One shot, encore.
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J’ai envie de rire, mais mon sourire reste collé à mes pensées, trop faible pour s’accrocher à ma face.
Ma face de cire, mon visage blanc comme un ange qui n’a plus vu Dieu depuis des siècles, et que l’oubli de la foi dépérir, et sombrer dans un monde empli de nuages noirs et orageux.
Mon visage blême sous mes cheveux blancs, sans plus d’espoir que d’avenir, parce que le passé se trouve là, sur mon crâne, et que mon futur, c’est une boite noire.
Mes soucis, qui se sont en allés, en même temps que des souvenirs dont je ne connais plus l’essence. Des enfants sans prénom viennent me voir, dans une demeure coincée dans un pays que je ne connais pas. Tout cela est loin, et ce n’est pas cela qui me fait vivre.
Mes peurs, toutes ont disparu, remplacées par une seule. Quoique cette unique obsession soit sourde et trop absente, encore, pour m’effrayer. Quelques indices parfois, prouvent qu’elle existe et m’attend dans un coin de hasard. Mes yeux qui craignent la lumière du jour. Mes doigts qui crient à l’eau trop froide. Ce qui me tient à la vie, c’est peut-être cette peur après tout. Heureux sont les simples d’esprits.
J’ai envie de pleurer, mais pour pleurer de qui, et de quoi. Le chagrin, c’est la souffrance, les larmes, ce sont les perles données en vain pour retrouver ce qu’on a perdu. Je n’ai rien à perdre, et si j’ai à perdre, je ne sais plus ce à quoi je tiens. Je ne sais à quoi m’accrocher, parce que mon passé n’est plus là pour me guider.
Je l’attends, parfois, le regard sur la vitre, la peau plissée, comme le papier qu’un écrivain a jugé trop mauvais pour être encore ici.
Et de temps en temps, au milieu des champs, l’épouvantail me sourit, et rit, sur moi, et ma face, toute blanche, alors que lui, les enfants lui ont offert mille couleurs pour ses anniversaires.
Moi, je garde mes couleurs, et le nombre des mes anniversaires aussi.
Et à côté de l’épouvantail, des oiseaux tout blancs laissent très souvent une grande lame recourbée, qui brille au soleil de midi, et sous la clarté lunaire.
Et chaque jour, quand je la vois, la lame est plus belle que la veille.
Dans le miroir, il y a des ombres qui ne sont pas à moi. Elles ont des dents bien blanches, et puis des ailes où il y a des plumes de colombe.
Il fait froid aujourd’hui. Je ne veux pas sortir de mon lit, j’aime comme il est moelleux. J’aime le silence, sans tous ces bruits de la campagne, ce silence, où je peux respirer librement.
Les gens frappent à ma porte et ont hâte de me voir. Je ne veux pas leur ouvrir, je ne leur ouvrirai pas.
J’ai froid.
Et puis, je n’ai pas envie de discuter. Je ne veux pas rire.
Je veux juste dormir.
Longtemps.
Longtemps.