-Victor III-
La Campagne de Verdun
« Qu’elles sont grandes, les Humanités de ce monde. » -Général Gregory Alexander
-Partie I-
-Michael D-Shields-
-Verdun: Jour 50-
-Chapitre I-
Le Lieutenant attendait. Après son café, quoi de plus évident. Il devait être huit heures, mais il savait bien que le temps n’avait pas cours dans le vide interstellaire de l’espace. Empli de noir et de vide, et pourtant on se battait chaque jour pour en avoir un peu plus en sa possession. Le temps, quant à lui, n’existait que chez lui, sur Terre. Et dire qu’il se trouvait à des milliers d’années-lumière d’où il était né, là à attendre après son café dans un des plus grands vaisseaux de guerre que la Terre n’avait jamais construit. Le Praetorian, malgré ses dimensions titanesques, n’avait toujours pas été reprogrammé pour faire un café qui eut pu plaire un seul instant aux caprices de Michael Deshields. Le liquide coulait doucement et avec une lenteur insupportable aux yeux de l’officier. La gravité artificielle n’y changerait rien. Michael retira sa tasse de la machine métallique et prit une gorgée. Elle lui brûla la gorge, mais c’était un mal pour un bien. La caféine était encore la seule drogue non-nocive pour le corps qu’il connaisse. Il en avait bien besoin pour rester éveillé et alerte à tout moment. Il souffla un peu, question de refroidir sa trachée chauffée à blanc. Il prit une autre gorgée et sapa le fond orné d’un cerne noir.
Il reposa sa tasse sur la table métallique et s’assit.
Depuis combien de temps était-il là? Depuis combien d’heures, jours, années? Beaucoup. Le sommeil était devenu rare avec les multiples missions et les guerres incessantes. Deshields avait assez d’expérience pour savoir comment tuer quelqu’un, et même plusieurs du même genre Il avait été soldat toute sa vie, à risquer sa vie pour exterminer les aliens de diverses races qui menaçaient la Terre, maillon central de toute la civilisation humaine. Cette Terre qui avait trouvé d’autres de sa race sur d’autres planètes, d’autres systèmes solaires. Terre rassembleuse qui avait permis à la race des Hommes d’accéder à un pouvoir auquel il n’avait jamais pu songer : l’Union des Races. De cette union était née une armée d’une puissance inimaginable, et voilà que maintenant des millions d’humains mouraient chaque jour pour protéger la Terre des autres. Des autres espèces d’extra-terrestres, bien entendu.
Voilà que le Praetorian restait en orbite de la planète nommée Verdun. Son équipage était composé d’humains provenant en majorité de Mars. Le monstre technologique n’était qu’un vaisseau parmi tant d’autres de la IXe Flotte. Celle-ci avait été envoyée dans le but de « nettoyer » la planète. Ou de la conquérir, là est la question d’interprétation. Des hommes du Praetorian, quelques-uns seulement venaient de la planète-mère, la Terre. Ils étaient rares, ceux qui se trouvaient dans la Galaxie d’Andromède et qui avaient vu à quoi ressemblait la gigantesque boule grise. Celle qui avait été appelée Bleue par ceux de jadis, celle qui était maintenant trois fois plus grosse qu’à sa création. Les anneaux de défense entouraient sa périphérie et la sécurité de l’espèce humaine avait été payée chèrement par la beauté de la Planète Grise. Verdun, quant à elle, était encore jeune. Elle était verte. Et habitée. Et défendue. Par des hostiles. Voilà ce que faisait le navire spatial si loin des fonderies de Mars.
L’homme était là pour conquérir. Voilà ce qu’avait appris le Lieutenant au cours de ses années de service. Il se considérait chanceux d’avoir eu la chance d’être en vie jusqu’ici. Tant sont morts lors de leur premier jour, et lui il vivait toujours. Il respirait encore, et buvait un café horriblement chaud et au goût affreux, et cela par un matin qui n’en était pas un. La vie lui avait fait bien des bontés, et bien des malheurs aussi. Il avait peu d’amis, car ceux à qui on s’attache finissent toujours par partir un jour ou l’autre. Et leur perte est terrible, comme le fut celle de son frère lors de son premier jour de combat. Marcus Deshields avait péri alors que son frère cadet, lui, avait survécu en se cachant sous son cadavre. C’était ce que les soldats racontaient sur le fameux Lieutenant Michael Deshields. Doté d’un grand courage, il inspirait les hommes. Il les menait à la bataille et était le premier à s’exposer. Et malgré tout, ses hommes périssaient, et il était bien souvent presque seul à revenir boire son café sur une table froide et méprisante.
L’officier déjeuna en solitaire, sortant son repas instantané d’une machine. L’assiette dégoulinait d’une matière visqueuse et salée. L’homme en prit une cuillérée, réprima une grimace et en avala une autre.
Son histoire à lui allait changer. Aujourd’hui, et même maintenant. C’était un simple grésillement qui avait attiré son attention dans l’écouteur de plastique logé dans son oreille. Il avait oublié de la désactiver avant de venir déjeuner. Il appuya sur la petite pièce faite à partir de polymères, et la pression activa sa radio. Une voix se fit entendre.
« Lieutenant Michael Deshields? Ici le Colonel Dubosc. Répondez.
« Mike » hésita. Et puis zut, il n’avait rien de mieux à faire.
-J’écoute.
-Vous avez un ordre de mission. Départ immédiat. Rendez-vous au quai B-17 avec l’équipe qui vous a été assignée… comme la dernière gît six pieds sous terre. Vous êtes attendus.
-Mais je reviens de mission…
-Prenez des stimulants. Je répète. Point de Rassemblement à la Salle VI-B, départ du Quai B-17. Départ Immédiat. Over. »
Cette damnée voix le tourmentait sans cesse. Aucun répit. Jamais, toujours se battre. C’était là une obligation pour avoir droit à la vie dans un monde hostile comme celui-ci.