Bonsoir !
Voilà une longue nouvelle, pas encore achevée à mon grand malheur, mais que je voulais faire partager histoire d´avoir des avis !
Un petit synopsis ? Eh bien, l´histoire de plusieurs personnages, gravitant tous, d´une façon ou d´une autre, aux bords de la société et de la réalité au sens le plus général, tous liés par le corps d´un poilu enterré dans un ancien fort près de Metz...
Bonne lectoure !
Le Masque Violet
Prologue.
Il était incroyable de voir combien le soleil semblait avoir disparu derrière la voûte opaque créée par les branches noueuses. Les arbres tout autour d´eux étaient autant de squelettes dégingandés, craquants, enlacés en de douloureuses étreintes. Pour Antoine, c´était la première fois qu´il venait. La première fois qu´il s´élançait sur les sentiers obscurs du mont. Et qu´il affrontait l´étrange pénombre qui les couvrait à présent qu´ils s´étaient enfoncés dans les bois. Il y avait aussi le silence. Parfois l´encapuchonné devant lui, le seul du groupe qu´il connaissait, se retournait et gardait un doigt tendu vers le ciel, pour insister sur une présence qu´Antoine ne décelait pas. Il sentait bien qu´il se passait quelque chose. Sa nuque se raidissait, ses poils se dressaient et il sentait ses testicules se réduir à l´état de raisins secs. Il poursuivait toutefois sa marche, d´un pas d´autant plus pressé qu´il fermait la procession qui pénétrait le noir. Un crissement de pneu retentit au loin, et la capuche devant lui se retourna et le gratifia d´un sourire. "Tu as entendu ?" Il avait entendu. Ce n´était pas un pneu.
Un... cri ?
La réponse lui effleura l´esprit comme une bulle douée de sa propre volonté et quand elle eût éclos, il la fit disparaître, la réduisit au silence. Les murmures qui lui venaient des autres devant étaient une torture suffisante. Il souhaitait presque partir. Et soudainement, ils furent tous assis. En cercle. Antoine se tut. Il avait si peur et si froid que ses membres en étaient paralysés. Le cercle d´herbe où ils s´étaient arrêtés comportait en son milieu une pousse noircie et racornie qu´Antoine observa. Pas plus haute qu´une cinquantaine de centimètre, elle semblait avoir survécu à un incendit de forêt. Sans que le sol ne comportât la moindre brûlure. Les branches au-dessus d´eux s´étaient retirées, on pouvait voir l´oeil malade de la lune. Il entendit des gargouillis. Sentant, de la base de sa nuque jusqu´au bassin, un frisson glacial, il se pencha en avant et poussa un faible gémissement quand son oeil rencontra la capuche face à lui, et qu´il crut apercevoir entre les flammes, des insectes en chuter avec des petits craquements. Les flammes ? Il cligna des yeux. Il n´y avait pas de feu. Son souffle commença à s´accélérer, à se faire difficile. La voix de son compagnon lui parvient indistinctement : "Le vent a changé, tu le sens ?" murmure-t-il. Plaquant une main sur sa poitrine, ankylosée d´un poids soudain, il tourna les yeux vers le sourire amusé de son ami. Son sourire était baigné de sang, qui ruisselait sur son menton. Et ses yeux étaient déments. Roses."Mais putain ! hurla-t-il avant que...
Je vois les montagnes qui dévorent le ciel comme des dents de requin effilées. Ca n´a l´air que d´un jeu et pourtant, il y a une certaine urgence dans ces échevaux redoutables. Mais cela n´a pas d´importance, le sable est agréable sous mes doigts, il est chaud malgré le soleil qui se cache derrière les nuages blancs et souriants. Ils prennent des formes pour me saluer. Je sais pourquoi ils prennent des formes. J´étends mes bras comme des palmes autour de moi, de larges tentacules, des cheveux mouillés, pour capturer l´instant unique. Il est fuyant, c´est un petit animal qui s´échappe par les défilés. Mais ce n´est pas grave. J´aperçois parfois une silhouette, avec des cheveux d´argent, mais je pense qu´elle est née que dans mon imagination. Et mon imagination est un gloutton qui mange tout alentours. C´est un grondement qui ondule la surface de l´eau et reflète le ciel. La silhouette me sourit. Tout va bien.
Tout est si éphémère, je m´attends déjà à voir le bleu des cieux s´effriter aux abords de mon regard. Il patiente juste pour me faire plaisir, mais je sens dans ses stries blanches qu´il ploie sous l´effort. Ca n´a pas vraiment d´importance. Tout ça n´est que songe. Tout se confond, s´étend. Je vois loin, je perçois, mais tout est faux. Et pourtant, cela me convient pour l´instant. Cela me convient depuis tellement longtemps. Mon esprit fait partie de ces choses. Je suis un élément du décor, au même titre que cette pierre sur laquelle ce corps que je me suis inventé est assis. Je me suis fondu si profondemment dans ce rêve que j´ai l´impression, parfois, de ne l´avoir jamais quitté. J´ai l´impression d´y être enchaîné à jamais. J´ai oublié, il y a quelque chose au-delà ?
Oui, dans mon souvenir, il y a quelque chose. Il y a des explosions de couleurs. Le rouge. Le noir. Le mal. Dans mon souvenir, je revois des visages, et ils grimacent, ils ont peur, peur de moi. Ils soupirent, s´effrayent, pleurent même pour certains et les pierres sont marqués de leurs craintes. Il n´y a qu´un masque qui sourit, mais il est si lointain, je ne peux pas le toucher, ni l´effleurer, je peux juste le graver dans mon front et espérer que dans l´ailleurs que j´habite depuis, je me souviendrais. Et c´est ce que je fais.
Je suis sur une colline. C´est son nez. Il est immense. Je vais descendre la pente douce jusqu´à son front, dormir au creux de son oeil, marcher le long de sa joue jusqu´à ses lèvres. J´y somnolerai aussi, les couverai de mon regard, une nouvelle fois, encore une nouvelle fois, j´examinerai cette peau qui n´en est pas une, je la détaillerai encore. Je les connais déjà, tout ces petits plis, personne ne les voit. Moi, j´ai le temps de les découvrir. Je marche depuis si longtemps sur ces traits. Mais je les aime, ils sont doux. C´est mon continent, où je me promène. Parfois, je me demande s´il y a quelque chose, ailleurs, au-delà de ce songe. Mais je crois que j´ai oublié...
Antoine avait disparu.