Saison rouge
Chapitre n°1 : L’appel
La montre émit un léger son continu et aigu. Octave se réveilla mollement et cessa l’alarme. Il sortit du lit, enfila un pantalon, ouvrit les rideaux puis la fenêtre.
Quelques minutes s’écoulèrent durant lesquelles Octave regardait la ville s´éveiller au rythme du soleil. L´aurore effleurait la façade de son hôtel, inondant sa chambre d´une douce lueur orangeâtre. L’été approchait ; la saison rouge comme on disait ici. Octave ouvrit la fenêtre pour humer l´air du matin. Il inspira fortement et remplit ses poumons. La sensation était très agréable et avait de quoi être plus vivifiante qu´un café. Il gratifia la fraîcheur matinale de lui revigorer les idées, après une nuit difficile et des mois d’épuisement. Il se pencha légèrement et vit plus bas la rue où les voitures commençaient ce ballet qui ne finirait que la nuit tombante.
Il distingua même sa vieille décapotable sur le parking, véhicule anonyme parmi tant d’autres. Octave songeait depuis quelque temps à la changer contre une berline plus discrète et plus résistante. Seulement, il ne pouvait plus se résoudre à s’en séparer depuis le décès de sa femme.
Sa femme, disparue il y a des années avant d’être retrouvée morte à l’autre bout du pays. Tous ces moyens mis en œuvre pour la retrouver, tout cet argent dépensé pour rien ! Rien ? Peut être pas, il demeurait un espoir, mince cependant. La veille de son enlèvement, elle lui avait annonçait qu’elle était enceinte. Si l’enfant avait survécu, il devrait probablement embrasser la majorité.
Octave remarqua un vieil homme qui traversait la route avec une prudence exagérée. Cela lui rappela ce médecin octogénaire qui prétendait avoir assisté à l’accouchement. Dans des conditions terribles avait-il avoué à demi-mot. Il n’avait rien dit de plus, hormis ce maigre indice. Un indice qui conduisait directement dans cette grande ville, bien trop grande d’ailleurs pour mener des recherches efficaces. Octave soupira ; encore des semaines éreintantes et ruineuses pour de bien maigres résultats. Toutefois, il se savait proche du but, à porter de main. Octave était d’autant plus frustré en regardant les gens déambuler dans la rue que l’un de ces individus pouvait être son enfant.
Le téléphone sonna, brisant ce court moment de quiétude. Octave attendait cet appel depuis longtemps, trop longtemps à dire vrai. La vérité dont il allait être investi l´ébranlerait, il en était certain. On devait lui indiquer l’hypothétique adresse de son enfant. Peut-être lui révélerait-on que c’était une fille, ou un garçon. L’un ou l’autre importait peu en fait. Octave avait du mal à se décider. Mais il ne pouvait plus reculer, pas après toutes ces années de sacrifices et de recherches. Il se revit corrompre ce policier obèse pour voir accès à des éléments judiciaires tenus secrets, il se souvint des coups de ces jeunes à l’arrière d’un bar mais ce qui occupait tout son esprit, c’était le visage angélique de sa défunte femme. Son amour inexpugnable.
Octave inspira à nouveau, cette fois-ci pour calmer son angoisse. Il hésita encore quelques secondes avant de s´avancer vers l´appareil hurlant.
Seulement, avant même qu´il ne pût atteindre le combiné, les pieds de ses jambes tremblantes s´emmêlèrent dans le tapis. Octave trébucha et chuta lourdement au sol, sa tête heurtant violemment le coin de la table de chevet dans un craquement sourd et net.
Octave gisait à présent sur le sol, mort, un téléphone sonnant tel le glas.