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Quand le diable est au piano, les voix s´éraillent, s´écorchent, les peaux s´arrachent et s´offrent en images et en strophes. Il tombe des cordes, prêtes à nouer le désordre, les sonorités se tordent sous de sales mots d´ordre, c´est pas faute de vous avoir prévenus, contrairement aux somations, avant ces balles perdues. Le verre se brise et le sang rougeoie au mur, le cuir s´ajoute au cuivre et les fils à l´ossature. La chair dans un éclair se sert en fil de fer, humide qui s´agrippe à la prise terre. Les gammes s´affairent et s´enflamment crescendo, avec la douce violence du verbe à fleur de peau.
Quand le diable est au piano, l´accord est comme une faux, un genre de coupe-nuque au bras d´un vieux bourreau, symphonie blanche, belle comme un échafaud, alphabet de la haine froide en guise d´ex-voto. Tous pétés à la douleur de l´étau, l´encéphalogramme haut, nous sommes les fils des plus vieux barreaux, esthétique de l´embargo du berceau au tombeau, héritage du fouet pour histoire sur pied-bot. Mais qui se paye notre peau ? Qui nous crache d´en haut ? Qui a le trousseau des clefs du cachot ? Et tout ce bordel ne me parle plus qu´à demi mot, quand il me résume le monde par un seul écriteau : une voie, deux trains, trois raisons de prier, avant de courir te foutre à l´eau. Sur une portée recto-verso, à la faveur d´une insomnie de trop, j´ai vomi les partitions du diable en solo.