Voilà un petit texte que j´ai écrit il y a quelques temps! Bone lecture!
TRANSFORMATION
Allongée sur un moelleux transat, je savoure une cigarette après le déjeuner, à
l’ombre du vieux pommier. La brise rafraîchit un peu la moiteur de ma peau, semble me traverser ; la fumée de ma cigarette s’élève et disparaît parmi les feuilles du pommier.
Là-haut passent les nuages dans le ciel tout bleu.
Je me sens légère, insouciante, sans ancrage, en symbiose avec ce qui m’entoure, l’herbe, le ciel, le pommier…
Peu à peu, comme une torpeur, je m’élève au-dessus du transat, mes contours sont flous, c’est agréable.
Qu’est-ce qu’on a bu ce midi ?
Ça dure un moment, je me balance mollement, j’ai l’impression de me dilater, d’occuper du volume autour de moi tandis que je perds de ma densité : mes os s’allègent, ma charpente n’est plus qu’un souvenir, le parfum des géraniums rosa m’envahit, je sens que je m’envole.
Il me faut traverser le pommier, ce n’est pas désagréable à condition d’aller doucement pour éviter les bouts de branches pointus. Arrivée au-dessus, je suis en loque !
La brise est plus soutenue à cette hauteur, elle m’aide à rassembler tous ces morceaux épars de moi qui cherchent à filer ; j’en abandonne quelques-uns et je m’élève encore.
Je sens ma forme se préciser, les contours s’affirmer au contact de l’air vif et des jolis cumulus qui m’entourent.
En bas, les hortensias moutonnent autour du pommier qui cache le transat. Un dernier regard et je m’éloigne parmi les autres nuages.
On se déplace sans se concerter, il suffit de se laisser aller. Les rencontres sont agréables, sans aucun heurt, on fait un peu de chemin ensemble et on se quitte.
Un vaste espace me donne envie d’expansion : toutes mes rondeurs à l’intérieur comme à l’extérieur s’allongent, s’étirent, s’effilent.
Je ne moutonne plus, bien plus élevée que mes camarades de tout à l’heure.
J’occupe la place d’une cathédrale, peut-être, mais une cathédrale évanescente et voyageuse.
Les vents glacés me transpercent, je suis seule, j’ai peur, vais-je me diluer jusqu’à disparaître dans l’atmosphère ? Ou pire, me gonfler d’eau, devenir lourde et crever en une brutale averse.
- Julie, tu viens ? réveille-toi, on va à la plage…
Je réintègre avec délectation la forme précise de mon corps, je m’étire, j’entends une vertèbre craquer et je me cogne à la branche basse du pommier.
Et voilà! Alors? vous avez aimé?
Tchao!