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[Anecdote] Le don de l'innocence

Sardine
Sardine
Niveau 17
23 décembre 2006 à 17:50:26

Le don de l´innocence

C´est à l´aube d´un mois de Juillet maussade au ciel gris que débute mon histoire. La journée s´annonçant comme étant des plus ensoleillé, je me levais ce matin là aux aurores, le sourire aux lèvres, l´esprit hagard et prompt aux éclats de rire, une seule idée en tête : faire de cette journée une phase inoubliable de mon existence. Les idées n´avaient cessé de gémir dans les recoins de mon âme au court d´une nuit mouvementées durant laquelle je ne cessait d´imaginer ce qui s´était passé quelques jours plutôt, de ce qui se passerait dans les heures avenirs et de ce qui adviendrait réellement. Elles avaient finalement réussies à fleurir en de belles roses scintillantes, tintées d´un rouge sang aux ombres blanches et éclatantes. Les premiers tons de la journée étaient alors lancé, retombant tristement sur cette réalité qui me désespère, je me repassais le film de ce qu´avait été plus ou moins mon existence jusque là, aussi loin que mes souvenirs me le permettaient. J´ouvris dès lors les yeux sur ce bonheur puéril, indigne même, qui se transforma au rythme de mes songes en atroce sentiment de culpabilité. Tel un poison se répand lentement dans l´organisme de l´Homme, prenant le temps de savourer la moindre particule de ses maux, mon esprit, mon âme, mon corps s´imprégnaient de cette noirceur quotidienne, de cette souillure inhumaine, fendant l´ombre du sourire qui s´était formé à mon réveil. Quelques jours plus tôt, il me semblait que des ailes avaient brusquement jaillit de mon coeur et me permettant de voler enfin, sans répit, sans restriction, dans un ciel resplendissant de couleur vives et brumeuses, jouissant à mes côtés de ce bonheur suprême.

Quelques jours plutôt dis-je, tandis que j´assistais à un cours de Biologie particulièrement fastidieux et inutile, ma voisine m´interpella, souhaitant visiblement me demander quelque chose. Habitué à ses demandes excentriques ou ses services douteux, je me tournais vers elle, l´esprit ailleurs. Légèrement rougissante lorsqu´elle croisa mon regard, elle me demanda brusquement si j´avais l´intention de venir à un festival régional connu se déroulant tous les ans à cette date, afin de voir une de ces amies qui devait présenter un spectacle de danse folklorique avec sa troupe. Étonné de cette soudaine question, je restais là à la contempler, mon imagination frémissant d´idées folles et fantaisistes. Bien évidemment que j´avais l´intention d’y venir ! Comment pouvait-il en être autrement ? Cette amie... Si elle n´avait été qu´une de ces "poufs" comme en voyait de plus en plus ces temps-ci, je n´aurai sûrement pas pris la peine de lui répondre ou même d´y accorder ne serai-ce qu´une once d´intérêt. « Alors ? » me demanda t-elle, une pointe d´impatience dans la voix. Reprenant mes esprits sous la voix monocorde de notre professeur d´S.V.T., je lui répondis que j´avais bel et bien l´intention de venir et anticipant ses pensées, je me proposais, sans trop savoir pourquoi, de l´accompagner elles et 2 autres de ses fréquentations. Le rendez-vous avait été fixé à Samedi 13h30 pétante mais cela m´importait peu ; je savais que ce même jour à 15h je vivrais un instant unique, la concrétisation d´un rêve, l´avènement d´une sensation nouvelle qu´on nommait ci et là "le bonheur".

Mais à présent, ces pensées m´étaient si lointaines que je me demandais si l´âme qui les avait pensée avait belle et bien été la mienne. Ne saurai-je alors qu´une coquille vide ? Bercé de mélancolie, de haine et d´une morosité intarissable ? Pourquoi l´iris de mes yeux ne reflète qu´une âme sombre, à l´aspect si minable qu’elle ne s´attire que pitié et compassion ? Ne suis-je qu’un bouffon aux originalité douteuses qui font de moi le bouc émissaire de l´adolescence ? Honteux d´être le porteur de telles idées, me détestant davantage d‘avoir pensé ces balivernes, je m´habillais fébrilement et rejoignait le salon dans lequel j´allais attendre cette heure fatidique, qui n´avait finalement plus rien de spécial à mes yeux. Devrais-je m´y rendre tout de même ? En ai-je le tout de même le mérite? Ces pensées mûrissantes dans mon âme, quelque chose, je ne sais plus quoi aujourd´hui, me rappela une promesse que je m´étais faite il y a bien longtemps : celle de tenir mes engagements. Après tout, je lui avais bien promit de venir et aussi cruel soit ce qui m´attendait au festival, je ne pouvais manquer à ma parole. Je la rejoignit donc dans les alentours de 13h15 devant son appartement, l’obscurité de mes songes recouvrant un soleil ternit, ma peau ressentant les premiers gelés annonciateurs d’un hivers rude. Le temps n’était guère à la fête et pourtant, la météo prévoyait un soleil de plomb ce matin-là. La réalité était bien différente, le ciel s’assombrissait à mesure que le temps s’écoulait et la température retombait progressivement. J’avais froid. Le trajet fut long, bien plus long que d’habitude : en général il ne suffisait de marcher qu’une dizaine de minute avant d’atteindre la place du festival et pourtant, il me semblait avoir marché des heures entières durant sous une pluie battante, accablante. Il fallut attendre quelque temps avant que la troupe ne se décide à entrer en scène, pouponnage et autre futilité en causes pensais-je. C’est alors qu’elle arriva, se tenant au milieu de ses compagnons, vêtue de vêtements acoustiques, à la mode des écossais, d’un vert criard. Et lentement, avec timidité, elle s’avança sur la scène, regardant avec sourire cette foule venue la regarder . C’est alors, sans aucun avertissement, sans que je m’y sois préparé, que ses yeux croisèrent les miens et qu’elle se mit, devant un public qui retenait son souffle, à danser.

La scène sembla alors changer de décors. Ce qui avait été, quelques fractions de secondes auparavant n’était plus qu’un vide d’un blanc nacré, où se tenait, plus resplendissante que jamais, un ange aux couleurs vives, lumineuses et qui répandait de douces ondes de chaleurs en moi. Mes pensées s’effritaient au rythme de ses pas, j’en oubliais cette foule réunie autour de moi, la raison de ma présence, tout ce qu’avait été ma vie jusqu’ici et même ma propre existence. Je ne sentais plus la gravité terrestre et il me fallut quelques secondes pour que je puisse me rendre compte que je volais ; aussi incroyable que cela puisse paraître, mes pieds ne touchaient plus le sol et s’élevais dans les airs. M’attendant à heurter un toit ou autre chose à tout instant, je tentais de mettre mes mains en avant, prêt à amortir le choc. Mais une fois de plus, une surprise fut de mise : je n’avais plus ces mains semblables à celles que j’avais porté durant ces seize années, mais des ailes, des ailes blanches, recouvertes de plumes éclatantes, qui me portait dans un ciel bleu, baigné d’un soleil aux humeurs vives. La chaleur était telle que je m’attendais à voir mon corps se décomposer à mesure que je m‘élevais, toujours plus haut, toujours plus vite, mais bizarrement, cette chaleur se répandait en moi et me donnait une force invraisemblable, surhumaine ; je me sentais capable de déplacer des montagnes, l’âme de braver tout danger, rien ne m’était plus impossible désormais. Au-dessus de moi, cet ange, entouré d’un halo de lumière jaune, me regardait en souriant, m’invitant à l’approcher davantage, de la prendre dans mes bras et de la serrer fort contre moi. En temps normal, je me serai évanoui, enfui, crié, mais là, pour je ne sais quelle raison, j’éprouvais l’ardent désir de la rejoindre, de concrétiser cette envie, de réaliser cette dernière portion de rêve. Il faisait si chaud, le ciel était d’un bleu telle, l’air était si doux… pourquoi ne pas ajouter à cela, le bonheur suprême de serrer contre soin l’ange le plus beau qui soit ? Dont la beauté dépassait les rêves les plus fous de l’esprit humain ? Dont le simple fait d’exister, repoussait les limites de la pensée ? De L’impossible ?? Je…

BANG ! « Hey, t’es sûr que ça va ? ». J’étais de retour dans mon monde, cette prison de sang à laquelle j’avais échappée durant ce laps de temps, à ce festival stupide, dénué de tout intérêt. La foule applaudissait à tout rompre la troupe sur scène, où, toujours en son milieu, se tenait à ma plus grande surprise, l’ange que je venais de voir à l’instant. Elle était souriante bien que son halo de lumière ne brillait pas de ce même éclat tel qu‘il m‘était apparut quelque instant auparavant. En ce sourire je décelais à présent une certaine fatigue, suivit d’un soulagement, ce qui la poussait sûrement à afficher cet air hypocrite si étranger à sa personnalité. Je me retournais alors afin de dire à celles qui m’avaient accompagnées que j’avais l’intention de rentrer mais elles n’étaient déjà plus là, sûrement parties dans les loges pour féliciter, à juste titre, leur amie. Reprenant peu à peu mes esprits, je repartis en direction de ma maison. Sur le chemin, il y avait un banc sur lequel j’avais l’habitude de m’asseoir et, sachant qu’un trajet tout aussi long si ce n’est plus qu’à l’allée m’attendait, je décidais de prendre un peu de repos. Il faisait à présent une température glaciale et les cieux abattaient des cordes d’eaux sévères, suivit d’éclat lumineux assourdissant. Les passants eux-mêmes semblaient moins distinct qu’à l’ordinaire, légèrement flou, aux contours fuyant, comme si cette scène avait été le fruit d’un rêve, ou plutôt m’avènement d’un cauchemar. C’est à ce moment précis que je le vis. Un jeune garçon, sûrement âgé de cinq ou six ans, s’avançait vers moi, un ballon rouge entre ses mains, accompagnée d’une personne qui devait être sa mère, légèrement en retrait et dont je ne voyais pas le visage. Au début, il ne m’accorda pas la moindre attention, pas le moindre regard et tenta d’escalader le banc afin d’y monter dessus mais sans y parvenir. Avec une main occupée à tenir son ballon, cette tâche lui devait être particulièrement difficile. Et alors, comme si nos esprits étaient entrée en symbioses, l’enfant tendit son ballon vers moi, me regardant enfin avec ses yeux marron, reflétant mon visage dans leur iris. Légèrement surpris et amusé, je le lui appris et lui laissa le soin de repartir à l’escalade. Au bout de cinq minutes, il réussit à grimper sur le banc. A peine avait-il réussit à y monter qu’il en descendit avec un petit saut, visiblement satisfait de ce qu’il venait d’accomplir. Il se retourna alors vers moi, et toujours sans un mot, me redemanda avec ses mains le ballon dont il m‘avait donné la charge. Je le lui rendis bien évidemment et le jeune garçon repartit avec sa mère, qui elle non plus n‘avait prononcé le moindre mot. Tandis qu’il s’éloignait de moi, l’enfant murmura, en se retournant et en me regardant droit dans les yeux, d’une voix douce, tendre et digne d’un enfant, ces mots : « au revoir! » tout en agitant une petite main aux doigts légèrement boudiné. Esquissant un maigre sourire, je lui rendis son au revoir. Il faisait chaud, l’été s’annonçait ensoleillé, le ciel resplendissait d’un bleu éclatant et étrangement, les gens autour de moi semblait plus souriant, plus heureux, plus clair, arborant des couleurs vives et joyeuses. Je me sentais d’une forme olympique, prêt à rejoindre ma maison et, bien que je n’en fus moi-même étonné, le trajet parut bien plus court qu‘il ne l‘était à l‘accoutumé. C’était, j’imagine, ce qu’on appelait « le don de l’innocence » auquel nous avions eu la chance de profiter ce jour là. Ou peut-être étais-je finalement le seul, qui sait.

Sardine
Sardine
Niveau 17
04 octobre 2007 à 20:30:06

Un an déjà, ou presque... :souvenir:

Sardine
Sardine
Niveau 17
12 juin 2008 à 00:09:09

up

Proxol
Proxol
Niveau 3
12 juin 2008 à 14:06:53

Ouch, tu up aux ans toi? XD Vu ton nombre fulgurant de lecture en 2 ans, je te lirai plus tard, promis, là j'ai pas le temps ^^.

Proxol
Proxol
Niveau 3
14 juin 2008 à 22:14:17

Oui c'est pas mal, j'ai tout de même dénoter quelques fautes, rien de très flagrant. C'est bien écrit. La chute n'est pas à tomber par terre mais c'est tout de même sympa. En gros je te félicite et je t'encourage à continuer d'écrire, tu pourrais nous pondre quelque chose d'immense. ^^

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