Un crachat de pensées.
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Lui
Ainsi l’amour naît-il, là-bas dans l’ombre d’un bosquet.
Il faut oublier ce qui est flou, ne plus avoir en tête qu’une pensée fixée, que l’on doit dire fondamentale, un pilier imperturbable que rien n’ébranlera. Une pensée polie jusqu’à briller dans notre âme et briller entre toutes, qui crèvera nos yeux, pour que n’y jaillisse que sa seule vision. Ce qui est flou, c’est ce qui est dérangeant, ce qui brouille nos amours-propres et nos idéologies, jusqu’à même dans un cas, changer nos caractères et nos états d’esprit ; dont nous avons toujours été convaincus de la fragilité, parce que nous nous connaissons nous mêmes. Ce sont tous les parasites, qui bien souvent relèvent de le plus pure absurdité, d’une insignifiance si parfaitement sculptée qu’elle en égalerait l’amour. L’amour est au cœur des hommes ce que Dieu est à leur tête : une chimère échafaudée pour les équilibrer, mécanisée par les années jusqu’à enchaîner leurs âmes. Mais parfois la chimère se change en animal, dangereuse et sauvage créature que les faibles et jeunes archers ne savent pas toucher. L’animal alors, terriblement, effroyablement beau, erre et tourne sur son territoire, sachant que l’homme qui y a pénétré tournera lui aussi, sans jamais le maîtriser, toujours le poursuivant. Puis des hommes se mêlent aux autres hommes, l’animal qui ne cesse jamais sa course se cogne pourtant aux flèches des fêlons. Ainsi l’amour se trouble-t-il devant l’insignifiance.
Ainsi faut il marcher ne Le voyant que Lui, que Ses propres yeux bleus soient les seuls à nous voir. N’admettre qu’une chose, que l’Autres qui nous scrute , se fait bientôt lui la proie du chasseur insatiable, le Temps qui tuera son abjecte regard, laissant à notre vraie passion le temps de se fonder. Croire en nous, et au loin laisser fabuler la fatalité, qui cherche à nous tromper, à immiscer son immonde et bas pouvoir, dans nos faibles pensées, qui n’attendent que l’enfin de partir le cœur léger. Mais le cœur s’est forgé, une arme de fer qui domine l’animal, l’emmène jusqu’à Lui, au fond de son regard, où dérive la mer, où l’amour s’éloigne ou glisse entre les vagues. Ainsi s’unit l’amours mais hésite-t-il encore entre deux de ces chemins.
Alors il faut parler, mais n’entendre sa voix que de Ses propres oreilles, ne pas ouvrir les yeux, se confesser pour enfin voir ses péchés, lavés dans les yeux de l’autre Être. Parler et déverser le saoul de sa souffrance silencieuse. Croiser alors Son regard, y chercher la réponse avant que même les nouveaux mots ne dépassent ses yeux, qu’on imagine hagards.
Ici la dernière phrase restera en suspens, pour que jamais l’écrivain n’inscrive sur son œuvre un mensonge vivant.
Ainsi l’amour tombe-t-il et ouvre-t-il le Noir.
À moins que le Noir et l’amour ne fussent encore autre chose.