Un monde vraiment étrange
Sigmund passa la porte et se dirigea vers sa place attitrée dans le fond de la pièce. Il s’assit et attendit. Ils n’allaient pas tarder à entrer dans le monde parallèle. Le séjour durerait trois heures exactement, il le savait, ni plus, ni moins. Ce n’était pas la première fois qu’il allait dans ce monde-ci, tous les séjours ici duraient trois heures c’était la norme imposée par le Royaume.
Leur guide arriva et ils furent transportés dans ce monde étrange au dialecte différent de leur langue natale. Sigmund comprenait globalement les habitants de ce monde, leur langue était différente mais elle semblait avoir la même racine que la sienne. Plus que ça, cette langue aurait pu, selon lui, être une version archaïque de la sienne. Mais il commençait à connaître ce monde et ses habitants. Ce n’était pas aussi facile la première fois. Il s’en souvenait comme si c’était hier. Il avait franchit la porte entre les deux mondes et s’était trouvé complètement perdu. Après avoir fait connaissance avec leur guide dans ce monde étrange ce dernier avait commencé à parler cette langue bizarre. Il traduisait certains mots, bien sûr, mais le reste de ses phrases était presque incompréhensibles. Il avait passé trois heures dans le flou total. Le guide était sensé leur faire découvrir ce monde, ses habitants, leur mode de vie. Le seul problème était qu’il considérait la langue comme acquise, ce qui n’était pas forcement le cas pour tout le monde.
Cependant Sigmund comprenait maintenant la quasi-intégralité des paroles du guide et il se rendait peu à peu compte que la plus grande bizarrerie de ce monde n’était pas la langue que parlaient les autochtones mais leur façon de penser et de voir le monde. Ces personnes vivaient dans un mode utopique où tous les problèmes se règlent par de belles paroles. Sigmund commençait à connaître certains personnages importants de ce monde, et ils avaient l’air intéressants mis à part leur dialecte et leur vision idyllique du monde. De plus leurs idées, adaptées au monde de Sigmund, méritaient une considération plus approfondie.
Sigmund sortit de sa rêverie et écouta ce que disait le guide. Aujourd’hui il expliquait au groupe le façon dont les autochtones voyaient leur économie. C’était au début très intéressant mais après une demi-heure le cerveau de Sigmund décrocha. Il avait beau voyager dans plusieurs mondes parallèles il n’en restait pas moins un adolescent. Il repensa à son anniversaire fêté quelques mois plus tôt dans son monde natal, il avait eu 18ans, la majorité, l’âge adulte et pourtant il ne comprenait pas plus les explications du guide. Non pas qu’il ne trouva pas cela intéressant, non, simplement son esprit ne parvenait pas à accrocher plus de trente minutes à cette langue.
Au début Sigmund ne voulait pas aller dans ce monde, mais ses parents avaient insisté « Ils ont une vision nouvelle des choses, tu apprendra beaucoup de choses. » « Le Royaume préconise d’aller dans ce monde, tu verra ce n’est pas très différent des autres mondes, c’est juste nouveau » Ils étaient bien gentils, ont voyait qu’ils n’avaient pas eu à subir les longs discours du guide ! Il essaya de nouveau de se concentrer sur les paroles du guide… peine perdue. Le jeune homme passa sa main dans ses courts cheveux noirs et se retourna vers sa voisine, qui, soit dit en passant, semblait aussi perdue que lui. Il savait qu’elle parlait le même langage que lui et il avait besoin d’entendre un peu de sa magnifique langue. Il lui demanda dans quel monde ils allaient ensuite et lorsqu’elle amorça une réponse elle fut interrompue par le guide.
Aïe ! Ils allaient se faire sermonner par le guide. C’était la règle, pas de parlé « normal » dans les autres mondes, il le savait et pourtant il ne pouvait pas s’en empêcher. Quel que soit le monde, les habitants, très susceptibles, refusaient d’entendre une langue étrangère. Eux pourtant si ouverts aux cultures, aux mœurs, et à la vie étrangère. Décidément, quel monde étrange.
N’arrivant pas à se concentrer sur le guide, Sigmund décida de trouver une autre activité. Il sortit donc un papier et un crayon de son sac de voyage inter-mondialiste. Il sa mit à dessiner ce qui lui passait par la tête… Une demi-heure plus tard il regarda son chef d’œuvre. On y voyait un jeune homme imberbe, aux cheveux courts, très noirs qui courrait, son manteau ouvert laissant voir son t-shirt, pour échapper à un groupe de petits personnages. En regardant de plus près on pouvait s’apercevoir que la dizaine de bonshommes du petit groupe portaient des bonnets rouges rappelant le bonnet phrygien. Les petits lutins, car c’est ce qu’ils étaient, étaient tout verts de peau et leurs longues canines ainsi que les haches pleines de sang qu’ils tenaient leur donnaient un air menaçant. Dans l’arrière plan on pouvait distinguer des vaches anthropophages en train de dévorer un bœuf, ainsi que des écureuils kamikazes qui se faisaient sauter pour tenter d’annihiler un troupeau de mangoustes des steppes. Sigmund avait une imagination débordante et un talent fou pour le dessin. Il le savait et utilisait ce don pour faire rire ses amis. Il donna la feuille à sa voisine qui éclata de rire puis essaya de nouveau de se concentrer sur les paroles du guide.
Cette fois-ci il y arriva et passa presque une heure à écouter son discours, il parvint même à participer au débat sur l’économie et la façon de gérer un pays.
12 heures 50, plus que dix minutes à attendre. Ils étaient partis à 10 heures, ainsi les trois heures imparties pour ce voyage allaient s’achever. Le ventre de Sigmund émit un gargouillis, il avait terriblement faim. Il comptait les secondes depuis maintenant dix minutes et il avait hâte que ce voyage se termine pour pouvoir aller manger au restaurant communautaire du Royaume
12 heures 58, « Allez, plus que deux minutes ! » hurla-t-il au plus profond de son être. Mais pourquoi donc ces voyages duraient-ils si longtemps ?
Et soudain un bruit strident et aigu retentit dans ses oreilles. Enfin ! Le signal, ils allaient tous pouvoir rentrer dans leur monde.
Sigmund rangea ses affaires et sortit du cours de philosophie. Il se dirigea d’un pas précipité vers la cantine en essayant d’oublier qu’après le repas il plongerait dans le monde parallèle encore plus obscur des Mathématiques…
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