Je pense qu´il s´agit plus d´une nouvelle que d´autre chose. La base du scénario m´est apparue comme ça, et comme cela me paraissait intéressant, j´ai décidé d´en faire une histoire. Avec quel succès, c´est vous qui me le direz. ![]()
Je ne vous en dévoile pas plus ; je vous laisse vous plonger là-dedans si vous en avez envie.
Voici donc le début.
Jeudi 10 mars 2005, 17h50
La sonnerie retentit.
Les élèves, soulagés d’avoir enfin fini cette harassante journée de cours, se dépêchent de fourrer leurs affaires dans leurs sacs, saisissent leur manteau et quittent la salle avec empressement. Parmi eux, il y a Marc, un jeune homme de 17 ans. Il a un tempérament assez sombre ; il ne parle pas beaucoup et est plutôt du genre refermé sur lui-même. Il ne déborde pas non plus d’enthousiasme lorsque chaque matin il doit se lever pour aller à ce fichu lycée. Son truc à lui, c’est plutôt de passer son temps à lire ou à rester devant son ordinateur des heures durant. Inutile donc de préciser que c’est d’un pas vif qu’il sort enfin du bâtiment et se dirige vers la grille d’entrée du lycée. Il a hâte d’aller faire un tour sur internet, histoire de voir ce qui s’est dit aujourd’hui sur les forums qu’il fréquente. Il ne s’attarde pas avec les autres élèves de sa classe qui doivent sans doute se marrer de n’importe quoi. Non pas qu’il soit rejeté, c’est juste qu’il ne ressent pas le besoin de s’attacher à qui que ce soit. Il y a bien des gens qui l’apprécient beaucoup, et que lui apprécie, mais le jeudi soir ils ont cours dans une autre salle ; ce sont les groupes en langues qui veulent ça.
Quoiqu’il en soit, Marc chemine maintenant sur le trottoir pour rentrer chez lui. Ses pas semblent raisonner de plus en plus sur les murs des immeubles de part et d’autre de la rue, mais il n’y prête pas attention ; il pense simplement au plaisir de s’asseoir devant son écran avec la musique à fond. Seulement il émerge bientôt de sa rêverie et doit bien se rendre à l’évidence : la rue est beaucoup plus calme que d’habitude. Normalement, les voitures circulent à cette heure-là, les gens rentrent du boulot. Mais là, il n’y a pour tout dire, aucun bruit. Hormi les chaussures de Marc qui entrent en contact avec le béton. Celui-ci commence à se poser des questions, quand une voiture apparaît enfin sur la route devant lui. Une voiture d’un rouge si éclatant qu’elle contraste avec la grisaille des autres véhicules garés sur la chaussée. Il ne peut s’empêcher de la suivre des yeux lorsqu’elle passe à quelques mètres de lui. Les occupants semblent le regarder aussi.
Il chasse tout cela de son esprit. Il est bientôt arrivé, de toute façon. N’empêche que le calme alentour a quelque chose d’inquiétant. Quoique, il lui est bien arrivé de ne voir aucun trafic ici. Ce doit juste être un simple hasard, une accalmie dans le brouhaha que font habituellement les moteurs en fonçant dans la rue. S’il attend quelques minutes, ou même quelques secondes, des véhicules vont sûrement arriver. Mais en même temps, il y a autre chose de bizarre : il n’y a aucun passant. La rue n’est certes pas aussi fréquentée que les avenues du centre-ville, mais quand même... Aucun lycéen ne passe donc par là ?
Marc bifurque quelques pas plus loin et poursuit son trajet. Là encore, aucun bruit, même pas un soupçon de vie. A croire que les occupants de la voiture rouge sont les seuls habitants de la ville... C’est plutôt amusant, d’un certain côté, de se sentir aussi seul, non ? Effrayant, oui, mais qui n’aime pas justement se faire quelques frayeurs ?
Marc ouvre la porte d’entrée de son immeuble, gravit les escaliers et arrivé devant l’appartement, tourne nonchalamment la clé dans la serrure. Il claque la porte et commence par aller jeter son sac et sa veste dans sa chambre. Il va ensuite à la cuisine et se prépare un grand cocktail au citron. Sans avoir oublié de prendre quelques gâteaux, il revient dans sa chambre et agite la souris de son ordinateur pour réveiller la machine qui ronronne doucement.
18h10
La première chose qu’il fait est de se connecter sur MSN. Immédiatement une fenêtre de conversation apparaît.
VALERIE : Salut ! Alors, ce cours d’anglais ?
MARC : Chiant, comme d’habitude.
VALERIE : T’as pas oublié que demain on a un contrôle de physique, hein ?
MARC : Non, je sais. Dis, il m’est arrivé un truc bizarre en rentrant des cours.
VALERIE : Ah ouais ? Raconte !
MARC : Enfin pas tellement bizarre, mais... C’est juste que dans les rues, c’était le silence complet. Pas un chat. Je dis pas que d’habitude il y a un boucan infernal, mais là, vraiment, aucune voiture, aucun passant...
VALERIE : Ouais, ça peut être flippant.
MARC : Je te jure, vraiment étrange. Enfin bref, sur le coup ça m’a fait tout drôle.
VALERIE : Je te comprends. Bon écoute, je vais aller réviser pour le contrôle de demain. C’est pas que ça m’enchante mais faut quand même que je m’y mette...
MARC : D’accord. A plus tard.
Marc demeure devant son écran. Le temps passe, la nuit tombe peu à peu. Il commence à avoir sérieusement faim. Il regarde sa montre : 20h15. Sa mère n’est toujours pas rentrée... A moins que, trop absorbé par internet, il ne l’ait pas entendue arriver. Il se lève et débouche dans le couloir. Pas une lumière, il n’y a donc personne. Si ç’avait été un autre jour, il ne se serait pas inquiété plus que ça, mais là, après le trajet du retour où il n’a pas rencontré âme qui vive... Sauf, évidemment, cette voiture rouge. Tiens, bizarre aussi, cette voiture rouge, maintenant qu´il y pense. A l’intérieur, les occupants semblaient avoir les yeux rivés sur lui... Il sent la peur qui le gagne.
Il allume la lumière du salon et s’empare du téléphone pour appeler sa mère. Peut-être qu’elle est avec son frère à une réunion parent-prof, ou un truc dans le genre... Il compose le numéro.
20h20
MARC : Valérie, t’es là ?
20h45
VALERIE : Oui, je suis là, qu’est-ce qu’il y a ?
MARC : Putain, ouf. Je commençais vraiment à paniquer, là.
VALERIE : Hein, pourquoi ?
MARC : Ma mère n’est toujours pas rentrée. Mon frère non plus. J’ai essayé d’appeler ma mère, et on m’a répondu que le numéro n’était pas attribué. J’ai essayé plein de fois : impossible que je me sois trompé de numéro. J’ai fait aussi celui de mon frère : pareil. Pas moyen de les joindre.
VALERIE : Tu plaisantes ou quoi ?
MARC : Non, non.
VALERIE : Mais t’as forcément du te tromper, pour que les deux numéros n’existent pas...
MARC : Je suis sûr que non, je réessaye maintenant, si tu veux.
VALERIE : Ta mère t’a pas prévenu de quelque chose ? Je veux dire, peut-être qu’elle avait un truc à faire, faut pas que tu t’inquiètes trop, non plus.
MARC : Personne ne m’a prévenu de rien... Je commence à flipper. La rue déserte de tout à l´heure, c´était quand même anormal, et maintenant que je suis seul...
VALERIE : Ca va, reste calme. Je suis sûre qu’ils vont arriver. Bon, je vais regarder la télévision. Je laisse ma session ouverte, envoie-moi un wizz si t’as du nouveau, je suis là si vraiment tu t’inquiètes trop.
MARC : Ok... Merci...
21h40
VALERIE : Alors, tout va bien ? Ils sont rentrés ?
MARC : Putain non, c’est horrible. Tu vas sûrement pas me croire, mais je te jure que c’est la vérité. J’ai essayé d’appeler mon père : numéro non attribué. J’ai essayé avec tout le monde, même avec toi : numéros non attribués. Avec tout le monde, putain.
VALERIE : Il y a forcément une explication. Ca doit être ton téléphone qui déconne.
MARC : Non, j’ai essayé avec le fixe et avec mon portable, ça change rien.
VALERIE : Alors peut-être que ton opérateur téléphonique a des problèmes...
MARC : Oui, t’as raison, c’est peut-être ça... Mais on a le même fournisseur pour internet et le téléphone – et internet fonctionne très bien. Y’a pas de raison que ça ne marche pas.
VALERIE : Je sais vraiment pas. Tu me fais pas une blague, au moins...
MARC : Non, non, tu me connais, je ferais pas un truc comme ça. Tain, j’ai vraiment envie d’aller me coucher et de m’endormir, pour me réveiller demain matin et que tout soit normal. Le problème c’est que je tiens pas en place là, je m´inquiète pour ma mère et mon frère... Bref, je te préviens si ça s’arrange.
Moi j´aime assez.
Bien que ce soit un scénario assez commun (où tout le monde disparaît on ne sait pas pourquoi
), je suis curieux de voir quelle suite tu va mettre à cette situation (Ben oui, le scénario est commun, tout le monde à déjà pensé à une telle chose, qu´est ce qu´on ferais d
![]()
...dans une telle situation, mais personne n´a la même idée de ça).
J´attends la suite ![]()
La suite après seulement un mois.
Marc quitte une nouvelle fois sa chambre. Un sourire s’étire lentement sur ses lèvres, sans qu’il ne parvienne à comprendre pourquoi. Il n’a pas été placé bien souvent dans de pareilles situations. Il pense qu’il est en train de perdre les pédales, à sourire de la sorte alors qu’il est autant rongé par l’inquiétude. Et puis il éclate de rire. Tout cela est tellement idiot… Sa mère va bientôt ouvrir la porte et s’excuser de rentrer si tard, en lui expliquant qu’elle était coincée dans un quelconque embouteillage… Embouteillage ? Tu parles, il ne doit pas y avoir plus de monde dehors que tout à l’heure.
Comme pour vérifier ses pensées, Marc s’approche d’une des fenêtres du salon. Il balaie du regard la route en bas, et plus loin l’autoroute qui disparaît à l’horizon. L’appartement offre une vue assez vaste de l’extérieur : du parking en bas jusqu’aux arbres du terrain militaire. Il y a bien quelque chose qui cloche : pas de phares. Pas de bruit non plus. Des larmes lui montent aux yeux. Si étrange… Peut-être que la circulation a été bloquée pour il ne sait quelle raison. Mais pourquoi cherche-t-il toujours à fournir une explication ? Et s’il se passait réellement quelque chose d’incompréhensible, quelque chose d’horrible ? Il a déjà vu plein de films de science-fiction où le héros se retrouve seul au milieu de nulle part, comme s’il était la dernière miette de l’humanité tout entière.
Et si derrière ce panneau publicitaire, là-bas, se cachait une créature assoiffée de sang, attendant son heure ?
Soudain, un son transperçe le calme imperturbable. Une fraction de seconde, et Marc est en proie à une panique intense ; il reste paralysé, son cerveau perd un moment tout contrôle, il croit sa dernière heure arrivée…
Ce n’est que Valérie qui vient d’envoyer un wizz, là-bas, dans sa chambre. Quelle connerie, ces wizz… Le cœur de Marc retombe lourdement dans sa poitrine… Mais ce sursaut a éveillé en lui une peur tout ce qu’il y a de plus primitive : celle du noir… Avec tous les événements inquiétants de la journée, Marc est littéralement liquéfié à l’idée de marcher dans les ténèbres du couloir pour rejoindre sa chambre…
Mais il se ressaisit vite. C’est l’occasion qu’il a, face à cette situation si surnaturelle, de réagir avec sérieux et de ne pas paniquer pour rien. Et puis, il n’a qu’à allumer la lumière. Cependant, une fois ceci fait, la douce clarté qui illumine le couloir ne diminue pas son inquiétude intense : il se sent trop vulnérable, trop exposé… Il éteint la lumière. Et puis merde à la fin, pourquoi pense-t-il à tout ça ?
22h00
VALERIE : Vraiment Marc, je pensais pas que tu prenais plaisir à pareilles idioties. Je sais pas quelle blague t’es en train de nous servir, mais tu ferais mieux d’arrêter tout de suite, je peux t’assurer que ça n’a rien de drôle.
MARC : Hein ? Mais qu’est-ce que tu racontes ? Je…
VALERIE : Arrête ça tout de suite ! Où est-ce que tu es, en réalité ?
MARC : Je comprends pas… Chez moi, mais qu’est-ce qui te prend ?
VALERIE : C’est ça, chez toi…
MARC : Mais enfin, explique-toi, parce que là j’ai l’impression que c’est toi qui me fais une blague.
VALERIE : Mais est-ce que tu es fou, à la fin ? Ta mère vient de nous appeler, elle est morte d’inquiétude, elle a appelé plusieurs de tes amis pour savoir où tu étais. Alors où que tu sois, rentre chez toi, tu ne te rends pas compte de ce que tu fais.
MARC : Attends, je comprends plus rien, là ! Je te jure que je suis sérieux : ma mère n’est pas à la maison, mon frère non plus. Tout de suite, j’ai regardé dehors : il n’y a toujours personne !
VALERIE : Ca va, arrête tes conneries !
MARC : Valérie, je t’en prie, écoute-moi, je te jure que c’est pas une blague. C’est pas une blague, tu m’entends ?
VALERIE : Et comment je peux en être sûr ? Le téléphone marche parfaitement ici, et il y a des gens dehors, des voitures ; et on habite dans la même ville, il me semble. J’ai dit à ta mère que je t’avais parlé sur MSN, elle croit que tu te moques d’elle… Vraiment, lui faire ça, c’est pas sympa. Elle envisage d’appeler la police pour savoir où tu es.
MARC : Mais c’est n’importe quoi ! Vérifiez l’adresse IP, je sais pas, faites quelque chose, mais je suis chez moi, putain. Et ce dont je suis sûr, c’est qu’il n’y a personne nulle part, alors soit c’est toi qui me raconte des conneries pour me faire flipper, soit il se passe un truc vraiment impossible.
VALERIE : Marc… Au nom de notre amitié, dis-moi que tu plaisantes pas.
MARC : Je plaisante pas ! Je te jure, s’il te plait, crois-moi.
VALERIE : Mais c’est tellement… bizarre, ce que tu racontes.
MARC : Je sais, mais c’est bizarre pour moi aussi, je comprends rien ! Putain tu t’imagines même pas à quel point je panique… Je préférerais me trouver au lycée, franchement…
VALERIE : Je sais ce qu’on peut faire. J’appelle ta mère : je vais lui dire de se connecter sur MSN avec la session de ton frère.
MARC : Ouais, bonne idée ! J’y avais pas pensé !
VALERIE : Bon, à tout de suite…
22h10
VALERIE : J’invite ta mère dans la conversation.
LUCILE : Marc ? Mais qu’est-ce que tu fais, à la fin ? T’es où, là ?
MARC : Mais à la maison, maman ! Dans ma chambre !
LUCILE : Tu te moques de moi ? Je te cherche depuis plus d’une heure, figure-toi, et encore heureux pour moi que tu ne sois pas simplement dans ta chambre. Tu rentres immédiatement, c’est compris ?
MARC : Mais maman, je te jure que je suis à la maison en ce moment même, devant mon ordinateur…
LUCILE : Mais qu’est-ce que tu racontes, c’est moi qui y suis, là. Est-ce que ça va ? Si t’es allé te droguer je ne sais où, je peux t’assurer que ton père va mal apprécier.
MARC : Valerie, dis-lui, bon sang, que je mens pas !
VALERIE : Marc… Je ne sais pas.
LUCILE : Tu crois pas que t’as fait assez de dégâts comme ça ? Reviens à la maison tout de suite ! Et rallume ton satané portable !
MARC : Il ne marche pas ! Valérie, tu m’as dit que tu me croyais…
LUCILE : Ca suffit, Marc. C’est vraiment pas malin, ce que tu fais, et Valérie est de mon avis.
MARC : Mais écoutez-moi…
LUCILE : Rentre à la maison.
MAIS J’Y SUIS, A LA MAISON ! éructe Marc, seul dans sa chambre. Il tape sur le clavier, le repousse violemment sur le côté et enfouit sa tête dans ses mains. Elles se moquent de lui. Ce n’est pas possible autrement… Une blague. Une vulgaire blague. Pas drôle du tout, d’ailleurs.
Mais d’un autre côté, l’extérieur totalement vide…
Il donne un autre coup sur le bureau et envoie valser sa chaise ; il en a assez qu’on le prenne pour un menteur, ou qu’on se moque de lui. Il se dit qu’à la télévision on parle peut-être des raisons pour lesquelles la ville est tout à coup déserte. De retour au salon, il allume le poste. L’écran se réveille, et petit à petit l’image apparaît… Des parasites. Marc change de chaîne. Aucune ne fonctionne. Il vérifie les branchements : tout va bien.
Il pense devenir fou. Il se précipite vers la fenêtre et lance la télécommande au dehors. Il voit la longue courbe silencieuse que fait le boîtier de plastique avant d’éclater littéralement sur l’asphalte en produisant un vacarme assourdissant. Marc fait les cent pas et arrive à la conclusion que seul internet demeure tout à fait normal dans cette maison et cette ville de dingues.
Il va se gaver de n’importe quoi à la cuisine, puis retourne tout penaud dans sa chambre. Remettant le clavier en place, il tente bien d’expliquer la situation à sa mère et à Valérie, mais celles-ci ne l’écoutent toujours pas. Elles doivent penser qu’il a dû fumer quelque substance illicite qui l’aura rendu complètement ahuri. Mais bon sang de merde, elles savent bien qu’il n’est pas comme ça, qu’il ne se droguerait pour rien au monde et qu’il ne traîne pas avec ce genre de personnes… Peut-être que sa mère appelera effectivement les flics si la situation reste la même le lendemain - en admettant que cette histoire ne soit pas un coup monté. Franchement, il aimerait qu’elle les appelle tout de suite, mais enfin…
Tant pis, il décide d’aller se coucher, et d’espérer que le lendemain, il se rendra compte que tout ceci n’était qu’un horrible cauchemar.