Loin, loin, par delà les montagnes, règne le soleil.
En seigneur incontesté, il s’étend dans le ciel.
Un léger vent frais, souffle sur la plaine et lui caresse les cheveux.
Il est allongé dans l’herbe, son esprit vogue dans le flot céleste.
Il pense… A elle, qui a su lui redonner un sourire qu’il n’avait plus, qui a su lui redonner l’envie de vivre.
Elle qui a su le faire pleurer, alors qu’il était seul, et qu’il réfléchissait…
Le temps passe, la terre tourne, et lui n’a qu’un regret : Toi.
Le ciel, couleur de saphir, perclus de fins nuages fibreux, cotonneux.
Ces derniers, portés par les courants, formaient l’écume de cet océan d’espoir et de cristal.
« Si j’étais un nuage, j’irais à ta fenêtre, et j’attendrai, que tu daignes l’ouvrir pour m’y faufiler. J’y ferai pleuvoir de fines pierres précieuses, qui rouleraient sur ta peau… »
« Mais je ne suis qu’un homme, allongé dans l’herbe, sous le ciel… »
Alors il roula sur le côté, et arracha un brin d’herbe.
Vert, frêle et fin, il le fit rouler entre ses doigts…
« Et dire qu’un jour j’irai te nourir… »
La où il voyait la mort, sous sa longue cape sombre, sous ses ondulations funèbres, il entrevoyait la lumière, en pensant à elle.
Et sur l’horizon, où fondait le ciel, se couchait le seigneur de la mer céleste.
Ses rayons dorés semblaient empreints de ce bien être, que tout homme cherche en vain.
Ces rayons cramoisis étaient empreints de son envie, de pouvoir toucher ta main…
« Un jour de plus loin de toi, submergé par mes sentiments. Pourquoi les journées défilent sans que j’ose t’enlacer ? »
Plus qu’un fin croissant, le ciel s’en allait, et déjà le ciel s’obscurcissait.
Les yeux mis-clos, les mains sur le sol, il essayait de s’envoler.
De quitter son être, de laisser voguer son âme, qu’elle aille voir sa sœur, cachée au fond de toi.
Les nuages au loin, caressaient la corolle d’une fleur, et l’irriguaient de leurs reflets, de rubis et de sang.
Emu, il alla la cueillir, voulant lui offrir… En gage de sa beauté, de sa rareté, de sa simplicité…
« Une fleur est si belle bercée par l’aurore, si seulement tu étais là… »
Et il ferma les yeux, après avoir arraché un pétale…
« Un peu… »
Le vent l’emporta, au loin, vers l’horizon, peut-être à sa fenêtre, peut-être nulle part…
Les étoiles ont pris place, le ciel a changé…
C’est un océan de ténèbres, un flot de nuit.
L’herbe se dandine, créant des ombres mouvantes, des crissements intrigants.
« Beaucoup… »
Le deuxième pétale s’envole dans la nuit, virevoltant entre les étoiles…
Le ciel est illuminé, de petits points brillants, des trésors de rêves, des souhaits réalisés.
« Et moi, ai-je le droit de rêver, de te souhaiter ? »
« Tendrement… »
Vide, troublé, inquiet, il ferme les yeux, happé par les ténèbres environnantes, les yeux emplis de ces minces opuscules luminescents, et, dans un sursaut, il entrevit la Lune.
Apaisante, dardant sur lui ses fins rayons argentés, elle le regardait…
Il y apercevait tes yeux, il voyait son visage, et ne pouvait s’empêcher de sourire.
Un léger rictus de bonheur, un moment qu’il savourait, cette vague de chaleur qui l’emplissait…
« A la folie… »
Assis en tailleurs, paupières closes, mains croisés, il attendait.
Que le temps défile, que la nuit s’en aille. La Lune s’en était allée, cachée derrière un nuage, voilée par l’écume.
« Pas du tout. »
Il avait arraché le dernier pétale comme un chevalier le cœur d’un démon.
Avec courage, avec horreur et avec passion.
« Encore une nuit passée, sans pouvoir t’enlacer… »
Loin, vers l’horizon, s’était détachée une étoile.
Derrière elle, une farandole de pétales, qui voguaient vers une silhouette.
« Tiens, une luciole… »
Et derrière elle, des pétales.
Luciole, fragment de rêve, embryon d’espoir.
Les pétales se mirent à tourner, créant une ronde autour de l’homme.
Inquiet, il chercha à fermer les yeux, mais une sensation inconnu toucha sa curiosité.
« J’ai reçu tes appels, aperçu tes pétales… Fais un vœu, un seul, un unique… »
« Mon seul vœu, c’est qu’elle m’aime… »
Alors les pétales arrêtèrent de tourner, et tombèrent dans l’herbe verdoyante, dépourvus de toute magie.
Les jambes en tailleur, les mains sur les genoux, il aperçut l’aurore, une larme sur chaque joue, et il attend encore, que les pétales renaissent, pour que son vœu, d’un amour inconnu, s’accomplisse…
Il l’aime mais elle ne le sait pas… Qui sait comment il lui avouera…