Bonjour à tous,
J´ai deja fait un topic sur une premiere fiction : "Le souffle d´or" ; j´ai tenu compte des remarques qu´on m´a faite (enfin, en majorité, du moins je l´espere). Voici maintenant la version finale, en esperant qu´elle plaise !
A Bout de Souffle
Une ambiance grandiose régnait dans la salle, une des plus grandes de l’état du Mississipi. Les flashs des appareils photos crépitaient, certainement pour immortaliser sur papier ma honte. Le public me huait ! J’étais ruisselant de sueur, jamais encore je n’eu pareillement raté une de mes représentations. « Je n’ai vraiment pas assuré sur ce coup-là » pensais-je. Dans la foule, plus personne ne voulait d’autographe, mes plus fidèles admirateurs me regardaient avec dédain. Soudain, j’eus l’impression que tout s’arrêtait autour de moi. Ma bouche resta à demi-ouverte, je tremblais de tous mes membres, une goutte de sueur perla sur mon front, glacée. Cet homme était dans la salle, assis sur une chaise, comme si de rien n’était, en train de me regarder dans les yeux. Moi qui avais cru pouvoir lui échapper, allais-je devoir fuir encore longtemps ?
Je lâchai mon saxophone et courus, en bousculant tout le monde sur mon passage.
« Alors c’était vrai, non…ce n’est pas possible, ce n’est pas possible ! » m’écriai-je.
J’entendais encore les huées de la foule, je m’excusais, bousculais tout le monde, mais je ne pensais qu’à cet homme. Son regard triomphateur exprimait sa joie. Je roulais, roulais, vers le seul lieu qui me vint à l’esprit, à la frontière du Mississipi et de la Louisiane. Je m’arrêtai à la lisière d’un bois, et marchais ; le ciel semblait tellement affaissé que j’aurais pu le toucher avec mes doigts. Le tonnerre gronda au loin, et la pluie, diluvienne, ne se fit pas attendre. Le vent se jouait de moi, il pénétrait chaque fibre de mon être. Un fantôme aurait à ce moment précis eu plus de consistance que le pauvre homme que j’étais, perdu dans un smoking trempé, au milieu de nulle part.
Je continuais à suivre ce petit chemin dans la forêt pour finalement déboucher sur une petite clairière. Une grande étendue d’herbe sur laquelle trônait une unique cabane.
Je montai un petit escalier en bois usé, « Plutôt vétuste » pensais-je. Cette maison avait changée depuis la dernière fois où j’y étais allé, il y’avait environ trois années de cela.
La toiture, constituée de misérables planches de bois, semblait prête à s’effondrer. Les murs, aussi constitués de maigres planches miteuses, donnaient l’impression qu’ils ne feraient pas long feu. C’est pourtant sur le pas de cette petite chaumière que j’espérais trouver le réconfort et la chaleur humaine qui me faisaient tant défaut. Je donnai un premier coup sur la porte, puis un second.
Un grand homme, aux cheveux courts et à la barbe grisonnante m’ouvrit la porte. Il portait des lunettes couleur cuivre. Je reconnus son long nez, et son front fuyant, son unique veste vert bouteille. J’aperçus la seule pièce de son logis ; de grandes statues africaines étaient dispersées un peu partout, sur une étage étaient éparpillées des verres crasseux et des boites d’aliments divers . Une table en bois occupait le milieu de la pièce, accompagnée de deux chaises en bois. Casé dans angle, un amas de couverture. Au fond, une théière était posée sur le poêle.
L’homme m’invita à entrer, ce que je fis sans me faire prier, mes vêtements mouillés me faisant frissonner de froid. Il prit la théière et versa une substance jaunâtre dans des tasses en porcelaine, tasses qu’il ne sortait que pour ses proches, et qui d’ailleurs étaient les seules tasses à thé qu’il possédait. Puis j’allumais une cigarette.
« Ned Colby ! Faut que tu sois dans un fichu pétrin pour t’souv’nir du vieux Caleb !
- Il ne faut pas m’en vouloir Caleb, avec tout le travail que j’ai eu ces derniers temps…
- Assez de baratin ! Viens en aux faits !
- Tu te souviens de l’époque où je débutais ? demandais-je
- Ouaip, ce n’était pas brillant ! me répondit-il en riant.
- Pire, personne ne voulait de moi ! J’envisageais d’abandonner ma passion, même d’en finir une fois pour toute. Puis j’ai rencontré ce type…
Tandis que je narrais les circonstances de cette rencontre, la scène défilait dans ma tête, aussi nette que si je l’avais vécu la veille. Je venais de finir un concert dans un bar peu recommandable de la ville. Accoudé au comptoir, cet homme, qui donnait l’impression de sortir d’un bal costumé ; une cape avec un col relevé, un smoking noir par dessous. Des cheveux plaqués en arrière, des sourcils naturellement froncés, des yeux rouges. Dire que cet homme était inquiétant aurait été bien réducteur. M’ayant invité à prendre un verre, nous étions assis dans un coin sombre, éclairé par une bougie, en tête à tête.
- « Mais oui monsieur Colby ! Chaque homme rejette en moyenne trois litres de souffle par expiration, soit environ quinze millions d’hectolitres dans une vie. Mais il ne s’agit là que d’un souffle ordinaire ! Moi, ce que je vous propose, c’est d’échanger les dix millions qui vous restent contre quatre cent milles hectolitres de souffle d’or…
- De souffle d’or? rétorquais-je, sceptique.
- Oui ! Désormais, tout ce qui jaillira de vos poumons se transformera en or, au sens figuré bien sûr! Cet instrument par exemple : vous en sortirez des sons qu’aucun mortel n’a encore pu en tirer! Grâce à moi, vous deviendrez le meilleur saxophoniste de tout les Etat-Unis ! s’enflamma-t-il.
- Très drôle ! Et….quel est votre intérêt, là dedans ?
- Disons que…pour mon petit commerce, j’aime bien disposer de grosses réserves de souffle. D’autre part, notre pacte sous-entend qu’à l’expiration de votre dernier hectolitre vous viendrez me rejoindre, déclara-t-il.
- Tiens donc ! Et où ça ? questionnais-je en riant.
- Vous le découvrirez quand vous aurez épuisé votre réserve, c´est-à-dire dans trois ans. Marché conclu ? »
J’allumais une nouvelle cigarette.
« Et tu a accepté ?
- Cette histoire ressemblait tellement à une plaisanterie ! Le problème.… hésitais-je
- C’est que… ? me lança-t-il, impatient.
- Depuis ce jour là, je suis devenu le meilleur saxophoniste du pays ! J’ai bien essayé de croire à un quelconque hasard, mais c’est désormais une certitude, cet homme disait vrai ! A mon premier concert, autant te dire que j’avais bataillé pour qu’on m’accepte dans la salle. Mais j’avais brillé, tu entends ? Brillé. Les gens applaudissaient, les femmes me lançaient des regards énamourés ! C’en eut été ainsi pendant les trois ans qu’il me restait avant de rejoindre mon homme. Je volais de succès en succès, ma tête était à la une des journaux ! Mais ça n’a duré ainsi que pendant trois ans. La première fois, c’était un matin, j’étais chez moi, je venais de me réveiller, puis j’étais allé me préparer un café, bien serré, histoire de me réveiller. Au départ, je n’avais pas encore remarqué sa présence. Je n’avais fait attention à lui uniquement en me levant, pour aller reprendre du café. »
« Monsieur Colby…murmura-t-il.
- Vous ? Ici ? Comment vous êtes vous introduit chez moi ?
- Votre réserve de souffle est épuisée, je crois qu’il serait raisonnable de venir me rejoindre » dit-il d’une voix douce et ô combien effrayante.
La panique s’emparait de moi. Il était calme, sûr de lui.
- « Non, ne me sous-estimez pas monsieur Colby. »
« Pendant que nous parlions, j’en profitais pour reculer vers la porte de sortie, lentement. Je pense qu’il avait remarqué que je voulais fuir, mais il me laissa faire. Je claquai brusquement la porte du salon, enfilais mes chaussures et ma veste et pris la fuite. A chaque fois que quelqu’un m’interpellait, ou qu’un gosse me demandait une pièce, ou des bonbons, j’accélérais le pas. Au milieu de la nuit, tremblant de froid, je rentrai chez moi et fis quelques bagages. C’était décidé, je quittais ce lieu. Je commençais par aller à la gare. Je montai dans le train, après avoir payé mon billet avec le peu de liquide que j’avais encore. Une heure après nous démarrions. C’était l’ennui total, surtout que à la moindre parole qu’on m’adressait, je montrais les crocs. Je m’assis, en me disant que je pourrais peut-être dormir ».
« Tiens, mais vous n’êtes pas Ned Colby ? ». La femme assise à côté de moi engagea la conversation. Petite, rondouillarde, blonde, assez quelconque.
- « En personne, grommelais-je
- Je n’aurai jamais pensé retrouver la personne la plus connue du Mississipi assise à mes côtés !
- Oh, vous savez…Actuellement, tout ce que je fais n’est que fiasco, répondis-je, lassé.
- Vous avez dû épuiser votre souffle ! » Dit-elle en riant. Puis elle répéta la même chose, plus froidement. Je tournais les yeux vers mon interlocutrice.
- « Monsieur Colby…Cessez de jouer à ce petit jeu avec moi. Un pacte est un pacte, et je crois qu’il est temps de venir me rejoindre »
Je me levais précipitamment, et il m’attrapa le bras.
- « Monsieur Colby ! dit-il, énervé. Vous ne pourrez pas m’échapper éternellement.
- Jamais vous ne m’attraperez ! répondis-je, paniqué.
- Je vous ne laisserai même pas une seconde pour souffler ! » dit-il, riant aux éclats.
« Je courus vers les toilettes et je décidai de sauter du train, y laissant le peu de bagages que j’avais emporté. L’atterrissage fut rude, mais je ne me fis que quelques contusions. Je passais les deux mois suivant chez des connaissances de la région, espérant que ce sadique ne metterait pas le grappin sur moi. Puis je décidais de rentrer chez moi, pensant qu’il n’aurait pas l’idée de m’y chercher. Ma vie repris son cours pendant environ encore trois semaines ; j’enchaînais deux concerts. Dont celui d’où je suis venu te voir. Deux échecs. Je commençais à déprimer, et à devenir paranoïaque. »
- « Eh bah, quelle histoire mon vieux !
- Je crois bien que t’es la seule personne en qui j’ai encore confiance !
- Ah…Si t’étais resté des nôtres, tout ça s’rait pas arrivé ! Mais…oh ! Les r’grets ont jamais rien arrangé ! Allé, grimpe dans mon engin, on sort.
- Où va-t-on ? Demandais-je
- Chez la vieille Mc Riley, elle allait pas fort ces derniers temps. J’suis obligé d’aller toquer à sa porte chaque jour, histoire de voir si elle respire encore. »
Des éclairs zébraient le ciel, la nuit était couverte de nuages. Nous discutions, je le questionnais sur sa vie, je ne l’avais pas vu depuis plusieurs mois. Enfin, il n’avait pas grand-chose a raconter, ses trafics de basse envergure ; au niveau de sa vie sentimentale, il ne se passait pas grand-chose, hormis dans les maisons closes de la région. Nous ne faisions pas attention à la route. Il ne cessait d’accélérer. Puis il tourna le volant, d’un coup, un chevreuil ou je ne sais quel animal traversant soudainement la route. La voiture fit une embardée ;
ma vue se troublait. Puis le néant.
Combien de temps je suis resté inconscient, je ne saurais le dire. Je réussis à m’extirper de la voiture, elle était retournée. Je touchais mon front ; du sang coulait de l’arcade sourcilière et continuait son chemin, sur ma joue, et mon cou.
Mon ami était resté bloqué dans la voiture. Je mis du temps à le sortir de là. Lui aussi saignait, ses lunettes étaient brisées. Il ne respirait plus. Mes stages de secourisme au lycée pouvaient enfin m’être utiles. Je pris ma respiration et collai mes lèvres contre les siennes, tentant de lui communiquer de l’air. Au bout de quelques secondes, je relevai la tête, ouvris les yeux. Il me regarda. Il me regarda en souriant.
« Vous ne comptiez quand même pas essayer de me fuir encore longtemps monsieur Colby ? »