.
Sinon, j´aime bien pour l´instant. ![]()