Voici un texte fait pour un atelier d´écriture, sur le thème de l´eau. Je le trouve plutôt réussi, donc je vous le présente. En espérant que vous aimiez
Le Lac
Le vent murmurait doucement entre les branches dénudées par ce froid automnal. Les feuilles de hêtre gisaient au sol, accompagnées dans leur agonie par quelques faines. La petite fille, elle, cherchait des marrons tombés des quelques châtaigniers. Elle pensait déjà aux crépitements de ces fruits durs, que sa mère ferait cuire dans une grande poêle, pendant que Teddy, leur vieux matou, ronronnerait au coin du feu.
Maëlle était pieds nus, pas parce qu’elle n’avait pas de chaussures, mais parce qu’elle aimait le contact des feuilles. Elle portait à deux mains un grand panier brun, contrastant avec sa robe bleu clair parsemée d’étoiles blanches. Tout en cherchant les châtaignes, elle chantonnait une musique de Johnny Cash, et chantait les passages où elle connaissait les paroles.
Elle avait l’habitude de se promener seule dans les bois entourant sa maison. Ses parents n’avaient jamais eu peur parce que – eh – que pouvait-il lui arriver ? Ils possédaient près de cinq hectares, et il n’y avait plus de loups dans cette région depuis… près de deux cent ans.
La petite fille était sur le sentier quand elle vit une tache verte, sur une branche d’arbre, à l’endroit où la branche rejoint le tronc. Elle s’éloigna du sentier pour s’approcher du hêtre. Mais, avant même d’avoir eu le temps de cligner des yeux, la tache avait disparut. Elle scruta des yeux la branche, fit le tour de l’arbre cinq fois au moins, mais elle ne trouva rien.
- Ca a du disparaître tout seul » Dit-elle à voix haute, comme pour donner un sens à ses pensées.
Elle songeait à retourner sur le sentier lorsqu’elle entendit un bruit. Enfin… Ca n’était pas vraiment un bruit… Plutôt un son qu’elle avait entendu intérieurement, sans savoir s’il était réel ou non. Un son bourdonnant, tirant vers les aigus, mais pas désagréable. La tache qu’elle avait vu réapparu soudainement, juste devant son nez. Elle était accompagnée de deux autres choses, l’une bleue, l’autre rouge, qui vinrent se poser sur son épaule. Maëlle sourit. Elle remarqua que la tache avait deux jambes, deux bras, une tête… Et des ailes dans le dos. Sa tête était légèrement allongée, et il sembla à la fillette qu’elle était pourvue de deux minuscules cornes brunes.
Le petit être virevoltait devant les yeux de Maëlle, qui bientôt se mit à rire.
- T’es qui ? » demanda la petite fille
Et d’une tendre voix, qui inspira un frisson à Maëlle, elle répondit :
- Une fée.
Maëlle se rappela les contes que sa mère lui racontait, avant d’aller dormir. Ils disaient que les fées étaient des êtres magiques, qui passaient leur temps à jouer dans la nature. Mais les histoires disaient aussi qu’elles détestaient, non, qu’elles haïssaient les humains, parce qu’ils détruisaient les forêts, avec leurs haches et leurs scies. Pourtant, celle-ci avait l’air gentille.
- Comme dans les histoires ?
- Comme dans les histoires.
- Tu peux m’apprendre à voler ? C’est pour trouver les marrons.
À ces mots, la fée émit un rire cristallin, qui fit tressaillir la fillette.
- Mais pour voler, il te faut des ailes, et tu n’en as pas, tu n’es pas une fée.
Maëlle se mit à réfléchir. Il lui fallait des ailes. Et si la fée ne voulait pas lui en donner, elle bouderait. Ca marchait toujours avec sa maman, alors pourquoi pas avec les fées ? Puis elle se dit que s’il fallait être une fée pour avoir des ailes, eh bien elle n’avait qu’à demander comment devenir l’une d’elles. Et c’est ce qu’elle fit. De nouveau, la fée se mit à rire.
- C’est impossible ma pauvre petite, tout le monde le sait… Enfin… Normalement… As-tu déjà entendu parler dans les histoires de la princesse Mia ?
La petite fille fit non de la tête.
- Mia était une jeune humaine, comme toi, qui aimait se promener dans les forêts. Ce qu’elle ignorait, ce que tout le monde ignorait, c’est qu’elle était une fée dans l’âme, née dans un corps humain. Mais un jour, alors qu’elle se baladait, elle a vu un lac, le plus beau qu’elle ait jamais vu, et elle a décidé de s’y baigner. Elle n’avait jamais nagé auparavant, mais à peine quelques minutes après être entrée dans l’eau, elle s’est mise à parcourir le lac, sous l’eau. Elle nageait mieux qu’un poisson. Elle nageait comme une fée. Mais, pendant qu’elle nageait, quelque chose de brillant a retenu son attention. Elle s’en est approchée, et a vu que c’était une pierre, une pierre d’où sortait la lumière. Une pierre qui produisait de la lumière. Mia a touché la pierre, et à la seconde qui a suivi, elle était devenue une fée, minuscule, avec deux ailes dans le dos. Et lorsqu’elle retouchait la pierre, elle retrouvait son corps humain. Quand elle était éprise de liberté, elle n’avait qu’à aller au lac, et elle pouvait voler autant qu’elle le voulait, avant de redevenir humaine pour retrouver ses parents qu’elle aimait.
- Peut-être… Peut-être que moi aussi je suis une fée, dans moi ! » s’exclama Maëlle.
- Peut-être » répondit la fée rouge, l’air malicieux.
- Tu n’as qu’à vérifier » suggéra la fée bleue « Le lac est tout près d’ici »
Maëlle, trop heureuse pour répondre, agita la tête pour répondre à l’affirmative. Les fées s’envolèrent, et la fillette les suivit. Elles lui offrirent un ballet aérien, où les couleurs se mélangeaient, et tournoyaient autour de la tête émerveillée de Maëlle, qui avançait avec elles.
Elles arrivèrent au lac, qui était bien le plus beau lac que Maëlle ait jamais vu dans sa courte vie. Les fées n’eurent pas besoin de lui dire ce qu’elle devait faire, elle le savait déjà. Elle plongea les pieds dans l’eau et avança.
Maëlle s’enfonça de plus en profondément dans l’eau, jusqu’au moment où sa tête naïve disparut sous l’eau, où elle commença à agiter vainement les bras, où l’eau commença à remplir ses poumons, sans qu’elle puisse respirer, où son cœur s’arrêta de battre, sous l’œil rieur des fées.