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A quelques siècles près

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
09 avril 2007 à 21:45:08

A quelques siècles près

Dans une partie lointaine de notre galaxie, en des temps anciens, très anciens …

Therion pénétra prudemment dans la vaste salle des archives. Une grande pièce sombre se présentait à lui, mal éclairée et sentant la moisissure. D’interminables rayonnages de livres épais s’étendaient face à lui.
Un vieil homme voûté le regarda entrer d’un regard inquisiteur. Il compulsait une masse de vieux parchemin tous plus usé les uns que les autres. Therion se demandait bien comment le bibliothécaire faisait pour manipuler les documents sans les réduire en poussière.
— Bonjour, fit-il à son adresse.
L’individu se contenta d’un signe de la tête.
— Je cherche les premiers carnets de bords, ceux du premier siècle.
L’homme fronça les sourcils. Le rictus se noya dans les traits sévères de son visage avant de disparaître dans les rides.
— Ils sont consultables dans la base de données.
Le bibliothécaire se replongea dans sa pile de reliques et fit un geste de la main comme pour congédier Therion. Ce dernier fouilla dans son sac et présenta un rectangle de papier gris soigneusement plié.
— J’ai une autorisation du capitaine Efimo, dit-il d’un ton neutre. Je peux consulter sans réserve n’importe quel document.
Le vieil homme arracha le papier des mains de Therion pour l’examiner à la lumière de sa lampe pour en déceler les éventuelles contrefaçons. Il n’en décela aucune mais s’obstinait à détailler le document. Therion comprit que le bibliothécaire prenait là un malin plaisir à faire attendre et préféra ne pas entrer dans son jeu. Il prit les clés qui trônaient sur le bureau et se dirigea vers le fond de la salle sous les borborygmes du bibliothécaire, furieux de laisser un profane violer son antre.
Therion parcourut le long d’un corridor et s’arrêta devant la dernière porte. Il porta sa main vers le chambranle par réflexe avant de se souvenir que la serrure était mécanique, et non numérique avec un clavier. Il détailla le trousseau pour trouver la bonne clé qu’il inséra dans l’orifice de la clenche.
Therion força un peu et produisit un léger cliquetis métallique. Il ouvrit la porte et chercha l’interrupteur. Seulement l’éclairage de cette partie de la bibliothèque datait du premier siècle et les ampoules avait dû griller il y a déjà des centaines d’années. Therion alluma sa lampe de poche et entreprit de chercher le plus ancien des volumes présents dans la petite pièce. En effet, de gros livres étaient coincés dans des étagères, rangés selon une méthode d’un autre temps. Grâce à l’air conditionné et au zèle d’employé comme l’irascible bibliothécaire, presque tous les ouvrages se trouvaient dans un excellent état de conservation. Quelques moisissures ou pages à l’ancre blanchies étaient à déplorer, autrement dit rien au regard de la somme de renseignement présente.
Dans une vitrine, une dizaine de ces opus siégeait sur des chevalets de bois. Contrairement aux autres, ils n’avaient pas de couverture plastifiée ni même de numérotation informatique.
La base de données centrale référençait la presque totalité des documents présents dans la bibliothèque, or ce que Therion cherchait ni figurait pas et demeurait en un unique exemplaire, juste devant lui.
— Les tout premiers carnets de bords …, murmura-t-il dans la pénombre.
Le tout premier avait été copié et tiré à des milliers d’exemplaires, diffusé sous de nombreuses formes et fréquemment cités par les plus illustres personnalités. Cependant, ses frères étaient tombés dans l’oubli, archivés pour finir dans les ténèbres et rongés par le temps.
Therion enfila des gants pour empêcher que la sueur de ses doigts, mortelle pour le vieux papier séculaire, n’altère le précieux livre.
Il savoura un long moment son plaisir puis ouvrit l’objet. La couverture se plia sans s’arracher dans un doux son de frottement. La poussière s’éleva lentement dans l’air raréfié de la pièce, laissant échapper une agréable odeur de feutre et d’ancre passée. Therion respira profondément. Il se rappela la première fois qu’il avait ouvert un livre qui sentait ce même parfum de l’ancienneté ; un manuel d’histoire de son grand-père relatant quelques moments forts de la planète. Une planète à présent lointaine de dizaines d’années-lumière, une incroyable distance qui ne cessait de s’accroître à mesure que le vaisseau avancer dans le néant stellaire.
Un voyage incroyablement long pour un objectif incroyablement ambitieux : sauver l’humanité de son extinction. La planète Anthélias avait essuyé une guerre totale, ruinant ses ressources et détruisant les continents. Un astre mort, réduit à l’état de souvenir.
Une poignée d’humain avait réussi à construire un astronef gigantesque pour s’enfuir et repeupler la plus proche planète, Eridani dans la constellation de Luonia. L’astronef était un vaisseau générationnel qui voguait depuis maintenant presque un millénaire en direction de ce futur chez soi. Tous les capitaines avaient scrupuleusement tenu un carnet de bord en y consignant les moindres détails du voyage.
Le premier de tous avait valeur de relique sacrée, ainsi que certains autres illustrant les faits marquants du voyage. Mais des siècles de détails techniques n’intéressaient pas grand monde. Hormis Therion qui tournait religieusement les pages de l’un des carnets de bord. Cet exemplaire relatait la vie dans l’appareil une semaine après le départ. Therion trouvait la situation des plus appropriée pour se pencher sur ce document sachant que d’ici quelques semaines l’astronef atteindrait la planète Eridani.
Il tourna précautionneusement les pages en admirant la qualité de l’écriture manuscrite qui s’apparentait presque à de l’enluminure. Heureusement, la langue n’avait pas beaucoup évolué depuis le début de la grande épopée et l’on pouvait aisément comprendre ce qu’il y avait de marqué sans être un spécialiste linguistique. Seule l’écriture nerveuse et compressée de l’auteur pouvait être un obstacle.

Vaisseau Anthéliy 12.1.0.0.0
Capitaine Voliom
« Cela va bientôt faire une semaine que l’appareil a décollé des chantiers d’Enduopole et pourtant je n’arrive pas à me faire à l’idée que plus jamais nous ne reverrons notre planète.
Plus jamais nous n’aurons l’occasion d’admirer son ciel étoilé, de sentir le parfum des fleurs au printemps et de profiter du vent. Presque tous sont rongés par la mélancolie de notre monde, notre défunt monde. La colonisation de la planète Eridani est une bien maigre consolation par rapport à ce que nous avons perdu. Je pense que nous aurions probablement fait demi-tour si le voyage n’était pas sans issue, si la perspective d’un retour n’était pas impossible. Hélas, Anthélias, notre douce Anthélias a péri à cause d’esprits et d’idées trop vaniteuses et trop ambitieuses.
Mais l’heure n’est pas aux lamentations, nous avons assez pleuré, la mort de notre monde. L’avenir se situe à quelques parsecs de là, et d’ici un peu plus de mille ans, l’humanité posera le pied sur un monde étranger.
Un fait vient cependant entamer mon enthousiasme ; l’Anthéliy a été conçu et construis dans la précipitation et le doute s’insinue quant à sa solidité dans le temps. N’oublions pas que des siècles nous attendent et que l’espace peut s’avérer très hostile. Mes craintes portent notamment sur le nuage de Lhakry avec ses astéroïdes aux trajectoires aléatoires. La confiance qui m’habitait à l’aube de ce voyage semble disparaître à mesure que nous nous éloignons d’Anthélias.
Ma génération a connu la terre et le ciel, chose que découvrira la dernière. Néanmoins, bon nombre ne pourra connaître ce bonheur que par les films et les livres, engoncé dans ce cruel destin de demeurer enfermé dans cet immense astronef. Si tant est que le vaisseau parvienne à rallier entier et sauf Eridani, je salue à l’avance tous ces enfants qui perpétueront notre race et assureront la pérennité de notre civilisation.
Le navigateur m’a récemment averti que nous passerons l’orbite de Plotoloj en fin de journée. Nous verrons probablement les essais d’anthéliaformation, malheureusement avortés. Nous allons sans doute nous poser pour récupérer les combustibles de la centrale nucléaire afin d’alimenter notre réacteur, toutefois je m’interroge sur l’utilité de cet arrêt. Disons que j’ai peur que la nostalgie aidant, certains préfèrent rester sur la planète en dépit de l’obsolescence des installations. J’aviserai d’ici quelques heures. »

Therion relit plusieurs fois les lignes noires qui couraient sur le papier usé. Il n’en revenait tout simplement pas.
Et pour cause.
Alors que le capitaine Voliom présentait une énergie et une ardeur sans limites dans le premier carnet de bord, dans les premiers jours suivant le départ, celui-ci se montrait sceptique. Ce qui subjugua le plus Therion était que le capitaine doutait même de la réussite de la mission. Il s’imagina un instant quelle douloureuse tâche cela devait être de commander un vaisseau entier alors que l’espoir vous à quitter.
Therion comprit pourquoi ces carnets de bord ne figuraient pas dans la base de donnée centrale. Le moral de l’équipage aurait sérieusement été atteint.
Il lut quelques autres pages mais la suite s’avéra moins intéressante puisqu’il s’agissait en majorité de détails techniques liés à l’entretien du vaisseau. A l’époque, il est vrai, beaucoup s’interrogeait sur la viabilité d’un tel projet en se demandant si l’appareil résisterait. Therion sourit intérieurement en songeant aux multiples aménagement et innovations qui avaient été apportés depuis à l’Anthéliy. On avait atteint un niveau si précis et si élevé dans l’organisation des tâches et de l’entretien, tant dans la gestion des ressources que le maintient de l’ordre dans la petite société que l’astronef pouvait aisément voyager un autre millénaire sans être inquiéter, si ce n’est pas l’espace lui-même, vaste, inconnu et imprévisible.

Therion referma le précieux manuscrit et le rangea dans sa vitrine. Il sortit de la bibliothèque en prenant soin de ne pas recroiser son gérant et se dirigea vers le gyrasceur.
L’appareil était un petit module de transport qui tournait tout autour du vaisseau. L’Anthéliy était en fait une gigantesque structure où plusieurs tores de circonférence et de diamètre immense. Tournant autour d’un axe central sur lesquels étaient fixés les réacteurs à propulsion ionique, les tores recréaient ainsi grâce à la force centrifuge une gravitation artificielle proche, ou quasiment similaire, à celle d’Anthélias.
Les gyrasceurs tournaient tout autour de ces éléments et permettaient donc de se déplacer facilement. Therion ne rentra pas chez lui, préférant aller sur la passerelle panoramique à l’avant du vaisseau.
Le module fuyait dans l’énorme appareil, le paysage courbé défilant à vive allure. Parfois, certaines sections étaient isolées par une épaisse paroi, d’autres condamnées, résultat d’anciens accidents provoqués par des météorites ou des problèmes de maintenance. Therion regardait d’un mauvais œil le mur en face ; il ne se souvenait que trop bien de ce sinistre jour pendant son enfance ou le tore fut percé. Presque toute l’atmosphère artificielle s’était échappée ce jour-là, asphyxiant des milliers de personnes. A défaut de pouvoir combler le trou, on avait érigé un de ces murs, qui brisaient à présent l’horizon concave du tore. L’incident avait de quoi revêtir l’aspect d’une catastrophe, or l’Anthéliy comptait une trentaine de tores. Les pertes étaient certes tragiques mais relativement négligeables.
Therion passa devant une forêt et l’appareil sortit du tore pour emprunter une des passerelles menant à l’avant du vaisseau. Il put distinguer à nouveau des marques, celles-là de véritables catastrophes.
Même si les personnes ayant vécu ce triste épisode du voyage étaient décédées depuis des lustres, tout le monde connaissait l’histoire de la rupture du champ de force du vaisseau. Cela arrive de temps à autre, provoquant quelques cancers dans le pire des cas. Seulement cette fois-ci, l’Anthéliy passait à proximité d’une étoile à neutron. Les radiations avaient décimé la population et les appareils électroniques. Une politique eugéniste avait apparu pour contrôler, davantage qu’à l´accoutumée, les naissances et prévenir les mutations.
Le module ralentit et cessa sa course dans une gyragare. Plusieurs personnes attendaient le prochain départ et saluèrent Therion lorsqu’il sortit du véhicule.
Il ne s’en était pas rendu compte durant le voyage mais en sortant du tore, la gravitation ne s’exerçait plus. Therion flottait à présent dans le vide. Il s’aida d’une poignée prévue à cet effet pour se propulser en avant et se laisser emporter sur un tapis roulant vers la passerelle. Therion croisa plusieurs hauts fonctionnaires et autres personnes importantes du vaisseau. Si les tores étaient les parties d’habitation et de lieu commun, l’avant du vaisseau constituait la partie névralgique de l’Anthéliy, là où toutes les décisions importantes étaient prises et où tous les ordinateurs et les appareils gérants les ressources se trouvaient.
La logique aurait voulu que cela soit réparti dans l’ensemble des tores mais les concepteurs s’étaient montrés perspicaces. Pour contrer d’éventuelles ardeurs mégalomanes, les institutions avaient été positionnées dans cette partie du vaisseau car l’impesanteur y régnait. Or en impesanteur, le corps s’altère et le vieillissement s’accroît plus rapidement. Ce faisant, les personnes désirant le pouvoir faisaient preuve de plus d’honnêteté puisqu’elle sacrifiait leur santé. Ce système avait, heureusement, toujours correctement fonctionné et évité au vaisseau des querelles de pouvoirs et d’influences.
Et pour ne pas tenir à l’écart le reste de la population du corps politique, chacun était libre de circuler. Therion profitait de cette règle pour déambuler dans les couloirs.
Il arriva sans peine à la passerelle panoramique. Adossée à la passerelle de commandement, la salle offrait un point de vue imprenable sur l’ensemble du vaisseau où l’on pouvait voir les tores tourner autour de l’axe central mais aussi sur l’espace, et ses innombrables étoiles.
D’habitudes, l’endroit était peu fréquenté ; les gens préfèraient rester dans les tores et continuer à vivre dans l’illusion d’un monde, mais aujourd’hui, il y avait foule.
Plusieurs couples avaient emmené leurs enfants et d’autres individus, vieux comme jeunes, se massaient pour admirer un spectacle peu commun : une planète.
Située à quelques millions de kilomètres et bien qu’à peine plus grande qu’une bille, Eridani flottait dans le néant sidéral. On pouvait même apercevoir sa couleur bleutée, provenant de ses océans. Car Eridani possédait de l’eau à l’état liquide, en plus d’une atmosphère viable. Une chance inouïe si l’on considère les possibilités dans l’univers pour que deux planètes présentent les mêmes spécificités.
Bien sûr, on pouvait trouver des images d’Anthélias dans n’importe quelle encyclopédie dont la base de donnée centrale, de même pour les clichés télescopiques d’Eridani. Toutefois, les gens préféraient voir de leurs propres yeux ce pourquoi eux-mêmes, leurs parents et les ancêtres du vaisseau avait vécu : une nouvelle planète, terre promise remplie d’espoir.
Therion s’assit sur un banc et contempla l’astre au loin, l’impatience de le fouler brûlant au fond de lui.

Yohan-Kiefa
Yohan-Kiefa
Niveau 10
10 avril 2007 à 01:19:33

Intéressant.
Quelques fautes ici et là mais le texte est bien construit tandis que le scénario semble prometteur. Je lirai la suite.
Bonne chance.

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
10 avril 2007 à 13:34:37

— Quelle est la première chose que tu feras quand tu seras sur Eridani ?
Therion posa sa tasse de café et regarda son ami lui poser la question. Il détailla un instant son visage rond et pâle avant de répondre :
— Je n’en ai pas la moindre idée. Je préfère laisser le champ libre à la spontanéité.
Olaft sourit et but une gorgée à son tour une gorgée.
— Je pensais planter une graine de pommier, fit-il songeur. Je me dis que ce serait bien que le premier arbre poussant sur Eridani soit celui du savoir.
Therion opina de la tête et régla l’addition. Olaft se leva et il le suivit à l’extérieur pour profiter de cette dernière journée dans le tore.
L’Anthéliy allait se poser le lendemain, et tout le monde cherchait d’une façon ou d’une autre à profiter au maximum de ces derniers moments dans le vaisseau. L’exaltation et la joie empreignaient l’air recyclé de l’astronef.
Pour sa part, Therion contenait ses sentiments. Etant médecin, il faisait partie de la délégation qui foulerait en premier le sol d’Eridani.
— Petit veinard, lança Olaft à ce sujet.
— Tu sais, je vais rester dans un module à examiner sur un ordinateur les constantes des membres de la délégation. Les maires des tores me mettent la pression pour que tout se passe sans le moindre incident.
— Tu m’en diras tant.
Therion détecta une légère pointe de jalousie dans le ton d’Olaft.
— Si je pouvais, j’échangerais bien ma place.
— Ne fais pas ton modeste.
— Je ne plaisante pas, dit Therion avec insistance. Toutes ces réunions préparatoires et ces consignes de sécurité ont le don de m’épuiser. Je ne récolterai aucune gloire, d’ailleurs je ne figurerais même pas sur la stèle commémorative.
Olaft ne répondit rien. Il leva la tête et regarda le ciel artificiel qui scintillait de ses milliers de plasma-néons. Les deux hommes s’engagèrent sur la promenade au bord du lac. Grâce à la force de Coriolis, l’eau s’écrasait sur la paroi du tore, offrant une ligne d’horizon incurvée.
— Notre perception du monde va s’inverser, déclara évasivement Therion. Alors que nous voyons tout refermer, le monde s’étendra sur des distances et sur des perspectives bien plus vastes.
— J’avoue que cela m’effraye un peu d’imaginer que nous vivrons sans pouvoir appréhender notre monde dans sa totalité.
— Pourtant, tu sais qu’Eridani est une planète tout ce qu’il y a de plus accueillante.
— Evidement, rétorqua Olaft ; mais j’ai vu les photos datant d’Anthélias. A cause de la rotondité, tout s’efface au bout d’une certaine distance, comme si le monde tenait sur un disque et que le reste était dans le vide. Je pense que je mettrais du temps à m’y faire.
— Tu n’auras qu’à demander à t’installer dans une région montagneuse, dit Therion en appuyant sur le bouton d’appel d’un gyrasceur. Comme ça tu ne verras pas l’horizon disparaître.
Olaft ricana.
— Bonne idée, cela dit il est prévu qu’on s’installe dans un premier temps près d’un fleuve, de préférence dans une plaine. Il va s’écouler des années avant que l’on puisse habiter dans les montagnes.
Therion voulut dire quelque chose pour réconforter son ami mais le gyrasceur se stationna à l’arrêt.
Les hommes grimpèrent dans le module. Ils voulaient atteindre l’avant de l’Anthéliy pour assister à l’atterrissage, ou plutôt à l’eridanissage. Les tores resteraient dans l’espace car la pesanteur de la planète annulerait les effets de la force centrifuge. Seul l’avant du vaisseau, baptisé l’Ant, se poserait à la surface d’Eridani. Avec à son bord une partie de la population et la délégation.
L’Ant devait se séparer de l’Anthéliy, or rien ne se passait.

Therion patientait avec Olaft sur la passerelle panoramique en compagnie d’autres anthéliyans. Tous comprirent pourquoi l’eridanissage n’avait pas lieu sans qu’aucun membre d’équipage n’eût à les renseigner.
Eridani, planète bleutée et accueillante, brillait face aux feux du soleil. L’astre était somptueux tant par sa quiétude que sa majesté.
Un détail clochait.
Dans la partie ombrée de la planète, une myriade de points étincelants brisaient les ténèbres. Ces lumières ne laissaient pas l’ombre d’un doute. Eridani était habitée. En effet, toute espèce évoluées contre les ténèbres en installant des infrastructures afin d’illuminer les nuits. La présence d’éclairage induisait donc une activité intelligente, celle d’une société ; une civilisation.
— Nous nous serions trompés ?
— C’est impossible, souffla Therion.
— Pourquoi ? s’enquit plusieurs personnes en même temps.
— Avant de partir d’Anthélias, répondit-il en fixant la planète, les astronomes ont longuement cherché une planète susceptible d’abriter la vie et si possible de convenir à nos critères biologiques. Eridani était la planète parfaite, et elle était parfaitement déserte et exempte de toute vie.
— L’eau y est sous forme liquide, rétorqua Olaft. La vie a très bien pu se développer.
— Oui, mais rien de plus abouti que des bactéries ou des microbes. Et de toute façon, c’est impossible que l’évolution puisse engendrer une espèce intelligente et qui plus est une civilisation en l’espace d’un millénaire.
Un silence de mort s’abattit dans la salle. Tout le monde regardait à présent la planète sous un œil craintif ; la fascination cédant le pas à l’inquiétude. Trop de questions se bousculaient dans l’esprit des gens, engendrant une montagne de spéculations.
— Des extranthéliasiens ?
La voix était tremblante et mal assurée, celle d’un enfant. Personne ne le contredit.

Le capitaine hésita longuement à lancer l’Ant.
Au cours du troisième siècle, le vaisseau avait essuyé une violente rafale de micrométéorites, un évènement parmi tant d’autres dans la longue liste survenu durant le voyage tristement connu pour avoir détruit la plupart des instruments télémétrique et de communication.
Seuls le radar et d’autres outils mineurs de guidages avaient survécu, privant l’Anthéliy de moyen d’analyser son environnement, en particulier Eridani. Avec ces instruments, l’astronef aurait facilement détecté le phénomène, la surprise en moins. Quand bien même on l’aurait découvert en cours du voyage, tout retour était impossible.
C’est ce qu’avait pensé le capitaine Efimo. Il eut été ridicule de reculer à cause de la peur, rendant vain des siècles et des millions de kilomètres parcourus.
L’Ant amorça une trajectoire hélicoïdale mûrement calculée. Une grande plaine avait été choisie pour l’eridanissage, près d’un fleuve.
Therion vit les tores s’éloigner et la planète grossir. Sa taille augmenta progressivement jusqu’à ne plus distinguer sa forme sphérique. L’appareil s’engouffra dans les nuages en se stabilisant sans mal malgré quelques turbulences.
Les passagers étouffèrent un cri de stupeur lorsqu’ils virent pour la première fois le paysage infini d’Eridani. Une vaste plaine verte s’étendait à perte de vue, la perspective disparaissant à l’horizon lointain. Therion s’était maintes fois préparé à ce spectacle, pourtant il était envahi par l’émerveillement de découvrir un nouveau monde mêlé à un changement de perception.
La clarté diffuse et rayonnante de soleil l’éblouit à travers la vitre de la passerelle. Les gens avaient mal aux yeux mais continuaient d’admirer cet étrange phénomène qui leur était totalement inconnu.
L’Ant décéléra doucement et des patins sortirent de la coque. Les réacteurs s’éteignirent et un nuage de fumée encercla l’appareil.
Therion sortit de la passerelle panoramique pour se joindre à la délégation. Cette dernière n’était pas du tout préparée, le capitaine ayant la mine contrite.
— Comme vous avez dû le constater, la planète Eridani est habitée, fit-il solennellement. Il existe un risque, mince, que les entités peuplant la planète soient belliqueuses. Nous demandons donc à certains de se porter volontaire pour composer un groupe d’éclaireurs.
Therion rit dans sa barbe. Les mêmes personnes qui se battaient hier pour être les premières à marcher sur Eridani faisaient aujourd’hui tout pour éviter de finir massacrées par des eridaniens trop agressifs.
Considérant comme absurde que les entités puissent être belliqueuses Therion se porta volontaire, ainsi que son ami Olaft, trop heureux de récolter un peu de gloire. Ils furent les seuls ; les autres n’étant pas assez courageux ou trop lâches pour explorer un monde qui semblait d’un coup très hostile.
On donna une série d’instructions d’ordre diplomatique à Therion et à Olaft en plus d’un lourd équipement de survie. Le capitaine leur serra la main et ils se retrouvèrent dans le sas avant même de s’en rendre compte.

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
10 avril 2007 à 13:35:09

Un léger bruit de dépressurisation résonna dans l’étroite pièce. Une fente se dessina dans le mur, pour devenir un trou béant où la lumière diurne s’immisça sans préambule.
L’air eridanien accompagna la lueur vive.
Therion toussa quelques minutes. Bien qu’étant parfaitement saine, l’atmosphère différait de celui de l’Anthéliy. Dans le vaisseau, les recycleurs donnaient un air pur alors qu’à cet instant, Therion sentait les poussières lui déchirer les poumons. Olaft s’accommoda rapidement à ce nouvel air et détailla les environs.
Therion finit de tousser pour s’apercevoir qu’ils étaient au beau milieu d’une plaine à la végétation drue et basse, aucun arbre. Il marcha lentement comme pour mieux profiter de ce moment ; il était le premier, ou le second, homme à marcher sur Eridani.
— Ils vont devoir changer leur stèle, intervint Olaft avec sarcasme. Viens, allons vers le sud, on y trouvera le fleuve.
Therion acquiesça. Il suivit son ami tout en admirant l’horizon plat et fuyant. Les nuages lévitant dans le ciel azur étaient plus sujets à la contemplation du fait qu’il constituait quelque chose d’entièrement neuf. Les livres et les documents de la base de données centrale offraient certes une masse de renseignements énorme mais aucune photographie n’égalait la réalité.
Les deux hommes marchèrent quelques heures avant d’atteindre le fleuve. La surprise fut grande en voyant le cours d’eau, eux qui étaient seulement habitués à de simples ruisseaux artificiels dans les tores. Puis, en marchant le long du fleuve, ils s’arrêtèrent nets de stupeur ; ils avaient en face d’eux un édifice de forme géométrique, une habitation selon toute vraisemblance.
Olaft n’osait plus faire un geste. L’architecture n’avait rien de bien exotique, elle se rapprochait même beaucoup des constructions humaines avec des fenêtres et un toit en pente couvert de tuiles rouges.
Therion respira profondément et s’approcha de la maison. Il fit alors un geste simple ; il frappa à la porte. Olaft écarquilla les yeux et se cacha derrière un buisson. Une minute de terreur de d’appréhension s’écoula.
Puis, un bruit mécanique se fit entendre et la porte s’ouvrit. Un homme se tenait dans l’embrasure, un humain, et il portait des vêtements et parlait une langue que Therion n’avait jamais vu ni entendu.

Therion se sentait mal à l’aise dans une chaise trop petite pour sa taille. Ce qui le déstabilisait encore plus, c’était les trois hommes qui ne le quittaient pas des yeux.
L’eridanien les avait accueillis et conduit dans une ville. Ce qui devait être les autorités avait compris l’objet de leur venue car Therion et Olaft s’étaient retrouvés dans ce qui devait être une université.
Cela faisait maintenant près d’une heure qu’ils attendaient là, avec pour seule compagnie une multitude de questions. Comment se faisait-il que d’Eridani fût habitée, par des humains qui plus est ? La seule différence que Therion avait notée se résumait à leur langue, étrange, et leur taille, petite. Sans doute en raison de la forte gravité de la planète avait-il conclu.
Une porte s’ouvrit dans le fond de la salle et un homme plus petit que les autres entra pour s’asseoir dans un siège qui était parfaitement à sa taille.
Son visage ne présentait pas de traits particuliers, hormis la couleur de ses cheveux qui oscillait entre le noir et l’orange.
— Bonjour, déclara-t-il d’un curieux accent.
Il tendit sa main vers Therion et Olaft qui la serrèrent à tour de rôle. Au vu de cette salutation, ils en déduisirent que les eridaniens avaient les mêmes coutumes où qu’ils connaissaient celles des anthéliyans.
— Je suis Clavus Décumanus, maire de la ville et professeur d’anthilin, la grande langue morte. C’est mon frère qui vous a amené ici, il n’a évidemment pas compris qui vous étiez.
Il rit et joignit les mains.
— Il croit que vous êtes deux de mes étudiants faisant une farce. Toutefois, je reconnais l’insigne sur vos uniformes, je parie que vous êtes membres d’équipages de l’Anneau stellaire.
Therion et Olaft se regardèrent. Therion hésita avant de rectifier :
— Vous parler de l’Anthéliy ?
— Les Fondamentalistes avaient donc raison, fit Clavus d’une voix étrange.
Il marmonna quelque chose dans sa langue et les trois hommes sortirent dans mot dire.
— Nous sommes bien sur Eridani ? demanda Therion.
— Eridiane en fait, mais cela importe peu. C’est fascinant, je dois avouer que je suis impressionné de vous rencontrer.
— Vous connaissez notre existence… comment est-ce possible ? L’humanité s’est éteinte sur Anthélias.
Clavus haussa les sourcils de surprise. Il ouvrit la bouche pour parler puis la referma avant de poursuivre :
— Je vois … vous faites sans doute mention du cataclysme de l’an 0 … Une tragédie, mais pas la fin du monde. Je vais vous donner une bonne nouvelle ; Anthélias est la planète-capitale d’une fédération stellaire de douze planètes, dont Eridiane fait partie à titre de puissance associée.
— Comment ?! s’exclama Therion. Pourtant Anthélias était en ruine, un monde anéanti, autodétruit !
— Je vous épargne les détails mais une poignée de gens a survécu et ils ont fondé une nouvelle société. Elle a prospéré et s’est diffusée dans l’espace. Nous sommes actuellement en 986 ad.
— Ad ?
— Après le Départ ; votre départ.
Therion ne comprenait toujours pas.
— Eridani, ou Eridiane comme vous l’appelez, est une des planètes les plus proches d’Anthélias, intervint Olaft, or notre astronef était le premier vaisseau interstellaire jamais construit à cette époque. Comment se fait-il que nous ne soyons pas les premiers ?
— Ils ont été plus rapides, dit Therion.
— Ridicule, éructa Olaf, nous avancions à des vitesses fulgurantes, personne ne pouvait nous dépasser ou même nous rattraper.
Le maire extirpa alors un dossier de son costume et l’ouvrit devant les deux hommes. Ces derniers découvrirent une série de plans techniques et d’épures d’ingénieurs très sophistiquées.
Therion ne connaissait pas la langue parlée sur la planète mais il comprit ce que signifiait un mot encadré « Iperpelpes ».
— L’hyperpropulsion, dit-il.
— En effet, fit Clavus. Le premier voyage date environ de l’an 300 ad, ce qui fait que l’humanité est implantée depuis presque 700 ans sur Eridiane. Pour tout vous, dire nous sommes le premier monde qui fut colonisé, les autres prirent plus de temps en raison des atmosphères peu propice pour notre organisme.
Clavus se tut un instant pour laisser les deux anthéliyans digérer ces informations avant de reprendre.
— Eridiane est à 8,75 parsecs d’Anthélias. Le voyage entre les deux planètes se fait en trois sauts ; le tout ne durant qu’une heure.
Therion sentit le monde s’écrouler autour de lui. Depuis près d’un millénaire que l’Anthéliy voguait dans l’espace, chaque génération ayant œuvré pour atteindre et coloniser une nouvelle planète, et voilà que le petit homme en face de lui venait de lui apprendre que le trajet ne durait plus qu’une heure.
Un millénaire d’espoir, de crainte, d’abnégation, réduit à une simple heure. Une minuscule heure, ridiculement insignifiante face à la distance et aux moyens utilisés.
— Tout ça pour … rien ! cria Olaft. Rien !
— Comment vais-je expliquer à deux cent mille personnes qu’on leur a soufflé leur monde depuis 700 ans ? Que tous les efforts, et ce pourquoi leurs parent se sont battus n’a servi à rien et qu’à quelques siècles près, il suffisait d’une heure pour faire ce que nous venons de réaliser en un millénaire ?!
Le petit air jovial de Clavus disparut rapidement pour laisser place à un rictus. Il était manifestement très gêné.
— J’ai peut-être une idée.

Le capitaine n’en croyait pas ses oreilles.
— Et que vous a proposé ce Clavus ? demanda-t-il.
— Une solution, répondit Olaft. Il nous a dit que même si nous nous tentions de nous installer sur la planète, nous serions mal reçu et les gens n’apprécieraient pas qu’on débarque pour revendiquer une terre qui ne nous est plus destinée. Alors, il nous a gentiment conseillé de repartir.
— Mais pour aller où ?
— Je l’ignore. L’Anthéliy est autosuffisant tant en énergie qu’en ressource, nous n’avons qu’à repartir, et chercher un autre monde.
Le capitaine peina à déglutir.
— Les gens ne vont pas accepter de repartir, tout le monde veut s’installer sur Eridani !
— Therion est resté là-bas, dit-il calmement, faites croire que les entités habitant ce monde sont agressives et que ce monde n’est pas fait pour nous. Retourner sur Anthélias serait stupide. Prétendez plutôt que nous avons des mondes de rechange où nous installer.
Le capitaine sortit de la salle vers la passerelle de commandement. Avec résignation il ordonna le départ de l’astronef.
— Quelles sont les coordonnées ? lui demanda-t-on.
— Encore plus loin.

On raconte que l’Anthéliy erre toujours dans l’univers, à la recherche d’un monde tranquille et lointain. Les enfants aiment qu’on leur conte ce récit car ils s’endorment paisiblement en songeant à ce grand vaisseau qui voyage sans but et sans fin au côté des étoiles.

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
13 avril 2007 à 18:18:44

Un flop de plus parmi tant d´autres ...

Evidance
Evidance
Niveau 8
13 avril 2007 à 18:47:53

A mon avis ostramus, si je puis me permettre, j´ai lu le début et t´as vraiment un talent pour l´écriture, mais le fait d´enchainer les pavés ça rebute la pluspart des lecteurs, comme j´ai bien aimé je finirai ça ce soir et je comenterai (là j´ai du travail).
En tout cas ça mértie pas un flop :ok:

Triscal777
Triscal777
Niveau 8
13 avril 2007 à 19:59:35

Tu écris vraiment bien ^^

J´aurais préféré que se soit plus long mais cela ne fait rien :)

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