Un simple texte comme j´en écris parfois. Une nuit comme les autres, racontée sous l´angle de la folie. Merci à Soul et à Cello de Bach. Bonnes et joyeuses fêtes à vous tous.
£njoy (ou pas)
24 décembre
Dehors, la neige tombe lentement dans une harmonie qui semble figer le temps. Le ciel gris se teinte de parcelles indigo tandis que les nuages s´agglomèrent au-dessus de ma localité. Des passants tardent sur le sentier couvert de glace qu´est devenue la rue de la mairie. Des visages connus me semblent inconnus sous l´éclairage des réverbères. Ils sont en pause, discutant en proses, profitant de la nuit naissante et des étoiles timides qui percent parfois les cieux. Je suis épuisé et me trouve, presque mort, sur le perron d´une austère maison. Les couleurs sont floues et j´ai peine à distinguer ce qui m´entoure. Je perçois pourtant la vieille église dans laquelle j´ai passé le plus clair de mon temps. Elle brille sous l´effet des cierges comme un phare dans la nuit des mal-aimés. Mes mains sont glacées, mes cheveux trempés par les flocons abondants et je souris portant une tasse de chocolat chaud à mes lèvres. Les badauds se rassemblent discrètement près du clocher où gisent quelques fleurs fanées. Leurs pieds tapent doucement le macadam givré qui se fissure sous l´effet du froid. Ils attendent dans un presque silence ; seul quelques chuchotements s´élèvent de cet attroupement. Le vent du nord s´éveille et fait tournoyer les flocons dans une valse harmonieuse, ils vrillent près des enseignes et sautillent sur les écriteaux. Je me dis que ces pauvres gens gâtent leur soirée à ne pas lever les yeux quand un si magnifique spectacle s´offre à eux. Malheureusement, je suis égoïste et conserve pour moi ce tableau, il restera gravé avec ceux de mes hivers passés.
Bientôt, la bise se déchaîne et fait pencher la cime des arbres. Malgré la nature furieuse, je reste à mon poste et y resterai jusqu´à ce que je n´ai plus de chocolat. Là, derrière le voile blanc de la jeune tempête, une ombre, une silhouette approche. Je plisse les yeux, mais ne vois rien. Une âme estompée dans la noirceur. Mes mains tremblent et ce n´est pas la froidure de l´hiver qui fait des siennes. Je ne vois plus les badauds et ne ressens plus mon corps à l´exception de ce tremblement qui augmente. Les lumières de la rue s´éteignent peu à peu ainsi que les bâtiments aux alentours comme des bougies que l´on soufflerait. Les résidences, l´église, la mairie disparaissent d´un trait suivies du tarmac qui s´efface discrètement. Il n´y a plus que des yeux qui s´approchent au loin, et bientôt un vieillard qui les accompagne. Une canne à la main et une jambe qui suit maladroitement sa consoeur. Un sourire aux lèvres et un regard qui transperce. Il jette un coup d´oeil en ma direction avant de stopper sa marche à quelques pas de moi. Il exécute un signe de croix qui ranime aussitôt mes sens. Je grelotte de plus belle et sens mes forces me perdre, je suis d´ailleurs certainement déjà mort. Les flocons cessent de tomber, m´apportant une mince lueur d´espoir. Un frisson d´horreur me parcourt tandis que je reporte mon attention vers le vieillard. Il me sourit, canne à la main et sourire en coin, il me sourit. Tout est clair maintenant.
Les badauds sont revenus, les bâtiments, la rue ainsi que ma tasse de chocolat que je serre entre mes doigts. Le vieil homme me regarde toujours et me fait un signe de la main. Je jette un regard à ma montre. Il est bientôt minuit et nous sommes le 24 décembre. Je dépose mon breuvage et suis les hommes attroupés derrière le prêtre qui se dirige vers l´église, une canne à la main.
