Juste quelques lignes m´étant venues à l´esprit... J´avais envie de les coucher sur "papier", pour une fois. Bonne lecture
Je ne sais pas si un jour j’aurai l’occasion de les revivre. Ces moments de bonheur où l’on était tous ensemble dans la prospérité. Ces moments de délassement près de gens que j’aimais et qui s’aimaient. J’appréciais les regarder discuter vivement, sans jamais tomber dans la trivialité ardente. Quand je voyais leur regard, je ne voyais que de la sincérité. Souvent bonne, parfois mauvaise. Lorsque nous allions quelque part, il buvait souvent. Souvent trop. Elle n’aimait pas ça et lui faisait savoir. Il lui disait alors simplement qu’il arrêterait et elle le croyait. Mais c’était toujours la même chanson, à chaque occasion il rouvrait une ou deux bouteilles. Leur vie était simple mais je crois qu’elle était bien comme ça. Depuis longtemps déjà, probablement depuis la fin de mon enfance, j’avais remarqué une chose. Il ne restait pas indifférent aux autres. Lorsqu’il en voyait passer une avec de longues jambes, et en mini jupe de surcroît, ses yeux s’en trouvaient attirés comme des aimants. J’ai tout de suite su que ce détail aussi infime soit-il ne pouvait être porteur d’un avenir aussi radieux que celui que j’avais déjà connu. Il rentrait souvent tard, prétextant une réunion quelconque, prétextant un train manqué, prétextant un énième rendez-vous avec un collègue délégué syndical. Après tout, c’est vrai que c’est normal de rentrer d’une réunion ou d’un rendez-vous professionnel avec quelques verres dans le nez. Il était loin d’être extravagant. Un peu comme moi, il était taciturne de nature. Elle lui avait beaucoup reproché, d’ailleurs. C’était peut-être normal… Mais au fond de moi, je le comprenais. J’ai dû hériter de ça. En plus de son côté plutôt intellectuel. Les choses commençaient à se compliquer alors que j’entrais dans ma puberté. Les mêmes histoires se répétaient de plus en plus et moi, dans mon coin, je me posais de plus en plus de questions. Est-ce que ça allait durer encore longtemps ? La réponse à cette question, je ne la connaissais pas, bien sûr. Personne ne peut le savoir, d’ailleurs.
Mais un jour, il n’eut d’yeux que pour l’autre. La source de tous les maux du monde. Je ne connais pas le début de cette histoire, et n’en connais pas même la fin. Dieu sait que j’aimerais la connaître, car depuis ce jour, l’infect goût du venin s’engouffre un peu plus en moi à mesure que ma vie s’allonge. J’ai pensé y mettre fin, à ma vie, mais ces stupides superstitions qui parlent d’une vie après la mort (naturelle uniquement) ont brutalement déraciné ces pensées puériles.
Je ne sais pas si un jour j’aurai l’occasion de les revivre. Ces moments de bonheur où l’on était tous ensemble dans la prospérité. Car depuis ce moment fatidique, elle ne l’a plus vu comme avant. Son image de gardien protecteur s’est brisée, son image de confident plus qu’intime, s’est brisée. Il lui a menti longtemps, il l’a traitée comme une moins que rien. Indirectement, bien sûr. Le mensonge ayant fait le plus gros du travail. Vivre dans le mensonge n’est pas une vie. On ne peut pas mentir à quelqu’un que l’on aime. Ou bien on ne l’aime pas vraiment. Prouver tout l’amour qui nous habite au cours d’une vie est une perte de temps si un coup de vent arrivé de nulle part parvient à le briser du premier coup. C’est inutile.
Aujourd’hui, tout nous échappe. En regardant derrière notre épaule, on voit que l’on a construit de solides échafaudages qui sont toujours présents. Du moins, leur fantôme reste présent. Mais ce qui se trouve devant nous, ne sont que sombres nuages et déserts secs morbides. Tout est allé si vite… Je sais que plus jamais, je ne vivrai de moments de bonheur dans ce cadre si familier. J’aspire au plus vite à m’enfuir de ce cauchemar et à bâtir de nouveaux échafaudages, de mes propres mains, avec l’Amour de ma vie. Celui à qui je ne mentirai jamais, celui à qui je donnerai tout, celui avec qui je serai sûr de revivre toute ma vie les mêmes moments de bonheur que ceux de mon enfance.