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La vie est-elle un théâtre ?

Bl00dust
Bl00dust
Niveau 10
29 mars 2007 à 20:46:57

Bonsoir à tous ! ^^

Mon lycée organise en ce moment un concours littéraire sur le thème "la vie est-elle un théâtre ?" :)
Je ne suis pas un grand écrivain, je n´écris d´ailleurs - quasiment - jamais, mais j´ai bien envie de tenter ma chance. C´est pourquoi j´ai écris le petit texte ci-dessous, mais comme je l´ai trouvé à le relecture excessivement mauvais, à supposer que j´ai assez de recul pour juger mon travail, j´aimerais bien que vous me disez ce que vous en pensez. ^^
N´hésitez pas à critiquer très sévèrement. :)

Lui. - Regardez-les, docteur, regardez-les s’agiter dans tous les sens, courir après leur vie, leur condition et leur image d’eux-mêmes ; et tout d’un coup leurs vies s’arrêtent, sans plus de sens qu’elles n’avaient commencées, elles ne sont qu’une parenthèses sitôt ouverte, sitôt refermée. Tous égaux devant la mort et l’absurdité de leur existence : voilà ce qu’ils sont. Ils mettent des masques pour sortir affronter les autres, à chaque interlocuteur son masque. Ca n’est pas qu’ils prennent plaisir à mentir ou qu’ils y soient réduits par nécessité, non, ils ont tout simplement peur. Ce n’est pas une peur de l’autre mais une peur d’eux-mêmes, une épouvantable peur ne pas être à la hauteur de l’image qu’ils se donnent. Voilà bien la seule chose que craint l’homme moderne : celui qu’il voit se refléter dans la pupille de son interlocuteur, comme si cette image volatile, qui reste imprégnée quelques instants sur la rétine avant de s’évanouir, représentait tout l’accomplissement de leur existence. Ils s’adonnent chaque jour à ce ballet emphatique, jouent leur vie sur la scène de ce cabaret, et finissent sous les acclamations ou sous les quolibets, dans l’anonymat des figurants le plus souvent.

(long silence)

Voix off. - Parlez-moi de vos rapports avec les femmes.

Lui. - Ah ! Quelle surprise, docteur, nous y voilà enfin : mes rapports avec les femmes. Faites-moi penser à vous parler de ma mère, comme cela le tableau sera complet. Nous n’échappons pas de ce schéma analytique, voilà votre rôle : la figure paternelle et bienveillante, voilà le mien : l’enfant complexé, puisque nous y sommes jouons-les jusqu’au bout.
(silence)
Je dois avouer que j’ai toujours eu des rapports pour le moins ambigus avec les femmes, nos relations ont toujours été implicites, aucun mot, aucun parole ne venait se poser dessus, comme si rien ne pouvait entacher la solennité du moment. Nous n’étions pas un couple, nous étions ensembles, oui, physiquement nous étions ensemble, mais rien de plus. Nous agissions naturellement, simplement, nous agissions car c’était comme cela que l’on devait faire, c’était le déroulement normal des choses chez deux amoureux. Pour briser le silence, nous avions parfois recours à ces conversations faussement sérieuses, vous savez, ces conversations étranges où chaque parole était nerveusement prononcée car elle ne devait pas briser l’accord tacite qui nous unissait en étant trop évocatrice, ni nous enfoncer dans l’ennui en ne l’étant pas assez. L’humour a toujours été un bon échappatoire, les sourires figés qui déformaient parfois notre bouche nous permettaient de garder une contenance, de prendre de la distance par rapport à l’absurdité de notre attitude figée et insensible. Tout valait mieux que de parler de notre union. D’ailleurs, si elle m’avait si je l’aimais, je crois que j’aurais répondu non. Non que ce soit effectivement le cas mais j’avais peur docteur, peur de ce qu’un oui aurait pu impliquer.
(court silence, il s’emporte soudain)
La Nausée ! Voilà ce que je redoutais ! Cette horrible nausée qui s’insinue partout, qui macère dans qui mon esprit, cette torpeur de l’âme que reflète chaque habitude et qui nous ramènent insensiblement à la vacuité, à la volatilité de notre être ! Comment y échapper si ce n’est en détournant notre esprit, en lui refusant droit de cité dans notre vie ? Mais elle est toujours là, docteur, prête à nous envahir à chaque vagabondage de notre esprit. Le silence ! Quoi de plus horrible que ce silence immaculé qui vous laisse seul, confronté à vous-même ? C’est un mur indéfectible, une barrière infranchissable contre laquelle mon âme se heurte : je ne cesse de le fuir. Je n’arrive pas à dormir, docteur, ce silence transpire la nausée, il me terrifie et m’y ramène indéfiniment, seule l’aliénation du travail arrive à m’en préserver.
Je me souviens quand j’ai ressenti cette nausée pour la première fois. Quand j’étais enfant, mes parents me lisaient le Talmud le soir, mon père me répétait souvent ce passage qui disait : « un homme sans femme n’est pas un homme. » J’ai passé mon adolescence avec ces quelques mots dans la tête, c’est donc tout naturellement que j’idéalisais la féminité, le couple me semblait un moyen de se transcender mutuellement, une sorte d’état idéal qui donnait réellement un sens à la vie. Comme tout un chacun, je connus beaucoup de tentatives avortées, et pourtant je ne pense pas que quelqu’un ait jamais eu une première fois plus difficile que la mienne. Vous pensez peut-être que j’ai défailli, et bien non, j’étais en plein forme ; nous n’avions rien trouvé de mieux qu’un petit hôtel miteux loin de sa famille et de la mienne, mais néanmoins tout se déroula sans incident notable. En sortant, je vis dans le hall un homme d’un certain âge et d’une certaine distinction qui regardait lubriquement la prostituée qu‘il avait au bras, ce tableau qui ne semblait pas déranger mon amie provoqua chez moi un violent haut-le-cœur : ça n’était pas ma moralité - toute relative en vérité - qui me chatouillait mais cette vision m’envoyait sournoisement à la figure toute la médiocrité et la banalité de l’acte d’amour, d’idéal il devenait simple contentement d’une vulgaire pulsion humaine comme manger ou déféquer ! Kafka disait que les femmes sont des pièges qui guettent les hommes de tous côtés pour les entraîner vers leur propre finitude. Savait-il seulement à quel point il avait raison ? En recherchant le plaisir - toujours plus et plus intense - nous végétons dans notre médiocre condition, et plus les artifices du plaisir sont grands, plus la chute nous ramène vers l’absurdité de notre être.

(long silence, il finit par se retourner)

Je suis grotesque, hein docteur ? J’essaie d’éviter la nausée, l’absurde ou tout du moins sa conscience, j’essaie de ne pas la nommer, je la fuis en m’abandonnant à la marche du monde, mais elle reste tapie, partout, dans chaque acte, chaque habitude médiocre et inlassablement ressassée, et quand le monde extérieur brise cet omerta elle revient cent fois plus forte m’étouffer l’âme et me comprimer le cœur. Comme les autres, comme « ils », je passe ma vie à faire semblant, à faire comme si je n’étais pas un automate comme les autres. Je n’en peux plus d’exister, vivre est trop difficile mais mourir l’est encore plus. Je suis perdu, docteur, perdu entre un néant et un autre.

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