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Le visage de la folie

FarzielBogaart
FarzielBogaart
Niveau 1
19 février 2007 à 15:17:47

Voila un début d´histoire que je fais parce que l´idée me plait assez, maintenant j´aimerais savoir si ça "a de l´avenir", enfin si ça a une chance de continuer sans faire flop.

« Alors, docteur Barnet ? Vous en pensez quoi ? »
Le docteur Barnet resta pensif et ne prit pas la peine de répondre immédiatement à la question de son assistant. Il gardait les yeux rivés sur le patient, au travers du plexiglas. Jamais au cours de sa carrière il n’avait eu à traiter pareil cas. Les troubles dissociatifs de la personnalité n’étaient pourtant pas récents, mais Arthur Belley constituait un véritable phénomène. Non pas parce qu’il abritait une personnalité supplémentaire –d’autres cas en possédaient des dizaines- mais bel et bien parce que sa personnalité supplémentaire était unique. Un bijou pour les psychologues.
« C’est un trouble de personnalité multiple, évidemment. Mais là, on verse dans quelque chose de peu commun. Vous m’avez bien dit que c’est lui l’Egorgeur de Paris ?
- Absolument, confirma l’assistant. L’ADN l’a confondu, il a bel et bien tué huit personnes complètement au hasard dans les rues de Paris après onze heures du soir, il y a une semaine…
- Le fait qu’il ait proclamé son innocence prouve bien que ce n’est pas lui qui a fait ça, pas exactement lui du moins »
L’assistant de Barnet consulta un dossier rouge.
« Les familles des victimes rejettent la thèse du désordre psychologique. Selon eux, c’est un serial killer, au vu de ses méthodes…
- Ils se trompent. Il suffit de voir Arthur Belley en ce moment pour se rendre compte qu’il n’est pas responsable de ces meurtres. Quelqu’un d’autre, enfoui dans son cerveau, agit par moments à sa place. Un authentique cas de trouble dissociatif de la personnalité. Et mon devoir est d’étudier ce patient »
Son assistant haussa un sourcil d’un air circonspect.
« Il est dangereux. Enfin, quand il s’y met quoi. Vous comptez vraiment… ?
- Je vous l’ai dit, c’est mon devoir »
Le docteur Barnet n’eut pas le temps d’en dire plus car on vint lui annoncer la venue du commissaire Flubert. Ce dernier marchait d’un pas pressé et, visiblement, il était assez mécontent. Il se campa devant Barnet qui le dominait de six bons centimètres et adopta une posture de colère. Il paraissait plus contrarié que fâché d’ailleurs.
« On vient de m’apprendre que Arthur Belley relevait désormais de vos compétences ! De quel droit vous appropriez-vous mes détenus ?
- Mon cher commissaire, je vous prie de comprendre. Ce n’est pas un tueur comme les autres. Je dois l’étudier.
- Quelqu’un qui tue huit personnes au hasard et sans aucun mobile relève peut-être de la psychiatrie, mais pour le moment il faut qu’il reste en cellule !
- Le juge a déjà donné son aval, commissaire, il ne vous sert plus à rien de vous énerver contre moi. Il aura son jugement, je vous le promets. Mais en attendant, il est à moi.
- J’espère que vous savez ce que vous faîtes, charlatan ! » rumina Flubert en tournant les talons.
Le commissaire quitta l’hôpital dans le même état d’esprit qu’à son entrée. Le docteur Barnet reporta son attention sur Arthur Belley qui restait prostré sur une chaise en plastique, au fond de sa cellule. Il était difficile de penser que cet homme était responsable de huit meurtres… Il avait, au bas mot, vingt-cinq ans. Il avait surtout l’air anéanti. Sans doute ne comprenait-il pas ce qui lui arrivait. Quand la police avais mis la main sur lui, on l’avait trouvé à genoux, rampant misérablement dans une marre de sang. Ce sang tâchait ses vêtements et collait ses cheveux, comme s’il s’était baigné dedans. Selon ses dires, cela n’avait jamais été le cas, et jamais il n’avait tué des hommes ni des femmes. Qui donc habitait ce corps, pour commettre de telles atrocités ?
Le docteur se détourna et quitta le couloir en éteignant la lumière derrière lui. Arthur Belley leva alors la tête, visiblement en proie à un conflit intérieur. Ses yeux s’agrandirent, s’injectèrent rapidement de sang et un sourire apparut sur ses lèvres, de plus en plus creusé et net. Son visage prit une expression de satisfaction macabre et il parla lentement, d’une voix plus aigue que d’ordinaire.

« Vous avez du nouveau ? On entend ce qu’il dit maintenant ? » s’impatienta le docteur Barnet.
Lui et ses assistant étaient réunis autour d’un ordinateur et ils visionnaient le film de la caméra de surveillance de la cellule d’Arthur Belley. On l’y voyait assis, dans la même posture du début à la fin, mais on l’entendait faiblement parler. L’un des infirmiers travaillait à régler le volume sonore.
« Je pense que ça ira, annonça-t-il.
- J’espère que nous allons apprendre des choses intéressantes » soupira Barnet.
On remit le film au début de la conversation. Tous tendirent l’oreille pour mieux entendre. La voix aigue se fit alors entendre.
« Quand je pense qu’ils t’ont attrapé, mon pauvre Arthur ! Tu es bien un minable, je l’ai toujours pensé. Pourquoi as-tu tenu à reprendre le contrôle, je m’amusais tant ! Et puis ça te faisait du bien de te libérer de ce balai que tu gardes dans le cul depuis longtemps !
- Tais-toi, fit la voix normale d’Arthur. Va-t-en !
- Oh, minauda la voix aigue qui en devenait insupportable. Va, tu me fais bien rire ! Je peux faire de grandes choses, mais pourquoi faut-il que je m’embarrasse de toi, chiffe molle ? Il va falloir que je te détruise pour devenir le seul maître de ce corps.
- Tu n’y arriveras pas. Je me tuerai plutôt que de te laisser le contrôle !
- Sans blagues ? Tu auras assez de couilles pour y arriver ? Je te mangerai avant ! »
Arthur –même si ce n’étais pas lui- ricana. Barnet crut entendre à nouveau les corbeaux qui squattaient la barrière de sa maison de vacances.
« Ils ne savent pas à qui ils ont affaire ! se réjouit la voix aigue. Et quand bien même ils comprendraient, rien ne peut nous arrêter. Que tu le veuilles ou non, je gagnerai et je vivrai ma vie, idiot. Passe une bonne nuit ! »
Ce fut la fin de la discussion. Arthur Belley s’effondra en sanglots sur son lit et n’en bougea plus jusqu’à la fin du film. Les infirmiers se regardèrent sans mot dire, guettant la réaction du docteur Barnet. Celui-ci préféra économiser ses paroles et se retira dans son bureau. Le cas Arthur Belley semblait trop beau pour être vrai. C’était Docteur Jekkyl et Mr.Hide. Et c’était exclusivement pour lui, un psychiatre qui n’était pas beaucoup respecté par ses pairs. Il allait pouvoir faire des thèses et des thèses sur ce cas, et enfin il aurait la place qu’il méritait dans le monde de la science.
Arthur Belley et le monstre qu’il cachait en lui auguraient de grandes choses. A lui d’en profiter.

Makse
Makse
Niveau 3
21 février 2007 à 12:16:59

Personnellement je trouve que tu as un très bon style, c´est fluide, ça se lit bien, et puis l´histoire est intéressante.
En tout cas j´attends la suite. :ok:

Negatum
Negatum
Niveau 10
22 février 2007 à 19:21:03

M´Oui, pas mal. Ca se lit, on va dire. Y a quelques transitions qui manque parfois, mais ce n´est pas bien grave.
J´ai plus de chose à dire sur l´histoire. L´affaire de la double personnalité est ultra-classique, soit, mais avec un traitement original, ça pourrait devenir bien. En revanche, quelques incohérences se glissent dans l´histoire:
1: Les cas de double personnalité méchant/gentil, c´est plutôt fréquent quand on n´y pense. Je suis pas psy, mais je crois que quand quelqu´un refréne ses pulsions, il peut faire des névroses, donc devenir schyzophréne. Et la pulsion du meurtre et de la violence, c´est souvent réfréné.
2:Si un type a tué huit personne, c´est pas dans un hopital qu´on le met, c´est dans un asile. Là-bas, en revanche, ils ont les moyens de limiter la violence.
3: Ils ont une preuve qu´il a une double personnalité? SI le médecin et le flic sont intelligent, alors ils pourraient au moins soulever la thése que tout ceci n´est qu´une vaste comédie pour éviter la perpétuite.
Voilou ^^

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
22 février 2007 à 19:35:35

+1 pour Neg, même si j´avais rien vu^^ Sauf pour le dernier point : la comédie c´est bien, mais y´a des limites : y´a des trucs qu´on simule pas. En l´occurence, je pense que l´état hagard du mec ne laisse aucun doute sur le fait qu´il ne comprenne rien à ce qui se passe. De plus, ils peuvent se poser la question, mais pour pouvoir trancher il faut faire appel au psychiatre, donc c´est normal qu´il se retrouve là, à mon sens. :-)

Ceci dit ça reste sympathique. Mais effectivement, un tel cas n´a rien d´unique je pense. Quoique je connais rien du milieu, mais je pense que pour que ce soit "unique" il faudrait réellement avoir deux personnalités distinctes qui cohabitent, pas simplement une confrontation entre une personnalité dite "normale" et une latente qui surgit de temps en temps. Mais je sais même pas si ce cas est scientifiquement plausible.

FarzielBogaart
FarzielBogaart
Niveau 1
22 février 2007 à 19:57:32

Merci de m´avoir lu. C´est un texte que je fais "à l´arrache" : ma méthode est de me faire un film dans ma tête (je fonctionne comme si je retranscrivais un film) et ensuite j´écris les péripéties. si tout va bien, j´articule tous ces passages et je complète pour obtenir une histoire cohérente.
Voilà jvous poste la suite.

Dès le lendemain le docteur Barnet se mit au travail. Il rendit visite à Arthur Belley au saut du lit, et fit comme si de rien n’était. Le patient avait toujours l’air aussi anéanti, mais néanmoins la sollicitude du docteur le mit dans de bonnes dispositions et ils se parlèrent pendant un quart d’heure. Barnet restait sur le qui-vive, évita de parler des meurtres. Ce fut Arthur qui amena le sujet sur le tapis.
« Vous me croyez coupable ? demanda-t-il l’air misérable.
- Je ne sais pas. Je suis là pour vous aider, si vous pensez savoir quoi que ce soit, dîtes-le moi. Il ne faut pas laisser cette affaire pourrir.
- Je ne me souviens pas du moindre détail d’aucun des meurtres. Je sais simplement que je suis redevenu conscient au milieu d’une flaque de sang et que les sirènes de la police hurlaient autour de moi. C’est comme si quelqu’un d’autre avait tué les gens à ma place et m’avait mis là »
Barnet hésita. Il estima cependant qu’il ne fallait plus tourner autour du pot, car Arthur essayait de l’induire en erreur. Il était bien au courant de son trouble, et il s’efforçait de le lancer sur une fausse piste. Il fallait bien lui faire comprendre que c’était dans son intérêt qu’il jouât franc-jeu.
« Parlez-moi de… de votre deuxième vous »
Arthur Belley resta choqué un moment, puis il prit peur. Il recula de deux bons mètres dans la plus grande panique.
« Ne vous approchez pas ! Ne parlez pas de lui ! Vous allez le réveiller et le faire venir !
- Qu’est-ce que…
- Sortez, sortez ! Il est capable de tout ! »
Les cris d’Arthur suffirent à convaincre le docteur Barnet de quitter la pièce. Il resta un long moment derrière la vitre pour voir si l’autre se manifestait, mais il n’en fut rien. Avec un grand soupir, il se résigna à interrompre l’expérience.

Les craintes du docteur furent fondées le lendemain au moment du repas du midi. Il se trouvait alors derrière le plexiglas et il regardait Arthur Belley manger tranquillement son bol de riz. Il était évident qu’il se forçait. Cela témoignait de sa bonne volonté. Il y eut alors un brusque changement dans l’expression du visage du patient et, de son nouveau sourire de vautour jaillit une plainte gémissante. Le bol de riz vola à travers la pièce pour s’écraser contre le plexiglas.
« Quels salauds ! se plaignit la voix aigue. Nous donner du riz alors que nous n’avons pas faim, et qu’en plus nous n’aimons pas ça ! Mais toi, lopette, tu manges en silence ! Faut-il que je sois toujours vigilant ?
- Tais-toi, tu vas nous faire repérer… gémit la voix d’Arthur.
- Oh, je me tairai quand j’en aurai envie ! Ce n’est certainement pas toi qui va me dicter ma conduite ! Commande de la viande la prochaine fois, je risque d’avoir besoin de forces… »
Barnet observa Arthur se recroqueviller sur lui-même. Il quitta le couloir d’un air pensif et s’enferma dans son bureau à double tour. Il lui fallait parler à Arthur Belley sans réveiller son côté “maléfique”. Mais plus inquiétant encore, Arthur avait dit “nous faire repérer”. Pourquoi “nous” ?
Arthur Belley semblait craindre celui qui sommeillait en lui, mais il cherchait encore à le couvrir. Ce patient ne promettait pas d’être facile à étudier. Néanmoins, Barnet savait désormais qu’il ne jouait pas la comédie.

Le commissaire Flubert n’avait visiblement pas dit son dernier mot. Il rendit une visite plus indésirable qu’imprévue à Arthur Belley, entouré de deux policiers. Malgré les protestations du docteur Barnet, il entra dans la cellule du suspect et s’assit sur une chaise pour lui parler. Arthur Belley se réveillait juste de sa sieste.
Les questions du commissaire portaient sur l’enfance d’Arthur Belley, sur sa famille, sur sa vie sociale. Le patient répondait mécaniquement, en hochant la tête régulièrement. Flubert n’obtint rien d’intéressant. Le commissaire commença alors à l’assaillir de questions sur ses prétendus désordres psychologiques. Comme face à Barnet, Arthur se mit à paniquer et ordonna au policier de quitter la pièce. Ce que ce dernier s’empressa de ne pas le faire. Ce fut Barnet qui dut lui conseiller d’obtempérer.
« On n’en a pas fini, Belley ! grogna Flubert en se tournant vers la porte. Je percerai le secret de ces meurtres !
- Ca vous ennuie tant que ça, de ne pas comprendre ? »
Une voix inhabituelle, aigue, venait de lui répondre d’une manière cinglante. Barnet tressaillit. Arthur Belley était recroquevillé sur lui-même, et quand il leva la tête, ses yeux rougissaient déjà.
« J’imagine que vous ne savez pas ce qui se passe, n’est-ce pas ? grinça la voix en même temps qu’un sourire vicieux fendait le visage du patient. Laissez-moi vous montrer comment ça c’est passé ! »
En un bond fantastique, Arthur Belley fut face au commissaire Flubert et lui saisit le cou. Le visage du meurtrier exprimait une démence sans bornes. Son ricanement faisait froid dans le dos. Les deux policiers qui accompagnaient le commissaire saisirent leurs matraques et assénèrent plusieurs coups sur la tête d’Arthur, mais cela n’eut aucun effet. Barnet trouva cela particulièrement étrange. Belley continuait d’étrangler Flubert sans que rien ne l’arrêtât. Le commissaire devenait de plus en plus pâle.
Un infirmier finit par entrer dans la pièce avec une seringue de sédatif. Barnet la planta dans le cou d’Arthur Belley qui ne manifesta aucune douleur. En réalité, il ne remarqua même pas que le docteur la lui avait plantée. Ce ne fut que quand il chancela qu’il porta la main à sa nuque et qu’il remarqua la présence de la seringue.
« Merde ! siffla la voix. On n’en a pas fini, comme vous dîtes ! Je vous détruirai tous ! »
Arthur Belley s’effondra finalement au sol. Le docteur Barnet avait une petite idée sur ce qui venait de se dérouler sous ses yeux. Une théorie complètement folle venait de germer dans son esprit. Décidément, Arthur Belley lui promettait de grands moments devant un parterre de grands pontes du monde médical.
« Attachez-le solidement sur le fauteuil de la salle B. Préparez son transfert dans l’aile de haute sécurité. Et convoquez le docteur Solman, j’aurai besoin de ses compétences »
Flubert se releva, le visage encore pâle. D’une voix rendue rauque par la strangulation, il jura qu’il ferait payer ce qui venait de se passer à Belley et quitta l’hôpital précipitemment. Barnet resta pensif : Belley pouvait-il être assez fou pour ne plus ressentir la douleur ? C’était techniquement impossible mais visiblement, il fallait y croire. Restait à savoir de quelle façon.

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