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L'aube du crépuscule

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
17 février 2007 à 17:35:01

Le réveil sonna comme tous les matins à sept heures précises. Sylvia Rowland ouvrit les yeux doucement, avant d´éclater magistralement de rire. Elle se trouvait en effet, au plafond de sa chambre, à sa grande surprise. L´ensemble de ses meubles l´avaient accompagné dans ce saut, dont le stupide réveil, qui, heureusement, se trouvait juste à côté d´elle. Elle en profita pour allumer la radio, pour capter sa fréquence favorite. Le son lui parvînt directement, et elle put comprendre pourquoi la gravité l´avait abandonné.
"Ce matin, le Parlement des Sciences a voté d´une courte voix l´abandon de la gravité, pour contrebalancer les fortes chutes de pierre et tremblement de terre qui ont frappé l´Est-Occident. Ainsi, dès lors..."
Sylvia Rowland coupa la radio. Elle nagea conscienseument vers son armoire pour tenter de récupérer ses affaires de classe. Elle songeait. "Mais quels jeux géniaux on va faire aujourd´hui!" Elle arriva tant bien que mal à mettre l´ensemble de ses habits, et arriva la phase difficile: descendre en bas pour engloutir le petit-déjeuner. Puis elle se souvînt que depuis une semaine le lait n´était plus un liquide, et elle arriva à sortir par la fenêtre de sa chambre, en prenant au passage une brique de lait, qu´elle dévora le long du chemin vers l´école. Elle planait au-dessus des trottoirs,et remarquait que personne n´avait pris de voiture. Comme quoi, la pollution atmosphérique était de fait
La faute exclusive de Newton, qu´elle ne regrettait pas de connaître. Depuis que les scientifiques avaient fait main basse sur les règles de la nature, les choses allaient beaucoup mieux, et surtout, elles ne tombaient plus au sol à cause d´une loi stupide.

Elle vît au loin arriver le jeune Mark, séduisant jusque dans sa manière de voler. "S´il pouvait voler à mon secours de la sorte...". Il s´approcha d´elle tranquillement, puis, au moment où il allait lui dire bonjour.... Elle se sentit d´abord lourde, puis rapide, et enfin, elle ne sentit plus que le béton dur et inaccueillant du trottoir. "Si c´est ça tomber amoureuse, je veux bien passer mon tour, pensa t-elle". Mais en levant les yeux, elle vît l´écriteau automatique, qui affichait une émission de télévision en direct, où le présentateur lui-même était tombé à la renverse à l´annonce de la nouvelle: "Une erreur informatique a provoqué des votes faussés. Le maintien de la gravité a en fait été confirmé par les scientifiques du Parlement, qui s´excuse du désagrément causé." Josh juste en face d´elle, la nouvelle ne pouvait pas tomber plus mal....

"ça va, Sylvia?"
-ça peut aller, répondit-elle, en levant les yeux sur le visage si harmonieux de Hans.
"Tu veux que je te prenne tes affaires? Je pense que tu vas avoir mal au dos. Ils font chier avec leur changements d´avis."
-ça oui, je suis tombée de haut!
Gary sourit, puis ramassa les affaires de la jeune fille. Ils étaient dans la même classe depuis maintenant cinq ans -elle le connaissait donc depuis qu´elle avait un an-, et jamais, jamais, elle avait osé lui dire la vérité en face. Elle se rendit compte comme la situation était ingérable, prit son courage à deux mains pour ne pas qu´il s´échappe, et regardant Keith dans les yeux, elle lui dit sereinement.
"La vérité."
Voilà, c´était fait. Dire qu´elle avait attendu toutes ces années pour le faire! A ce moment une cloche retentit , et elle comprit immédiatement que c´était le cours de physique. Son cours préféré, puisqu´il s´agissait d´un vrai cours de réflexion, pas comme la philo où tout était donné tout cuit. Elle adorait surtout les débats avec le professeur concernant le réchauffement climatique, ou les décrets au sujet de la couleur des éclairs. L´an dernier, après un concours organisé dans les écoles primaires de la ville, le dessin gagnant avait décidé de la couleur des éclairs, qui étaient dorénavant verts. Surprenant à première vue, mais cela donnait un ressort poétique appréciable en fin de compte. D´ailleurs, elle se souvenait que le mois dernier, alors qu´elle était avec Harry, toujours aussi beau, qu´elle était soulagée de lui avoir enfin dit la vérité! alors qu´elle était avec Willy, ils avaient vu le premier de tous les éclairs verts, et elle avait trouvé ça extrêmment romantique.

A six ans officiels, elle en avait en réalité dix-neuf, mais le référendum de 3421 avait décrété que les enfants pourraient profiter de leur quiétude plus longtemps, et que l´on attendrait la fin de leur croissance pour les éduquer. Mais comme on avait pas pu reparamétrer les appareils de la mairie, qui incitaient les mères d´enfant de un an à les placer à l´école, les machines étant trop vieilles et complexes, on avait lancé une nouvelle loi, qui indiquait que les enfants qui avait quatorze ans n´en avaient qu´un, et tout se passa tranquillement ensuite. C´est grâce à cette mesure qu´elle avait pu rencontrer le mignon Alex, dès sa première année de cours. La sonnerie retentit une seconde fois, alors qu´elle commençait à rêvasser. Elle poussa un soupir, qui lui bloquait le passage, avant d´entrer dans la salle de classe qui lui était allouée, le pavillon C.

Le professeur Ian fit rentrer tranquillement les élèves dans la classe un par un, en les saluant par leur nom.
"Tiens bonjour Sylvia, dit-il en souriant."
-Bonjour professeur Narrold
Le professeur Hawclard salua aussi Laurent, avant d´entrer dans la classe à son tour. Les tables étaient disposées en U. Sylvia fit bien attention de bien se mettre à côté de Steven, et ayant réussi, son coeur se mit à battre plus vite ses pauvres côtes. Heureusement que les organes ne détenaient plus le droit de porter plainte. (de toute façon, ça aurait trop lourd pour eux-
"Bonjour à tous, mes chers enfants. Quelqu´un sait-il ce qui s´est passé cette nuit?"
Frank leva instantanément la main. Décidément, ce garçon était vraiment génial. Non seulement il était beau, mais aussi fayot. Il avait vraiment tout pour lui.
"Nos dirigeants ont chuté dans notre estime."
-Pas seulement, eux aussi ils doivent respecter les lois. Mais tu ne dis pas tout. Bien. Hier une loi avait été adoptée, interdisant à quiconque de pratiquer la gravité. Et ce matin, lors d´un recomptage des votes, on s´est rendu compte qu´il y avait une erreur, et les députés ont annulé la loi. Qu´en pensez vous les enfants?
-La nuit, monsieur, juste avant de m´endormir.
Et le cours continua, tout aussi passionant, où le professeur expliqua pourquoi on avait décidé de solidifier le lait. Sylvia se souvînt alors qu´elle n´avait pas fini sa brique, et prit le dernier morceau qui restait dans sa poche. Viktor l´ayant remarquée, elle lui tendit également un morceau, sans manquer d´observer encore ses si beaux yeux noirs. Décidément, c´était bien lui l´homme de ses rêves.

Enfin vînt la pause. Oscar lui proposa d´aller visiter le Parlement avec lui, et elle accepta avec joie, guettant l´enthousiasme dans les yeux de jais de Denis. Elle dit poliment à la pause de partir, puis elle prit un train pour rejoindre le parlement. Dans les hauteurs de la ville, au-dessus du village où habitait Sylvia, le Parlement était vraiment à la fois étrange et bizarre, et cette contradiction le rendait légèrement mystérieux. Ils laissèrent le train à la station suivante, puis montèrent un escalier, qui les emena jusqu´à leur destination. Arrivé au bas du bâtiment, Sylvia se rappela ce que lui avait dit le prof de physique ce matin, comme quoi il avait été construit en même temps que les premières maisons, et était dès lors incontournable. Maintenant qu´il les surplombait tous les deux ,elle prit un peu peur, et aggrippa la main de Théo, qui la rassura gentiment. Ils se décidèrent enfin à entrer. Mais à peine eurent-ils fait coulisser la porte qu´une dizaine de gardes les encadrèrent en leur bloquant le passage. Serge leur posa quelques questions, puis il revînt vers elle pour lui expliquer.
"Accès interdit au public... Je pense que notre rendez-vous tombe à l´eau."
-Et dire que si la loi sur la gravité avait bien été ratifiée ce matin...Tu trouves quand même pas que c´est bizarre?
-Beh si, le Parlement est étrange et bizarre, et c´est bien ce paradoxe qui le rend mystérieux.
-Non Xavier, je parlais pas de ça, mais qu´on nous refuse l´entrée... On est des citoyens quand même... Je pense que ça cache quelque chose...
-Beh d´après les plans ça cache une partie de la vieille zone industrielle. Si tu veux la voir, on peut y aller, il n´y a pas de problème.
-Mais tu le fais exprès ou quoi? Je te dis que c´est louche comme histoire. On devrait avoir le droit de le visiter...
Ronald avait beau être mignon, gentil, sympathique, extraordinaire, formidable, subtil, intelligent, compréhensif, fort, brave, courageux, mystérieux, bon vivant, séduisant, magnifique, excellent, unique, amusant, drôle, bon fêtard, sérieux, ponctuel, cosmographique, unilatéral, dispendieux, prodigieux, extravagant, classique, il n´en manquait pas moins que parfois il l´agaçait.
"On peut pas rejoindre le Parlement par les toits?"
-beh si la Gravité avait été abolie, oui. Mais là, ça me paraît difficile.
-Tu vois, on en revient encore à la gravité. Je te dis qu´il y a quelque chose qui ne tient pas. J´ai bien envie de faire un petit tour là-dedans.
-Laisse tomber, et allons manger en ville. Ça va être l´heure de reprendre les cours et on est même pas passés à la cantine.
-Non, je veux savoir ce qui se passe dans ce Parlement Isidore.
-Comme tu voudras, ma princesse. A tout à l´heure si tu te souviens qu´on a cours de grec.

Sans même saluer Boris, qui partait en sens inverse -ça n´aurait eu aucun sens, avec ce qu´elle allait faire, remarquez- elle contourna lentement le Parlement, pour trouver une voie externe. De tous les côtés, il n´y avait aucune autre porte que la principale, et aucune fenêtre ne venait trouver les immenses murs. Du coup, elle ne pourrait pas rentrer par là. Elle songea à creuser un trou, mais ça ne marcherait pas non plus. Elle fit semblant de réfléchir, puis quand elle sentit qu´elle avait montré son talent, elle conclut qu´elle demanderait de l´aide à un garçon. Elle n´en avait plus chez elle, et Quentin venait dîner dès le lendemain. Elle laissa tomber pour le moment le parlement, et se prépara à revenir en cours. Elle avait déjà parcouru la moitié du chemin quand elle se ravisa, et retourna vers le Parlement. Elle voulait quand même savoir ce qu´´il s´y passait. Elle vit juste sur un écriteau que le débat sur la gravité reprendrait cet après-midi. Comment pouvoir y assister? Il fallait absolument qu´elle voie ce débat.

Jamais Ugo ne lui avait autant manqué. Elle décida de tenter sa dernière carte. Elle avança lentement vers les deux gardes qui tenaient le bâtiment sous surveillance, puis les avertit doucement.
"Je suis une hallucination collective. Je dois recontrer le député pour officialiser définitivement mon statut."
-Vous n´êtes pas sans ignorer qu´il faut au moins être vue de quatre personnes différentes pour pouvoir prétendre à ce statut.
-Je dois justement transmettre les derniers témoignages au député.
-Tu penses qu´elle dit la vérité. Demanda l´un d´eux en se retournant vers son acolyte.
-Je l´ai dit ce matin à mon amoureux, je suis encore obligé de la redire! Mais c´est un mot de passe ou quoi! Bon d´accord, je suis pas une hallucination, je m´en vais.
Et elle retourna triste vers sa maison, empruntant encore le même train qu´à l´aller. Des larmes ruisselaient sur ses joues, son nez et sa bouche militaient déjà pour des canaux réglant les flux d´eaux incessants. Elle aurait tellemen aimé assister à ce débat précis. Tout d´abord parce que le thème la passionnait, depuis que le programme politique d´Isaac Newton avait été appliqué par son gouvernement, mais aussi qu´elle était intriguée de manière générale par le Parlement, sentant que ce sujet était LE sujet intéressant.

Elle ouvrit la porte de chez elle, son père l´attendait. Il ne la gronda même pas pour avoir séché l´école, depuis le temps que l´école l´asséchait. Avec un sourire, il l´invita à le rejoindre, ou à expliquer son mal-aise, mais elle ne répondit rien.
"Viens au moins regarder la télé! C´est le débat sur la gravité en direct!"
-Non non laisse tomber, ça va très bien, je n´ai pas besoin de ton aide.
Et elle monta l´escalier, persuadé que dès le lendemain, elle trouverait un moyen de voir la suite des débats.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
18 février 2007 à 20:29:19

Prem´s ( :nah: )

"Tu penses qu´elle dit la vérité. Demanda l´un d´eux en se retournant vers son acolyte."

Manque pas un point d´interrogation là-dedans?

"son mal-aise"

jeu de mot pourri ou blême d´orthographe... je sais pas :fou:

Sinon que dire de la nouvelle... Euh... Déjà ça fait zarbe que le mec change tout le temps de prénom.

Et puis je suis pas sûr d´avoir bien piger. C´est un monde fantastique où les lois ne sont pas prédéfinies et où les humains peuvent les modifier à leur guise?

En gros, je sais pas si j´ai bien aimer ou pas Oo

Dans le doute, on va dire que c´est assez distrayant, un peu amusant, sans toutefois tombé dans le lourd-dingue :-d

:dehors:

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
18 février 2007 à 21:22:58

Merci d´avoir lu. :-)

Il faut savoir avant tout que ce texte fait parti d´un petit projet que j´ai en commun avec un ami. En résumé : c´est du pur délire. :gni:

Oui. On a imaginé toute sorte de mondes loufoques avec des situations étranges. Bref, on ne se prend pas au sérieux. Et ce même pas dans le titre du topic qui est une énorme contradiction. :-d

Il n´y aura de suite (quoique ... :) ) mais d´autres textes dans ce genre qui montreront des univers différents et complètement déjantés. :rire2:

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
18 février 2007 à 21:29:58

J´ai hâte de les lire :-)

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
18 février 2007 à 21:33:01

J´en ai plusieurs en réserve si tu veux. :)

Soit je te donne un monde de comptable appeuré ou celui de montgolfiers tueurs.

Lequel tu veux ?

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
18 février 2007 à 21:36:01

Un monde de montgolfiers apeurés avec des comptables tueurs :-d

:dehors:

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
18 février 2007 à 21:38:12

Jean Joudran regarda sa montre. Il plongea sa main vers sa poche, il écarta de l’index et du pouce les différentes clés qui étaient dans sa poche. Il baissa la tête. Il extirpa sa montre à gousset. Il releva le poignet. Il appuya doucement sur le bouton qui commandait l’ouverture du clapet, et celui-ci s’ouvrit promptement, rapidement, avec une immense et fantastique vélocité. Il inclina l’objet pour ne pas que le reflet des néons du plafond ne gêne sa vue. Puis, il inspira, dévia ses yeux du vide pour regarder les aiguilles sur l’énorme cadran. Comme figées, elles indiquaient l’heure de 74 h 98. A peine le début de l’après midi. D’ailleurs une journée chaude s’annonçait sans nuage, avec un ciel bleu, en fait il était toujours bleu car c’était l’Eté. Dans 63 mois ce serait l’Automne. Jean se prenait à rêver qu’il vivrait peut être assez longtemps pour connaître l’Hiver.
Tiens ! Il remarqua la trotteuse qui passait sur la 325° secondes, encore quelques centaines et se serait la prochaine minute. Jamais il ne voyait cette aiguille bougeait songea-t-il.
Soudain, le fax grésilla et se mit en marche. Des regards inquiets et des yeux écarquillés se tournèrent vers la machine qui avalait le papier usé. Un attroupement chaotique se forma prestement, d’une manière lente, tandis que l’appareil imprimait un message. Les employés de la banque transpiraient d’angoisse, des doigts noueux se tortillaient et des regards inquisiteurs se perdaient dans un méandre d’effroi pour voir qui craquerait en premier. Tout le monde se souvenait la semaine dernière, quand le téléphone du directeur des ressources humaines qui avait sonné. La secrétaire, choquée, s’était littéralement jetée par la fenêtre et ledit homme termina la tête dans un accoudoir
Il n’arrivait jamais rien de palpitant et ce fax qui n’en finissait pas de fonctionner se révélait être une torture. Ce fut au bout qu’un flot de crispations et de rictus indigestes que la machine cessa dans un silence salvateur.
Jean attendit une bonne centaine de seconde avant de reprendre le contrôle de soi. Il s’approcha et tira la feuille de papier pour en lire le contenu. Les nouvelles étaient rares, inexistantes en fait et le moindre changement provoquait généralement des ravages indicibles.
– Le ministre des communications a solennellement décrété l’interdiction pure et simple d’utiliser des fax pour envoyer des missives ministérielles. Tout contrevenant sera sévèrement parallélisé.
Un hurlement de terreur envahit l’immense salle en même temps qu’un déluge d’injures et de lamentations qui durèrent un temps fou. Jean se joignit à cette apocalypse bureaucratique en se demandant comment le ministre pouvait annoncer des réformes aussi brusques. Depuis sa nomination il y a quelques mois, il n’avait cessé de proposer des changements atroces et complètement absurdes comme la commercialisation d’ampoules clignotantes ou de rideaux rouges.
Jean réussit à contenir sa tristesse et rechaussa ses lorgnions. Hélas, bien de ses collègues, qui n’avaient malheureusement pas connu le claquage d’une porte au début de la saison à cause d’un courant d’air, ne purent supporter le changement. Nous allons encore devoir acheter des fauteuils pensa Jean en voyant les gens en train de tenter de boire leurs accoudoirs. Ce tumulte était atroce, insupportable, il y avait tant de bruit, un tel vacarme que bientôt il couvrirait le son de la climatisation, dont le fonctionnement provoquait tout au plus une vingtaine de décibels.
Les agents de sécurité mirent une éternité à monter au 324° étages. On dénombra près d’une centaine de mutilés, dont la moitié en état de choc et un tiers en catatonie aiguë, ainsi que trente-cinq accoudoirs tués. Qu’arriverait-il ensuite ? Jean imagina alors le pire avec son voisin de bureau pourrait perdre un trombone et trembla d’horreur à l’idée que la responsable des ventes puisse un jour éternuer.
Jean se précipita alors à son bureau : il mit trois secondes. Il décrocha le combiné mais se ravisa aussitôt. Il désirait appeler une association d’aide psychologique mais il hésitait fortement en se demandant si son coup de fils n’engendrerait pas les mêmes catastrophes. Finalement, il se résigna et composa discrètement les numéros. Cela sonna pendant quelques minutes puis une voix murmurante décrocha. Il prit rendez-vous pour la soirée. Il avait horriblement honte de prendre rendez-vous sitôt mais se dit que tout compte fait, les membres de l’association ne s’offusqueraient pas le voir seulement 83 heures après son coup de fil. D’autant plus que durant sa communication, il avait cru entendre les cris horribles des employés de l’assistance psychologique.
Il reprit son travail. Il adorait son travail, il appréciait son travail, il adulait son travail, il affectionnait son travail, il raffolait de son travail, mais surtout, surtout, malgré tout cela, en dépit de tout ceci, il aimait son travail. Il était comptable. Jean passait ses journées à classer des écritures et des codes hiérarchisées selon un code très spécifique. Il aimait cette rigueur quasiment inflexible où la surprise n’existait pas. Il se félicitait d’être le plus rapide de la banque en traiter un dossier, son record étant une semaine pour s’occuper de l’achat d’une corbeille à papier dans une manufacture de corbeilles à papier. C’est dire s’il était efficace. Jean sourit légèrement – mais pas trop car il risquait de se froisser un zygomatique tant la chose était exceptionnelle – en pensant au temps qu’il faudrait aux comptables de la banque pour gérer l’achat des nouveaux fauteuils. Stupide ministre. Tandis qu’il rangeait inlassablement des chiffres anonymes et insensés dans des colonnes interminables, il se délectait de son emploi et savourait sa situation si durement acquise. Il avait étudié dur et longtemps pour arriver à un tel niveau et s’étonnait parfois d’avoir de l’antipathie pour son frère qui avait opté pour une voix complètement folle et dangereuse : instituteur. Des enfants criant toute les minutes et des événements complètement imprévus.
Jean se dona une petite pause de quelques seconde et alla prendre un café près de la porte de l’escalier : les ascenseurs étant proscrits en raison de leur propension à provoquer des crises cardiaques : premières causes de mortalité. Il prit grand soin d’éviter de renverser tout objet mais ces attitudes, était en fait un réflexe inconscient. Il enfonça un billet dans la machine, pas de pièces car en cas de chute on devait renouveler en général la moitié du personnel. Il choisit pour de l’eau distillée avec une faible solution de sucre, à peine deux milligrammes.
En attendant que la machine finisse la complexe et longue préparation, il saisit un journal rangé dans une étagère et parcourut quelques lignes. Il apprit ainsi l’incroyable nouvelle d’un piéton qui avait raté une marche dans une boulangerie. Les obsèques des clients auraient lieu d’ici la fin de la semaine. Il fit sursauter une stagiaire en repliant trop bruyamment le papier et s’empara de son gobelet d’eau. Il n’était pas aisé de boire avec un matelas au sol et un filin qui retenait le verre au plafond mais au moins cela assurait une parfaite tranquillité dans la zone de repos.
Soudain, à sa grande surprise, et à son grand effroi, d’une manière subrepticement et sporadiquement faible, brutalement, et sans avertissement préalable, il ne se passa rien. La nouvelle le consterna en même temps qu’il était frappé de stupeur. Il vérifia plusieurs fois par des coups d’oeils à droite et à gauche, et même en face, mais il ne se passait toujours rien. Il hésita à aller demander à ses voisins si vraiment rien ne se passait, mais ce serait si dangereux qu’il décida de passer à l’action.

Jean Joudran regarda sa montre. Il plongea sa main vers sa poche, il écarta de l’index et du pouce les différentes clés qui étaient dans sa poche. Il baissa la tête. Il extirpa sa montre à gousset. Il releva le poignet. Il appuya doucement sur le bouton qui commandait l’ouverture du clapet, et celui-ci s’ouvrit promptement, rapidement, avec une immense et fantastique vélocité. Il inclina l’objet pour ne pas que le reflet des néons du plafond ne gêne sa vue. Puis, il inspira, dévia ses yeux du vide pour regarder les aiguilles sur l’énorme cadran. Comme figées, elles indiquaient l’heure de 74 h 99. A peine le début de l’après midi. D’ailleurs une journée chaude s’annonçait sans nuage, avec un ciel bleu, en fait il était toujours bleu car c’était l’Eté. Dans 63 mois ce serait l’Automne. Jean se prenait à rêver qu’il vivrait peut être assez longtemps pour connaître l’Hiver.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
18 février 2007 à 22:17:12

"Il plongea sa main vers sa poche, il écarta de l’index et du pouce les différentes clés qui étaient dans sa poche."

Répétition de poche :)

"Jamais il ne voyait cette aiguille bougeait "

bouger?

"Ce fut au bout qu’un flot de crispations"

d´un flot?

Excellent le p´tit comptable peureux :o)) C´est assez plaisant même si parfois on s´y retrouve pas bien dans toutes les indications.

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
18 février 2007 à 22:19:59

Merci d´avoir lu. Je posterai un autre texte demain. :)

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
18 février 2007 à 22:21:33

:ok: j´y serai

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
19 février 2007 à 21:41:56

Damned oO.

Et cet univers-là, c´est la mort de la moralité?

En tout cas, c´est assez abstrait. J´ai bien aimé même si... ça veut rien dire :gni:

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