Me revoilà, un nouvel écrit. Ceux qui se sont attardés sur mes précédents textes reconnaîtront aisément le style et ne seront aucunement surpris. Sans prétention, simple, cherchant à rendre l´émotion que l´on acceptera bien de lui prêter.
Merci à Soulinet qui est revenu parmi-nous dans sa forme originale depuis peu ainsi qu´à notre cher modo aux pieds poilus pour leurs conseils.
Falling into the Ocean
£njoy (ou pas)
La nuit
Ce soir je m´enfonce sous les couvertures et allume la télé. Il n´y a rien en ce monde qui puisse m´ébranler. Je vois à la fenêtre l´autostrade qui se prolonge dans l´immensité de la nuit. Les phares des voitures s´y perdent comme mes pensées s´effacent de cette réalité crue. Elles émergent dans la rage et s´y engouffrent à nouveau pour ne plus revenir. Des impressions me reviennent tels des soufflets assénés par une main ravageuse. J´y ressens les étoiles, le trafic, les lumières et ma vie. Un méli-mélo des sens qui n´a point de raison, cela me ramène à mon enfance... des souvenirs confus où je ne puis savoir si j´ai été heureuse. Ce père absent qui ne daignait m´accorder d´attention si ce n´était par des réprimandes. Ces jours passés à attendre sa venue quand il partait au loin.
Mon regard se pose sur l´écran cathodique, un homme déblatère sur sa vie devant un public. Il a tué, l´invective une dame! Taisez-vous, vocifère le commentateur! L´homme baisse les yeux et balbutie quelques mots incompréhensibles. Les voitures disparaissent toujours dans la nuit et je suis là à contempler de quelconques images futiles. Je suis pourtant consciente du monde qui m´entoure, de cette errance gâtée par la folie. En vérité, je suis perdue au beau milieu d´un paradis agonisant. J´entends le glas sonner pour nous deux, les notes de cette mélodie trompeuse qui nous tendent la main. Dehors il n´y a rien de plus que cette route qui conduit vers l´abîme. Quelques passants marchent sur ses saillies sans se soucier des dangers qui les guettent. Mon passé me frappe et revient, cette femme qui était ma mère. Jamais elle ne m´a reconnu! Le présent me terrifie ainsi que cette sensation de faiblesse qui me hante. Je ne sais où je serai demain, tout comme j´ai perdu mes souvenirs d´hier. La neige se met à tomber et égaye ma soirée. Les flocons immaculés contrastent avec la noirceur de la ville. Les immeubles seront bientôt recouverts du manteau de l´hiver à l´instar de l´allée près de chez moi où je me repose parfois. Une infime partie de mon être cherche encore à s´émerveiller devant ce spectacle. Demain les gamins du quartier viendront y jouer et façonneront cette neige, eux seuls détiennent encore l´innocence du bonheur. Pour ma part, j´ai abandonné. Il ne sert à rien de convoiter ce que l´on a perdu.
Une femme meurt sur l´autostrade, il y a du sang et des badauds tout autour. La pauvre n´a pas vu les phares qui perçaient la nuit. Je scrute la scène de mes yeux avides d´images sans être étonnée. Une autre victime qui n´aura su voir le danger. Un jour ce sera moi et j´y suis préparée.
Il se fait tard et mes paupières sont lourdes, le sommeil me gagne lentement. Mes pensées vont et viennent, assaillant ma conscience de milliers de questions. J´attendrai qu´elles disparaissent pour ne pas y répondre. Je perçois le faible cri de l´ambulance à l´extérieur tandis que l´on ouvre violemment la porte de mon appartement. J´éteins la télé et tends l´oreille pour mieux entendre. Des gens parlent bruyamment et des sanglots diffus me parviennent. La peur me gagne et je n´ose affronter ceux qui ont fait irruption chez moi. Agitée et confuse, mes pensées vont étrangement vers le corps de cette femme gisant sur le tarmac. Mon père entre en trombe et s´assied sur le lit, des larmes coulent sur ces joues. Cette brute ne m´accorde aucune attention. Il crie qu´il m´aime tout en regardant à la fenêtre, tenant un bout de tissu ensanglanté au creux de sa main.
