À Seigi-sama elle-même.
- V.E.R.S.U.S. -
Sacrilège : Illuminatii Speranza
Chapitre 1e : Noxelfear Îtemra
17 Décembre 1960 -- Londres : Sonia Crescend, 19h42
Un hiver glacial et des ruelles sombres, un ciel sans étoiles et un soleil d’ores et déjà endormis, un vent polaire munit d’une température pourtant si douce, c‘était ainsi que ce 17 décembre se présentait à moi. Comme ces 17 putain d’années qui précédaient ce même jour. J’avançais inopinément sur les dalles de mon enfance, l’esprit accaparé par cette Londres, capital de mes rêves d’enfant, panthéon de mon passé et désormais cauchemar de mon présent. Je n’attendais que l’avenir, dont je n’espérais rien de plus qu’il m’épargne à jamais cette délicieuse Londres, qui en avait perdu de sa saveur, à mesure que je franchissais chaque étape de mon existence. Des plus précaires écoles anglaises aux universités de renom, je m’extirpais peu à peu du sac de simple étudiant pour être rapidement perçu comme un véritable élément d’exception, un génie en somme qui, semblerait-il, n’avait pas son pareil en « ce monde » . Oui enfin, c’est ce que me répétait souvent Mère. Mais est-ce bien vrai? Je n’attend que ce jour où ces efforts que j’ai fournis, cette puissance que j’ai bâti, se voient écrasé par une force plus grande encore et d‘une intensité telle, que même moi, maître innée de la réflexion, puisse me retrouver livrer à moi-même, face à mes véritables faiblesses. Dans cette défaite, je me forgerai une volonté sans limite, abattrais toutes les barrières, repousserais mes limites et rejoindrais ainsi les noms de haut rang de la lignée humaine. Poussé ensuite par l’appât du gain, vertu corrompu que les autre désignent comme vice, je prendrais le siège vacant des cieux, en m’élevant tel un surhomme.
L’homme en noir, caché par les ombres de la nuit et peureusement fui de l’éclat de la lune, avançait à petit pas sur Sonia Crescend, aux alentours de 20h. En cette saison, le soleil se couchait tôt et les magasins ainsi que leur gérant en étaient retourné à la quiétude d’un repos bien mérité. Il était seul ce jour là, à vagabonder dans les ruelles londoniennes, profitant d’un sentiment de total plénitude, lié au calme ambiant. S’élancer ainsi en total liberté et démunit de toute obligation l’emplissait d’un bonheur sans bornes. Ci et là il se laissait même aller à quelques pirouettes improvisées, en chantonnant une petite mélodie à tue-tête, dont les quelques paroles qui s’en dégageaient n’avaient aucun sens apparent. Sonia Crescend était, d’ordre général, une avenue chargée d’une foule impressionnante et le point de rencontre quasi quotidien de tous les adolescent cherchant à passer un agréable moment. Qu’il fasse jour ou nuit, c’était l’endroit idéal pour cela. Baigné d’une atmosphère propre à elle-même, l’avenue accueillait en son sein une ribambelle de boutiques, toutes aussi voyantes les unes que les autres, affichant avec un certain orgueil « des prix exclusifs à ces périodes festives ». Les jeunes s’y donnaient également rendez-vous lorsqu’il était question de flirter innocemment avec « un bon coup chopé la veille » ou tout simplement pour respirer l’air du milieu urbain par excellence. Sonia Crescend et ses quelques trente-six magasins, accompagné de 6 pubs et d’une bibliothèque reconnue, pouvait se vanter d’être le point culminant de cette région. Aujourd’hui pourtant, compte tenu des atroces évènements survenu quelques jours plutôt, l’avenue était vide. Les magasins étaient fermés, les pubs parlaient de déménager ailleurs, les maisons paraissaient vide et l’éclairage inexistant. Rien en ces lieux n’auraient pu laisser penser il y a quelques jours qu’une sinistre tragédie, digne des plus grands contes horrifiques, s’était répandue dans une partie de la ville. Dans ce paysage lugubre et cette atmosphère pesante, l’homme en noir semblait affreusement déplacé, visiblement indifférent aux tourment régionaux. En réalité, il semblait plutôt, dans une certaine mesure, s’en réjouir. A mesure qu’il s’approchait de la 12e maison du quartier Est, un sourire se dessinait sur ses lèvres, ses yeux bleuté laissaient entrevoir un éclat verdâtre et ses cheveux, ô combien noir, rougissaient à l’approche du sang… Car en effet, quatre jours plus tôt, dans les alentours de 6h30 A.M. une femme et son mari furent assassiné durant la nuit, dans ce qui était un carnage des plus sanglant. Leur unique enfant était porté disparut, mais plus étrange encore, comment de tels atrocités avaient-ils pu avoir lieu dans de tel condition? Meurtre? Suicide? Le sourire de cet homme s‘était élargit. Tout de noir vêtu, les cheveux long d’un noir de jais et de grande taille, sa longe veste sombre caressant le sol, il s’avançait sur les lieux du crimes.
La porte d’entrée était gardée par un officier de bas étage, dont il n’eut aucun mal à se débarrasser : la seule mention de son suffisait. A cette heure et 2 jours et demi après que l‘incident fut signalé, il n’y avait aucune chance qu’il soit dérangé par les enquêteurs. La maison semblait grande et se divisait en deux étages, relié par un escalier à droite de la porte d’entré. Le couloir principal conduisait au salon, qui lui-même débouchait sur une cuisine copieusement aménagée. Le tout semblait bien organisé, propre et les plus belles décorations étaient mises en avant un peu partout dans le rez-de-chaussée. Visiblement, cette famille prenait grand soin de l‘image qu‘elle dégageait : l‘ensemble des pièces répondait à une charte d‘organisation bien précise et soignée. L’homme en noir s’intéressait pourtant peu à ses artifices dénué de toutes valeurs et grimpait vivement les escaliers, pour rejoindre le second étage. Ici, trois portes alignées s’offraient à ses yeux : la première débouchait dans une luxueuse salle de bain, qui resplendissait de douceur et profitait d’une odeur d’Iris des plus délicieuses. Ce lieu illustrait parfaitement les conditions de vie de ceux qui y avaient habité : aisé et sans retenu. La deuxième entrée conduisait à une chambre à coucher où était disposé un grand lit deux places, ainsi qu’un miroir craquelé où s’illuminait un message rougeâtre, visiblement inscrit par le sang :
« Les enfants du vice, aveuglé dans la luxure, succomberont au châtiment divin, des mains de la roue du Jugement. A.P.J. »
C’est ici qu’une première victime fut retrouvée. Selon le rapport de la police, qui circulait d’ores et déjà dans toutes les bouches du quartier, Mrs Wood semblait dormir avec grâce, le corps recouvert de sa couverture, bien que cliniquement morte. Les enquêteurs en avaient donc conclut, avant toute expertise médicale, qu’il s’agissait d’un suicide tout ce qu’il y a de plus banale (si tenté de dire qu‘un tel acte puisse l‘être…). A première vue, cette théorie ne semblait pas dénuée de sens, compte tenu de la situation familiale des Wood qui n’était un secret pour personne : les ragots et potin servis par les veilles dames du quartier présageaient un divorce imminent. Qui plus est, leur fils unique s’émancipait progressivement de l’autorité de ses parents et défiait sans répit les autorités locales : vandalisme, dégradation de lieu public… Malheureusement, cette affaire prit une toute autre tournure lorsque le médecin légiste affirma que la victime était belle et bien décédée suite à une overdose de médicament, mais avait préalablement été évanoui par un coup sur la tête. L’hypothèse d’un homicide ne faisait pas encore l’unanimité : après une soirée bien arrosée et un manque d’attention propre à n’importe qui, il n’était pas rare de se prendre une ou deux porte au visage, voire même un meuble. L’homme en noir examina les lieux. Un premier détail, insignifiant pourtant, lui sautait aux yeux : un câble électrique pendait au plafond. L’air de rien, il détourna son regard vers l’interrupteur à gauche de l’entrée et comprit instantanément : l’éclairage de la pièce avait disparut. Réfléchissant distraitement à ce qu’il venait de remarquer, il s’assit sur le lit et tira de sa poche gauche différentes photos prises sur les lieux du crimes. Comment les avait-il obtenue ? Là encore, ses contacts rapproché avec les forces de l’ordre lui permettait de jouir de quelque avantage. L’une des photos illustrait l’état dans lequel Mrs Wood avait été retrouvée : elle semblait s’être coucher le plus naturellement du monde, sur le dos, bien que la position légèrement verticale de son corps faisait ressortir ses pieds. LA! L’homme en noir venait de le remarquer. Méticuleusement attachée au câble électrique, un fil parcourait la distance du plafond à la poignée de la porte. Ce détail lui avait échappé lorsqu’il était entré dans la pièce. Fin et d’une couleur nacrée, ce fil était quasiment impossible à percevoir à l’œil nu, à moins d’ avoir une excellente vision. Plus étonnant, l’attacher avec tant de finesse et de précision relevait d’une très grande habilité de ses doigts. Mrs Wood était âgée de 46 ans et était surtout réputée pour une maladresse légendaire. Il était donc peu probable qu’elle ait elle-même mit en place cet artifice. Les choses commençaient à prendre forme. Laissant de côté une analyse plus poussée de la chambre, l’homme en noir sortit dans un premier temps de la pièce, puis y re-rentra. Il fit quelque pas puis se retourna brusquement, comme si il avait entendu quelque chose derrière lui. Ressortant à nouveau de la pièce, il toqua doucement sur la porte à présent fermée. Un éclair d’illumination traversa son esprit : ça y est, il savait exactement dans quelle condition Mrs Wood avait trouvée la mort. Il s’agissait bien d’un meurtre.