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Nouvelle: Battle for the Middle-earth

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
28 mai 2007 à 11:27:28

Bonjour à tous :)
J´ai écrit cette nouvelle après ma lecture de "No pasaran, le jeu". J´avais alors pour but de me lancer dans l´écriture d´un récit fantastique où le joueur se retrouverait, bien malgré lui, obligé de combattre des orques, tout en s´assurant de ne pas passer le point de non-retour. Ce point étant le moment où lui-même prend plaisir à tuer.
En résumé, on a Alexandre, un garçon qui joue plus que de raison à BFM2 (Bataille pour la terre du milieu, excellent jeu d´Electronics Arts") et qui, suite à un défi lancé par un de ses contacts se retrouvera plongé au coeur du jeu, incarnant un héros humain aidant les nains à remporter une bataille contre le Mordor.

A oui, important sans doute à signaler, cette nouvelle fait un peu moins de dix pages, il faudra donc que je la poste en plusieurs fois.
En tout cas, bonne lecture :-)

Les nains poussèrent un cri de victoire lorsqu’ils aperçurent, du haut de leur colline, les ruines du camp de leurs ennemis. Les orques, enflammés par la lave jaillissante de leurs douves brisées, ces bêtes putrides et difformes, couraient dans tous les sens, leur forteresse détruite et leurs fosses rebouchées. Les troglodytes levèrent leurs haches en l’air, sans doute en remerciement pour le dieu qui leur avait accordé cette victoire.
Alexandre repoussa son clavier et fit défiler les statistiques de la bataille sans les regarder. Il savait qu’il avait été divin, il n’avait besoin de rien pour le lui rappeler. Il se leva et descendit manger, le repas l‘attendant depuis une dizaine de minutes… le temps de finir cette partie.
Au début, Alexandre avait trouvé BFME2 – le célèbre jeu de stratégie inspiré des romans de Tolkien – plus qu’intéressant. Déjà fan des livres et de ce genre de divertissements, il avait trouvé génial l’idée de recouper ses passions. Mais il s’était vite lassé des parties à l’IA sous développé pour se tourner vers l’on-line et les batailles contre de vrais humains. Il était devenu fort… Trop fort. Personne ne lui résistait, fort ou faible, groupé ou en duel. Partout où il passait, la bannière naine se dressait sur les cendres des forteresses écrasées. La lassitude pointait à l’horizon désormais, et Alexandre s’imaginait déjà le jour où le jeu tactique inspiré du seigneur des anneaux deviendrait inintéressant. Massacre sur la terre du milieu, voilà en quoi il se transformait.
Quelques carottes froides et une aile de poulet tiède plus tard, le joueur remonta dans sa chambre à la recherche de futures victimes. Il dégota trois allemands qu’il vainquit en dix-huit minutes et vingt-trois secondes.

Alexandre s’ennuyait. Encore une fois, il naviguait sur les sites Internet vantant les mérites d’Age of empires 3 et the elders scrolls IV : Oblivion. Il recherchait un jeu pouvant lui procurer la même satisfaction que BFM2, hésitant entre la stratégie d’une trilogie qui avait déjà fait ses preuves ou le grosbilisme d’une saga médiévale. Bref, rien qui ne le change de ses sempiternelles tueries à la hache.
Il était tellement absorbé par ses recherches qu’il lui fallu quelques secondes avant de comprendre que la couleur orange en bas à gauche de son écran indiquait qu’un de ses contacts lui parlait. Alexandre n’y fit pourtant pas attention : il avait créé cette adresse dans le but de regrouper des joueurs désirant s’affronter dans des parties multi joueurs. Ainsi il pouvait trouver des adversaires plus rapidement que s’il avait dû attendre à chaque partie sur le chat intégré du jeu. Il s’était automatiquement connecté lorsqu’il avait voulu se renseigner. Il n’avait pas l’intention de se battre. Pas ce soir. Ce jeu l’ennuyait trop. Toutefois, devant l’insistance de son contact, il fut obligé de lui répondre :

A way between the shadows dit:

J’ai envie de jouer. Joins-toi à moi.

Alexandre regarda l’adresse. Inconnue. Normal, depuis le temps que la sienne faisait le tour des forums.

Der fragmeister dit :

Désolé, je n’en ai pas envie, je compte arrêter de jouer.

Le message était clair et net. Son opposant reste un moment silencieux, puis se mit à écrire. Alexandre s’attendait à un « tant pis », « zut alors » ou encore « … dommage pour toi ». Mais jamais il n’aurait imaginé avoir un :

A way between the shadows dit:

Je connais un mod qui peut arranger ça.

Le mod. L’antidote contre le poison de l’ennui. Apportant des modifications parfois génialissimes, le mod permettait de transformer le jeu selon ses propres envies et de partager le divertissement métamorphosé pour de meilleures parties on-line. Alexandre les avait tous essayé dans sa lutte contre sa mortelle ennemie : la lassitude.
Pourtant le lien permettant de télécharger les composants lui était inconnu. Sa méfiance naturelle prit le dessus à cet instant : un lien inconnu donné par un contact tout aussi inconnu pourrait parfaitement être une voie vers un virus. Une grippe virale informatique, très peu pour lui. Malgré tout, il se sentait attiré par ce mod, les lettres et chiffres se suivant pour former ce qui lui semblait être un objet de convoitise. C’est avec une lenteur fervente qu’il approcha le pointeur de la ligne bleue.
« C’est du n’importe quoi ! C’est un mod, pas le saint Graal. »
Le téléchargement se fit très rapidement, du moins pour un fichier de cette taille. Après les quelques installations d’usage, Alexandre s’adressa à son adversaire.

Der fragmeister dit :

C’est fait. Et maintenant ?

A way between the shadows:

Avant de commencer, je te préviens que la partie qui nous opposera sera un voyage au coeur des ténèbres dont le retour n’est pas assuré. Est-ce que tu me suis ?

Le joueur opina, avant d’écrire sa réponse. Il lui fut alors demandé de lancer le jeu et de se connecter comme d’habitude. Alexandre savait que les mods n’était jouable qu’entre les joueurs les possédant, c´est-à-dire que deux versions différentes du jeu ne pouvait pas se trouver dans la même partie. Donc une variante inconnue d’Alexandre ne devait pas connaître beaucoup de succès, ce qui limitaient les adversaires en ligne.
Une fois les cinématiques passées, il se retrouva dans le menu, d’où il accéda au mode on-line. Après avoir tapé son mot de passe et s’être connecté, ses craintes furent confirmées : il n’y avait qu’une seule partie, qui devait être celle de son commanditaire. Il y entra et s’apprêta à démarrer.
« Dépêchons-nous, je suis pressé. »
Son opposant ne dit rien et après un court décompte, l’écran de chargement s’afficha. Il examina la petite carte en haut à droite, tentant d’élaborer une stratégie dés les premiers instants.
Il n’avait jamais vu ce champ de bataille. Chaque joueur était enfermé dans un large cercle de roches et de montagnes, le seul passage possible se faisant par un étroit défilé où deux bataillons pourraient facilement marcher de front. L’espace qui lui était dévolu lui permettrait sans doute d’établir une dizaine de mines naines, ce qui lui assurerait déjà de ne pas être à court de ressources si la partie se prolongeait. Il examina également la place destinée à son opposant. Il s’agissait exactement de la même chose que lui, à l’exception faite que le défilé allait vers le sud, pour directement donné sur la vaste plaine les séparant. Celle-ci était divisée en deux parts égales par une grande rivière qu’un pont enjambait. Le combat aurait certainement lieu à cet endroit. Le chargement se termina, laissant place au duel.
L’espace qui lui était consacré était recouverte d’une petite herbe qui, apparemment, ne risquerait pas de prendre feu. C’était bon à savoir, si on considérait la propension que les joueurs avaient, dans un dernier sursaut d’agonie, de bouter les flammes aux arbres et buissons. Et parfois, ça pouvait faire TRES mal.
Alexandre regarda sa forteresse, un étrange sentiment de puissance et de fierté s’installant dans son cœur quand ses yeux passaient sur les mirifiques sculptures naines. Il passa ensuite aux bâtisseurs, des troglodytes replets qui traînaient derrière eux une lourde charrette contenant les matériaux nécessaires à la victoire. Il commença à cliquer avec hargne sur sa souris, construisant mines, caserne et archerie. Les trois éléments de la victoire pour les petits êtres qu’il commandait. Après, on peut également construire une armurerie pour créer une cavalerie puissante contre les bâtiments, mais, ça, c’est une autre paire de manches. Après quelques passages de curseur, il fut à la tête d’une petite escouade naine qui serait, sans doute, très convaincante. Une troupe de lanciers nains, nommés phalanges, deux bataillons de fantassins armés d’haches de mêlée et de boucliers carrés et volumineux, appelés gardiens, et deux fois trois rangées de lanceurs de haches, frappant leurs hachettes contre leur écu rond. Tout ça dans un mélange de vert, bleu et rouge. Le côté esthétique des nains était sans doute ce qui plaisait le plus à Alexandre. Et aussi leur férocité que leur barbe sauvage accentuait.
L’armée se mit en branle, se dirigeant vers le défilé pierreux. Un rapide zoom permit au joueur de faire le point sur les parois rugueuses et trous humides de la roche. Une mêlée serait terrible ici : les fantassins bloqueraient le passage pendant que les archers pourraient abattre leurs opposants. Si cette éventualité se présentait, le très célèbre chariot nain serait l’arme la plus efficace, leur charge dévastatrice pouvant écraser les plus déterminés des bataillons. Sauf présence de piquiers, le sanglier dressé traînant la charrette se montrerait aussi sauvage qu’une laie protégeant ses marcassins.
L’armée émergea de l’autre côté du défilé. Les phalanges trottinaient au-devant des troupes, ouvrant la voie composée d’un chemin encadrée d’une forêt touffue. Ce fut à ce moment qu’Alexandre s’interrogea sur la nature de ses adversaires. Absorbé par la carte en elle-même, il en avait oublié de regarder quel était le camp ennemi. Et si jamais il affrontait des elfes, la situation deviendrait vraiment malsaine, ceux-ci ayant la possibilité de se rendre invisibles en dessous des arbres. Un tel décor leur conférait une supériorité grâce à leurs embuscades.
Un des gardiens traînaient en arrière, clopinant. Ses camarades avaient déjà plus d’une dizaine de mètres d’avance sur lui. Il s’arrêta, et se tordit le cou pour regarder son dos. Une flèche en dépassait. Il tenta de l’arracher, mais, avant qu’il n’ait pu esquisser un geste, un second trait s’enfonça dans sa gorge, un léger nuage de sang s’envolant au contact du métal.
Alexandre se maudit lui-même pour son manque de circonspection : des archers orques s’étaient cachés sous les arbres. Même s’ils ne possédaient pas les mêmes capacités de dissimulation que leurs semi-frères elfes, il avait confondu la boue et leur teinte. Des flèches s’envolèrent des deux côtés de la route, et quatre bataillons d’orques bondirent des fourrés pour se jeter sur les gardiens. Quelques cliquetis et tapements de touches permirent au joueur d’établirent une stratégie audacieuse mais toutefois appropriée : les gardiens étaient passés en mode défense, où les dégâts reçus et infligés étaient réduits. Les lanceurs de hache connurent le sort opposé, devenant des guerriers offensifs. Que les traits et les fantassins se concentrent sur les boucliers nains, les hachettes, elles, fendront arcs et crânes pour sauver leurs compatriotes.
« Merde ! » S’écria Alexandre lorsqu’il aperçut un troll d’assaut ennemi.
Celui-ci s’avança hors de la forêt, déracinant et culbutant les arbres sur son passage, en dressant sa massue de bois hérissée de pointes métalliques à moitié rouillées.
Il la sentait venir, cette inexplicable peur… ce n’était pas la peur de perdre, pas la peur de se sentir inférieur face à quelqu’un qui pouvait invoquer des trolls de cette carrure avec une rapidité déconcertante, non. C’était autre chose. Il n’avait pas peur de ce que le troll pourrait faire, mais plutôt de la bête elle-même. Peur des écailles couvrant son corps. Peur de son arme. Peur de son armure. Peur de sa gueule puante. Une peur inexplicable.
Puis il se ressaisit. Les lanciers nains n’auraient aucune difficulté à venir à bout de cette créature. Mais… Où étaient-ils ?
« Bordel ! » Lorsqu’il avait ordonné à ses gardiens et lanceurs de haches de s’arrêter pour combattre, Alexandre avait oublié de stopper les phalanges. Ceux-ci continuaient ainsi leur chemin en direction sur pont. Le joueur perdait tous ses moyens. Il ignorait pourquoi et comment, mais la peur le tétanisait.
Les guerriers en vert firent demi-tour, leur javelot en avant, prêts au contact. Le troll se tourna vers eux, ramassa une pierre grosse comme son poing, et la lança. Le boulet naturel s’écrasa au milieu des nains, les stoppant net. Le titan s’avança, un ignoble sourire sadique dessiné sur sa face brune. Chacun de ses pas vers ses proies s’accompagnaient de trois enjambées de celles-ci, en arrière, vers une hypothétique fuite. Un de ceux que la roche avait atteint demeurait toutefois sur le sol, l’ombre grandissante du géant le recouvrant. Le nain remit son casque en fer sur sa tête, et serra encore plus étroitement sa lance sur sa poitrine, s’arrachant un hoquet de douleur : deux de ses côtes s’étaient brisées. Il tenta péniblement de se remettre sur pied… en vain. L’étincelle de vie en lui n’était pourtant pas décidé à s’éteindre : il avait un jeune fils, de deux ans, une naine adorable, et un tonneau de bière qui l’attendaient à la maison. Hors de question de crever ici.
Alexandre ne pouvait pas détacher ses yeux de ce bout de troupes. Le nain tentait péniblement de se relever. Malgré ses blessures, ils désiraient plus que tout survivre. Mais le troll approchait et n’était déjà plus qu’à une enjambée. Les autres lanciers regardèrent leur compagnon en continuant de reculer, se maudissant d’être aussi peu courageux. Une goutte de sueur perla au sommet du front du joueur, pour venir s’écraser sur son bureau. Ses mains se crispèrent sur sa table et sa souris, ses yeux s’agrandissant. Une terreur nouvelle le submergeait, pas tellement différente de la précédente. Il ferma les yeux quand le titan, arrivé devant sa victime, leva la masse.
Le corps du nain fut soulever et projeter vers ses camarades. Il s’écrasa avec fracas, répandant son équipement et brisant le bout de bois lui servant anciennement d’arme. Lorsque Alexandre rouvrit les yeux, une vague de nausée le submergea. Le costume anthracite vert qui avait fait la fierté du lancier était maculé de sang, et arraché à la moitié. Trônant à quelques mètres de son buste, ses jambes remuèrent, comme pour, quelques secondes trop tard, entamé la course qui aurait pu le sauver. Le vomi inonda la barbe brune du nain. Tout ça, le joueur le voyait de près, de trop près. Non pas parce qu’il avait, dans son effroi, déraper sur la molette du zoom. Non. Simplement parce qu’Alexandre n’était plus Alexandre. Il était maintenant Aralli, fils de Loki, de la maison de Fundïn. Il périt au moment où il s’en rendait compte, laissant derrière lui Nofli, deux ans, et une naine qui n’apprendrait peut-être pas la mort de son mari.

Voilà... La suite arrivera... Quand elle arrivera. :)

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
28 mai 2007 à 11:35:53

Je tiens à préciser que si le Premier BFME est des plus agréables, le second ne lui arrive pas à la cheville :-)

Triscal777
Triscal777
Niveau 8
29 mai 2007 à 13:05:02

très bon texte, rien à dire, j´attends la suite ^^ :)

torjos
torjos
Niveau 6
29 mai 2007 à 15:33:06

Excellent, bataille très bien décrit, sensations du joueur également, écriture parfaite. J´attends la suite, surtout que le suspense se créé à la fin de cette partie, bravooooooooo!!!

Triscal777
Triscal777
Niveau 8
30 mai 2007 à 18:51:22

à quand la suite ??

Voro-Mantakree
Voro-Mantakree
Niveau 6
30 mai 2007 à 19:43:12

J´ai beaucoup apprècié la lecture, c´est fort agréable.

Et en temps que fan acharné du Monde de la Terre du Milieu.

Voila, très peu de fautes ( peut-être même aucune, j´ai pas fait super attention :ok: ).

Vivement la suite :ok:

Krapoutchniek
Krapoutchniek
Niveau 10
30 mai 2007 à 23:18:12

Très bon texte :ok:

__________________
:hap: Distributeur de baffes :hap:
:hap: Dieu de l´anti-sms :hap:
:hap: Maître jouteur :hap:

deadlock93
deadlock93
Niveau 8
01 juin 2007 à 21:28:24

Pas le temps de lire, mais en tout cas je te confirme, BFMEII est un bon jeu, qui manque néanmoins sérieusement de réalisme :-(
T´srai pas sur le fofo de BFMEII, des fois ?

___________________________________
Dead :mort: :mort: :mort:

Triscal777
Triscal777
Niveau 8
02 juin 2007 à 11:46:36

c´est ce topic qui est Dead :mort: :mort: :mort:

Voro-Mantakree
Voro-Mantakree
Niveau 6
02 juin 2007 à 18:12:49

Pourrait-on espérer une suite ?

Negatum
Negatum
Niveau 10
02 juin 2007 à 20:52:01

Lu.
Alors, c´est pas mal écrit, sans toutefois être merveilleux de style. Il manque un peu de description pour plonger dans l´ambiance, qui st un peu surfaite il faut dire. La description du terrain de jeu lui-même est un peu brouillonne, dans le sens ou j´ai pas tout à fait suivie comment il était fait. Aprés, il y a quelques bon trucs stylistiques, qui vont pas jusqu´au génie, mais qui arrivent à ne pas nous détacher de l´écran. Bien écrit donc, t´a pas mal progressé ces derniers temps.
Aprés, au niveau du scénario, c´est pas trop mal nn plus. Le A way between the shadow est parfait dans son rôle de vampire ultra-mistérieux avec carte d´admission au club des Méphistophélés Amateurs et Annonymes Francais (C´est la MAAF...) dans la poche, un peu stereotypée d´ailleur, j´espére que si il réaparait tu va en faire un type pas trop en cape noire non plus. Pour Alexandre, t´aurait peut-être du insister peut-être sur son coté "no-life" et orgueilleux, ça l´aurait complexifier. Le coup du paumé dans un jeu vidéo est ultra-connu, mais souvent mal exploitée, et jamais dans un RTS. Bref, j´attend de voir ^^

deadlock93
deadlock93
Niveau 8
03 juin 2007 à 18:31:48

Ayé j´l´ai lu.
J´aime :-) .
___________________________________
Dead :mort: :mort: :mort:

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
08 juin 2007 à 09:05:02

Merci beaucoup à tous d´avoir lu, et excusez-moi pour le temps de réaction, j´étais plongé dans mes examens.

Par contre Negatum, je ne m´attendais pas à découvrir aujourd´hui que la Maaf n´était pas une banque mais un groupe de Méphistophélés Amateurs et Annonymes Francais. Va falloir me méfier à l´avenir!
Par contre, Alexandre n´est pas un no-life orgueilleux. Certes il a tiré une certaine assurance de ses précédentes victoires, nombreuses, mais rien n´indique vraiment qu´il soit totalement plongé dedans au point de ne pas avoir de vie (Je suis d´avis de dire que le jeu socialise...)

Bref, merci d´avoir lu quand même.

A oui... la suite! Bonne lecture!

Bibur était le plus ancien lanceur de haches de la troupe. Jamais il n’avait baissé les bras, sa maîtrise de lui ayant fait sa renommée. Les soldats autour de lui tombaient, mais lui il demeurait. Même avec trois flèches dans le dos, il demeurait. Ce ne fut qu’à la cinquième que sa main glissa sur la hachette. Il s’agenouilla au milieu des corps et des derniers rescapés, et leva une dernière fois son visage barbu vers le ciel.

Narnio était jeune. Il avait été désigné pour porter l’étendard des gardiens, le drapeau exhortant par sa seule présence les gardiens. Le nain était d’ailleurs prêt à vendre chèrement sa peau pour protéger ce bout de bois et ce morceau de tissu. Maintenant, ces deux éléments représentaient le feu de sa combativité. L’ardeur de ce brasier lui permettait, de sa seule main valide, de dresser sa hache et de repousser les ennemis. Mais même les flammes qui le consumaient ne pouvaient pas l’aider à remporter ce combat. Surtout avec un cimeterre entre les omoplates.

Alexandre rejoignit son corps dans un dernier sursaut de douleur. Ruisselant de sueur et allongé sur le lino froid de sa chambre, il se hissa sur sa chaise et s’assit. L’écran était toujours focalisé sur la bataille. Les orques avaient, grâce à leur troll, pris l’avantage. Les phalanges étaient séparés du titan par deux troupes de fantassins orques, tandis que le colosse broyait sans pitié les autres nains. Les archers ennemis avaient été éliminés par les lanceurs de haches qui tentaient, réduits au nombre de cinq de tuer la bête tout en esquivant les cimeterres adverses. Alexandre, toujours traumatisé par l’expérience qu’il venait de vivre, arracha son regard du spectacle macabre pour se tourner vers son camp. De nouvelles mines, apportant leur lot de ressources, et une armurerie avaient été ajoutées depuis sa transe. Une tour était également en construction au début du défilé. Trois bataillons de gardiens attendaient, en compagnie d’humains recrutés à l’archerie, des ordres. Ces nouvelles troupes permettraient certainement de reprendre l’avantage.
Alexandre se donna une claque pour avoir songé à continuer la partie. Ce genre de jeu était immonde. Il s’abaissa et s’apprêta à appuyer sur le commutateur, mais stoppa son geste. Il était à quelques centimètres de mettre fin au massacre. Pourtant…
Il se redressa et regarda les nains. Il se sentait étrangement attiré par ce sang qui coulait à flot. Non. Pas étrangement. La nature de l’être humain est de rechercher la guerre, la plus sanguinaire si possible. C’était ce besoin instinctif de batailles et de gloire qui prenait lentement le dessus. Une part de lui-même, son inconscient peut-être ? le suppliait de ne pas accomplir un acte qu’il pourrait regretter, et qu’il regretterait. Finalement, tout ceci n’était que réalité virtuelle. Les nains ne souffraient pas vraiment, puisqu’il n’existait pas vraiment. Une nouvelle claque accueillit cette pensée.
Alexandre savait qu’ils souffraient. Car, pendant un instant, il avait ressenti ce que les troglodytes ressentaient. Il avait été eux, et ils avaient été lui. Il avait senti ce brasier. Il avait senti cette haine du mal, cette volonté de le combattre. Et c’était pour respecter cette détermination qu’il allait vaincre le Mordor.
Les gardiens et les archers humains de Dale se firent un chemin entre les deux parois rocheuses, et arrivèrent juste à temps. Le troll s’apprêtait à écraser les derniers fantassins nains qui formaient maintenant un bloc, protégeant de leur bouclier le corps d’un jeune guerrier aux bras enserrés autour d’un étendard. Les nouveaux gardiens chargèrent les orques, les culbutant et les piétinant. Les archers tirèrent chacun une flèche noire de leur carquois. Ils visèrent avec soin, puis les cordes se détendirent. Les traits s’enfoncèrent entre les plaques sombres qui formaient l’armure grossière du troll. Percé d’une vingtaine de pointes, celui-ci tituba avant de s’effondrer, masse informe et impotente.
Les gardiens crièrent leur joie, les blessés se turent. Toutefois, ces derniers s’approchèrent du cadavre du colosse et crachèrent, avant de rouer de coups la bête. Puis un cri retentit. Un doigt boudiné se tendit vers l’horizon, coupant court à l’apaisement relatif s’étant installé. La peur envahit le cœur des nains lorsqu’ils aperçurent, loin devant eux, la horde informe du Mordor s’approcher, vague noire et gueulante.

« Tayaut ! » S’écria Alexandre en se prenant au jeu du conducteur de char. Le chariot de guerre nain s’élança vers les orques au loin, les deux lanciers dans la charrette dressant la bannière. Les archers de Dale couraient, pris dans la même envie d’occire, suivant l’apprenti Ben Ur. Derrière encore, les gardiens se traînaient, armes en main. Les orques se rapprochaient à une vitesse folle, mais ça n’inquiétait pas le joueur. Car l’empathie du dresseur et du sanglier s’exprimait clairement dans sa tête : la bête traverserait ces lignes sans difficulté. La créature était d’une taille monstrueuse, nourrie, engraissée et entraînée par les soins de Nori, qui se chargeait maintenant de guider son protégé vers ses ennemis. Les orques se courbèrent de peur lorsqu’ils aperçurent le féroce pécari, et ses pointes de métal doré sur ses défenses.
Nori ne comprit pas exactement ce qu’il se passa. Par la suite, Alexandre se souvint juste d’une grande douleur au bras. Il y eut un sursaut, le conducteur glissa sous le char, et il hurla. Allongé sur le sol, il vît sa créature s’enfuir en écrasant les ennemis des peuples libres. Sa vision se brouilla rapidement, ayant à peine conscience de son bras broyé par les roues et de son ventre transpercé par une unique flèche.

Un chant strident s’éleva des arcs, une note sourde accompagnant chaque trait. Un immense troll à la face aplatie portait deux tambours, les frappant alternativement. Les percussions étaient bonnes. Les cris et les chocs sur les boucliers, crânes, armures et armes s’élevaient en une profonde litanie guerrière, exhortant chaque guerrier au combat. Le sang battait aux tempes des soldats, brisant la monotonie des coups sur la toile tendue. Les nains prenaient, petit à petit, l’avantage. Les orques n’étaient pas des guerriers particulièrement dangereux, mais ils offraient, pour un coût en place et en ressources faibles, une gêne pour l’ennemi. Les tambours s’arrêtèrent, le troll couvert de pointes. Le nombre d’ennemis diminuait à vue d’œil. Le concert allait s’achever… Pour cette fois du moins. Mais Alexandre devait apprendre qu’après le concerto pour nains en orque mineur, il y avait encore la danse des mumâkils, en arc d’Haradrim majeur.
Le joueur regarda les oliphants s’approcher, les terribles guerriers du sud sur leur dos, les robustes installations de bois aux couleurs de leur pays les supportant et leur offrant une vue imprenable sur de petits fantassins nains. Alexandre comprit qu’une défaite imminente était en marche. Mais ce ne serait pas la sienne. Que son ennemi appelle les démons du Mordor entier s’il le voulait, il ne ferait que jeter de l’huile sur le feu de la combativité d’un peuple entier. Alexandre était chaud, et il le prouverait par sa prochaine incarnation. Il cliqua sur sa forteresse et sourit en voyant le héros qu’il avait créé quelques semaines plus tôt et qu’il s’était juré de ne plus utiliser. Toutefois, son ennemi voulait la guerre, alors il l’aurait.
Alexandre s’incarna dans son héros et s’examina attentivement. Il était vêtu d’une lourde armure grise avec pour symbole, sur le plastron, l’arbre blanc de Minas Tirith. Il regarda la large épée qu’il avait en main. Elle était immaculée et effilée, comme Alexandre les aimait. Il regarda vers le défilé, où deux bataillons de phalanges attendaient la venue d’un leader pour les mener.

Les archers haradrims faisaient pleuvoir les traits sur les gardiens, ceux-ci tentant désespérément d’entailler la chair des pattes de l’éléphant, leur acier à la recherche d’une artère. Les archers de Dale n’étaient plus que des cadavres fracassés, piétinés, écrasés. Les trois mumâkils traversaient les lignes sans difficultés apparentes, malgré l’effort qu’ils devaient fournir pour supporter les plaies et le poids des hommes sur leur dos. Mais l’avancée se stoppa lorsque les haradrims aperçurent, au loin, des phalanges s’approcher, mené par un grand homme aux cheveux longs, en armure, et au regard vif.
Les gardiens redressèrent la tête lorsqu’ils les virent. Le cornac de l’éléphant de tête tenta de faire demi-tour, mais trop tard : le héros s’était emparé d’une lance et l’avait lancé de toutes ses forces dans l’œil du monstre. La créature poussa un barrissement de souffrance, puis encore un autre lorsque la large lame se planta dans sa patte, et que, usant de toutes ses forces, l’humain l’arracha en un jaillissement de chairs et de sang. Le premier mumâk s’effondra. Les lanciers s’élancèrent, et leurs pointes percèrent la peau grise du second oliphant. Assailli de toutes parts, celui-ci tituba en jetant des regards effrayés, avant de tomber en avant, les haradrims s’écrasant avec lui. Le dernier, sous les ordres de son dresseur, chargea en direction de la rivière, mais, emporté par son élan, il devait être englouti par les flots qu’il tentait de traverser.
Des lanceurs de haches, des archers, un chariot de guerre surmonté d’une bannière, et le roi Daïn Pied d’Acier lui-même se joignirent à la nouvelle armée. A mesure que la masse augmentait, le chant se faisait de plus en plus insistant. Le souverain lui-même reprit l’unique mot qui le composait : « Alexandre ! Alexandre ! ». Le héros était désormais adoré par les guerriers, chaque nouveau combattant sentant le brasier grandir en lui.
L’armée se tourna vers le pont. La rage au cœur, ils regardèrent la nouvelle horde d’ennemis s’approcher. Puis ils s’élancèrent.
Des lanciers orientaux en armures aux protections pointues, des archers haradrims à la cagoule camouflant leur visage, des orques aux cimeterres fourbis, des corsaires d’Umbar aux deux coutelas étincelants et des trolls d’assaut en armure rouillée. Somptueux menus. Mais gare à l’indigestion.
Daïn repoussa de son écu rond un oriental, avant de planter sa hachette dans son ventre. Le roi et son célèbre accent étaient bénis de tous les nains, sa hargne au combat devenue célèbre. C’était un grand brasier. La fourrure entourant son cou et sa barbe était d’une blancheur immaculée, mais qui se mit à rougir très sérieusement après quelques minutes passées dans la bataille.
Alexandre écarta d’une manchette la tête d’un des lanciers ennemis, et frappa la jugulaire mise à nue. Il était pris dans un tourbillon de couleurs, de sentiments, et d’odeurs diverses. Néanmoins, il savait qu’il ne pouvait pas perdre. Quelqu’un dont il ne se rappelait plus le nom avait dit :
« Humez donc cette odeur de merde : c’est le parfum de la victoire ! »
Et c’était exactement ce qu’il se passait. Chaque pas qu’il faisait le rapprochait de cette ignoble fragrance. Le héros qu’il incarnait avait en lui des flammes qui ne cessaient de monter, à mesure que les ennemis reculaient. Ils étaient désormais en pleine bataille sur le pont, les nains et les hommes chutaient au-dessus des rambardes de pierre, pour se noyer dans la rivière. Plus que trois mètres et il serait traversé.
Un troll s’approcha, massue dressée. Un puissant jet de lance d’Alexandre le transperça de part en part. Plus que deux mètres.
Les haradrims fuyaient, jetant quelques regards en arrière. Les orientaux, dans un ultime sursaut d’énergie, dressèrent une ligne de pointes, couvrant la retraite de leurs alliés.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
11 juin 2007 à 13:55:23

je up :-)

charly_owl
charly_owl
Niveau 7
12 juin 2007 à 16:57:23

Excellent texte, vraiment, on s´y croirait! Sache que tu t´es gagné un nouveau lecteur, cher ami.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
13 juin 2007 à 13:40:58

Merci beaucoup de ta lecture Charly :)

Halo-3-60
Halo-3-60
Niveau 10
13 juin 2007 à 20:44:59

C´est toujours aussi exellent :ok: ( désolé de pas être plus constructif, mais ... ) :o))

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
16 juin 2007 à 10:04:24

Allez, la fin :o))

« Archers de Dale ! » Hurla Alexandre.
Daïn jeta un regard au capitaine. C’était un grand homme robuste, mais qui savait garder cette attitude posée qui avait fait de lui le fleuron des héros. Habituellement, il était d’un calme souvent déplacé compte tenu des événements. Mais pas cette fois. Aujourd’hui, ses yeux étaient révulsés, injectés de sang. Un grand sourire s’étirait sur toute sa face, laissant transparaître une jouissance sadique que le rouge maculant ses vêtements et son armure devait accentuer.
Le roi des nains fit signe aux archers, hésitant à suivre les ordres d’un capitaine apparemment fou. Les traits volèrent pour s’abattre contre les cottes de mailles des orientaux. Certains chutèrent lourdement, en hoquetant, mais ils furent immédiatement remplacés. Une deuxième volée se prépara rapidement… mais pas assez au goût de l’humain qui chargea, usant de son charisme naturel pour rallier d’autres soldats.
Le choc fut violent et sanglant. Les lances se brisèrent, les nains s’effondrèrent, seul Alexandre restait debout, se jetant dans la bataille comme un forcené.
Daïn avait toujours encouragé la plus grande ardeur au combat. Mais celle-là était trop pour lui, car elle se basait sur la seule envie de tuer.

Alexandre surina sans remord le dernier des lanciers du Mordor. Il s’effondra, se tournant sur le dos pour que ses petits yeux porcins puissent regarder la mort en face. Un rictus se dessina sur les lèvres de l’assassin. C’était étrange, mais la blessure à la gorge qu’il venait de recevoir ressemblait à une bouche. Une bouche baveuse et souriante.
Emporté par une envie de continuer à jouer ce jeu et de voir si d’autres orientaux avaient envie de sourire, l’humain s’élança, seul cette fois, les nains prenant le temps de se reposer. En effet, un chariot arrivait au loin. Et d’après les nombreux éclats s’en échappant, de légères cottes de mailles en mithril attendaient patiemment de pouvoir servir. Esseulé, Alexandre parcourut une vingtaine de mètres, ses alliés disparaissant à l’horizon.
Le joueur s’arrêta et regarda l’étrange spectacle qui s’offrait à lui : les arbres avaient été coupés par les ouvriers du Mordor, et entassés pour former une barrière de branches et d’aiguilles. Un corsaire d’Umbar trônait au sommet de la pile de bois, une bouteille enflammée à la main. Un cocktail incendiaire.
Le barrage s’alluma presque instantanément. Alexandre jura. Ces maudits orques se révélaient d’une ténacité plus dure que l’acier de sa lame.
Une flèche bondit de derrière les flammes. Suivie d’une autre. Et de dizaines d’autres. Alexandre s’enfuit, trop tard : un trait l’atteint dans le dos. Il parvint toutefois à s’échapper, mi-courant, mi-rampant, courbé.
Il parcourut une dizaine de mètres ainsi, avant que deux bras puissants ne le saisissent par les deux siens. Les nains le traînèrent en arrière, sur ordre du roi Daïn. Il devait rentrer au camp où on pourrait le soigner. Deux phalanges l’aidèrent à se relever, lui arrachèrent la pointe, puis l’escortèrent.
Alexandre avait mal, mais, heureusement, la flèche avait légèrement ripé contre une plaque de métal. Finalement, il aurait été en état de reprendre le combat. Mais il ne voulait pas. Il ne le voulait plus.
Pour le brasier. Il voulait combattre pour le brasier du courage des nains. C’était vrai, il voulait alimenter les flammes. Mais pas les bonnes. Celles qu’il voulait voir grandir, c’était celles de son amusement personnel. Il l’avait compris lorsque le métal froid était entré en contact avec sa peau. Il souffrait réellement. Ils souffraient réellement. Nori, Bibur, Nario… Ils avaient souffert. Aralli… Alexandre courbait la tête, de honte et dégoût envers lui-même. Il avait eu une chance de tout arrêter, mais, porté par son propre désir, ses propres flammes humaines, il avait voulu s’abreuver du sang de ses ennemis… Il se détestait. Il voulait s’amuser, rire. Tout ce qu’il avait réussi à faire, c’était faire sourire. Et pas dans le bon sens.
Une flèche s’envola des arbres sur sa gauche. Le trait s’enfonça dans le torse de son compagnon. Une deuxième pointe atteint l’autre phalange au visage. Alexandre roula sur le côté, pour éviter la mort de peu. Il jeta un regard entre les arbres, pour voir s’avancer, un arc d’if en main, un oriental. Les plaques pointues de ses épaulières et de ses jambières étaient rutilantes, comme si elles n’avaient jamais servie. Un casque masquait son visage, mais son regard était d’une dureté semblable à celle du marbre. Il secoua son habit vermeil pour se débarrasser des aiguilles qui s’y étaient plantés.
« Te voila. Je t’attendais.
- Qui es-tu ? »
Alexandre se tenait en garde. Une garde parfaite, sans faille ni faiblesse, les yeux froids et concentrés, son épée gargantuesque pointée devant lui d’une main sûre, ses appuis parfaitement ajustés. Tigre prêt à se détendre pour bondir sur sa proie.
« Je suis comme toi : un joueur.
- Un joueur ? Tu appelles ça un jeu ? Cette tuerie ?
- Ne me dis pas que tu n’y as pas pris du plaisir. J’ai vu à quel point tu adorais le sang que tu déversais.
- Mais maintenant je ne veux plus jouer ! Comment quitte-t-on ce monde ?
- Le but d’un jeu de stratégie est d’écraser son opposant. La façon de faire de BFM2 est de détruire tous les bâtiments ennemis pour remporter la victoire. Néanmoins, il y a une deuxième possibilité rajoutée par le Mod : il suffit simplement de tuer le héros que l’ennemi contrôle. »
Alexandre sourit à cette pensée. Il était donc presque sorti.
Passant sans transition d’une immobilité totale à une effroyable rapidité, le guerrier se jeta sur l’oriental et frappa de son épée. En une infime fraction de seconde. Tel la foudre s’abattant sur une montagne. La lame du sabre de l’est s’interposa, parant l’assaut. Le héros des nains tenta de prendre le dessus à l’aide de sa force physique surdéveloppée. Son ennemi le repoussa du pied, le faisant reculer.
Ils s’éloignèrent l’un de l’autre de quelques pas. Alexandre estima ses chances de réussites. Les capitaines de l’ouest, dont le héros du Gondor qu’il incarnait, étaient des machines à tuer sur le front. Des attaques puissantes contre des ennemis robustes, des techniques pour revigorer les soldats, tout un ensemble de sorts qui les rendaient indispensables dans une mêlée. Aux antipodes de cette vision de guerriers, il y avait les soldats de l’est. Ceux-ci ne devaient, théoriquement, pas se trouver dans une mêlée. En effet, leur armure était faible, et leur puissance réduite. Leurs compétences compensaient toutefois ce désavantage. La discrétion était leur maître mot d’ordre, pouvant sans difficulté alterner entre épée et arc, voler des ressources aux bâtiments et utiliser la terrible technique qui effrayait Alexandre : le sort d’assassinat, qui infligeait de lourds dommages aux héros. Si son ennemi parvenait à placer cette attaque…
Ils se regardèrent encore quelques instants, avant de bondir à nouveau, assoiffés de combat.
L’oriental attaqua le premier. Un puissant coup d’estoc qu’Alexandre évita souplement avant de riposter d’un revers. L’assassin s’accroupit pour l’esquiver et lança son pied dans les jambes de son adversaire. Le guerrier bondit en arrière puis s’élança. La pointe de l’épée, propulsée à une vitesse stupéfiante, frôla la joue de l’ennemi. Prenant appui sur son pied gauche, celui-ci abattit son sabre. Alexandre lui échappa en se penchant et, dans le même mouvement, cingla l’air de sa lame. L’oriental se déroba avec vivacité, comme une anguille glissant entre les doigts du pêcheur. Il feinta à deux reprises puis porta une estocade, visant le coeur. Le guerrier attendit l’ultime seconde pour s’écarter de la trajectoire de l’épée, puis plaça un coup de pied circulaire. Un homme ordinaire, emporté par son élan, aurait encaissé le choc de plein fouet. L’assassin, lui, se contenta de plonger au sol et de se relever d’une roulade, juste à temps pour bondir hors d’atteinte.
Alexandre se redressa, et esquiva à son tour, juste à temps : une flèche passa au-dessus de son épaule. Il releva la tête et vît son ennemi, arc en main, encocher un deuxième trait. Le guerrier bondit au-dessus d’un cadavre de troll, in extremis. D’autres pointes se plantèrent dans la chair grise de la charogne.
« On fuit devant son destin ? Tu es pitoyable. Tous les autres qui se prétendaient être trop bon pour continuer à jouer à ce jeu ont au moins regardé la mort dans les yeux jusqu’à la fin.
- Et eux aussi n’avaient pas envie de jouer n’est-ce pas ? »
Un silence suivit, avant d’être brisé par le bruit strident de la corde d’un arc qui se détend.
« Pourquoi ? Où est la honte ? Le jeu du massacre est sans doute le jeu le plus répandu au monde. Même dans l’Antiquité, la nature humaine quémandait les tueries. Nous ne faisons qu’accomplir la volonté de notre Créateur. »
Alexandre ne répondit pas.
Son ennemi tendit à nouveau sa corde, et visa correctement. Lorsque la flèche s’envola, il la regarda passer au-dessus du corps du troll, et entendit un son sourd qu’il reconnut comme étant celui d’une pointe qui heurtait la chair.
Il s’avança, troquant son arc contre son sabre courbe. Il s’approcha du cadavre du titan et regarda derrière le tas de chairs mortes. Rien.
Il se retourna juste à temps, au moment où un sifflement tranchait l’air immobile.
L’épée d’Alexandre heurta le sabre violemment. L’oriental roula sur le côté, esquivant une manchette qui lui aurait brisé la nuque. En se relevant, il se saisit d’un cimeterre d’Haradrim, trônant l’instant auparavant dans la main crispée de son maître mort. Une des spécialités des orientaux, et que Alexandre ignorait, était la capacité de manier deux armes avec un exceptionnel brio, compensant par la portée et l’inventivité de leurs coups ce qu’ils perdaient en puissance et en vitesse. Le guerrier reculait à chacun des assauts, des gouttes de sueur perlant à la surface de son visage. Puis sa fuite se stoppa, il para l’attaque du cimeterre et, d’un mouvement de coude sournois, il l’envoya se faucher plus loin. L’oriental regarda son arme perdue, avant de se reprendre au dernier instant.
L’assassin bloqua un coup latéral, évita une estocade, se pencha pour échapper à un violent coup de pied. Il roula sur le côté, se saisit du cimeterre et le brandit juste à temps pour intercepter l’arme d’Alexandre. Le guerrier abattit aussitôt son épée sur la nuque de son adversaire. Faisant passer la sienne par-dessus son épaule, le soldat d’Orient para le coup avant de se redresser en tournoyant sur lui-même.
Son pied fouetta l’air, décrivant un arc de cercle vers la hanche d’Alexandre. D’un mouvement fluide et léger, le héros des nains esquiva sans mal et s’éloigna pour reprendre sa position de combat. Son adversaire leva son épée ainsi que son cimeterre, puis se précipita sur sa proie. Un claquement retentit quand les lames se heurtèrent, accompagné d’une gerbe d’étincelles. Le duel reprit. Violent et acharné.
Les deux ennemis se déplaçaient avec la même aisance, leur différence de poids gommée par la virtuosité de leurs gestes. L’acier cliquetait à un rythme effréné, tissant au fil des passes incroyables un réseau tourbillonnant de métal et d’étincelles. Le combat durait ainsi depuis plusieurs minutes maintenant, et aucun des deux ne semblaient vouloir abandonner la lutte.
Une manchette cueillit l’assassin à la mâchoire. Profitant de son unique instant d’avantage, Alexandre souleva son épée de géant et frappa de taille. Les lames s’interposèrent, avant de s’envoler, les faibles muscles de l’oriental ne pouvant résister face à la colossale attaque du chef des nains.
Le talon de son adversaire s’enfonça dans l’abdomen d’Alexandre, le joueur s’écroulant, le souffle coupé. Il se releva en dressant son arme. La flèche de son opposant s’écrasa contre le métal, décrivit un arc de cercle avant de se faucher dans le sol. D’une roulade, le guerrier évita un deuxième trait, cherchant des yeux son adversaire.
La technique de dissimulation des héros de l’ouest les sortait souvent des pires situations. Une fois encore, elle se révélait décisive.
L’oriental bondit des ténèbres de la forêt, l’estoc en avant. Alexandre se retourna, trop tard. La lame traversa le métal de son plastron, déchira ses chairs et muscles, à la recherche des viscères. Le guerrier fit une grimace de souffrance, et lacéra, dans un ultime sursaut d’énergie, le vide devant lui. Il ne s’attendait pas à atteindre son objectif… Il ne s’attendait pas à trancher la gorge de son opposant de la pointe de son arme.

Alexandre regardait la boîte du jeu, avec une envie folle d’y rejouer. Cela faisait désormais un mois qu’il s’était réveillé au milieu de sa chambre, baignant dans ses larmes et son urine. L’écran était totalement noir, excepté son centre où des inscriptions bleutées indiquaient : Victoire.
Ensuite, il avait cessé totalement de jouer à BFM2. Il s’était tourné vers les Sims2, passant de ses sempiternelles tueries à la hache aux flambées nocturnes de petits êtres virtuellement humains.
Mais ce soir, il n’avait pas envie de voir les morts de ses personnages. Il aurait plutôt voulu regarder un DVD. Et ce fut en cherchant dans sa boîte à CD qu’il trouva le jeu stratégique inspiré du seigneur des anneaux. Et malgré le souvenir des massacres qui lui revenaient à la manière récurrente dont revient un Leitmotiv dans les romans de Stephen King, il introduisit le CD dans le lecteur. Une simple partie n’engageait à rien après tout…

Fini :)

Triscal777
Triscal777
Niveau 8
16 juin 2007 à 10:33:09

:bravo: ^^

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
16 juin 2007 à 10:33:34

Merci Triscal ^^

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