[Episode 1/3 : Dans la peau de raspo]
Réveillé à 5 heures 45 un jour de vacances, ça fait toujours plaisir. Le temps d’y penser, j’avais déjà bondi sur mon PC. C’est certain, la grève de l´ordi pendant 3 jours allait m’achever. Mais que ne ferions-nous pas pour la patrie? Une chose était certaine, ce ne serait pas un colonel, mais Itunes, qui serait le 1er de la journée à laguer. Ce foutu programme avait décidé de me lâcher! Comment pouvait-il me faire ça, à moi, un jour d’armée ? Le rire du sergent de Michel Sardou n’allait donc pas péter à coin dans le centre de recrutement lausannois… Tant pis, c’était parti pour une petite douche en guise de consolation. Je puais, dixit ma mère. J’ai le souvenir d’être parvenu à me brosser les dents avant de manger, mais je n’en suis plus bien sûr, étant donné l’état végétatif dans lequel j’étais plongé. Je prenais cependant mon courage à deux mains, tout comme ma tartine, histoire de l’ingurgiter sous les ordres de môman. Ca ne pouvait qu’être le moment le plus difficile d´une belle journée pluvieuse pleine de promesses.
« Je t’ai mis 3 pulls, tu me les ramènes. »
« Ecoute maman, c’est une idée… »
Elle m’avait tout préparé, je savais juste que mon Ipod se trouvait dans le secteur 1, soit dans la poche gauche de mon pantalon. Pour le reste, j’allais improviser. Miracle, je revenais dans ma chambre, le Ipod avait été réactualisé. Je devais probablement avoir cauchemarder depuis le début. Quoique non, j’ai vraiment dû m’habiller, en gros c’est tout ce que j’avais à gérer par moi même.
Ma mère m’amenait au bout de la route car il pleuvait 3 gouttes. Marcel, l’ami Marcel, devait prendre le relais.
« Le programme est minuté. »
Quand le programme est minuté avec Marcel, c’est sans compter les prolongations. 15 voitures, 15 sourires et 15 aspergées plein les dents plus tard, voici venu Marcel. Je ne savais pas que Saint-Auguste était aussi peuplé.
«Certains trains seront suuuuuuce-pendus » d’après l’Inforoute. « La femme de Manson fait mousser le Crazy Horse » selon le 20 minutes.
« 2/3 des Anglais ont déjà baisé dans une voiture » selon le Matin bleu. Mes amis, les nouvelles sont bonnes. On passe chercher José, en retard lui aussi. On avait cas passer le prendre la semaine des 4 jeudis, bien fait pour nous ! A défaut d’être bien organisé, moi au moins je savais me faire organiser…
On arriva dans le train au centième près. On devait déjà être à Saint-Maurice, au moment où les portes se sont fermées derrière nous. J’apprends qu’il fallait faire 3 choix, j’en ai fait un, c’est déjà ça. Je ferai fusilier et ses 2 dérivées. Marcel tentait de me foutre la pression. Game over, try again, insert one coin.
« Toi tu feras pas le malin devant le grand chef. »
« Si si l’ami, si si l’ami » lui dis-je.
Pendant qu’il dira: « Mouah j’veux faire grenadier de char climatisé siège arrière gauche, cuisto mais seulement cuisinier végétarien à la vapeur…… »
«Bon tu vas pas bientôt fermer ta gueule ?»
Non, ce n’est pas moi qui l’ai dit, c’est le big boss.
Moi je rétorquerai : « Je veux faire fusilier, un point c’est tout! »
Les yeux du boss brilleront devant tant de détermination.
Boub, on l’appelle comme ça, je crois, cherchait des solutions pour se faire réformer. On a retenue la meilleure : conducteur de char bouddhiste.
« Monsieur, nous voulons bien que les vers de terre soient sacrés pour vous, mais nous ne pouvons pas nous permettre qu’un conducteur sorte de son véhicule chaque 5 mètres pour vérifier le terrain. Vous êtes réformés. »
« Oooooh non ! Mince.»
Notre fantasme terminé, les gars sont sortis du train, j’ai suivi comme une brebis. Ca aurait pu être Bagdad, pour moi c’était pareil. Marcel a fait les provisions d’échantillons de dentifrice, il est dans tous les bons coups le Marcel. On est parti boire une, j’ai commandé un thé froid… Tout le monde a failli basculer à ce moment là, ne me demandez pas pourquoi, je n’en ai cure. On a fait 2 ou 3 bons rires pour penser à autre chose, mais ces foutus journaux parlaient de l’armée. Même mon horoscope m’avait réservé un petit mot à ce sujet. Le genre de détails que tu ne remarques que par un jour de recrutement. Un "l´" suffit à te faire penser à celui de l´armée...
On repart en direction de la gare. Je ne savais pas quel bus prendre, où et quand m’arrêter, mais j’ai reconnu des connaissances. Faut pas trop m’en demander. On se serait cru à la gare de Sion, version archi rénovée. Je pensais qu’il n’y aurait que des gens bizarres, mais non, ça ressemblait au genre humain, y avait des Valaisans. Une fois conduit au centre de recrutement, un type habillé style militaire semble nous avoir accueillis et expliqué des trucs. Je n’ai rien compris, mais il avait l’air gentil. Une fois rentré, on se serait cru dans un asile de fou. Non, je n’en avais jamais vu, mais c’est comme ça que je les imaginais. On attendait, on attendait…….. et on attendait. Personne ne parlait, le regard bovin. Une première pièce était consacrée au cunilinguisme, ce n’était pas ça, mais le mot y ressemblait.. Je me demande bien ce qui devait se passer là dedans. J’ai averti un type que je n’étais pas passé par là, mais il était juste bon à indiquer mon étage. Notez que c’est déjà pas mal.................