Passioné de science fiction que je suis, je suis en train d´écrire un livre baignant dans l´univers futuriste/irréel de la chose. Cela fait déjà quelques temps qu´il est en cours d´écriture et, même s´il est très suivi par quelques proches (dont un écrivain) et friands de science fiction, jamais je n´ai eu l´occasion d´exposer le fruit de mon travail à des avis désintéressés, objectifs, variés et francs. C´est pourquoi je viens poster ici, dans l´espoir d´attirer votre attention quelques minutes, un extrait du dixième chapitre de mon livre (qui tient bien plus de la nouvelle que du roman). En espèrant que vos conseils précieux et avisés pourront m´éclairer.
(avec l´aperçu je viens de remarquer que les alinéas ne sont pas pris en compte par jv.com. Je m´excuse dont des effets néfastes que cela pourrait avoir sur la mise en page.)
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10
Son pelage était doux et plaisant à caresser, ce qui étonnait Katoë. En effet, si lors des premières semaines qui suivirent son installation au camp des mains sâles, Dents de Scie, le tigre de garde de Carquois, effrayait la jeune iris au plus haut point, ce terrifiant animal lui révéla son caractère le plus tendre lorsqu’elle prit peine et courage de l’approcher. Ses poils, ses pattes, sa queue, et même ses dents, brillantes d’un écarlate bleuté magistral, enfin tout en lui était bleu sombre, tout excepté ses yeux : l’un, vif et agressif, était rouge alors que l’autre, le gauche, plus fatigué et moins chasseur, n’était que le reflet d’un triste violet. A l’allure borgne, il était difficile de savoir comment cette bête de chasse, l’un des plus redoutables prédateurs des lunes jumelles de Nebus, avait pu ainsi abîmer son œil. Duel, course, fuite, accident, rencontre mouvementée avec un sket’s…les suppositions plausibles ne manquaient pas.
Cela faisait désormais plusieurs mois que Katoë partageait, dans une étrange colocation, les nuits de Jadin et Irsa, confinée dans une minuscule tente trouée de toutes parts. A de nombreuses reprises elle avait eu l’occasion de retourner à l’usine, que ce soit pour trafiquer les tapis de production ou encore pour poser des explosifs à la charcurie. De temps à autres, il lui arrivait de cauchemarder sur le sort de son défunt ami Baan, sur ce que pouvaient penser ses parents qui lui manquaient, et sur la haine grandissante qu’elle éprouvait pour les humains.
Elle avait beau être séparée de tout ce par et avec quoi elle fut bercée et élevée, le goût de la liberté et l’essence de la solidarité lui permettaient parfois de s’en consoler.
Avec le temps, elle apprit à considérer Carquois, autrefois brute mais désormais brave, comme un bel iris charmeur. Si la réciprocité de ce début de sentiment ne s’aventurait pas au-delà de la simple fraternité, Katoë savait s’en contenter. Du moins pour le moment…
_ Bonsoir, petite ! Alors comme ça, on caresse les chatons ?
Katoë ne pu s’empêcher de réprimer un sourire.
_ Salut, Gobble. Tu veux quoi au juste, mis à part chercher des noises à Dents de Scie ?
_ Hey, je ne faisais que plaisanter, bien sûr, répliqua-t-il en réponse au regard perçant du vieux fauve.
Il lui tendit la main.
_ Ca te dirait de te promener avec un vieil iris épuisé par le travail tel que moi, Wivee ?
En guise d’accord, Katoë lui prit le bras pour lui montrer qu’elle accédait à sa requête. Ils se mirent ensuite tous deux à marcher vers les limites du campement.
_ Un vieil iris épuisé, toi ? Quelle farce ! se moqua gaiement la jeune iris. Tu es l’un des plus riches propriétaires des mains sâles !
Ils passèrent alors devant un groupe d’enfants iris qui s’amusaient avec les quelques débris qu’ils avaient pu trouver par terre. L’un deux était une très belle et très jeune iris au poil blond, et ses yeux verdoyants brillaient à la lumière du coucher de soleil qui s’éclatait sur son visage comme le ferait une vague propulsée contre un rocher.
_ Tu sais, Katoë Wivee, je n’ai pas toujours été le propriétaire joufflu et bien portant que tu connais, répondit Gobble d’un air un brin vexé.
Ne sachant vraiment que répondre, son interlocutrice préféra lui laisser la parole, devinant qu’il ne faisait qu’entamer son anecdote.
_ A l’époque, je travaillais à l’usine, moi aussi. Naïf que j’étais, je m’y sentais heureux et en sécurité. Seulement, je suis tombé amoureux d’une jeune et belle iris qui habitait le même appartement que moi. Je n’étais hélas déjà pas bien beau et, pour tenter de la séduire, j’ai du user de bien des supercheries pour attirer son attention.
A l’écoute de sa voix, Katoë su percer la tristesse de sa nostalgie. L’air ambiant, baignant dans l’intimité de la confidence, devint soudain plus léger.
_ Un jour où je séchais le travail dans l’espoir qu’elle s’inquiète de mon absence, j’ai eu la malchance de manquer l’appel. Les sket’s m’ont attrapé et violemment battu, puis laissé pour mort à la charcurie, me laissant en attente de greffe d’organes et de technos.
Comprenant qu’il attendait une réaction de sa part pour continuer son récit, Katoë, complètement captivée, s’empressa de réagir.
_ Et ensuite ?
Gobble se mordit les lèvres.
_ Du calme, petite ! Une révélation à la fois, tu veux ?
Soudain, la jeune iris, troublée et confuse, prit conscience du poids d’une telle révélation et de la souffrance que de tels souvenirs devaient engendrer.
_ Oh, bien sûr. Désolée…
_ Ce n’est rien, ne t’en fais pas pour ça, va. Regarde plutôt là bas !
Katoë comprit alors là où le gros iris voulait la conduire. S’ils avaient escaladé cette falaise de détritus, véritable point culminant du domaine dont il était propriétaire, c’était pour lui montrer cet agréable spectacle qu’il lui pointait du doigt : une vue nouvelle, fraîche et poétique du campement des mains sâles, des tentes disgracieuses sculptées dans un marron terriblement mis en valeur par un coucher de soleil enchanteur. Le vent qui caresse la peau, la beauté pauvre qui berce les pupilles.
_ J’aurai beau être le propriétaire du plus grand nombre d’ordures, c’est ça, ma vraie richesse, lança-t-il fièrement.
_ Je comprends…répondit Katoë, époustouflée par ce qu’elle voyait.
Le monarque des poubelles lui lança un regard suspect.
_ Justement non, tu ne comprends pas ! Ma richesse, ce n’est pas forcément ce beau paysage digne des plus grandes fresques, mais l’éphémère qui est en lui.
_ L’éphémère ? s’interrogea-t-elle, étonnée.
_ Oui, ce qu’on peut perdre ! Ma laideur, il m’est impossible de la perdre : elle est un véritable poids, un regret, une contrainte. Ce coucher de soleil, quant à lui, je peux le perdre. Il est un cadeau à savourer. Il en allait de même pour la jeune iris que j’aimais autrefois, et il en va de même aujourd’hui pour ma vie ou encore pour ce campement.
_ Qu´est-ce que tu insinues par là ? Que tu pourrais perdre le campement ? Comment est-ce possible ?
_ Le chef ici, c’est Carquois. Toi comme moi lui sommes fidèles, et ça, tout le monde le sait. Seulement, s’il ne le montre pas, Carquois a de gros problèmes. Tu devrais aller lui en parler.
_ Comment ça, de gros problèmes ? S’il les dissimule comme tu le prétends, comment en es-tu au courant ?
Gobble sourit alors à pleines dents.
_ Car d’autres iris, ici, au sein des mains sâles, ont offert leur loyauté à un autre élément bien plus important à leurs yeux que leur propre meneur. Et ce quelque chose pour lequel ils vendraient leur âme est mien. Du moins en partie…
Son sourire se fit alors plus éclatant de malice que jamais.
Je te parle de l’argent petite, l’argent…