Le genre d´histoires de psychopathes que j´invente le soir pour me foutre tout seul les jetons.
C´est d´ailleurs la première fois que j´essaye une transposition à l´écrit ; j´aimerais beaucoup avoir des avis, car je n´ai vraiment aucune idée de la qualité de ce que j´ai fait.
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Je n’arrivais pas à dormir.
Ou du moins, je ne parvenais pas à m’abandonner à un sommeil paisible. Je sombrai de temps à autre dans les lymbes, mais c’était pour me réveiller quelques instants plus tard avec la conviction qu’il était vain que j’essaye de me reposer. Mon corps était moite de transpiration, et le contact collant de ma peau avec les draps ajoutait à mon inconfort. Pourtant, je n’avais pas le courage de me lever pour mettre fin à ce tourment ; le temps passait et je continuais de me retourner encore et encore, cherchant inconsciemment un repos qui manifestement demeurait inacessible.
J’avais horriblement chaud. Dans un geste involontaire, je touchai mon front : il était brûlant et trempé. Je remarquai aussi que je respirais fort, comme si j’étais essouflée. Au bout de quelques instants, je constatai que mes yeux étaient ouverts et que je fixais le plafond. Quelque chose avait dû me sortir de ma léthargie, mais quoi ? En me posant cette question, j’eus soudain la conviction que c’était un cri. Oui, je n’avais cessé d’entendre des hurlements ; peut-être étaient-ils seulement une illusion dûe à la fièvre. Mais j’étais sûre qu’au moins l’un d’entre eux était réel. Je refermai les yeux et tendis l’oreille.
Je ne perçus d’abord aucun bruit, mais petit à petit, je dus me rendre à l’évidence : quelqu’un hurlait bel et bien à l’extérieur. Toutefois, le son était ténu en j’en déduisis que l’homme devait être assez loin à l’extérieur. Mais qu’avait-il à crier comme ça ? Il poussait de courts râles, puis se taisait aussitôt. Et il recommençait quelques secondes plus tard. Je sentis mon cœur qui s’agitait de plus en plus dans ma poitrine ; c’est toujours effrayant d’être exposé à ce genre d’événément.
J’attendis, allongée dans mon lit, n’osant faire un geste. L’homme criait toujours, aux limites de mon ouïe. Mais je pris conscience que le son s’intensifiait ; il devait se rapprocher, il devait marcher dans la direction de l’immeuble. Je retins mon souffle. Aucun doute, il allait passer dans la rue en bas de chez moi. Mais ne pouvait-il donc se taire ?
Bizarrement, il se tut. Il devait se trouver encore trop loin pour que les voisins aient été réveillés par ses éclats de voix, mais j’étais persuadée que de mon côté, je ne parviendrais pas à retrouver le sommeil. Je constatai que les muscles de mon dos étaient tendus et que mon regard était tourné vers la fenêtre ; je tâchai de me détendre et me rallongeai doucement sur les draps. J’avais la tête qui tournait, et j’eus bientôt l’impression de m’enfoncer dans les profondeurs du sommeil.
L’homme choisit ce moment pour pousser un nouveau hurlement qui déchira la nuit ; je me réveillai en sursaut et mis un moment avant de me persuader que j’avais bien entendu un nouveau cri, venant cette fois du bas de l’immeuble, au dehors. Je me levai, les jambes tremblantes, et m’approchai lentement de la fenêtre. J’écartai le rideau… Il était là, juste devant l’entrée, debout, sans esquisser un mouvement. Il me fit penser à une sorte de mort-vivant, errant sans but dans la nuit, s’arrêtant parfois pour demeurer debout, immobile – perdu dans un monde de ténèbres.
Et il tourna la tête vers moi.
Je restai paralysée. Il me regardait. Il me regardait, j’en était sûre. Impossible. Je le fixai pourtant, comme pour me persuader qu’il regardait ailleurs, que son regard n’était pas rivé sur moi, mais il ne cilla pas. Je n’y tins plus ; je reculai en reprenant soudain ma respiration, ce que je n’avais pas fait pendant un moment, et quittai ma chambre.
« Faites qu’il soit encore là » murmurai-je en me dirigeant à pas pressé vers le salon. « Faites qu’il soit encore là… »
Mon cœur retomba lourdement dans ma poitrine quand je vis qu’il était là. La télévision était allumée et il se trouvait sur le canapé ; je le rejoignis et m’asseyai sans un mot à côté de lui.
- Tu ne dors pas ? demanda-t-il.
Je me forçai à répondre.
- Non. Est-ce que… Est-ce que tu as entendu quelqu’un crier ?
- Oui, il m’a semblé… Mais, tu trembles ! Ca ne va pas mieux ? Tu pourrais reprendre un comprimé…
- Ca va, le coupai-je.
Je pris conscience d’avoir été un peu brusque et me repris :
- Merci, ça va… C’est juste que… J’ai entendu quelqu’un crier, et… il était en bas… et… je crois qu’il m’a regardée.
- Viens-là.
Je me blottis dans ses bras et me laissai enfin aller au soulagement. La nuit, toute sorte d’individus avaient des comportements étranges ; je n’avais aucune véritable raison de m’inquiéter… Mais il m’avait vue… Il m’avait fixée.
- Tu es sûre de toi ? Il t’a regardé ? demanda-t-il comme s’il avait lu dans mes pensées.
J’aquieçai en soupirant.
- D’accord… Ne te mets pas dans ces états pour ça, mon cœur, dit-il en me serrant contre lui. C’était sûrement un gars du coin, complètement saoûl…
Mais alors trois coups retentirent à la porte.
Une nouvelle vague de peur me submergea. Qui… Et si c’était lui ? Non, non, non… Thomas s’écarta de moi ; il ne quittait pas l’entrée des yeux. Il se leva et commença de se diriger avec circonspection vers la porte. « Oh, non, je t’en prie, n’ouvre pas… ». Je coupai le son de la télévision, comme pour être sûre que, s’il y avait quelqu’un de l’autre côté de la porte, il n’entendrait aucun bruit venant de l’appartement… Si ? Mais enfin, c’était sûr que quelqu’un se trouvait de l’autre côté : il avait frappé, je l’avais entendu, alors…
- Tom, n’ouvre pas, chuchotai-je.
Il était juste devant la porte ; je commençai sérieusement à paniquer quand je le vis tendre la main pour s’emparer des clés. Pourquoi fallait-il qu’il ouvre ? A cette heure-là… Ce pouvait être n’importe qui… Etrangement, j’étais persuadé que c’était l’homme qui criait. Il n’y avait pas d’autre possibilité. Une coïncidence comme ça, non…
- Tom, je t’en supplie, reviens…
Il avait inséré la clé dans le verrou. Il tourna vivement la tête vers moi et m’adressa un regard qui assurait qu’il n’y aurait pas de problème.
- Non ! continuai-je. Ecoute-moi, Tom…
Pour rien au monde je ne voulais qu’il ouvre cette porte, mais d’un autre côté, j’avais besoin de savoir qui avait frappé. Je serais fixée…
Je me tins en retrait. Il porta la main à la poignée et je me préparai au pire.
Et puis, sans prévenir, il retira la clé et fit un pas en arrière ; j’eus tout à coup l’impression que mes jambes s’étaient transformées en côton. Tom recula encore, tourna le dos à la porte… Hésita… Je n’eus pas le temps de lui dire quoi que ce soit qu’il était déjà retourné vers l’entrée, avait tourné la clé, tiré la poignée – ouvert la porte.
Personne dans le couloir.
Je crois qu’à partir de ce moment il avait aussi peur que moi. Il aurait pu d’ailleurs revenir près de moi, et refermer la porte à clé ; mais non, il fit un pas dans la cage d’escalier, doucement.
- Tom ! lui criai-je aussi discrètement que possible.
Je m’approchai de lui, mais un étrange tiraillement m’empêchait d’avancer trop. Je restai indécise sur la façon dont il fallait que je réagisse. Il se rapprochait de l’angle du mur ; et si l’homme l’attendait caché dans les escaliers ? Je chassai cette pensée horrible. Il se colla au mur et jeta un coup d’œil vers les marches, mais il ne sembla rien voir car il n’eut aucun geste de surprise ni de peur.
- Il n’y a personne, dit-il en revenant enfin. Bon sang, je ne te cacherai pas que j’ai vraiment la trouille…
Mais il souriait en disant ça. Pour ma part, je n’en pouvais plus. C’était la nuit la plus difficile à passer que je n’avais jamais vécu.
Autant dire que quand les coups retentirent à nouveau à la porte, je crus que j’allais m’évanouir. Un cauchemar. Un cauchemar.
Et Thomas qui tout juste après avoir fermé la porte et posé les clés, la rouvrait à la volée…
L’homme était là. Il me regardait. Une larme de terreur coula sur ma joue. Tom, sauve-moi. Je t’en prie, sauve-moi…
Mais il ne me sauva pas ; l’autre le poussa violemment de côté, puis s’avança dans l’entrée.
Il claqua la porte.
Tom était à l’extérieur.
Les clés étaient sur le sol, à l’intérieur.
L’homme hurla, comme auparavant, et je me sentis lentement perdre connaissance.
Tom criait et tapait frénétiquement contre la porte.