Cher Journal,
Je m´appelle Camille.
Camille, et pourtant je suis un garçon. Quelle drôle d´idée que d´appeler son fils Camille. J´ai quinze ans, mais je vais tout bientôt en avoir seize. Je vis seul avec ma mère à Paris, dans un appartement très banal, quelque part dans le dix-huitième arrondissement. Camille. A croire que j´étais prédestiné à la bizarrerie: j´ai les yeux vairons, c´est-à-dire de deux couleurs différentes. Mon oeil gauche est gris tandis que le droit est bleu. Autant dire qu´il est très difficile de soutenir mon regard. A ma connaissance, seule ma mère y parvient. J´ai les cheveux blonds, je suis de taille moyenne, relativement maigre. J´ai la peau toute blanche, toute pâle, presque transparente, on voit mes veines facilement. J´ai les traits du visage légèrement féminins, ceux d´un adolescent qui n´est plus un enfant mais pas encore tout à fait un adulte. Un entre-deux assez difficile à vivre. Depuis un an je m´enferme dans ma chambre, je reste devant l´ordinateur sans sortir de chez moi, je sèche parfois les cours pour aller zoner avec des potes, j´évite les adultes, j´évite la société. Est-ce que je veux seulement grandir?
Et je ne veux pas grandir. Pourtant ça pousse à l´intérieur de moi, tu sais, ça pétille. Parfois j´ai des bulles dans le bas ventre. Je ne le veux pas, mais ça pousse quand même. Je commence à regarder les filles, mais je ne suis jamais sorti avec aucune fille. C´est un mystère pour moi, ces êtres délicieux. Je me surprend à loucher parfois sur de jolies petites fesses, je me surprend aussi parfois à imaginer ces filles sans aucun vêtements. Mon esprit peut s´égarer très rapidement dans ces exquises rêveries qui ne tardent jamais à m´émoustiller. Pfff, imagine un seul instant si je sors avec une fille qui s´appelle Camille. Camille et Camille. Qui est qui? Je me laisse aller dans ce monde étrange, je me laisse glisser sans trop me poser de questions. Si je tombe amoureux, tant mieux. Si je ne tombe amoureux de personne, on ne va pas en faire une maladie. Au début je culpabilisais de ces pensées. A présent je les ais fait miennes. Elles sont moi et je suis elles. Elles sans moi n´existeraient pas. Camille qui rêve à un monde meilleur...
Voilà, cher Journal, me voilà moi, Camille, quinze ans, parisien et perdu. Il est 20h50, je vais surfer sur internet pour me divertir un petit peu. C´est difficile, je m´ennuie. J´ai rencontré quelqu´un, mais je ne veux pas encore t´en parler. Peut-être demain.
Cher Journal,
Encore une journée bien triste. Quand est-ce que le soleil va-t-il briller à nouveau dans la vie de Camille? Ces jours-ci il fait toujours nuit, il pleut, il vente. Il fait froid, il fait très froid dans mon monde. Je ne suis pas un ado comme les autres. Trop mélancolique, trop mûr peut-être, trop adulte pourquoi pas. Je vois des choses que les autres personnes de mon âge ne voient pas forcément. Je fais attention à des choses auxquelles personne d´autre ne fait attention. Des détails. Je crois que je me pose trop de questions. Je crois que je philosophe trop. Bon dieu, vis donc un peu comme tout le monde! Je ne pense pas être quelqu´un de timide, j´ai le contact facile, seulement, je ne recherche pas le contact ces derniers temps, je l´évite. Je préfère la solitude. Je préfère le noir de ma chambre, ma tannière, mon repère, mon quartier général. J´aime m´y terrer et ne plus y ressortir avant longtemps. C´est là que j´ai découvert le plaisir de la masturbation, tout seul, comme un grand. D´abord curieux de cet organe viril dressé contre mon ventre, ensuite hésitant, les gestes incertains, maladroits, des va-et-viens machinaux et rapides, puis enfin l´expertise, le plaisir, la lenteur, l´extase de l´orgasme, les éjaculations bouillantes. D´abord tout honteux de cette pratique, je suis devenu totalement accro à elle, qui est moi aussi, tout comme mes pensées érotiques. Elles sont moi et je suis elles. Je prends beaucoup de temps pour soigner mes masturbations, pour qu´elles soient les meilleures possibles et pour qu´elles ne laissent aucunes traces. Aussi, depuis peu, j´ai pris l´habitude de me regarder en train de me branler. Me voir jouir, mes yeux qui partent en arrière, ma bouche entre ouverte, le mouvement de mon bras frêle, mes longs doigts effilés autour de mon sexe, le mouvement lent de mon bassin, le rythme de ma respiration qui s´accélère, mon coeur qui résonne dans mes oreilles, mes tempes qui bourdonnent, mon petit gland rouge et humide délicatement décalotté, le bruit de mes bracelets contre mes hanches, le plaisir qui monte, je ralentis, le plaisir à nouveau, je ralentis, le plaisir au point de non retour, fulgurance de l´orgasme adolescent et soudain la violence de la première salve de sperme qui atteint mon cou, le petit gémissement ultime, l´abondance de mon nectar, je m´écroule, les jambes flageolantes, un peu étourdi, rêveur, sur un nuage. J´aime ça. J´adore ça même. Petit Camille allongé nu dans les draps de son lit...
Peut-être le soleil vient-il de la rencontre que je viens de faire sur internet. Peut-être suis-je amoureux. Depuis que je me pose ces questions, mes séances de masturbation ont gagné en intensité. Comment est cette personne en réalité? On discute souvent elle et moi. Et elle, que ressent-elle pour moi? Pauvre Camille, dans le noir de sa chambre, le torse juste éclairé par la lueur bleuté de son écran d´ordinateur... Demain je te la présenterais, mon cher Journal Intime.
Cher Journal,
J´ai le coeur qui bat la chamade rien qu´à l´idée de te décrire la personne que j´ai rencontré. Elle s´appelle Margot, quel joli prénom! J´adore prononcer son prénom et sentir ces sons parfumés qui s´échappent de mes lèvres: "Margot". Elle habite Paris aussi, mais elle ne fréquente pas le même collège que moi. Elle a seize ans, rousse, les yeux tout noirs, la peau... mon dieu une peau d´ange, fait de canelle et de sucre, qu´elle doit être douce, qu´elle doit sentir bon! De longues jambes effilées aux molets sculptés par la pratique du tennis, le visage délicat, quelques tâches de rousseur, voici Margot. Margot, mon Journal, mon Journal, Margot. "Enchantée" te répondrait-elle de sa voix à tomber. C´est une adolescente ouverte, vive et intelligente. Elle sourit tout le temps, tu devrais la voir. Bon, je ne l´ai encore jamais vue en vrai, seulement derrière sa webcam, mais qu´elle me plaît! Oui, elle me plaît plus que tout. Tu tomberais amoureux aussi! Impossible de résister à elle. Je ne pense qu´à elle, tout le temps. Elle hante mes pensées les plus intimes et mes fantasmes les plus fous. Je crois très sincèrement que je suis amoureux. Ce soir, lorsque je lui ai parlé sur internet, elle m´a dit qu´elle aimerait me rencontrer. Je pense qu´on va bientôt se donner rendez-vous quelque part dans la capitale et rien que d´y penser, j´ai la tête qui tournoie de bonheur. Margot deviendra-t-elle ma première petite amie? Margot et Camille. Camille et Margot. Un frisson parcourt mon échine de bas en haut...
Lors de mes masturbations quotidiennes, je ne pense qu´à elle. Je ne sais pas si c´est bien de penser à ça, mais c´est plus fort que moi. Et puis je ne veux pas que tu penses que je ne veux que faire l´amour avec elle, non, c´est faux. Mais les garçons sont peut-être un peu simplistes dans leurs envies. Ma main se fait tantôt le vagin tantôt la bouche tantôt l´anus de Margot. Quand on couchera ensemble, je la regarderais et savourerais chacun de ses mouvements, je me délecterais de ses gémissements et son orgasme sera le mien. Quand on couchera ensemble, je la regarderais s´assoupir, ses yeux se fermer, son corps se détendre dans les draps blancs. Je lui lirais les plus beaux poèmes et je lui chanterais les plus belles chansons. Quand on couchera ensemble, nos corps ne feront qu´un, unis pour l´éternité. Je m´enfoncerais en elle avec toute la douceur que son corps demandera, avec la peur de lui faire mal, elle est tellement fragile, ma Margot. Et elle mettra sa langue ou tu sais, pour me faire voyager dans des mondes inconnus, pour me fare visiter des contrées étrangères. Elle avalera mon jus pour m´avoir dans son ventre et s´abreuver de mes vitamines, gourmande, l´oeil coquin. Puis elle m´embrassera. Son corps nu sur le mien. Mes mains vagabonderont sur son dos parfaitement dessiné. Jusqu´à la descente de ses reins, et ses deux petites fesses dodues, toutes roses. Ejaculation. J´en ai plein le visage. Je lèche la goutte qui coule sur ma lèvre inférieure. Je n´en reviens pas de la puissance de mes jets. Pour le moment je suis seul.
Les rayons du soleil percent les nuages gris.
Cher Journal,
Je me suis fait beau ce matin pour rencontrer Margot. Je me suis rasé les troix poils qui se battaient en duel sur mon menton, j´ai mis du gel dans mes cheveux pour que ma coupe ressemble à quelque chose, je me suis innondé d´eau de toilette et j´ai mis ma plus belle tenue. Oui, on s´est donné rendez-vous avec Margot. Rendez-vous devant Le Café des Deux Gares, rue de la Soupière. J´y vais en skate. Elle m´a dit qu´elle voudrait bien l´essayer.
Je te tiens au courant dès que possible, cher Journal Intime.
Cher Journal,
Je me suis trompé. Que j´ai honte, que je suis fâché contre moi! Margot n´est que pute... Et voilà que les nuages masquent à nouveau mon soleil de bonheur, pire, il pleut. Il fait à nouveau froid. Que c´était bon un peu de chaleur. Rien n´y fait, je suis maudit, maudit... J´étais peut-être amoureux, mais quel imbécile d´y croire! J´étais fou d´y croire, fou d´y rêver. Que c´est stupide l´innocence et la naiveté d´un adolescent tout de même. Ca tombe dans les pièges facilement et pour se relever après... Un adolescent c´est tout titubant d´inexpérience, ça se cogne partout et les bleus marquent. Surtout sur ma peau claire. J´ai rêvé de Margot, je m´en suis furieusement masturbé, je m´en suis magistralement couvert de sperme. J´ai rêver de l´aimer, de pouvoir l´aimer, d´enfin pouvoir aimer une fille. Ca m´en a embrasé le bas ventre, ça m´en a fait passer de belles nuits. Camille, Camille, Camille...
Je suis allé au rendez-vous, comme prévu. Elle était magnifique, sublime, elle irradiait de beauté, comme les auréoles qu´ont les saintes sur les tableaux de la renaissance. Notre rencontre s´est faite tout naturellement, comme si nous nous connaissions depuis toujours, normal, on se parle depuis pas mal de temps maintenant sur internet. Je ne me suis posé aucune question à son sujet, je me suis laissé aller, comme j´ai l´habitude de faire dans la vie, et je n´ai rien vu venir, rien du tout. Quel connard je fais. Même au moment où elle m´a invité chez elle, je n´ai rien vu. Ses parents n´étaient pas là, l´appartement était vide. On s´assoit sur le sofa, elle me sert un cola. Il fallait me voir, j´étais heureux. Enfin j´allais avoir de l´affection, enfin j´allais pouvoir aimer et être aimer. Etre aimé... Quelle sensation merveilleuse!
"Tu es très mignon, Camille. Tu me plais beaucoup, dit-elle."
Alors là évidemment je rougis, je ne sais plus où me mettre, j´essaie de me rouler en boule.
"Tu me plais aussi, répondis-je timidement."
On s´est embrassé, cher Journal. Oui, on s´est embrassé, et quel baiser! Il était digne d´une déesse. Moi je n´avais jamais embrassé personne, mais elle, elle savait y faire, ça se sentait. Sa langue entra la première dans ma bouche et carressait de petits mouvements soyeux la mienne, recroquevillées derrière mes dents. C´était indescriptible... Cette première fois était digne d´un roi. Le cadeau qu´elle me fit me laissa sans voix. Mais ce n´est pas fini. Elle avait toujours sa langue qui s´aventurait ici et là, quand je décidais à mon tour de glisser la mienne entre ses lèvres délicates. C´était si doux! Nos deux langues jouaient dans la bouche de l´autre, elles gagnaient en vivacité, je respirais par le nez, sentais couler lentement au fond de ma gorge le surplus de salive. Je crus que j´allais m´évanouir tellement c´était bon. Inoubliable. Magique. A écrire dans les anales de Camille. Mon coeur se débattait dans ma poitrine comme un oisillon prisonnier de sa cage. Boum, boum, boum, boum. Mon sexe se redressa, tout mon corps était prêt pour une relation sexuelle. Mais lorsqu´elle prit ma main pour la placer sous sa jupe, sur son sexe, je ne sais pas pourquoi, je pris peur et la retira vivement. Mon corps était prêt, mais pas ma tête. Non. C´est tout le paradoxe de Camille. Camille devient un homme mais sa tête veut rester un enfant. Cette situation était pourtant excitante... C´était Margot la fautive. C´est à cause d´elle. Mon dieu, qu´est-ce qui m´arrive? Je ne suis pas normal, je ne suis pas comme tout le monde. J´ai peur de moi. J´ai peur de ce que je vais devenir. Pourquoi ais-je réagis comme ça? As-tu une réponse, cher Journal Intime? Que m´arrive-t-il?
Camille.
Intéressant. Du moins le début, après ça commence à se répéter un peu je trouve. Et si tout tourne autour du sexe de ce pauvre gamin (toi? Il y a déjà plusieurs journaux intimes fictifs ici), ça me lassera vite personnellement. J´attends le revirement qui me rendra accroc à ce texte, qui est pour l´instant bon mais pas sensationnel, alors que je suis sûr que tu as du potentiel, de ce que j´ai vu dans les deux premiers paragraphes. Continue. ![]()
Fini? ou pas.
J´ai vu quelques nouvelle des journaux intimes, mais j´ai pas trop apprécié en général... celui ci est bien fait je trouve. Les passages masturbation éjaculation tout ca, je lis en diagonale mais je comprends bien que ce soit obligé.
Le ton est parfaitement naturel, je ne sais pas si tu parles de toi ou d´un perso imaginaire ( allez j´opte pour la deuxieme solution ), mais on se sent à l´aise, tu chipotes pas avec des détails inutiles, tu n´enlumines, c´est parfait.
Par contre, il manque peut être une montée en puissance? Perso j´en sais rien, je suis pas critique, mais je trouve que tu es allé trop vite. Le premier jour était très bien ( "Camille, et pourtant je suis un garçon." c´est sympa de rentrer comme ca dans l´histoire, le garcon parait logique, intelligent ), mais après, tu vas ptet trop vite sur la relation sur internet, puis la scène ou ils couchent ensemble. Le garcon a toujours été seul, il se masturbe, mais tu n´appuies pas assez la dessus, pour marquer cette solitude, c´est dommage, ca perd de son impact.
Enfin voilà, après évidemment que l´histoire est pas très originale, mais on s´en fout, c´est pas ce qu´on recherche, ce qui nous intéresse c´est comment tu vas traiter ca. Et pour l´instant, tu t´en tires très bien je trouve. Si y a suite, je la lirai, mais je t´invite à développer un peu tout ca ( tout en restant naturel et en gardant la simplicité, bien sur ! )
Lu.
Au niveau du style, c´est particulier. On va dire que, contrairement à la plupart içi, tu manque d´une certaine technique, d´une certaine fluidité. En contrepartie, ton texte a déja ce qu´on appelle une "ame", une touche personnelle qui est trés interessante à lire. T´a du potentiel, c´est sur et certain.
Au niveau de l´histoire, pour l´instant on reste dans l´habituel, ni cliché ni original, classique quoi. Mais le personnage, avec ses particularités et son orgueil typiquement adolescent, est véritablement attachant, et j´ai hâte de le connaitre ^^. Tout comme Az´, il est difficile de savoir si c´est véritablement un journal intime de toi ou alors inventé, mais dans le second cas, ça veut dire que tu est arrivé à creer suffisament de réalité pour pouvoir nous faire croire que c´est vrai.
Je lirais bien sûr la suite. Bonne chance, et Bienvenue sur Ecriture. ![]()
nouvelles*
tu n´enlumines pas*
Chtites fautes.